Hugues DUFOURT : Musique, Pouvoir, Écriture. Sampzon, DELATOUR FRANCE (www.editions-delatour.com), 2014, DLT2336, 417 p. - 25 €.

Hugues Dufourt, philosophe et compositeur, pose, dans ce second livre, la question fondamentale : « Faut-il, pour expliquer la musique de notre siècle, suivre le pessimisme apocalyptique d'Adorno pour qui le formalisme n'est qu'une réaction autodestructive devant les diktats de la société de masse ?

Faut-il, à l'inverse, s'en tenir aux seules nécessités internes de la modernité musicale ? ». Il « refuse de s'enfermer dans ce dilemme et tente de montrer que, se greffant sur les données sociales intellectuelles scientifiques et techniques du monde moderne, la création musicale au XXe siècle agit comme le révélateur permanent des équilibres et des contradictions qui définissent l'unité et les buts d'une civilisation » (cf. dernière de couverture).

Compte tenu des changements méthodologiques et des progrès de la technologie informatique, le dénominateur commun concerne les rapports de la recherche et de la création. L'auteur affirme qu'il « reste convaincu qu'une création authentique ne peut plus être aujourd'hui une aventure solitaire et qu'elle présuppose le soutien institutionnel de la recherche musicale » et il « revendique pour tous les créateurs le droit à l'innovation qui, à mes [ses] yeux, fait partie intégrante de la lutte sans fin — mais non sans issue — pour la démocratie politique ». Après avoir fait allusion à « l'esprit du nihilisme », Hugues Dufourt propose une histoire sociale de la musique à travers Schönberg, Varèse… Il offre une « autopsie de l'Avant-Garde Art et société : la fin d'un clivage » (chapitre 4) et présente Boulez en tant que « musicien de l'ère industrielle ». La deuxième partie aborde la recherche et la création dans la musique occidentale sous l'angle de l'artifice et de l'écriture. Enfin, la troisième partie traite la logique du matériau (hauteur, timbre, espace, musique spectrale, dialectique du « son usiné », rationalité et contrainte de la production sonore).

L'ouvrage contient de nombreuses références bibliographiques (françaises et anglaises) entre autres à Friedrich Nietzsche, Henri Bergson, Paul Valéry, Theodor W. Adorno, T. S. Eliot, Erwin Panovsky, Jean-Claude Risset, avec des précisions sur l'origine des textes réunis et un imposant Index (p. 405-417) qui, à lui seul, témoignerait déjà de l'importance de la démarche plaçant ces réflexions dans les contextes de l'histoire et de la société, à partir de « sa propre pratique et celle des autres ».  Hugues Dufourt a le mérite de susciter de nombreuses réflexions sur la musique de la fin du XXe siècle. Cette publication occupera une place de choix dans la Collection « Musique et Philosophie » confrontant à la fois les philosophes, les compositeurs et les musicologues.