Jean-Yves HAMELINE : Leçons de ténèbres. Ambronay, Ambronay Éditions. Distribution Symétrie (www.symetrie.com ), 2014,  269 p. – 35 €.

Le regretté Jean-Yves Hameline — faisant encore bénéficier les hymnologues de sa très vaste culture historique, théologique et musicale et exploitant son importante Bibliothèque personnelle — s’adresse aux musiciens d’Église, chanteurs et instrumentistes soucieux d’interpréter en connaissance de cause les Leçons de Ténèbres (Lamentations de Jérémie) exploitées par de nombreux compositeurs.

Ces Leçons représentent un monument d’émotion toujours vivement ressentie, et atteignent un sommet d’expressivité dans la mouvance dite baroque. Leur interprétation pose de nombreux problèmes d’authenticité afin de restituer l’esprit de ce grand moment de la liturgie catholique de la Semaine Sainte. Comme il se doit, retournant aux sources (ad fontes), l’auteur se penche sur la prosodie latine en usage dans la catholicité française sous l’Ancien Régime, la structure prosodique, la rhétorique, c’est-à-dire l’actio dicendi ou pronuntiatio. La valeur inestimable de cet ouvrage très circonstancié réside dans la quantité  et la qualité des documents exploités concernant le Carême, le déroulement et les cérémonies de la Semaine Sainte, les gestes et usages traditionnels : bref les offices… L’auteur commente brièvement les textes pour les rendre sensibles aux lecteurs du XXIe siècle soucieux de respecter le calendrier traditionnel des cérémonies dans les diverses Églises et institutions parisiennes. Le chapitre 3 est plus particulièrement dévolu à l’Office des Ténèbres se déroulant selon le Messel (sic) & Bréviaire romain, avec toutes les formules du chant alterné entre les clercs (clerici) et le chœur (chorus). Une présentation du livre vétérotestamentaire des Lamentations de Jérémie est suivie de définition des notions : Tonus Lamentationum, Tono lugubri et, finalement, Actio canendi, dans l’environnement de Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) et François Couperin (1668-1733) ; de critères d’interprétation : récitatif — y compris sa révision en 1684 par Guillaume Gabriel Nivers (v. 1632-1714) —, lecture, psalmodie, conduite mélodique spécifique. À la Contre-Réforme, dans la mouvance post-tridentine, d’un jour à l’autre au cours de la Semaine Sainte, l’atmosphère et l’expressivité se modifient progressivement. Les Parisiens d’antan, les visiteurs étrangers (Chapelle Royale, Notre-Dame, Saint-Germain-des-Prés, Saint-Victor, Saint-Germain-l’Auxerrois…) comme les fidèles du XXIe siècle seront profondément impressionnés par le goût du chant liturgique à la fin du XVIIe siècle et en tout cas remarquablement informés (Lexique sans rétropolation ni extrapolation). Quant aux interprètes, ils trouveront — dans ce maître-livre abondamment illustré (pages de titre, notations musicales, Tableaux synoptiques…) — des conseils indispensables pour garantir l’authenticité du chant des Lamentations d’après le texte latin de la Vulgate publiée à Rome en 1592, sous le Pape Clément VIII. Grâce à Jean-Yves Hameline qui avait patiemment exploité son incomparable fonds de Recueils d’époque, les hymnologues, chantres, officiants et historiens des mentalités et sensibilités religieuses en France, comblés, comprendront mieux la portée des Leçons de Ténèbres.