Comment fonctionne un orchestre ? Comment se prépare une interprétation ? Autant de questions soulevées par Hyacinthe Ravet, sociologue et musicologue, docteur (Université de Nanterre) avec une thèse portant sur les musiciennes de l'orchestre : interactions entre représentations sociales et itinéraires (2000) et d'un ouvrage sur « Les Musiciennes : Enquête sur les femmes et la musique » (2011), notamment.

 

 

En tant que clarinettiste classique et klezmer, elle a saisi la musique sur le vif et en pleine action, autrement dit lorsqu'elle est en train de « se faire ». Elle a observé trois chefs d'orchestre. Claudio Abbado (1933-2014), chef principal de la Scala de Milan, dont la direction était régie par trois facteurs : intelligence-instinct-intuition, l'instinct prédominant ; Laurence Équilbey (née en 1962), directrice musicale d'Insula Orchestra et d'Accentus, qui a dirigé de nombreux Orchestres en France et à l'étranger, spécialiste de la musique vocale romantique et contemporaine ; Claire Gibault (née en 1945), violoniste, entre autres directrice musicale de la Fondazione Musica per Roma, et auteur de La musique à mains nues : itinéraire passionnant d'une femme chef d'orchestre (2010). L'expérience intensément vécue par Hyacinthe Ravet en tant qu'instrumentiste et sociologue, lui a permis — conformément au sous-titre de cette publication si dense — de retrouver des interactions, d'évoquer certaines négociations et de dégager les coopérations se produisant pendant le travail quotidien d'un orchestre.

 

Le chef est évidemment l'acteur principal : par sa gestique et ses expressions, il impose ses conceptions de l'œuvre et doit créer le timbre, la couleur mais aussi l'émotion à la fois des interprètes et des auditeurs. Avec son charisme, il détient l'autorité et le pouvoir, mais ne doit pas ré-écrire les partitions. Il lui incombe de porter son attention sur chaque musicien. Quant aux instrumentistes, ils sont responsables de l'élaboration collective. En conclusion : la créativité est partagée et solidaire.

 

Neuf chapitres très fouillés sont structurés logiquement avec des articulations bien délimitées. Les mélomanes comprendront mieux les aléas de la profession de « musicien-interprète » et la sémiologie du geste musical dans le cadre d'un parcours allant de la production (sonore) à l'interprétation assortie à une typologie des interactions sociomusicales. Les lecteurs seront renseignés sur la féminisation des effectifs : l'accès des femmes comme membres de l'orchestre (par exemple des clarinettistes comme Hyacinthe Ravet) et comme chef d'orchestre (par exemple Laurence Équilbey) ; toutefois, elles doivent bien asseoir leur autorité pour arriver à s'imposer.

 

Forte de sa triple formation musicologique, sociologique et instrumentale, l'auteur, en connaissance de cause, livre de nombreuses observations musicosociologiques. Sa démarche est enrichie d'un Glossaire (très utile pour la terminologie spécifique), d'une Bibliographie ciblée (p. 355-366) (y compris des thèses), de schémas, d'exemples musicaux et de Tableaux synoptiques révélateurs, ainsi que d'encarts. Les mélomanes curieux parcourront avec profit cet itinéraire, à partir de l'observation de la réalité, allant du travail quotidien d'un orchestre et de la collaboration entre chef et membres jusqu'à « l'édification d'une interprétation ». Livre neuf, éclairant et révélateur.