Aussi inattendue qu’instructive, cette version des 9 Symphonies de BEETHOVEN conçue par Peter Stangel pour un orchestre très réduit (« de poche ») propose une nouvelle approche, une nouvelle écoute, une autre compréhension au bénéfice de la transparence : autrement dit une re-découverte en première mondiale. Le « plus petit orchestre au monde », fondé en 2006 par Peter Stangel, son chef actuel, réunit entre 12 et 19 musiciens, ce qui permet de conférer une très grande clarté à l’audition et de percevoir autrement ces Symphonies souvent galvaudées. Enregistrées entre 2012 et 2017, leur écoute exige une adaptation et un ajustement de l’oreille.



À titre d’exemples, la VIe Symphonie (Pastorale) est interprétée par 11 instruments, avec adjonction d’une timbale pour l’orage. La VIIe bénéficie d’un arrangement convaincant. La VIIIe se distingue par un certain humour qui échappe à l’orchestration lourde traditionnelle, en usage en Allemagne au XIXe siècle. Quant à la IXe — loin d’être massive, selon les intentions de Beethoven —, cette version enregistrée en direct pourrait surprendre quelques puristes, mais elle n’en reste pas moins énergique,

car le chef a sélectionné des instruments aux effets sonores puissants avec une participation vocale limitée dépassant, dans ce cas, les dimensions d’une formation « de poche » pour atteindre celles d’un orchestre de chambre (11 cordes, presque autant de vents que dans l’original, un nombre réduit de cuivres et un chœur de chambre d’une vingtaine de choristes avec 4 solistes).

Cette conception d’un « orchestre de chambre-symphonique » à la fois osée, audacieuse et très neuve, ne pouvait être tentée et réussie que par un chef expérimenté. En effet, Peter Stangel, né en Tchécoslovaquie, installé à Hanovre, ayant étudié à Wurzbourg dès 1989, a rempli les fonctions de maître de chapelle, répétiteur, chef invité (Opéras de Saint-Gall puis d’Amsterdam), directeur musical de l’Orchestre Philharmonique Max Bruch. Il est également compositeur et un pédagogue avisé spécialiste des jeunes auditeurs ainsi que lauréat de nombreux Prix internationaux.

Ces diverses pratiques et qualifications multiples lui ont permis de se lancer dans cette aventure d’orchestre de chambre « de poche » relayant l’orchestre symphonique de masse traditionnel. Ce qui, au départ, aurait pu être une gageure ou un défi, s’avère une réussite du genre. Le « plus petit orchestre du monde » permet donc une perception et une meilleure compréhension de ces 9 Symphonies. Exploration à ne pas manquer.
Édith Weber