La carrière aventureuse de Johann NepomuckLa carrière aventureuse de Johann Nepomuck

Maelzel et son rôle dans la création duMaelzel et son rôle dans la création du

MétronomeMétronome

Paul Charbon.

Ratisbonne, en allemand Regensburg, a conservé jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, son statut de ville libre du Saint-Empire. Au confluent de la Regen – qui lui a donné son nom – et du Danube, s'élèvent les hautes silhouettes de ses maisons étroites à l'italienne. Ses activités florissantes y ont fixé un artisanat d'art. Johann Nepomuck Maelzel, facteur d'orgues, fait partie de ces "artistes" comme on disait à l'époque. Marié avec Anna Katharina Ferstl, son premier fils né le 15 novembre 1768, porte les mêmes prénoms que lui. Son parrain est le baron von Francken. Est-ce un commanditaire, un protecteur ?

Mais le petit Johann ne survit pas, et le 16 août 1772 est baptisé à la cathédrale Saint-Ulrich un nouveau Johann Nepomuck, né sans doute la veille. Il a pour parrain le peintre Matthias Schiffer. (1) On ne sait rien sur l'éducation que l'enfant reçoit, si ce n'est qu'il apprend très jeune le violon et le piano.

Dans l'ambiance de l'atelier paternel, ses aspirations le tournent naturellement vers la construction d'instruments de musique. Le 27 mars 1783, un petit frère Leonhard Rupert vient compléter la famille.

Ses débuts dans la musique mécanique.

Johann à 14 ans est un pianiste accompli. À partir de 1788, il donne même des leçons sur cet instrument. (2)

Deux ans plus tard, il quitte sa maison natale bavaroise, pour un voyage d'initiation chez les principaux horlogers spécialisés dans la construction des pendules à musique. Il peut faire face aux frais entraînés par ses déplacements entre Prague, Leipzig, Dresde et Berlin, grâce à l'appui de deux protecteurs : von Iskeles et le baron von Arnstein. Les Maelzel continuent donc à rechercher et à obtenir l'appui des milieux de la noblesse.

Avant d'aller plus loin, il est nécessaire de donner quelques détails sur ce qu'étaient les instruments de musique mécanique à la fin du XVIIIe siècle.

Soulignons d'abord qu'il existait une clientèle de riches amateurs pour ce genre de machines qui justifiait leur fabrication.

Les modèles les plus courants utilisaient un jeu réduit de tuyaux d'orgue ou de véritables instruments à vent, actionnés par une soufflerie. Ces jeux étaient commandés par un cylindre en bois sur lequel étaient plantés des ergots (notes courtes) et des pontets (notes longues). Ce cylindre entraîné dans un mouvement de rotation soulevait avec ses ergots et ses pontets des "touches" qui envoyaient de l'air dans le tuyau correspondant. Le déplacement du rouleau et des soufflets était commandé soit manuellement (manivelle), soit par un moteur d'horlogerie (à ressort ou à contrepoids).

La fabrication de tels instruments réclamait l'intervention de plusieurs types de métiers :

-   un horloger ou un mécanicien de précision, pour le système d'entraînementet les commandes mécaniques

-   un facteur d'orgue pour les tuyaux

-   un ébéniste ou un orfèvre pour l'habillage de l'appareil

-   enfin un "noteur", c'est-à-dire un spécialiste capable de faire reproduire la partition par l'instrument, en répartissant aux bons endroits picots et pontets sur le cylindre.

Grâce à ses connaissances musicales et mécaniques conjuguées, c'est dans cette dernière partie que le jeune Maelzel va faire montre de ses talents.

Après un séjour à Munich, il arrive dans la capitale autrichienne en 1792. Là il fait la connaissance d'un jeune musicien de 22 ans, étranger comme lui puisqu'il vient de Bonn, Ludwig van Beethoven.

L'amitié va bientôt les lier. Beethoven n'hésitera pas écrire en 1795 une lettre de recommandation pour "Herr Menzel", où il vante ses qualités pianistiques. (3) La même année Maelzel souscrit pour deux exemplaires du Trio opus n°1 que Beethoven vient de composer. (4)

Pendant les vingt années qui suivent, Maelzel va faire montre d'un esprit entreprenant et d'un sens commercial développé, créant et vendant de nombreux instruments de musique mécanique. Pour ses productions, il cherche et trouve des clients parmi les nobles qui sont établis à Vienne, ou qui visitent la capitale impériale. C'est ainsi qu'il fournit des pendules à musique au prince de Lichtenstein, au comte Fr. Palfy, au baron Braunecker.

Il n'hésite pas à construire aussi des machines d'une plus grande complexité, souvent combinées avec des automates. Il produit pour le baron von Braun, directeur de l'opéra de la Cour, un tableau représentant le Vésuve  doté d'une musique à double écho.

Mais il ne perd pas de vue la production d'orgues mécaniques dont il améliore les performances en augmentant le nombre de jeux. Ces instruments plus importants, donc plus chers, trouvent cependant preneurs : parmi les acheteurs, les comtes Erdody, Caroly, Illeshazy, le duc Albert de Saxe. L'impératrice Marie-Thérèse elle-même ne peut résister à l'attrait d'un tableau avec un effet d'optique donnant à la scène représentée une profondeur factice, accompagné bien entendu d'un orgue mécanique.

Maelzel réussit même à vendre de ses instruments à des municipalités : Dresde achète une machine avec défilé de trompettes et de timbales, Munich et Wurzbourg, un secrétaire à musique équipé d'un ensemble de trompettes. (5)

Pour la fabrication de la partie musicale de toutes ces machines, il n'est pas exclu que Maelzel ait eu recours au savoir-faire de son père qui, hélas, meurt le 19 juillet 1797, âgé seulement de 56 ans. (1)

Toutes ces productions sont destinées à être utilisées dans des pièces d'appartement au volume limité. Il reste une clientèle à satisfaire: celle des entrepreneurs de spectacles, en particulier des organisateurs d'expositions artistiques dont les Viennois sont très friands. C'est ainsi que le comte Deym, sous le nom passe-partout de Müller, présentait au public depuis 1780, ses collections de peintures et de moulages en plâtre, dans les galeries d'un palais monumental. Il y avait adjoint un instrument de musique mécanique d'une puissance telle qu'il puisse être entendu dans toute l'exposition.

Il y avait donc un débouché pour  de grandes machines, et de fait, apparaissent sur le marché un "Orchestrion" dû à Kunz en 1798, et l'année suivante, un "Apollonion" construit par Völler.

Maelzel se lance alors dans ce genre de réalisation et présente à Vienne en mars

1800, une machine de ce type. Le buffet qui la contient mesure 2,50 mètres de largeur, 1,50 mètres de profondeur, avec une hauteur de 3 mètres. Dans la partie supérieure étaient installées quatre véritables trompettes, un jeu de flûtes à bec actionnées par un double soufflet, un triangle et un ensemble de cordes métalliques frappées par des marteaux. En dessous, la batterie comportait une paire de cymbales, une grosse caisse et une timbale. Le mécanisme était mis en mouvement par un moteur à contrepoids.

