Voici donc le premier disque en solo de Jean-Paul Gasparian, dont nous avons fait le portrait dans notre lettre 116 de juillet 2017. Ce CD comprend les Études-Tableaux op. 39 de Serge Rachmaninov, la Sonate pour piano n° 2 op. 19 et les Trois Études op. 65 d’Alexandre Scriabine, et la Sonate pour piano n°2 en ré mineur op. 14 de Serge Prokofiev. J.P. Gasparian nous offre de ces quatre œuvres une interprétation remarquable à tous égards. Pas un instant l’intérêt ne faiblit tant la lecture qui nous est proposée revêt une tranquille évidence. Ce qui frappe au premier abord, c’est la lisibilité du discours. Le pianiste excelle dans la différenciation des timbres qui permettent une distinction parfaite et une caractérisation des différents plans sonores. On pourra s’en rendre compte en particulier dès la deuxième Étude tableau : Lento assai. Mais cette lisibilité parfaite se retrouve tout au long de ce disque.

On appréciera particulièrement le grand équilibre qui préside à l’ensemble : nul excès, nulle faute de goût, ce qui n’empêche pas une interprétation dans laquelle la passion est toujours présente, mais une passion maîtrisée, intériorisée. Intériorité : c’est peut-être le qualificatif qui conviendrait le mieux à cette interprétation. On sent dans

chaque pièce une profonde compréhension du caractère de chacune : le pianiste a su caractériser l’univers mental et sonore de compositeurs quasi contemporains mais au paysage intérieur si différent. Bref, on ne peut que recommander l’écoute de ce disque d’un musicien certes jeune mais dont la maturité éclate dans ses interprétations. Ajoutons un mot sur le piano, un Steinway D-274, remarquablement préparé et accordé par le facteur Pierre Fenouillat : ce très bel instrument permet à Jean-Paul Gasparian de montrer toutes les couleurs si diverses de son jeu : les basses profondes, les aigus cristallins, les timbres si variés… On oublie trop souvent ces merveilleux artisans qui permettent aux musiciens d’exprimer librement tout le meilleur d’eux-mêmes.
Daniel Blackstone