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Catégorie : Livres

Paul BADURA-SKODA  : Dans l'intimité des maîtres. Entretiens avec Antonin Scherrer. 1 vol 14x22 cm, La Bibliothèque des Arts, Lausanne (www.bibliotheque-des-arts.com), 166 p, 19 €.

 

Paul Badura-Skoda, un des grands vétérans du piano, aime à se confier. N'est-il pas l'auteur de nombreux articles et ouvrages, notamment sur l'Art de jouer Mozart au piano ? Ses entretiens avec l'écrivain et chroniqueur musical suisse Antonin Scherrer sont révélateurs d'une nature résolument optimiste et ouverte sur le monde. Paul Badura-Skoda (*1927) aura traversé le XX ème siècle et en particulier connu les horizons sans limites de l'immédiat après-guerre où les musiciens étaient accueillis à bras ouverts.

On pense aussi à ses collègues et amis Jörg Demus et Friedrich Gulda. Il a côtoyé les grands maîtres, Cortot, pour lequel son admiration est grande, comme son amour pour la France d'ailleurs, ou David Oïstrakh, « le roi David », dont l'art souverain ne recherchait pas l'effet, et surtout Edwin Fischer, le maître et mentor, qui rappelle-t-il, ne fut pas seulement un immense pianiste mais aussi un chef d'orchestre vénéré par ses musiciens. Les compositeurs chers à son cœur ? Mozart bien sûr, mais aussi Chopin, « un héritier du baroque », ou le suisse Frank Martin avec lequel il noua une solide amitié qui lui valut de créer plusieurs de ses œuvres. Au fil de ces entretiens, vivants et sans phare, Paul Badura-Skoda livre son credo artistique et fait sienne l'approche d'Edwin Fischer quant à la fidélité au texte, mais aussi à l'adaptabilité au jeu moderne, pour «  un respect absolu du texte sans verser dans le dogmatisme sclérosant ». Lucide sur son art, il pense qu'« il faut se renouveler pour ne pas reculer ». Et d'égratigner au passage la carence d'imagination de ses jeunes collègues dans leurs choix frileux de programmes de concerts. Pourtant, ces jeunes il leur a voué ses années d'automne par son enseignement. Aux côtés de cette mission de transmission, tout aussi essentiel est pour lui le travail d'édition, qui lui fait écrire plusieurs cadences pour les concertos de piano de Mozart – ses récents disques parus chez Transartlive attestent de la pertinence de sa pensée. Il y a encore du chercheur chez lui en termes de facture instrumentale. Sa collection d'instruments est une des plus riches du moment. Mais nulle tentation « intégriste » de choix entre l'historique et le moderne ne l'effleure, car l'interprète appartient à son temps et « joue pour des auditeurs d'aujourd'hui ». Au demeurant, le raffinement du toucher qu'autorisent le clavecin et le pianoforte, eu égard à leur faible résistance, n'enrichit-il pas le jeu sur les pianos modernes ? Cet ouvrage est essentiel en ce qu'il présente une expérience exceptionnelle de vie au service de la musique, humble et sans concession, celle d'un homme qui maniant au détour l'anecdote, ne se dépare jamais d'une vraie simplicité, apanage des grands.