Le chroniqueur de l' "Allgemeine musikalische Zeitung" qui rend compte de cette nouveauté ajoute : "J'ai entendu de nombreuses compositions de Haydn, une Ouverture de Mozart et une Aria de Crescentini jouées avec une grande précision, et pour qui n'aurait pas l'instrument sous les yeux, il pourrait imaginer qu'un ensemble de sept à huit musiciens prennent part à ce concert". (6)

Dans le numéro du mois d'août 1800 de la même revue, il est précisé que Maelzel a pu vendre sa machine - orchestre à un noble hongrois pour 3000 gulden. (7) En réalité, soit que cette indication ait caché l'identité du véritable acheteur, soit que le noble hongrois se soit séparé de son instrument, celui-ci deviendra la propriété de l'archiduc Charles d'Autriche.

Pendant l'hiver 1800 - 1801, Maelzel monte un spectacle dans une salle de la Kärntnerstrasse. Il s'agit d'une adaptation des "Quatre Saisons" de Haydn, présentée en une suite de tableaux animés avec des automates et des effets d'optique. Chaque tableau est accompagné d'un texte lu à haute voix et par l'exécution d'une réduction au piano de l'oeuvre originale. Ainsi voyait-on, l'été avec ses orages, tonnerre, éclairs et véritable pluie, ou l'hiver avec ses chutes de neige et une avalanche qui engloutissait un chalet de montagne.  (8)

Apparaît là, pour la première fois un aspect de l'activité de Maelzel qui va devenir, avec les années, sa principale occupation: l'exploitation de spectacles utilisant une attraction originale.

Mais en 1801, d'autres constructeurs exhibent des orchestres mécaniques de très grandes dimensions, dans la capitale autrichienne. Gabrahan de Saint - Petersbourg présente ainsi un orgue construit par ses soins, la partie mécanique étant l'oeuvre de Johann Georg Strasser, un horloger autrichien aidé par son fils. Il pouvait jouer quinze rouleaux différents, consacrés principalement à des oeuvres de Mozart. (9) De son côté, Karl Mechetti annonce un "très grand instrument harmonique" utilisant 12 rouleaux. Son programme reproduisait des oeuvres de Haydn, Mozart, Cimarosa, Paesiello, Veigl, Wranitzky, Süssmayer. (10)

Querelle autour du premier Panharmonicon.

Maelzel se tourne alors lui aussi vers la construction d'un instrument géant, qu'il va nommer Panharmonicon. Mais il semble que ce nom ait déjà été donné à une machine similaire due à un nommé Joseph Gurk.

Pour essayer d'éclaircir ce mystère, transportons-nous à Eisenstadt, au sud de Vienne, lieu où les richissimes princes Esterhazy possèdent le château de Kismarton.

Depuis 1761, Joseph Haydn y assure les fonctions de "Vizekapellmeister", puis de maître de chapelle à part entière, et même d'organiste à partir de 1773.

En 1780, le prince Nicolas - Joseph avait embauché comme bibliothécaire un jeune moine, frère de la Charité, Joseph Niemecz, en religion, père Primitivus. Ce Niemecz s'était non seulement occupé des livres princiers, mais était devenu l'élève de Haydn qui lui avait appris la composition. En 1782, il s'était initié à la notation des rouleaux et avait appliqué son savoir à un petit orgue mécanique pour lequel Haydn avait écrit des partitions originales.

Onze ans plus tard et après trois années de travaux, Niemecz avait construit une pendule à flûtes, comportant un jeu de 29 tuyaux, dont il avait fait don au nom de Haydn, au prince Paul-Antoine en signe de reconnaissance.

En 1795, il s'était adjoint pour l'aider dans ses travaux de bibliothécaire, le jeune Joseph Gurck. Celui-ci, suivant l'exemple de son maître, s'était intéressé à la facture des orgues mécaniques et avait entrepris la réalisation d'une machine de grande dimension.

En 1800, il s'en ouvre à Haydn en lui demandant comment il pourrait baptiser un tel instrument. Ce serait le compositeur qui lui aurait proposé le nom de Panharmonicon.

Gurck l'adopte et lorsque son orgue - orchestre sera terminé fin 1811, il l'exploitera sous cette dénomination. Bien avant cette date, Maelzel avait terminé son premier orgue et l’avait appelé Panharmonicum. Gurck ne paraît pas s’en être offensé. Et lorsque Gurck fort apparemment de sa priorité, présentera sa propre machine sous ce nom, Maelzel ne soulèvera aucune objection. Qu'en conclure ? Il est peu vraisemblable que Maelzel et Gurck se soient ignorés dans ce milieu restreint des fabricants d'instruments de musique mécanique. Certains auteurs pensent même qu'ils ont collaboré à un projet commun, au moins pendant un certain temps. Il est donc bien difficile de déterminer qui a eu le premier l'idée d'utiliser le nom de Panharmonicon.

Avec ou sans Gurck, Maelzel a donc terminé sa machine au printemps 1805, si l'on s'en rapporte à une revue musicale qui annonce que le nouvel instrument joue "l'andante de la Symphonie militaire de Haydn". (11) Grâce aux détails donnés par les journaux, il est possible de décrire précisément ce premier Panharmonicon.

Le buffet dont les dimensions étaient les suivantes: hauteur 3,80 mètres, profondeur 1,90 mètre et largeur 2,20 mètres (12) était orné de draperies vertes et se présentait sous la forme d'un petit théâtre. On apercevait à la place de la scène, au deuxième plan, des tuyaux d'orgue, au premier plan, deux timbales suspendues, séparées par un tambour.

En dessous, le cylindre placé horizontalement et entraîné par un contrepoids, était caché par de nouvelles draperies.

Les 259 jeux étaient répartis entre :

-       96 tuyaux d'orgue ouverts, en bois

-       37 flûtes viennoises

-       13 flûtes traversières avec hanche en laiton

-       12 piccolo

-       16 bassons avec hanche battante

-       38 clarinettes           "

-       36 hautbois              "

-       8 trompettes           "

-       3 cors de chasse     "La batterie était formée par :

-       une grosse caisse avec 2 mailloches

-       deux cymbales

-       un triangle

-       deux timbales

-       un tambour roulant avec 3 baguettes. (13)

Avec une telle composition, le Panharmonicon n'était autre qu'un orchestre d'harmonie mécanique. D'où la spécificité des programmes qu'il pouvait reproduire.

