Marc-Mathieu Münch, Professeur émérite de littérature générale et comparée à l'Université de Lorraine, et mélomane averti, depuis sa découverte de l'invariant de l'effet de vie, poursuit inlassablement ses recherches. Dans ce nouvel ouvrage, après tant d'auteurs dans le sillage de Baudelaire, il tente de définir la beauté artistique, démarche certes indispensable mais quasi impossible.

Il constate que toutes les Sciences humaines sont progressivement issues de la Philosophie et, dans une brève rétrospective, évoque l'apport de la philosophie occidentale (tentatives de Roman Ingarden, Nelson Goodman et Rainer Rochlitz…) en vue d'une Science humaine de l'art, puis l'apport de Claude Lévi Strauss. Il nous a rappelé récemment que, lors de Colloques internationaux,  il a été « encouragé à élargir le débat aux arts plastiques et à la musique, ceci dans le prolongement de ses spéculations sur l'invariant mondial de l'effet de vie, selon lequel une œuvre est réussie lorsqu'elle est capable de créer un effet de vie par le jeu cohérent des formes et des matériaux ».

 

Au fil du temps, — après sa contribution au livre sur L'Esthétique de l'Effet de vie. Perspectives interdisciplinaires (Paris, L'Harmattan, 2012) —, sa démarche originale s'est affirmée avec ce n°30 de la Collection Essais, au point de pouvoir lancer une nouvelle discipline : l'ARTOLOGIE (de art et logos), « fondée sur la parole des artistes et sur ce qu'ils en disent au sens large », d'après le modèle de toutes les autres sciences se réclamant du logos. Et c'est précisément l'effet de vie qui « permet d'exploiter et de définir la spécificité du phénomène art en tant que tel. » Marc-Matthieu Münch évoque ainsi sa démarche : « J'ai donc passé ma vie à comparer tout ce que les artistes [les écrivains] ont dit de leur art, du moins ce qu'on peut en lire posément en un demi-siècle de travail. Je me suis efforcé de bien distinguer ce qui concerne un style d'époque, ce qui revient à un génie particulier, ce qui caractérise une famille d'esprit ou un goût spécifique,tout en mettant à part ce qui semblait anthropologique » (p. 101-102).

 

L'auteur a réussi à dégager les corollaires de l'effet de vie sous six aspects : 1. le matériau incitatif, 2. le jeu créateur, 3. la forme vive, 4. la plurivalence, 5. l'ouverture, et 6. la cohérence. Il en arrive à constater que, en art : « le singulier mène au pluriel, et le pluriel ramène au singulier. Sous l'impressionnante diversité des fonctions attribuées à l'art gît la fonction-source de l'effet de vie lui-même ». Quant à l'art, il « est un phénomène humain interactif reliant un créateur, un objet et un récepteur en vue d'un but spécifique ».  Les perspectives de l'« artologie », discipline se rattachant aux Sciences humaines et à l'Art en particulier, sont vastes ; elles permettent de définir la spécificité du phénomène art en tant que tel grâce à la notion d'effet de vie. Dépassant déjà son sous-titre : Prolégomènes pour une artologie future, cette publication ouvre largement la voie à de nouvelles perspectives très prometteuses : de quoi réfléchir et à suivre avec le plus vif intérêt.