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Catégorie : Livres

Philippe CANGUILHEM (dir.) : Chanter sur le livre à la Renaissance. Les traités de contrepoint de Vicente Lusitano. Turnhout, Brepols (www.brepols.com ), Collection Épitome musical, 2013, 410 p.

 

L’Agence Nationale de la Recherche a soutenu le projet de recherche FABRICA, ayant permis à l’Université de Toulouse-Le Mirail de réunir étudiants, musiciens et musicologues français et italien autour de la traduction des Traités de Vicente Lusitano, peu connus des historiens de la musique, ainsi que de leur réédition. Dans le cadre de son Séminaire, Philippe Canguilhem s’est donc penché sur la pratique du contrepoint et du chant à la Renaissance. Il en retrace d’abord la genèse, faisant la distinction entre la musique composée et la musique improvisée.

 

 

Déjà, en 1412, Prosdocimo de Beldomando soulignait deux sortes de contrepoints : vocal (celui qui est prononcé) et écrit (celui qui est noté). Cette magistrale étude traite donc les problèmes de création musicale écrite ou improvisée. Dans son Lexique (1475), Johannes Tinctoris (v. 1435-1511) avait lancé les notions : cantare super librum, res facta ou cantus compositus(réalisation écrite). Quant à G. Zarlino, dans ses Istitutioni harmoniche (1558), il s’était tout particulièrement intéressé à l’art du contrepoint. Le problème est complexe, car les écrits de Lusitano se réclament d’une tradition d’enseignement musical pratique : plain chant, musique figurée et contrepoint. Au XVIe siècle, leur est adjoint la composition, discipline prévue à la fin des ouvrages. Transcrits, traduits et édités respectivement par Philippe Canguilhem et son équipe ainsi que par Véronique Lafargue, les écrits de Lusitano abordent le cantus firmus, y compris la main musicale (cf. première de couverture), la solmisation, les muances) ; le chant figuré (rythmé selon les principes de la musique mesurée) ; le contrepoint simple (à deux voix) ; le contrepoint concertant (à 3 voix), d’après un plain chant et les règles pour réaliser des canons ; ensuite l’écriture des cadences de 3 à 6 voix, autrement dit la progression pédagogique et le solfège avec des exercices en usage. Les Traités Dell’arte de contrapuntoet Introdutione facilissima (Rome, 1553) de Vicente Lusitano bénéficient de judicieux commentaires, et sont assortis de nombreux exemples musicaux (en notation moderne) permettant de comprendre la théorie, les règles du contrepoint, la méthode didactique de la main musicale guidonienne (sur laquelle sont disposées les syllabes de solmisation) et, d’une manière générale, l’enseignement musical à l’époque humaniste et renaissante autour de la science du contrepoint chanté, du contrepoint concertant, des fugues, du contrepoint sur un chant donné et, finalement, des techniques de composition (compostura). Une très abondante Bibliographie sur plus de quatre siècles force l’admiration. Grâce à Philippe Canguilhem et à son équipe, les historiens de la philologie musicale et les mélomanes curieux pourront situer Vicente Lusitano dans son environnement théorique et compositionnel ; enfin, les chanteurs seront mieux informés au sujet de l’improvisation polyphonique à son époque. Cette publication fait honneur au Centre d’Études Supérieures de la Renaissance (Tours).