Voici d'ailleurs le titre des 12 rouleaux qui accompagnaient la machine :

-       Ouverture de "La clémence de Titus" de Mozart

-       Quatre marches militaires, avec fanfare qui s'approche peu à peu

-       Final d'une Symphonie de Haydn

-       "Echo" de Cherubini. La partition originale était ainsi titrée : "Air pour le Panharmonicon. L. Cherubini. Paris 1806". Le journaliste qui en avait entendu l'exécution écrit que ce morceau était rendu avec des fines nuances allant du forte au piano.

-       "Pastorale" et un morceau militaire de Pleyel

-       Défilé militaire avec 3 trompettes et timbales composé par Maelzel lui-même - "Symphonie militaire" de Haydn avec, ajoute le journaliste "Musique turque" c'est-à-dire pour l'époque, instruments évoquant une musique guerrière - Ouverture de "Médée" de Cherubini. (5) Un autre article indique,  que "Maelzel l'a très bien adaptée à son instrument malgré des sons graves (fa mineur), cependant le manque de basses importantes et de violons reste sensible à cet endroit". (14)


Parallèlement à la construction de ce géant, Maelzel s'était occupé d'un nouveau spectacle pour le baron von Braun, directeur de l'Opéra de la cour, peut-être dans le cadre d'un spectacle officiel. Il avait imaginé pour le Temple de la nuit situé dans les jardins de Schönau, une machine suspendue au plafond qui projetait l'image d'un ciel étoilé. Un petit orgue mécanique jouait des fantaisies composées par Salieri (5) et une oeuvre originale de Luigi Cherubini "Sonata per l'Organo a Cilindro situato nel Templo della Notte del Giardino di Schönau presso Vienna. Composta da L. Cherubini. L'anno 1805". (15)

On voit que le compositeur florentin installé à Paris était devenu le fournisseur attitré de Maelzel.

En juillet 1806, il réside toujours à Vienne. Mais une revue signale qu'il va partir pour

Paris avec son Panharmonicon qui "ressemble à la machine de Strasser de Saint Petersbourg, mais Strasser n'avait utilisé que des tuyaux d'orgue", alors que Maelzel avait équipé certains jeux de sa machine de véritables instruments de musique. (16)

Arrivé dans la capitale française, il donne quelques concerts en plein air au Champs de Mars pour éveiller la curiosité des parisiens. Puis il organise à partir du 8 mars 1807, des représentations payantes à l'hôtel de Montmorency, rue du Mont - Blanc, chaussée d'Antin. Elles ont lieu tous les jours, la première en début d'après-midi, la seconde en soirée, le programme complet étant présenté par moitié.

Le succès est grand et Maelzel annonce en juillet qu'il donnera dorénavant en matinée et en soirée, le programme dans son intégralité. Il en coûte trois francs pour un demi concert, il faut donc payer six francs pour le programme en son entier.

Un peu plus tard dans l'année, Maelzel change de locaux et s'installe au n°1 de la Cour des Fontaines. Il ouvre sa nouvelle série de concerts le 12 décembre en y ajoutant un morceau inédit "Retour de Zephyr" de Steibelt. (17) A la fin de son séjour, Maelzel vend son Panharmonicon pour la somme de 60.000 francs à l'impératrice Joséphine qui en fait cadeau à son fils, le prince Eugène, vice - roi d'Italie.

L'automate trompettiste.

Maelzel est donc obligé de trouver une autre attraction pour ses spectacles. Voici ce que nous en dit Alfred Chapuis : "Maelzel présenta en 1808 à la "Société d'Encouragement pour l'industrie nationale à Paris", un joueur de trompette : l'instrument retentissait pendant qu'on faisait avancer et reculer l'automate. Cette figure haute de cinq pieds [environ 1,m 60] fut exhibée par son auteur en 1809 à Munich et à Vienne". (18)

Effectivement après son retour à Vienne, Maelzel présente sa nouvelle merveille au théâtre An der Wien, ainsi qu’un meuble secrétaire destiné à l'impératrice des Français (19), que Marcel Brion décrit ainsi : "Il s'agit d'un meuble ordinaire en apparence, mais disposé de telle sorte que quiconque voudrait en ouvrir un tiroir sans avoir manoeuvré le dispositif secret serait immédiatement agrippé par des mains de fer, enserrant ses poignets et l'empêchant de fuir, tandis que l'éclatant tintamarre de ce que les annonces de l'époque appellent "une musique de janissaires" attire la foule autour du délinquant".

(20)

Toujours comme on voit, l'utilisation de  la "musique turque".

Mais revenons à l’automate trompettiste. Dans une première partie du spectacle, l'androïde porte l'uniforme des trompettes du régiment des cuirassiers autrichiens du prince Albert.

Il joue :

-  une marche de la cavalerie autrichienne- des sonneries réglementaires autrichiennes - une marche et un allegro de Weigl.

Pour la seconde partie, l'automate est revêtu de l'uniforme français des dragons de la Garde.

Le programme se poursuit avec :

-  une marche de la cavalerie française

-  une marche de Dussek

-  un allegro de Pleyel

Ces deux derniers morceaux étaient donnés avec accompagnement d'orchestre. (21)

On notera la curieuse juxtaposition d'une présentation d'airs autrichiens, suivie d'équivalents français, à un moment où ces deux pays s'affrontent sur les champs de bataille.

Fétis écrit que ce trompettiste mécanique "par la pureté des sons et la netteté de l'articulation dans les passages les plus compliqués, fut considéré comme un morceau parfait ... L'empereur d'Autriche récompensa les travaux [de Maelzel] en le nommant mécanicien de la cour". (22)

"À cette époque, l'inventeur Maelzel jouissait à Vienne d'une grande popularité grâce à ses poupées mécaniques [allusion sans doute à ces petites scènes d'automates] et à ses appareils de prothèse [membres artificiels pour les infirmes]; il avait inventé des civières pliantes ...". (23)

Maelzel utilise les ateliers de Matthaüs Andreas Stein, facteur de piano-forte à la Rose Rouge n°301 de la Landstrasse, dans un faubour g de Vienne. Sa soeur Nanette Stein avait épousé un autre facteur de pianos nommé Streicher. C'était une grande amie de Beethoven. Maelzel grâce à elle conservait donc des liens avec le compositeur.

Il n'est pas exclu qu'à partir de cette date – et peut-être déjà avant – une part des appareils de Maelzel, ait été construite en collaboration avec Stein. (3)

L'année 1810 est marquée pour les Viennois par un événement insolite : le mariage d'une fille de leur Empereur avec cet autre Empereur qui a bafoué la puissance autrichienne. La cérémonie par procuration a lieu à Vienne le 11 mars 1810. Deux jours après Marie Louise avec sa suite se dirige vers la France.

Maelzel monte à cette occasion un spectacle de rue. Sur le balcon de son appartement donnant sur le Kohlmarkt, il avait installé son trompette. Dans le cadre de la fenêtre, il avait tendu ce que l'on appelait un "écran", c'est-à-dire une toile translucide sur laquelle pouvaient être  projetées des ombres chinoises ou des images de lanterne magique.

