Maurice RAVEL : L'Enfant et les sortilèges.  Ma Mère l'Oye.  Magdalena Kozena, Annick Massis, Sophie Koch, Nathalie Stutzmann, François Le Roux, José van Dam, Jean-Paul Fouchécourt, Mojca Erdmann.  Berliner Philharmoniker, dir. Sir Simon Rattle.  EMI : 2 64197 2.  TT : 72'58.

Il est difficile de penser meilleure distribution que celle assemblée par Simon Rattle pour son enregistrement de L'Enfant et les sortilèges. Sur le beau texte de Colette, Ravel a écrit une de ses partitions les plus attachantes, d'une fantaisie tout en finesse : une délicieuse histoire de gosse malappris qui casse tout, mais se rachète au point que toutes ses « victimes », objets et animaux, vont chercher à le sauver.  Un tel sujet avait de quoi séduire le musicien qui aimait tant le monde de l'enfance, les objets aussi, de minuscule taille de préférence, à en juger par ceux qui habitent son domicile de Montfort-l'Amaury, aux dimensions de maison de poupée. La musique est un chef-d'œuvre de délicatesse, en même temps d'une réelle profondeur.  Familier de la

pièce qu'il dirigea naguère à Glyndebourne, Rattle en fait ressortir le merveilleux, grâce à une approche qui ne lésine pas sur les couleurs chatoyantes d'une orchestration mirifique.  Les musiciens du Berliner dispensent des foisons de perles sonores, telle la flûte enlaçant la voix éthérée de la Princesse, et un vrai son gallique.  Ces adorables saynètes trouvent la juste atmosphère comme des accents vrais chez les chanteurs aux multiples incarnations, dont la palme revient à Sophie Koch.  Magdalena Kozena, l'Enfant, est tour à tour espiègle, naïve dans la découverte de la nature merveilleuse, pétrie d'émotion. Le « duo miaulé » est inénarrable de drôlerie.  Seul le tableau de « l'Arithmétique » reste en deçà.  Il n'est que d'écouter le piquant d'un Michel Sénéchal dans la version de Lorin Maazel - une référence gravée en 1959 - pour mesurer ce que le beau chant français peut avoir de naturel.  Complément idéal, Ma mère L'Oye trouve là encore une exécution d'un incomparable raffinement.  Bien que le tempo soit très lent, on ne résiste pas à un tel fini instrumental.