Frédéric de LA GRANDVILLE : Une histoire du piano au Conservatoire de musique de Paris. 1795-1850. Paris, L’Harmattan (www.harmattan.fr ), 2014, 291 p. – 30 €.

Le Conservatoire de Musique a été créé le 3 août 1795 par la fusion entre l’école Royale de chant (François-Joseph Gossec) remontant à 1784 et l’Institut National de Musique (de Bernard Sarrette) de 1792 avec, pour objectif, de former des chanteurs et des clavecinistes. En fin connaisseur et s’appuyant sur de minutieuses recherches d’archives, Frédéric de La Grandville a en rédigé une histoire institutionnelle à partir d’un critère

 : le piano (instruments, facture, professeurs, élèves, exercices et concerts…) pendant plus d’un demi-siècle d’activités. Il relate la vie du Conservatoire au fil des années, précise que, sous l’angle administratif, il dépendait depuis 1785 du Ministère de l’Intérieur. Les lecteurs trouveront de nombreux renseignements concernant la réglementation des classes de piano, les enseignants (carrières, salaires), leurs élèves (statistiques), l’inspection des classes, les concours et jurys, ainsi que les programmes interprétés lors des distributions des Prix. L’auteur localise ce patrimoine instrumental en divers lieux, explique la facture des pianoforte et pianos, souligne la présence et le rôle du piano lors des concerts du Conservatoire. Ce livre, qui s’impose par la clarté du plan, la démarche logique et la méthode solide, aborde les problèmes avec pertinence, par exemple : les élèves femmes, les élèves étrangers, le passage objectif de la « musique militaire » à la « musique pour la société », le rôle des pianistes : soliste, virtuose, accompagnateur ou encore solfégiste et harmoniste. Il est complété par une abondante iconographie et de nombreux documents : portraits, signatures, façades, lettres, factures, emplois du temps, répertoire des concours et exercices, état des pianos, registres matricules des élèves, composition des jurys... De plus, Frédéric de La Grandville a eu l’excellente idée d’interviewer quelques dames pianistes qui, avant 1912, ont fréquenté l’ancien Conservatoire de la rue Bergère, notamment, en 1977, Aline von Barentzen, née en 1887 et décédée en 1981 (p. 259). En conclusion, l’auteur dégage le « caractère innovant de la création du Conservatoire » et démontre que « piano et Conservatoire sont nés simultanément dans la conscience des Français » (p. 242). Les lecteurs apprécieront à plus d’un titre cet ouvrage sérieux, cette démarche originale faisant preuve d’une grande curiosité d’esprit, et son indéniable apport à l’histoire du Conservatoire à travers ses pianos pendant plus d’un demi-siècle.