Voici comment Marcel Brion, avec un brin d'ironie rapporte le déroulement de ce spectacle : " ... son chef-d'oeuvre, inexplicable, qui inquiéta fort la police et le clergé, fut l'apparition, dans une fenêtre obscure ... du couple impérial, qui surgissait tout à coup, comme s'il avait été vraiment dans la demeure du magicien, saluait le peuple,  ... et disparaissait aussi silencieusement, aussi solennellement qu'il était venu". (20)

Wurzbach nous donne un détail supplémentaire : "Les flots de la population de Vienne pouvait lire à travers un panneau découpé la phrase latine :

                        Tace, Mundus Concors soit traduit :

                        Silence, le monde est uni". (24)

Dans le texte latin, un certain nombre de lettres étaient tracées en majuscule de la manière suivante:

                        TaCe, MVnDVs ConCors.

En classant astucieusement ces lettres, on obtenait :

                        M  DCC  VV soit la date 1810.

Maelzel qui, soulignons-le, était d'origine bavaroise, travaille beaucoup pour les Français. Ainsi lorsqu'en octobre 1811, le prince Eugène en sa qualité de vice roi d'Italie prépare des camps en Lombardie - Vénétie pour contenir une éventuelle avancée autrichienne, il "ne néglige rien ... du côté de l'intendance. Grâce au concours du mécanicien Johann Nepomuck Maelzel ..., il fait aménager des véhicules pour servir d'ambulances et en transforme d'autres pour moudre le grain pendant les marches et faciliter ainsi l'alimentation de la troupe". (25)

Joseph Gurk dont nous avons parlé plus haut, ayant terminé son orgue - orchestre fin 1811, l'exhibe à la foire d'automne de Leipzig, puis le présente au cours de concerts réguliers à Londres.

 

Machine de capacité moyenne, le Panharmonicon de Gurk comporte 210 jeux. A la batterie classique : grosse caisse, caisse normale, cymbales et triangle, Gurk avait adjoint de plus un ensemble de 11 timbres.

Aux présentations à Leipzig, son programme était ainsi composé :

-  L'andante de la "Symphonie militaire" de Haydn

-  L'ouverture de "La clémence de Titus" de Mozart

-  Un rondo extrait du Septuor de Beethoven. (26)

Bien sûr à Londres, chaque concert se terminait sur le "God save the King" ou "Rule Britannia".

Maelzel pour conserver l'avantage doit donc construire une machine plus importante et met en chantier ce qui sera le plus grand orgue - orchestre jamais construit.

Beethoven et l'apparition du Métronome.

C'est à cette époque que Maelzel, grâce à Nanette Stein, apprend la détresse financière dans laquelle Beethoven est alors plongé. Pour essayer de le sortir de cette impasse, il lui propose un voyage en Angleterre avec une série de concerts qu'il dirigerait,

Maelzel se contentant de présenter son trompette automate. (27)

Le compositeur est séduit par le projet. Il écrit à Thomson son éditeur écossais le 29 février 1812 : " ... car je quitterai peut-être ce pays-ci et je me rendrai en Angleterre et puis à puis (sic) à Edimbourg en Écosse, où je me réjouis de faire votre connaissance en personne". (28) Le voyage est prévu pour le printemps suivant. Schindler nous donne à ce moment ce détail: "Monsieur Maelzel fit la promesse au grand musicien de terminer des cornets acoustiques qui lui soient destinés ... [ pour combattre sa surdité]. Peu à peu quatre cornets acoustiques furent terminés, mais Beethoven n'en trouva qu'un d'utilisable". (29)

C'est alors que Maelzel commence à s'intéresser à un appareil capable de maintenir, au moment de l'exécution d'un morceau, le tempo que le compositeur a imaginé en l'écrivant, les indications données jusqu'alors en tête des partitions, grâce à divers adjectifs (le plus souvent en italien), moderato; allegro, presto, n'étant qu'approximatives. De nombreux chercheurs s'étaient déjà penchés sur le problème. Le dernier en date J.B. Stoeckel, chantre à Burg près de Magdebourg, avait dès 1796, mis au point ce que l'on appelait un "chronomètre" destiné à cet usage. Le modèle qu'il avait essayé de lancer en 1800, comportait un balancier de 60 centimètres et les signaux étaient donnés par un marteau frappant une petite cloche. Mais le chronomètre de Stoeckel, malgré de nouvelles améliorations apportées en 1803, n'avait pas rencontré le succès. (30)

Maelzel reprend donc l'idée: "... il s'occupa – nous dit Fétis – du perfectionnement du métronome de Stoeckel dont le volume trop grand lui semblait un obstacle à l'usage ordinaire; mais n'ayant rien trouvé de satisfaisant à cet égard, il profita d'un voyage qu'il fit en Hollande, au commencement de l'année 1812, pour proposer la résolution du problème à Winkel, mécanicien à Amsterdam. Celui-ci le résolut en homme de génie, par le seul déplacement du centre de gravité, pour les diverses nuances de lenteur et de vitesse des vibrations, au moyen d'un poids glissant le long de la tige du balancier." (22)

Fétis anticipe un peu. Ce que Winckel explique à Maelzel ne doit pas convaincre ce dernier, qui voit plutôt une solution en faisant du chronomètre de Stoeckel un appareil plus maniable.

Revenu à Vienne au printemps 1812, il fait construire un prototype à pendule entretenu, marquant le début de chaque temps grâce à un levier qui frappait sur une petite enclume. Le nombre de coups marqués en une minute était au minimum de 48 pour les vitesses lentes et atteignait 116 battements pour les vitesses rapides. (31)

Maelzel montre sa nouvelle production à Salieri, à Weigel et bien entendu à son ami

Beethoven. (32)

Le tic-tac régulier de la petite machine amuse ce dernier. Il improvise un canon sur ce rythme mécanique au cours d'un repas auquel Maelzel participe avec le comte de Brunswick, Stephan von Breuning, et bien d'autres convives de belle humeur qui entonnent ce couplet ironique :

 "Ta ta ta, cher, cher Maelzel

  Ta ta ta vivez bien, très bien

  Ta ta ta découverte du siècle

  Ta ta ta grand, grand métronome  grand métronome". (33) Car Maelzel a baptisé sa "découverte" d'un nom nouveau forgé à partir de deux mots grecs Metros, mesure et  Nomos, loi, un système donc qui donne une règle précise pour mesurer le temps d'une note ou d'un ensemble de notes.

