Nicolas VIEL : La musique et l’axiome. Création musicale et néo-positivisme au 20e siècle. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com ), Collection Musique/Sciences, 2014, 393 p. – 28 €.

 

La création musicale, son abord, sa perception, sa finalité et sa compréhension à partir d’axiomes, figurent au centre de cet ouvrage très dense, faisant appel à tant de concepts. Ce livre retrace, en fait, leur histoire et leur succession, et illustre les déplacements culturels dans la longue durée (plus d’un siècle) autour de la notion de « calculabilité du musical ».

L’axiomatisme succédera à la Gestalttheorie, aux préoccupations de l’École de Vienne, à la théorie dodécaphonique et au néo-positivisme. De nouveaux penseurs s’imposeront, par exemple le compositeur américain Henry Cowell (1897-1965), le musicologue et enseignant américain Charles Seeger (1886-1979). Abraham Moles (1920-1992), — Ingénieur en acoustique (Université de Grenoble) et Docteur d’État en Philosophie (La création scientifique dirigée, en Sorbonne, par Gaston Bachelard), l’un des précurseurs des sciences de l’information — lancera la théorie de l’informatique et de la perception esthétique, et influencera, entre autres, le compositeur français Tristan Murail (*1947), vers la seconde moitié du XXe siècle. En France, cette période verra aussi le retour du néo-positivisme avec Olivier Messiaen (1908-1992) et Pierre Boulez (*1925), à côté du structuralisme de Pierre Schaeffer (1910-1995), associé aux théories de Karlheinz Stockhausen (1928-2007) — spécialiste de la musique électroacoustique et de la spatialisation du son—, sans oublier le physicalisme de Yannis Xenakis (1922-2001) — compositeur, architecte et ingénieur — et la musique algorithmique pratiquée par Pierre Barbaud (1911-1990), l’un des premiers à utiliser systématiquement l’ordinateur pour la composition musicale. Ce volume — particulièrement dense et complexe — intéressera à plus d’un titre les spécialistes de l’esthétique et de la perception musicales, les théoriciens et mathématiciens, les compositeurs et créateurs, les psychologues et comportementalistes. Il est complété par une bibliographie spécialisée, des figures significatives, illustré par des graphiques musicaux très représentatifs et des citations pertinentes. Comme l’a observé Jean-Marc Chouvel (Préface, p. 9) : « Les axiomes dont il est question ici ne sont pas simplement ceux d’un jeu de construction plus ou moins réussi. Ce sont surtout ceux qui délimitent les conditions de possibilité d’un des arts les plus en prise avec notre sensibilité et notre conscience. » Ce constat suscitera la réflexion des lecteurs. Il en sera de même avec la conclusion prudente de Nicolas Viel : « mais il ne sera pas dit ici que l’époque de la fascinante synchronisation de la musique des humains sur le temps des machines fut une bonne ou une mauvaise chose ». (p. 335). Le recul du temps devrait trancher.