Anne PIÉJUS : Musique et dévotion à Rome à la fin de la Renaissance. Les Laudes à l’Oratoire. Turnhout, BREPOLS (www.brepols.com ), Collection Épitome musical, 2013, 549 p.

 

Lors d’un séjour en Italie, Anne Piéjus a pu, avec le concours du CNRS-INSHS, réaliser un projet de l’Académie de France à Rome, s’inscrivant dans le cadre de l’histoire musicale et religieuse posttridentine, à l’époque de la Contre-Réforme. Elle a minutieusement exploité les fonds de bibliothèques (Rome, Bologne) et d’Archives et, tout particulièrement, ceux de l’Archivio della Congregazione dell’Oratorio di S. Filippo Neri qui, en 1575, a lancé la laude polyphonique destinée à susciter la dévotion,

l’émotion, le plaisir musical, la joie… lors des assemblées spirituelles dans une langue accessible à tous. Le corpus des laudes oratoriennes comprend dix livres publiés entre 1563 et 1600, dont deux volumes à l’initiative de Giovanni Giovenale Ancina (1545-1604), avec des Laudes et des Canzonettes spirituelles. Comme les textes poétiques, la forme musicale bénéficiera de l’essor de l’imprimerie qui leur assurera une large diffusion, tout en contribuant à l’érudition et à la propagation de la doctrine chrétienne. Quant aux laudes florentines, elles ont été rassemblées par le dominicain Razzi. Vers 1610, la laude sera supplantée par le madrigal dramatique.

 

Après avoir replacé ces chants spirituels dans leur contexte historique, Anne Piéjus — tout en tenant compte du dernier état de la question — retrace l’évolution de ce répertoire en langue vernaculaire, dans la mouvance de la Réforme catholique, sans négliger l’héritage. Elle insiste sur la finalité pédagogique par le chant, évoque les laudes florentines à Rome (à côté des laudes romaines) et aborde le problème de la tradition orale, puis son affranchissement. Giovanni Animuccia (v.1500-1571) est à la fois « héritier » et « fondateur ». Les lecteurs trouveront de précieux renseignements sur les éditions, les scriptoria, la tendance à la parodie et les problèmes d’identité musicale. Pour sa problématique, la deuxième partie tient en un seul objectif : « Reconquérir les âmes » par les publications, les éditions et l’usage du « livre de musique », par la stratégie pastorale voire sociale, afin d’atteindre le stade de la dévotion et de l’élévation. L’esthétique doit donc reposer sur la simplicité et l’humilité, également sur l’intelligibilité du style. La troisième partie a pour comme dénominateur commun : « Méditer la parole ». L’auteur envisage la « prédication entre lecture et improvisation » ; la langue et la destination des homélies ; en conclusion, laude et sermon représentent « une complémentarité formelle » et  la laude se situe « entre louange et célébration ». Le dernier chapitre est titré : Musique et méditation dans le cadre des exercices spirituels ayant pour finalité la dévotion, l’émotion, l’édification représentant, en fait, le fil conducteur.

 

Cette monumentale étude est menée à partir de sources solides, accompagnées d’une abondante Bibliographie circonstanciée et d’exemples musicaux (en notation mesurée blanche ou en transcription moderne), ainsi que de nombreuses citations d’époque, de pages de titres et de Figures significatives permettant de visualiser le cadre, l’expression et les états d’âme des protagonistes. Véritable somme : le livre ne laissera pas indifférents les musicologues, historiens de la musique, des sensibilités et mentalités religieuses.