Beethoven ne va pas se contenter de cette aimable plaisanterie. En octobre, il compose sa 8e symphonie en fa majeur dans laquelle "le deuxième mouvement tient la place de l'adagio ou de l'andante traditionnels, délibérément supprimés ici par Beethoven. Le mouvement est tout entier composé sur le thème syllabique du Canon écrit [au printemps]. Tout le mouvement semble destiné à imiter le battement du métronome, ses ratés, le remontage d'un mouvement d'horlogerie en bout de course". (34)

Décidément la petite machine frappeuse de son ami lui occupe l'esprit, et lorsqu'il écrit une lettre à Zmeskall qui avait aussi à son actif un modèle de chronomètre, le traitet-il de "premier batteur de mesure du monde et cela sans levier"! (35)

Mais toutes ces activités ne suffisent pas à Maelzel qui commence à préparer un "Cabinet d'art" dans le style de celui du baron Deym-Müller.

Une revue d'époque donne la liste des oeuvres d'art ainsi réunies : " ... suit les têtes de caractères de Messerschmidt, plus loin une très jolie copie de l'Hébé d'Unterberger et une représentation avec effets d'optiques de l'incendie de Moscou par Scheyrer, qui constitue un véritable diorama. Ensuite une représentation du "Parlement anglais, pendant un discours de Pitt" d'Anton Hickel. On trouve encore dans ce cabinet d'art de Monsieur Maelzel, un tableau peint à l'huile d'Annibal Caracci qui a vécu vers 1400. La scène représente trois personnages: un vieillard lisant un rouleau de papier, plus loin, d'un côté, un homme assis tenant sa main droite levée, de l'autre, une troisième figure dans une attitude curieuse". (36)

Le deuxième Panharmonicon.

Maelzel y expose aussi son trompette mécanique, mais y ajoute deux nouveautés. D'abord un secrétaire de style empire en acajou, oeuvre de l'ébéniste Christian Seyffert

(37), qu'il avait équipé d'un petit orgue mécanique doté de 18 rouleaux, et le Panharmonicon géant enfin terminé.

Une gravure permet d'en connaître l'aspect extérieur. Il était contenu dans un vaste buffet de 3,80 mètres de haut, 1,90 mètres de profondeur et de 2,20 mètres de largeur. Sur le fronton en bois peint en blanc et doré était sculptée une guirlande de feuillage entrecoupée de masques du théâtre antique. Il était soutenu de part et d'autre par deux colonnes à chapiteaux corinthiens. Le panneau qui fermait le bas du meuble était orné d'un Apollon sur un char tiré par deux chevaux. De chaque côté, au pied des colonnes, figuraient deux anges brandissant dans chaque main une trompette droite.

Ce cadre entourait une sorte de petite scène aux draperies blanches et rouges qui laissait apparaître les instruments de la batterie, des cors de chasse et un ensemble de flûtes disposées verticalement.

Le rouleau, caché en dessous par un rideau, pouvait actionner 152 touches faisant intervenir 413 jeux répartis ainsi :

150 flûtes

 5 cors de chasse

150 clarinettes

2 timbales

  40 flageolets

2 cymbales turques


 

Le deuxième

Panharmonicon de

Maelzel (1813), extrait de la "Notice sur l'instrument nommé Panharmonicon" dans "L'Illustration" du 23 mai 1846.

 

30 bassons

 1 triangle

  20 hautbois

 1 caisse roulante

  18 trompettes

1 grosse caisse. (38)

À l'origine, trois rouleaux seulement avaient été notés :

-       L'allegretto de la "Symphonie militaire" de Haydn

-       L'ouverture de "Lodoïska" de Cherubini

-       L'ouverture et un choeur de "Thimothée" de Haendel.

Fin janvier 1813, vient s'y ajouter :

-       un morceau en écho de Cherubini, sans doute une nouvelle utilisation de la partition écrite en 1806.

Au cours de l'automne, un nouveau rouleau complète le programme avec une double marche composée par le jeune pianiste Moscheles.

L'exploitation de ce spectacle n'empêche pas notre mécanicien d'être sollicité par le maire de Vienne, Wohlleben, qui lui demande de mettre au point un appareil destiné à éviter les asphyxies, une sorte de masque à gaz. (39)

Une œuvre de Beethoven qui fait grand bruit.

Au printemps 1813, le compositeur, compte tenu de l'état de santé de son frère Karl, est obligé de surseoir à son départ pour l'Angleterre avec Maelzel.

Mais les événements extérieurs bouleversent l'Europe. Après la désastreuse campagne de Russie de 1812, les pays allemands secouent le joug napoléonien. Le 17 mars, la Prusse déclare la guerre à la France, suivie le 10 août par l'Autriche. Au mois d'octobre, la bataille de Leipzig  met fin à la domination française.

Le 27 juillet précédent était arrivée à Vienne, la nouvelle de la victoire que Wellington avait remportée à Vittoria en Espagne, sur les troupes françaises.

Dans la perspective – toujours entrevue – de son voyage outre-Manche, Beethoven décide alors d'écrire une oeuvre à la gloire du général anglais. Pourquoi dans ces conditions ne pas mettre en musique – selon un modèle déjà utilisé par d'autres compositeurs – la bataille elle-même?

Ce morceau de musique militaire conviendrait, de plus, à l'appareil géant de son ami Maelzel, ce qui permettrait de le faire interpréter facilement devant les sujets de sa Gracieuse Majesté lors du voyage commun projeté.

Il écrira plus tard : "Auparavant, j'avais déjà eu l'idée d'une bataille qui toutefois n'était pas applicable sur son Panharmonicon [ de l'époque ]". (40)

Le compositeur s'attelle donc à la composition d'une partition adaptée aux possibilités du dernier Panharmonicon. En octobre elle est terminée. Beethoven écrit alors sur la page de garde : "Sur la victoire de Wellington près de Vittoria, 1813, écrit pour Monsieur Maelzel de la part de Ludwig van Beethoven".

Comme le Panharmonicon n'est pourvu que d'instruments à vent et d'une batterie, le compositeur s'est limité à l'utilisation des instruments suivants:

-  Piccolo               - Contrebassons    - Triangle

-  Flûtes    - Cors           - Cymbales turques

-  Hautbois            - Cloches    - Tambour - Clarinettes    -Trombones    - Grosse caisse - Bassons            - Timbales.

Maelzel peut donc noter le rouleau correspondant. Mais dans son esprit germe une autre idée. Ce morceau – dont la durée est limitée par la capacité du rouleau – ne pourrait-il pas être réécrit pour orchestre, et complété, pour en faire une symphonie ?

Il livre ce projet à Beethoven en lui proposant même de lui servir de collaborateur pour l'écriture de ce nouveau morceau, ce qui a pour résultat d'irriter le compositeur. Néanmoins, Beethoven reprenant l'idée, compose une autre version de sa bataille et lui adjoint une deuxième partie célébrant l'apothéose du général anglais, après sa victoire.

Il ne peut s'opposer à ce que Maelzel se livre à un tripatouillage de la partition, pour en rendre l'exécution plus spectaculaire, en y ajoutant en introduction, des marches avec tambour, et des sonneries de trompettes à différents endroits. La suite est ponctuée de coups de fusils (obtenus en frappant des planchettes de bois l'une contre l'autre) et de salves d'artillerie (imitées par des grosses caisses). (41) Cent quatre vingt déflagrations diverses vont émailler ainsi la symphonie.

