Les nostalgiques des critères traditionnels d’interprétation — s’interrogeant sur le dilemme : orchestre symphonique du XIXe siècle ou orchestre « de poche » (de chambre) — pourront confronter les deux conceptions différentes de Peter Stangel (cf. recension supra) et de Philippe Jordan. Autrement dit : d’un côté, le modeste Taschen Philharmoniker Orchester ; de l’autre : les imposants Wiener Symphoniker, orchestre fondé en 1900 par Ferdinand Löwe, entre autres dirigé par Herbert von Karajan... Se produisant dans le monde entier, il est actuellement placé sous la baguette du chef suisse Philippe Jordan (né à Zurich en 1974), le fils d’Armin Jordan. Il a fait partie des Zürcher Sängerknaben (Petits Chanteurs de Zurich), obtenu le diplôme de professeur de piano décerné par le Conservatoire de sa ville natale. Il a été successivement maître de chapelle et assistant au Théâtre d’Ulm et de Daniel Barenboïm à l’Opéra de Berlin, puis directeur musical de l’Opéra et de l’Orchestre Philharmonique de Graz jusqu’en 2004. Il est très sollicité sur le plan international.



Les discophiles peuvent se livrer à une audition comparative entre la version de poche et la version classico-romantique des Symphonies 4 et 5. La 4e Symphonie, en Si

b Majeur (op. 60), créée en 1807 à Vienne, plus enjouée que passionnée, frappe par sa vivacité. Le 1er mouvement : Adagio Allegro vivace en Si b Majeur, à 4/4 : bénéficie d’une introduction lente et très développée, puis l’Allegro vivace traduit la gaîté et se termine en faisant alterner fortissimo / pianissimo avec trémolos de timbale aux basses. Le 2e : Adagio, en Mi b Majeur à 3/4, est imprégné de tendresse. Beethoven accorde une grande importance aux bois et aux cors. Le 3e : Allegro vivace en Si b Majeur à 3/4, se présente comme un scherzo, dans un trio un poco meno allegro confié aux bois et aux cors, avec réponses en écho des premiers violons et se termine en force. Le 4e : Allegro ma non troppo, en Si b Majeur à 2/4, frappe par sa légèreté et un trait rapide aux violons. Beethoven fait appel à une arabesque ornementale, à un court développement, puis à la coda. Le mouvement se termine fortissimo sur une gamme, avec des dissonances assez brutales. Ces détails ressortent davantage, semble-t-il, dans cette version que dans celle « de poche ».

Quant à la 5e Symphonie en ut mineur (op. 67), achevée en 1808, dans laquelle le « destin » frappe davantage et produit un choc émotionnel plus grand que dans la version de poche qui, en revanche, bénéficie de la transparence. Dans le 1er mouvement : Allegro con brio, en ut mineur, à 2/4, le thème initial rythmiquement très marqué et éclatant (clarinettes, cordes), sera très largement développé et une conclusion fortissimo. Dans le 2e : Andante con moto en La b majeur, à 3/8, un thème plus serein dolce, confié aux altos et violoncelles, donne lieu à des variations et à la réaffirmation du thème initial. Le 3e : Allegro en ut mineur, à 3/4 : se présente comme une interrogation des violons et altos, puis des bois, avec reprise du « thème du destin ». Le 4e : Allegro en Ut majeur à 2/2 est très développé, avec retour énergique du premier thème du finale aboutissant à un accord parfait d’Ut majeur. Bien entendu, le rythme prévaut aussi bien dans la version d’origine que dans l’adaptation et l’approche de Peter Stangel. Question d’atavisme.
Édith Weber