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Catégorie : Livres

Pascal BOUTELDJA. Un patient nommé Wagner. 1 Vol Symétrie, 2014, 314 p, 40 €.

 

Un livre dont le titre accrocheur ne manquera pas d’attirer le regard du wagnérien passionné à la recherche de la dernière nouveauté publiée dans l’immense corpus déjà existant, consacré au maître de Bayreuth. De nouveauté, avouons le, il n’y en a guère dans cet ouvrage se présentant comme la première biographie médicale dédiée à Richard Wagner, basée sur l’étude rétrospective, donc contestable, d’écrits autobiographiques ou d’échanges épistolaires. Un livre qui se compose de trois parties principales :

le malade, l’homme et le patient. Dans la première partie, l’auteur précise la symptomatologie présentée par l’illustre patient. Un ensemble de manifestations, pour l’essentiel d’ordre nerveux ou digestif, d’allure psychosomatique, majorées par la survenue épisodique de difficultés matérielles et par le fréquent doute du musicien quant à son avenir de créateur. L’aggravation de l’état de santé de Richard Wagner ne surviendra qu’à partir de 1881, date de la majoration des troubles cardiaques à type d’angor (insuffisance coronarienne) qui le conduiront à la mort le 13 février 1883. Mort par infarctus compliqué de rupture myocardique, favorisée ou non par une altercation violente, le matin même, avec Cosima, à propos d’une supposée liaison avec la chanteuse Carrie Pringle ? La seconde partie s’attache à la description physique et psychologique de Wagner. L’homme est de petite taille, mince, souple, ayant une voix de ténor parfois difficile à maîtriser, s’adonnant volontiers à la marche. Son physique est dysharmonieux avec une tête exagérément grosse, le visage régulier entouré d’une barbe à la boer, le front large, les lèvres minces, les cheveux bruns portés assez long, les yeux bleus légèrement asymétriques. Son caractère est hyperactif, cabotin, en représentation permanente, imbu de sa personne, colérique, d’humeur labile, séducteur et charmeur, parfois généreux et joyeux, mais toujours d’un charisme imposant. Hétérosexuel, sa personnalité est ambiguë certes, mais non psychiatrique avec une empreinte féminine (anima) assez marquée expliquant son goût pour les étoffes raffinées et soyeuses ! La troisième partie traite des rapports du compositeur et de la médecine. Wagner s’y révèle un patient rebelle, peu compliant aux différents traitements, se soignant de façon souvent excessive, souhaitant que l’on s’intéressât plus à sa personne qu’à ses symptômes. Ses conceptions médicales, comme celles de ses médecins d’ailleurs (ce qui est plus grave !) prêtent à sourire…Tous les médecins consultés ignorèrent le diagnostic d’insuffisance coronarienne, pourtant évident devant une symptomatologie assez typique !! Mais nous sommes au XIX e siècle, la physiologie, la microbiologie et la thérapeutique sont encore balbutiantes…La première description complète de l’angor date pourtant de 1768 (William Heberden) et le traitement par la Trinitrine commençait seulement à être connu… Sans regret, retenons toutefois avec l’auteur que « le vieil enchanteur », contrairement à Mozart, Schubert, ou Wolf, eut le temps d’achever son Œuvre qui représente, sans nul doute, sa part d’immortalité ! Dans la dernière partie, curieusement plus passionnante, intitulée Annexes, le docteur Pascal Bouteldja évoque et discute de façon pertinente certains aspects médicaux particuliers, comme l’hydrothérapie dont Wagner était un fervent adepte, les lésions cutanées, les troubles cardiaques, les manifestations oculaires et les céphalées dont le compositeur souffrit toute sa vie… Un livre de lecture facile et agréable qui évite en permanence de sombrer dans la spécialisation musicologique ou médicale, mais qui, de ce fait, présente le défaut des ses qualités, peinant à satisfaire un public exigeant déjà largement informé par les nombreuses publications antérieures consacrée au maître de Wahnfried.  La preuve qu’une thèse originale de doctorat en médecine ne fait pas forcément un grand livre, et ce d’autant qu’aucun de ces petits maux, somme toute bénins, n’entrava jamais, à l’inverse de la surdité de Beethoven par exemple, l’activité créatrice de Richard Wagner… Souhaitons lui, malgré tout, de trouver un large public car c’est finalement à celui-ci que cet ouvrage s’adresse.