Beethoven apparemment accepte ce déluge de bruitage : "Nous avons convenu [avec Maelzel] de donner cette oeuvre ou encore d'autres de moi dans le cadre d'un concert au profit des soldats". (40)

Maelzel transformé en impresario se charge de l'organisation matérielle de ce concert insolite, qui doit avoir lieu le 8 décembre, dans l'aula de l'ancienne Université de Vienne. Le programme est ainsi composé :

1.                "Une toute nouvelle Symphonie", la septième en fa majeur, de Beethoven,qui était effectivement récente, puisque composée en 1812.

2.                Deux marches, l'une de Dussek, l'autre de Pleyel, jouées par le trompette mécanique, avec accompagnement d'orchestre. Il s'agissait d'une partie du programme  habituel de l'androïde.

3.                "La Victoire de Wellington ou la Bataille de Vittoria", op. 91  de Beethoven.Maelzel pour son exécution avait bien fait les choses: l'orchestre composé de 100 exécutants était divisé en trois. A gauche un groupe d'instruments représentant les Français, à droite un deuxième évoquait les Anglais, et au centre un troisième qui  n'intervenait que pour l'apothéose finale.

Beethoven, malgré sa surdité, dirigea l'ensemble, les groupes latéraux étant placés sous la direction de Spohr et de Mayseder.

L'imitation du canon revenait aux timbales confiées à Mocheles et à une  grosse caisse que frappait avec conscience le jeune Meyerbeer. La fusillade et les tambours étaient placés sous la direction du maître de chapelle de la Cour, Salieri lui-même.

Marcel Marmot résume ainsi les péripéties de la bataille : "D'abord paraissent les Anglais, aux accents d'une petite marche crescendo, suivie d'un appel de trompette. L'hymne fameux "Rule Britannia" indique alors, sans équivoque, à quelles troupes nous avons à faire.

Après un court silence, paraissent les Français précédés eux aussi d'une petite marche avec fanfare, symbolisée par le populaire "Malborough s'en va-t-en-guerre".

Après une provocation française aux trompettes, et la réponse de Wellington, la bataille s'engage ... On remarquera simplement un feu immédiatement plus nourri côté droit, et une défense de moins en moins affirmée côté gauche. La variété des mouvements déployés pendant la bataille aboutit à la lente décomposition rythmique du thème de Malborough, appuyé par le pilonnage en mesure du canon anglais".

Le second mouvement est "un hymne de gloire terminé par une fugue sur le God save the King". (42)

Cette oeuvre,  médiocre au demeurant, est accueillie – sans doute grâce à la mise en oeuvre tintamarresque de Maelzel – par un véritable triomphe.

Beethoven lui-même – que ce succès inhabituel enchante – s'y laisse prendre. Il écrit une lettre au "Wiener Zeitung" qui se termine ainsi : "C'est Maelzel en particulier qui mérite tous mes remerciements. A lui incombe la première idée de cette académie [ c'està-dire de ce concert ] et c'est lui qui s'est occupé de l'organisation de l'ensemble très activement dans tous les détails. Je lui dois particulièrement des remerciements pour m'avoir procuré l'occasion d'offrir mes compositions pour un but d'utilité publique, et de remplir ainsi le voeu ardent, que j'ai fait depuis longtemps, de déposer sur l'autel de la Patrie les fruits de mon labeur". (43)

Allusion au fait que les recettes du concert inaugural étaient destinées à secourir les blessés du combat de Hanau du 30 octobre 1813, dernière victoire remportée par la Grande Armée sur le territoire allemand. Ce choix était – comme on le voit – hautement symbolique.

La diffusion du Métronome.

Fin 1813, des informations resurgissent à propos de ce petit appareil. Maelzel a convaincu Salieri de noter les tempi de certaines oeuvres de Haydn et de Gluck d'après son échelle métronomique. À l'automne 1813, le maître de chapelle a terminé son travail sur "La Création" de Haydn. Ainsi l'aria "Nun schwanden vor dem heiligen Strahle" doit être jouée en prenant pour base 120 noires à la minute, par contre le récitatif "In vollen Glanze steiget jetzt die Sonne strahlend auf" devra respecter la vitesse de 76 noires à la minute". (44)

En juillet 1814, Gottfried Weber constate que "Monsieur Maelzel va vendre à un prix avantageux ses machines à Vienne, Londres, Saint - Petersbourg, Berlin, Milan, Paris, etc...". Il donne une description du métronome et des exemples de son utilisation. Il termine par quelques remarques restrictives :

-   un pendule ne bat pas avec la même amplitude sur tous les points du globe- des problèmes de température et d'humidité peuvent aussi influer sur la durée des battements de l'appareil

-   enfin l'échelle choisie par Maelzel établie en pieds du Rhin, traduite en centimètres, est susceptible d'introduire des erreurs. (45)

Beethoven déjà indisposé par les interventions que Maelzel s'était permises sur sa bataille, apprend par la rumeur publique, qu'il affirme lui avoir acheté les droits d'utiliser la partition pour 50 ducats.

Le 2 janvier 1814, lors d'une nouvelle exécution de la Victoire de Wellington, le compositeur écarte du concert la partie interprétée par le trompette mécanique. C'est la rupture.

Maelzel part alors pour une tournée en Europe avec son cabinet d'art. Arrivé à Munich, il porte la colère de Beethoven à son comble en faisant donner en concert les 16 et 17 mars, la version orchestrale de la Victoire de Wellington, sans en avoir reçu l'autorisation.

Devant tant de désinvolture, le compositeur dépose alors une plainte en justice où il explique qu'il avait emprunté 50 ducats à Maelzel, à une époque où il avait un besoin pressant d'argent, mais qu'il les lui avait rendus, et qu'il n'avait jamais reconnu à Maelzel quelque droit que ce fut sur son œuvre.

Sachant que Maelzel allait jusqu'à Londres, il écrit à ses collègues compositeurs anglais, une lettre affirmant ses droits de propriété sur sa symphonie à la gloire des armées de sa Majesté. Il ne semble pas que cette lettre ait gêné les représentations de Maelzel dans la capitale anglaise, si l'on s'en réfère au prospectus annonçant le spectacle qui a lieu "Tous les jours (sauf le vendredi) à 8 heures du soir, [avec] son grand Panharmonicon et son Trompette automatique qui n'ont jamais été vus dans ce pays". Suivait l'énoncé du programme avec le diorama représentant "une grande ville en flammes, accompagnée d'une musique appropriée". Enfin pour terminer "la grande

Symphonie de M. Beethoven si connu et si admiré à Londres". (46)

Fin de l'été, Maelzel se rend à Amsterdam où il séjourne cinq semaines. Toutefois parmi les morceaux joués par le Panharmonicon, la bataille de Beethoven a disparu. Les menaces judiciaires du compositeur avaient peut-être porté leur fruit.

