Plusieurs publications récentes en langue française sont axées autour de questionnements, par exemple : « Pourquoi la musique ? » (Francis Wolff, Fayard, 2015) ; Marc-Mathieu Münch, dans son ouvrage : « La beauté artistique. L'impossible définition » (Honoré Champion, 2014) lance le débat autour d'une nouvelle discipline : l'artologie. Hyacinthe Ravet, Professeur de Sociologie à l'UFR de Musicologie (Paris-Sorbonne) pose d'entrée de jeu de nombreuses questions percutantes : Qu'est-ce qu'une œuvre et comment peut-elle devenir une œuvre d'art ? Elle s'interroge sur les mécanismes qui contribuent à définir sa valeur ou encore sur les notions d'artiste, de créateur, sur le rôle de l'État dans la création, sur les publics des arts, les amateurs, les goûts artistiques, mais aussi les « rejets » dont les arts contemporains font l'objet…. pour aboutir au problème fondamental : qu'est-ce donc que l'art et comment s'inscrit-il dans le social ? (cf. quatrième de couverture).

 

 

Actuellement en plein essor, cette nouvelle approche a été amorcée en 1921 par Charles Lalo (L'art et la vie sociale) ; trente ans après, par Pierre Francastel, sur le thème : Peinture et Société. En 1962, Theodor W. Adorno a fait éditer son Introduction à la sociologie de la musique, suivie, en 1986 (1999), par : Sociologie de l'art (au singulier) de Raymonde Moulin (dir.) ; et, au début du XXIe siècle, Nathalie Heinich a publié La sociologie de l'art (2001). Enfin, en 2010, Hyacinthe Ravet  a contribué au volume 60, n°2 de L'Année sociologique avec son article (30 p. environ) intitulé : « Sociologies [au pluriel] de la musique ». Précédé en 2014 par le livre de Christine Détrez : Sociologie de la culture, le présent ouvrage de Hyacinthe Ravet : Sociologie des arts exploite notamment les « Références citées » (p. 187-201) en guise de bibliographie particulièrement abondante.

 

Sa démarche part des assertions : « La sociologie et l'art ne font pas bon ménage » ; la sociologie rend compte de la « consommation culturelle », elle a dû conquérir une place et convaincre de sa légitimité. Hyacinthe Ravet a le mérite de suggérer des approches nouvelles aboutissant à une autonomie des disciplines esthétiques autour de la notion de beau concernant la littérature, les Beaux-Arts (architecture, gravure, peinture, sculpture) ou encore la musique. Dans la première partie, elle propose une analyse des « faits historiques » (p. 21), alors que Pierre Bourdieu a insisté sur l'« automatisation du champ culturel », elle prend en considération d'une part les artisans, artistes, créateurs et évoque les Salons littéraires, les Salles de concerts, les Musées, sans oublier le public mondain, et, d'autre part, les nouvelles technologies audiovisuelles. Elle tient aussi compte des techniques d'enquête, des recherches sur la réception et du fait que l'art implique la pratique sociale. La deuxième partie présente le vif du sujet autour de l'aspect institutionnel, politique et culturel, autour des marchés de l'art, de la sensibilisation à l'art, de la diversité des publics et de leur réception en France, en y incluant la pratique des amateurs et, d'une manière générale, les professions artistiques et le rôle des médiateurs et intermédiaires. La troisième partie brosse un tableau de la situation actuelle concernant la notion de sociologie des œuvres. Hyacinthe Ravet insiste aussi sur le constat de l'indéterminabilité fondamentale, aboutit à un autre constat : la spécificité des formes d'expression artistique. L'ensemble de ses réflexions — exprimées avec beaucoup de clarté malgré la complexité du sujet — converge vers les « problématiques transversales » et la « diversité des démarches empiriques ». (À cet égard, un Index des noms propres eût été souhaitable.)

 

Hyacinthe Ravet a réalisé son objectif central : « Explorer les problématiques et les approches ainsi que les résultats marquants d'un domaine de recherche en plein essor et qui se diversifie en direction de l'ensemble des arts » (p. 186). Quant aux lecteurs, ils apprécieront la clarté de la structure, la pertinence des commentaires et analyses. Hyacinthe Ravet a le don de susciter de nombreuses questions, d'y répondre sans toutefois clore définitivement le débat. La poursuite des investigations est donc assurée. Quel chemin parcouru depuis l'ouvrage de Raymonde Moulin : Sociologie de l'art jusqu'à ce livre presque éponyme : Sociologie des arts, représentant un bilan actuel de l'histoire de cette discipline en pleine évolution et qui suscitera encore de nombreux questionnements !