« J'ai passé toute ma vie dans la lumière de tes yeux », résumait le compositeur Alain Bancquart dans une lettre adressée à son épouse et poétesse Marie-Claire décédée en 2019. 1950 Alain Bancquart, alors tout jeune violoniste préparant le Conservatoire, assiste à une conférence sur Bartok donnée par Louis Saguer, chef de la chorale populaire de Paris, qui « savait tout, parlait 7 langues et pouvait déchiffrer au piano n'importe quelle partition » qui l'a introduit dans ce milieu musical. Une habilleuse (Marie-Claire) l'aide à se travestir pour participer à des représentations de Médée d'Euripide dans la cour de la Sorbonne. A. Saguer a chargé A. B. d'apprendre la partition aux choristes. Finalement, Marie-Claire et Alain se fiancent. Ils sont tous deux au début de leurs études, M.-Claire, au bagage culturel plus élaboré, manifestant un talent de pédagogue et une grande générosité non démentié au fil des décennies. L'hommage au « grand poète, grand romancier » Jacques Stephen Alexis, alors jeune homme avec qui Alain et son grand frère Marc passèrent d'enrichissantes soirées, est mentionnée. Marie-Claire préparait le concours d'entrée à l'École Normale Supérieure qu'elle intègre en 1953, alors que Alain abandonnait le violon et un professeur imbu pour l'alto. Par commodité, résidant à la Cité Universitaire avec comme coturne le futur ethnomusicologue israélien Simha Arom (alors élève en cor). Comme beaucoup d'étudiants, de gauche, les figures de Marx et de Staline étaient tutélaires, jusqu'à la découverte de la vraie nature du tyran soviétique et la fin d'un engagement aussi poussé qu'aveugle. La rencontre de l'auteur avec Iannis Xenakis, jeune architecte fraîchement débarqué de sa Grèce natale, manifestement musicalement vierge heureux de découvrir toutes les possibilités sonores de l'alto avec A.B. Vacances studieuses au Lac de Saint-Point : premiers essais poétique de Marie-Claire dans une pièce, munie de boules Quies pour échapper aux sons imposés par l'altiste dans la pièce d'à côté... En 1955, mariage de précaution avant le concours de l'Agrégation pour éviter d'avoir à partir en Algérie si M.-Cl. est reçue parmi les dernières du classement ; en fait, son rang (4e) rendait leur mariage « inutile »... Les pages suivantes développent les détails de leur vie active : elle rejoint le CNRS, passe sa thèse et constitue progressivement son corpus poétique ; un premier roman : Le temps immobile paraît (en 1960) ; il suit la classe de Darius Milhaud qui le soutient. Pour la première fois, une des pièces de A.B. son Concerto est interprété (par Jean-Claude Éloy) au Grand Casino de Vichy... La suite, tout aussi pleine d'anecdotes et de détails intéressants, à continuer par la lecture de ce drôle de petit format attachant, aux pages couvertes de gros caractères, qui effeuille les presque trois quarts de siècle de vie commune, rapportés par l'époux-musicien.
Édith WEBER
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