Dans la ville hollandaise, Maelzel fait aussi des démonstrations de son métronome. Il en présente deux modèles: l'un avec pendule renversé inspiré de l'idée de Winckel, l'autre donnant un signal sonore pour marquer le début des mesures – c'était le modèle à levier et à enclume – cette seconde machine restant susceptible de beaucoup d'améliorations. (47)

Au printemps de 1815,  à peu près en même temps que Napoléon qui a quitté son exil de l'Ile d'Elbe, Maelzel arrive à Paris.

Il négocie alors la vente de son Panharmonicon géant. En effet un certain abbé

Larroque, facteur d'orgues, avait conçu les plans d'un instrument spécial destiné à la Madeleine, qui n'était pas encore l'église que l'on connaît, mais devait devenir un temple à la gloire de la Grande Armée.  Le Panharmonicon par ses dimensions et parce qu'il n'était qu'une fanfare militaire, convenait parfaitement au but recherché par l'abbé. (48) Mais après la chute de Napoléon, la glorification de la Grande Armée n'étant plus à l'ordre du jour, le projet est abandonné. C'est la famille Delessert qui finalement  achète l'orgue géant.

Le 5 avril, Maelzel dépose la demande d'un brevet français  "pour une espèce de chronomètre appelé métronome en usage dans la musique", dans lequel il décrit le modèle à pendule renversé.   Il est accordé le 14 septembre 1815 pour une durée de cinq ans, sous le n° 696.

Maelzel fait aussitôt hommage d'un exemplaire de son appareil aux membres de la section de Musique de l'Académie des Beaux Arts qui dans leur séance du 14 octobre résument ainsi leur opinion : c'est un appareil portatif, facile à utiliser, son mécanisme est très simple d'où un prix de vente très modéré. "En conséquence nous proposons à la Classe de sanctionner l'approbation donnée à l'auteur de cet instrument, par les compositeurs, les professeurs, en raison du mérite reconnu de son invention. Signé Gossec, Lesueur, L. Cherubini, Berton".

 

Planche du brevet français du métronome, 14 septembre 1815.

Il n'est nulle part fait allusion à Winckel qui pourtant, après le passage de Maelzel à Amsterdam, avait déposé une description de son propre dispositif à l'Académie des Sciences hollandaises, le 14 août précédent.

La publicité de lancement est complétée par une "Notice sur le Métronome" de 24 pages qui paraît en 1816, dans laquelle figurent le rapport favorable de l'Institut et l'approbation de plusieurs compositeurs. (49)

Maelzel fait alors distribuer quelques modèles de son appareil accompagnés de cette notice, à des musiciens bien placés. Ces derniers – au nombre de 16 – envoient une lettre au "Mercure de France" qui la fait paraître dans son numéro d'avril : " ... nous déclarons d'accord avec les plus habiles compositeurs de Londres et de Vienne, que nous ... adoptons [le métronome] absolument et que, dès ce jour, nous désignerons la mesure de nos différents ouvrages par les divisions métronomiques ...".

Le 9 avril, la presse musicale allemande publie une lettre de Spontini directeur du théâtre Italien de Paris et destinée à Salieri, où il fait l'éloge du métronome : "L'Italie, l'Allemagne, la France et l'Angleterre réserveront un accueil enthousiaste à l'invention et au promoteur de cette machine". (50)

Le 1er juin, Maelzel obtient le brevet anglais n° 3966. L e dessin qui l'accompagne reproduit pour la première fois l'appareil sous la forme que nous lui connaissons: une boîte en bois de forme pyramidale. En retirant un couvercle latéral, on découvrait le balancier inversé muni de son poids en forme de triangle, susceptible de coulisser devant une échelle graduée de 50 à 160.

Planche du brevet anglais du métronome, 1er juin 1816.

Qui fabrique le métronome ? Il semble que Maelzel ait trouvé un constructeur en Angleterre. En effet dans un article allemand paru en juin 1817, il est dit que selon sa finition, le métronome coûte de 3 à 5 guinées, donc en monnaie anglaise.  Le journaliste concluait en souhaitant que Maelzel cède à la répulsion que les Allemands ont pour les productions anglaises, et utilise de bons mécaniciens locaux. (51)

Cette année là, Maelzel est revenu s'installer à Vienne. Il y retrouve son frère Leonhard. Âgé de 34 ans, pianiste de qualité, celui-ci a aussi été tenté par le démon de la musique mécanique. Sans doute avec l'aide de Mathäus Andreas Stein, le facteur de piano forte, il a déjà produit en 1814, un "Orpheus - harmonie". Il vient de terminer un automate qui joue de la flûte et un petit Panharmonicon.

L'usage du métronome s'étend  grâce aux initiatives de Salieri qui n'hésite pas à porter les indications nécessaires sur la partition des "DanaÏdes" de Spontini pour une reprise à l'Opéra de Paris, le 13 octobre 1817. Les "Danaïdes" seront donc le premier opéra joué en France, avec des tempi fixés par le métronome. (52)

La fin de l'année est marquée par la réconciliation entre Maelzel et Beethoven. Le procès entamé par ce dernier est abandonné, et Maelzel accepte de régler la moitié des frais ainsi engendrés. En décembre, tout se termine par un repas "Au chameau noir" où les convives reprennent en choeur le fameux canon composé en 1812.

Maelzel fait alors cadeau d'un beau modèle de son métronome à son ami  retrouvé. Haut de 31 centimètres il porte l'inscription anglaise suivante : " By letters patent" accompagnée des devises royales "Hon(n)i soit qui mal y pense" et "Dieu et mon droit", ainsi que la mention "Mälzel's Metronom, London". (53)

Beethoven reconnaissant annonce le 17 décembre dans une revue musicale, qu'il vient de noter les tempi de toutes ses symphonies en utilisant l'échelle de Maelzel. (54)

Mais ce dernier est repris par ses humeurs voyageuses et quitte Vienne pour une nouvelle tournée européenne.

Qui a inventé le Métronome ?

Parmi les automates célèbres de la fin du XVIIIe siècle, le plus fameux a sans doute été le Turc joueur d’échecs, résultat d’une supercherie du hongrois, le baron de Kempelen.

 

Le Turc joueur d ‘échecs du baron de Kempelen.

 En effet, l’automate était creux et un véritable joueur pouvait s’y glisser. A la mort de Kempelen, Maezel l’avait racheté, puis revendu au prince Eugène, fils adoptif de Napoléon. Après la chute de l’empire, le prince sous le nom du duc de Leuchtenberg s'était réfugié en Bavière, auprès de sa femme qui était la fille du roi. La situation ébranlée de sa fortune l'avait incité à essayer de tirer profit de l'automate entreposé à Milan. (55) Il avait sans doute recontacté Maelzel en lui proposant de prendre l'exploitation du faux androïde. Cela tombait bien, puisque ce dernier ayant vendu son Panharmonicon, n'avait plus d'attraction à proposer à son futur public. Le prince Eugène lui confie donc le Turc, en fixant par contrat le montant des sommes qui devront lui être versées sur les recettes à venir.

