Le dénominateur commun entre le hongrois Franz LISZT (1811-1886) et le russe Modeste MOUSSORGSKI (1839-1881), contemporains, est évidemment leur atavisme slave, leur esthétique romantique, leur expression dramatique, bien qu’appartenant à deux écoles nationales différentes et — sur le plan pianistique — leur virtuosité. La jeune japonaise Yuki Kondo (née en 1984) ayant reçu en cadeau un mini piano, s’intéresse à ce jouet d’enfant et sera formée, dès l’âge de 4 ans, par Junko Nakane, ainsi qu’en improvisation et en composition, puis elle se perfectionnera à l’Université Nationale des Beaux-Arts et de la Musique de Tokyo, puis au CNR de Paris et à la Schola Cantorum.
Son programme, placé sous le double signe de la haute technicité pianistique et de la transcendance, est redoutable. Les œuvres (20 plages) sont présentées et analysées avec citations musicales par Lionel Pons qui met aussi l’accent sur le renouveau de l’écriture pianistique au XIXe siècle : c’est ce qui ressort de La Campanella et de la Danse des Morts (Totentanz) avec la citation martelée du thème du Dies irae, encore suivie par 2 Rhapsodies (espagnole avec des traits perlés, hongroise faisant appel à la virtuosité) de Fr. LISZT.


Dans la version intégrale des Tableaux d’une Exposition de M. Moussorgski, Yuki Kondo réussit à merveille à dépeindre les atmosphères si variées au fil du « trajet » d’un tableau à l’autre, notamment Le Marché de Limoges (pl. 16), très volubile et joyeux, traduisant le cri des marchands ; Catacombae, Sepulchrum romanum (pl. 17), assez proche des harmonies lisztiennes ; Baba-Yaga (pl. 19), affreuse sorcière des Contes russes, vivant dans sa cabane sur des pattes de poules, baignant dans l’angoisse et l’hallucination. La Grande Porte de Kiev marque le point culminant, avec douceur, ferveur populaire et allégresse des cloches reliés par le thème de la promenade. Projet artistique, démonstration et objectifs remplis par cette inégalable pianiste japonaise : confrontation convaincante.
Édith Weber
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