Le saxophone — au départ instrument privilégié par les musiques militaires, populaires, les harmonies municipales, les fanfares dans les villages et par l'Orchestre de la Garde Républicaine — s'est ensuite imposé grâce à l'évolution de sa facture entraînant des progrès dans la technique et l'élargissement du répertoire (d'abord lié à l'exotisme). Il est associé à l'orchestre classique vers le milieu du XIXe siècle.

La venue du jazz en France vers 1920 fait aussi appel à la famille des saxophones lancée par le facteur Adolf Sax (1814-1894). Progressivement, les saxophonistes s'adapteront à tous les genres musicaux. Depuis 1942, à l'initiative de son directeur Claude Delvincourt, le saxophone est enseigné officiellement à Paris au Conservatoire National, et l'école française, très appréciée, jouit d'un grand prestige. En fait, son enseignement aux « élèves militaires », existait déjà au « Gymnase militaire » — considéré à l'époque comme une annexe du Conservatoire de Paris —, mais il avait été supprimé en 1856.

Pascal Terrien, universitaire, interprète et enseignant, a dirigé cette publication comprenant un Avant-Propos de Bruno Mantovani, directeur du CNSMDP et une Préface de Serge Cyferstein, responsable du Département de Pédagogie dans cette institution, qui affirme que : « La capacité des enseignants musiciens à interroger leur pratique dans son contexte historique, social, culturel et bien sûr éducatif et pédagogique sera une nécessité absolue pour leur permettre de peser sur cette nouvelle inflexion » (p. 8). Ce livre se situant dans ces perspectives relève d'une méthodologie originale. Il a pour point de départ l'examen et la comparaison des méthodes publiées en France pendant près d'un siècle. Dans le cadre des « Cours de science de l'éducation », six auteurs saxophonistes expérimentés et, pour conclure, Pascal Terrien livrent le résultat de leurs recherches pédagogiques et didactiques, après avoir constitué et examiné un imposant catalogue de méthodes.

Ce livre se démarque ainsi de celui de Jean-Marie Londeix : 125 ans de musique pour saxophone (Paris, A. Leduc, 1/1971) mettant davantage l'accent sur le répertoire. Il est complété par un classement typologique des Méthodes et une très imposante Bibliographie. Il souligne les partis-pris des auteurs de méthodes, la proximité de l'instrument avec la clarinette ainsi que la voix chantée, la carrière et le devenir officiel de l'instrument. À juste titre, Pascal Terrien affirme que « Les méthodes de saxophone entre 1846 et 1942 sont les témoins des conduites sociales des musiciens, des '' rendez-vous manqués '' avec l'instrument et l'histoire de la musique, des paradoxes qui déchirent l'enseignement musical. Ce travail ne vaut que pour ce qu'il révèle méthodologiquement et la réflexion qu'il peut susciter parmi les musiciens-enseignants de chaque discipline. » (p. 252).