Imprimer
Catégorie : Livres

Le sous-titre, qui pourrait intriguer les lecteurs, rappelle que « vingt siècles sépareront les guerriers de l'Arverne gauloise déferlant furieusement sur le Romain, de la création de la Marche Lorraine par le petit père Ganne, comme on surnomme affectueusement l'homme si peu militaire d'aspect ou de disposition. » (4e page de couverture). Pour présenter Louis Ganne (1862-1923) — dont le nom en gaulois de la région signifie Chef —, Élisabeth-Marie Ganne, qui n'a pas connu son grand-père, a judicieusement puisé dans les sources d'archives : correspondances, témoignages d'époque, souvenirs relatés par son père et manuscrits conservés à la Bibliothèque de l'Opéra.

 

En 12 chapitres allant de son Entrée dans la vie jusqu'à La dernière Aubade, accompagnés d'une Généalogie, d'un imposant Catalogue Louis Ganne, et d'une iconographie significative (photos, acteurs, programmes, pages de titre, affiches), l'auteur fait revivre ce personnage hors du commun dans le cadre de ses multiples activités ; elle brosse un vivant tableau psychologique et le rend très présent. Elle évoque la vie du jeune orphelin dans le bocage bourbonnais, la Guerre de 1870, son entrée au Conservatoire où il suit notamment les cours d'harmonie de Théodore Dubois, de composition de Jules Massenet, sera l'élève de César Franck et commencera à diriger la Société France Fanfare, à composer, à enseigner l'orgue et à donner des « concerts de brasserie ». La chanson Père la Victoire, marquant un tournant dans sa carrière, aboutira en 1892 à la Marche lorraine (En passant par la Lorraine avec mes sabots…) qui connaîtra une immense popularité : preuves de son engagement patriotique. Il dirigera également le Nouveau Théâtre, rue Blanche, composera des œuvres lyriques, par exemple: Phryné, La Princesse au Sabbat (1899), Les Saltimbanques, Hans le Joueur de flûte (1905/6)… De 1902 à 1904, il est Président de la SACEM où, ardent défenseur de la musique française, il rencontre de nombreux compositeurs et éditeurs ; en 1905, il fonde l'Orchestre Ganne  à Monte-Carlo. Il meurt à Paris, le 13 juillet 1923. Écrite en un style enlevé et d'une plume alerte, cette monographie situe le lecteur dans le monde artistique du dernier quart du XIXe et du premier quart du XXe siècle. Élisabeth-Marie Ganne a le mérite d'avoir rectifié de nombreuses erreurs et fausses légendes, de poser des questions si pertinentes que le lecteur voudra immédiatement en savoir davantage, et de présenter de façon si vivante ce « petit monsieur français vif-argent tout droit sorti du monde agité du spectacle ». À lire d'un seul tenant.