Le titre sollicite à la fois l’histoire de l’art et la musicologie, et porte sur la longue durée. Il implique, en fait, la « première œuvre », au sens de premier aboutissement déjà annonciateur d’un avenir (peut-être prometteur). Elle est donc tributaire d’une identité esthétique. Ces 23 études, publiées avec soin sous la direction de deux historiens de l’art et d’un musicologue, gravitent autour du « rôle crucial que joue la première œuvre [aboutie] dans les stratégies de carrière des musiciens et artistes ».

Elles résument les préoccupations agitées lors d’un Colloque international et pluridisciplinaire. Cette vaste confrontation lance une problématique assez neuve, et soulève de nouvelles perspectives à partir de cas de figure liés à la difficulté même de définir « la première œuvre », de dégager ses contextes, d’examiner la diversité des sujets et — dans la longue durée — de mesurer la potentialité créatrice de l’artiste. La première partie, placée sous l’angle historiographique par rapport aux partis pris culturels et aux écrits et catalogues, est relative à Franz Liszt, Claude Monet, les mouvements d’avant-garde, et soulève divers problèmes à propos de l’identité créatrice convergeant vers l’interrogation suivante : « la première œuvre du génie musical : une clé ? ». La deuxième partie fait appel à la théorie de la réception (Rezeptionstheorie) et aux diverses situations attestant l’assimilation de nouveautés artistiques, par exemple : dans l’enluminure, l’architecture, les Grands Prix de l’Académie Royale d’Architecture. Nos lecteurs seront attentifs aux compositions musicales françaises aux XVIIe et XVIIIe siècles, au genre de l’Opéra comique en France pendant la Révolution. La troisième partie, dans la sphère de Mozart, Beethoven, Prokoviev, J. Turina, Martial Solal (jazzman), Xenakis et György Kurtag, intéressera plus particulièrement les musicologues et esthéticiens.

 

Ce livre si dense (dont l’apport ne peut être signalé que succinctement dans ce cadre) a le mérite de soulever, dans une optique interdisciplinaire, de nombreux points relatifs à l’historiographie, au phénomène de la création artistique et musicale, à la taxinomie en tenant compte à la fois de sa perception cognitive et de sa réception esthétique dans l’immédiat et par la postérité. Il met donc en relief les incidences, la fortune et la survie de la « première œuvre ». Que de spéculations insoupçonnées à l’actif de la Collection « Art et Société » (architecture, peinture, musique) pour dégager la première touche géniale d’une œuvre et l’actualité créatrice à une époque donnée.