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Catégorie : Livres

1 vol. Éditions Symétrie, collection Recherche, 2014, 254 p. 17x24 cm, 39 €.

Cet ouvrage a pour ambition d'éclairer notre connaissance de Mozart quant à l'image qui en a peu à peu émergé en France à l'occasion de ses visites et durant les années qui ont suivi sa mort. Comment Mozart a-t-il été « reçu » dans la conscience française, comment s'est forgé le « mythe Mozart ». Les sources sont l'édition et bien sûr le concert public. Les sept concerts données par Wolfgang lors de se deux séjours français (d'une part, en 1764/1766, à Paris, Dijon et Lyon et, d'autre part, 1778, à Strasbourg), ne font connaître Mozart qu'auprès de ses confrères et de la bonne société.

Le point de départ de la célébrité se situe en 1801 avec la représentation des Mystères d'Isis, adaptation française de Die Zauberflöte, qui pour satisfaire au goût français pour le spectacle, « privilégie la représentation historique au détriment de l'aspect féérique » et prend quelques libertés avec le texte et la musique, par exemple en réduisant de manière drastique le rôle de la Reine de la Nuit. Plus généralement, la connaissance en France de l'œuvre de l'autrichien s'opère à travers ses opéras : des nombreuses éditions françaises des Noces de Figaro et traduction française de Die Entführung aus dem serail, à La Flûte enchantée/Les Mystères d'Isis, enfin à Don Giovanni, en 1811, après une première adaptation-parodie, Don Juan, en 1805 à Paris puis à Lille. Au concert, sous la Révolution et l'Empire, le nom de Mozart apparaît avec plus ou moins de régularité, d'abord essentiellement à travers des extraits vocaux de ses opéras et les Ouvertures de ceux-ci. La dissémination des œuvres jouées intervient en 1804, avec l'exécution du Requiem en particulier, celle des symphonies ne venant que plus tard, en 1807, car « Paris ne reconnaît qu'un symphoniste autour de 1800, Haydn ». Elle s'opère aussi à travers le ballet-pantomime dont Alexandre Dratwicki souligne que « ces 'airs parlants' proposent une version purement instrumentale d'une page opératique, avec un incipit mélodique qui suffit à renvoyer immédiatement à l'esprit des spectateurs les mots supprimés ». L'ouvrage, extrêmement documenté, se conclut, en une dernière partie intitulée « Images de Mozart », par l'analyse de l'émergence du « mythe Mozart » au début du XIX ème siècle. Les compte rendus dans la presse entretiennent anecdotes et légendes et on assiste à un phénomène surprenant de biographie élogieuse qui emprunte à l'hagiographie. Les rédacteurs, en 1801, des premières Vies de Mozart en langue française, Théophile-Frédéric Winckler (« Notice biographique ») et Carl Friedrich Cramer (« Anecdotes sur W.G.Mozart »), elles-mêmes traductions de textes originaux allemands, accordent plus d'importance aux indications de lieux qu'aux précisions de temps et privilégient les témoignages, souvent indirects, qui peu important leur authenticité, « contribuent à l'édification du génie de Mozart, et même à la sacralisation de son talent ». Sous la plume d'un Stendhal, un peu plus tard, Mozart n'est-il pas représenté comme l'être élu ?