Au printemps 1818, Maelzel est de nouveau à Paris où il loge 20 rue des Moulins. Pour donner un attrait supplémentaire au joueur d'échecs, il lui avait adjoint un mécanisme utilisant une lame vibrante et un soufflet qui permettait à l'automate de prononcer – fort mal – le mot "échec".

Son spectacle complet se compose, outre l'exhibition du Turc, du trompette mécanique et du diorama de l'incendie d'une grande ville, ainsi que de celle d'un androïde gymnaste qui "faisait sur la corde lâche, tous les exercices de voltige que peut exécuter le plus habile acrobate. Ce qu'il y avait de plus surprenant dans ce petit chefd'oeuvre mécanique, c'est qu'il était impossible de découvrir comment pouvaient se produire tant de mouvements variés, car l'automate se suspendait tantôt par une main, tantôt par l'autre, tantôt par les jarrets, tantôt par la pointe des pieds, puis remontait à cheval sur la corde, autour de laquelle il pirouettait, et abandonnant ainsi l'un après l'autre tous les points de contact avec la corde par l'intérieur de laquelle devaient passer nécessairement les organes de transmission du mouvement". (56)

De Vienne, Beethoven avec Salieri font campagne en faveur de l'adoption du métronome, à l'aide d'un article enthousiaste qui paraît en février dans la presse musicale allemande. (57) Maelzel est sensible au geste de son ami. Il lui écrit le 18 avril 1818, pour le tenir au courant de l'avancement de ses affaires et lui annoncer qu'il travaille à un cornet acoustique qui lui permettra de diriger. (58)

Il décide aussi de passer de la production semi - artisanale de son métronome – donc chère – à une fabrication en série. Pour cela, il trouve à Paris, un horloger du nom de Wagner qui possède un atelier au 39 de la rue du Cadran.

Il met au point avec lui des modèles simplifiés, ce qui réduit le prix de vente de moitié. Selon son habitude il accompagne cette nouvelle sortie d'une brochure où l'on peut lire  : "Le Métronome est connu depuis 1815. L'auteur a obtenu des brevets d'invention en France, en Angleterre, en Autriche et en Bavière".

Sur le revers de la page de couverture, les prix des différents types d'appareils sont indiqués:

"Ceux de forme pyramidale ordinaire sont à 50 francs.

Ceux en forme de piédestal dito à 25 francs.

Ceux en forme de pyramide tronquée, sans échappement à 10 francs. Il y en a en bois choisis, ainsi qu'en moiré métallique, avec des ornements dorés, dont le prix est plus élevé que ceux ordinaires".

Deux témoignages de satisfaction complètent la brochure, le premier signé par Berton, Boieldieu, Catel, Cherubini, Paer, l'autre n'est que la traduction de l'article allemand de Beethoven et Salieri signalé plus haut.

Maelzel présente aussi ses nouveaux modèles à la section de Musique de l'Académie des Beaux Arts. Cette dernière se réunit et se répand en éloges: "[Monsieur Maelzel] comme tous les hommes d'un vrai mérite, n'a pas crû sa tâche achevée; il s'est encore attaché à perfectionner ce que l'on avait bien voulu croire parfait. En effet, son nouveau Métronome a plus de solidité et plus de régularité que le premier".

Les académiciens soulignent enfin son "prix modéré" qui va permettre à "une entreprise aussi intéressante pour l'art musical [de] se propager avec facilité".

C'est alors qu'éclate une bombe. Winckel ayant lu dans la presse musicale que Maelzel se disait l'inventeur du métronome, avait écrit à la revue  « Allgemeine musikalische Zeitung » de Breitkopf et Härtel le 14 mars, que cette assertion était sans doute fausse. Mais les éditeurs n'avaient pas jugé bon de publier sa lettre.

Winckel devant ce nouveau battage publicitaire,écrit à nouveau à Breitkopf et Härtel le 9 juin : "J'ai maintenant la possibilité de voir un métronome de Monsieur Maelzel. Je peux donc affirmer que l'invention de ce métronome est ma création et non celle de Monsieur Maelzel".

La revue cette fois, fait paraître la note de Winckel accompagnée d'un article résumant les arguments de l'horloger hollandais. (59)

Selon son habitude Maelzel ne réagit pas devant l'attaque. C'est sans doute à cette époque, qu'il faut placer la fabrication du grand métronome pyramidal que possède le Musée de la Musique de Paris. Ce modèle de luxe en tôle peinte en noir porte l'inscription suivante en lettres dorées : "Métronome de Maelzel par brevet d'invention. Paris, Londres, Vienne, 1815". Cette date est celle de la prise du brevet français.

L'intérêt de cette pièce est augmenté par le fait qu'elle est ornée d'un médaillon en bronze partiellement doré représentant un visage d'homme vu de profil. Il est à peu près certain qu'il s'agit du portrait de Maelzel dont ce serait alors la seule représentation qui nous soit parvenue.

Grand métronome de Maelzel fabriqué à Paris vers1818.

Maelzel fin 1818 passe la Manche, pour présenter son spectacle aux Londoniens. Il prend ses assises d'abord dans une maison au n°4 du Spring Garden, puis dans un hall au n° 29 de Saint-James Street.

Il visite ainsi Liverpool, Manchester, l'Ecosse. Beethoven note mélancoliquement "De Maelzel on n'entend plus rien maintenant". (60)

La tournée se termine à Amsterdam. Winckel profite de la présence de Maelzel en Hollande pour régler le différend qui l'oppose à lui.

"Monsieur Winckel s'adressa à la quatrième classe de l'Institut royal des Pays-Bas, demandant à plaider sa cause devant une commission, en présence de Monsieur Maelzel ... J'étais – écrit J. de Vos Villems – de la commission. Il a résulté des discours [que Maelzel] avait proposé à Winckel un procédé ... tout à fait impraticable; en second lieu, qu'il avait vu chez Winckel un instrument fait à la hâte, et grossièrement travaillé, il est vrai, mais qui remplissait parfaitement le but, et qui avait servi de type à son chronomètre. Poussé à bout par nos questions, il finit par déclarer ... que s'il n'avait pas vu l'instrument de Winckel, l'idée ne lui serait pas venue de confectionner son métronome comme il l'a fait". (61)

Confondu, Maelzel s'en tire avec des excuses et n'en continue pas moins de produire des métronomes qui portent encore son nom de nos jours, bien indûment comme nous venons de le voir.

Il commence alors un séjour de près de cinq ans dans la capitale française, tirant le plus clair de son argent de la fabrication des métronomes. