Henri DUTILLEUX : Symphonie n°1.  Bohuslav MARTINŮ : Symphonie n°4.  Orchestre de la Suisse romande, dir. Ernest Ansermet.  Enregistrements de 1956 et 1966.  Cascavelle (Distr. Abeille Musique) : VEL 3127.  TT : 67'.

Fondateur et directeur de l'Orchestre de la Suisse romande pendant quelque 50 ans, Ernest Ansermet est de ces chefs d'exception qui ont marqué le XXe siècle d'une empreinte définitive.  Acteur de la vie musicale européenne, il a été l'ami de nombreux compositeurs dont il se fera un devoir de défendre les créations. Il sera le premier à introduire en Suisse la musique d’Henri Dutilleux, dont il donnera la première audition de la Première symphonie. Créée à Aix en 1952, celle-ci contient déjà ce qui façonnera le langage si personnel de son auteur, un univers sonore souvent mirifique où le rythme a toute sa place, sans être envahissant.  Le mystère de la passacaille initiale laisse place à un scherzo vivace, sorte de concerto grosso pour cordes, bien

animé, qui fait penser à Honegger de par son sens de l'urgence.  L'intermezzo lento crée une belle diversion de par la mélodie des cordes dont se détachent des instruments insolites comme le saxophone.  Le finale con variazioni est exubérant avec ses conglomérats sonores en pierreries, et adopte un style motorique, avant que l'œuvre ne s'achève dans la sérénité.  Ansermet est ici l'ardent serviteur d'une pièce passionnante.  Bohuslav Martinů se tourna vers le chef suisse plusieurs fois pour retrouver l'audience qui n'était pas toujours à la hauteur de ses espérances. Sa Quatrième symphonie, de 1945, offre une monde lumineux, brillant, extrêmement mobile dans les deux premiers mouvements.  Le scherzo fait penser à une chevauchée qu'entrecoupe un trio en forme de mélodie tchèque. Le largo se fait plus introspectif et prodigue des sonorités étranges. D'abord dramatique, le finale voit vite revenir le climat optimiste des débuts de l'œuvre.  Il s'achèvera dans « l'agitation d'une cavalcade joyeuse » (Guy Erismann).  Là encore, la conviction d'Ansermet et son art suprême du phrasé donnent à cette pièce sa belle saveur.