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Catégorie : Autres

Un peu avant Brive, vous quittez l'autoroute, vous traversez Alassac, vous continuez la route sur quelques kilomètres, vous traversez un joli pont ancien qui enjambe la Vézère et vous arrivez au Saillant. Là dans les anciens communs de ce charmant château a été aménagée une salle de concert : c'est l'un des sanctuaires du Festival de la Vézère qui chaque été, irradie de musique cette Corrèze profonde. La salle est comble de spectateurs locaux et de vacanciers, venus écouter une Schubertiade en cette fin de mois d'août. Le lieu se prête bien à ce genre de réunion, telle que les voulait Schubert, on se sent plus entre amis qu'au spectacle. Et la musique que nous sommes venus entendre, celle de Schubert évidemment, a le pouvoir étonnant de faire planer sur l'auditoire comme une espèce de fraternité, un mystère qui ne se résoudra que dans le plaisir absolu d'avoir écouté quelques œuvres inoubliables.

 

 

 

 

Si l'Arpeggione, cet  instrument entre violoncelle et  guitare a disparu, car très difficile à jouer, la Sonate Arpeggione est restée un classique de Schubert. Un classique de l'émotion devrait-on ajouter tellement les attaques, les reprises de thème et les variations sont d'une pureté et d'une subtilité qui pénètrent le cœur et l'âme. Autant dire que les interprètes doivent plus vivre cette musique qu'en restituer simplement la partition. Le duo Denis Pascal – Marie-Paule Milone prend du plaisir à jouer, l'émotion est immédiate, elle dure jusqu'à la fin et rien ne la gâche, pas même ce papier de bonbon qu'une spectatrice s'obstine à déplier. Malgré son titre bucolique, « Le Pâtre sur le rocher » est une pièce de salon qui trouve parfaitement sa place dans cette Schubertiade. Lied pour soprano, clarinette et piano, il fut commandé à Schubert par une amie cantatrice pour exprimer un large éventail de sentiments. Voilà qui convient exactement à Camille Poul, une jeune soprano qui nous révèle avec quatre Lieder, une voix splendide et une belle élégance, puissante au timbre chaleureux et varié qu'on aura certainement l'occasion de réentendre dans des grandes œuvres et de grands rôles, de Mozart à Poulenc. Avec Le Lied « Le Pâtre  sur le rocher », entre la clarinette et la voix un jeu virtuose s'établit avec une rare délicatesse et la clarinette double le chant quand elle ne le précède pas. Les pianissimos et la belle sonorité d'Amaury Viduvier sont à l'image des petits vertiges de l'escalade du berger dans les rochers, des aigus parfaits de la voix de Camille Poul aux graves de la clarinette. Beaux sursauts d'un vrai romantisme. 

 

 

Dans le Troisième Impromptu, on ne reprochera pas à Denis Pascal cette tendance à l'épanchement romantique si fréquent dans cette œuvre. Il la joue simplement, fidèlement et les incursions de ses graves parmi les arpèges sont riches et font de cette pièce l'invitation à la rêverie telle que la voulait Schubert. Avec le Notturno pour violon, violoncelle et piano et le Trio en mi bémol majeur Schubert atteint les sommets de sa musique de chambre. D'ailleurs les cinéastes, de Stanley Kubrik à Michael  Haneke ne se sont pas privés de puiser dans ces morceaux pour illustrer leurs films. Le violon d'Alexandre Pascal vient planer sur le trio, l'ensemble est homogène, l'alternance entre le mineur sombre, le majeur rayonnant et l'éternelle relance entre les instruments fait chanter la poésie avant de mourir dans un souffle proche de la détresse. Il s'agit des dernières œuvres de Schubert déjà très malade. A propos de cette soirée, parlons de convivialité : le lieu est beau, il fait parfaitement sonner la musique. Il faut espérer qu'un festival comme celui-ci, au programme mêlant concerts et opéras, ait les moyens de perdurer longtemps encore. La musique a besoin de s'ancrer partout dans la terre de France.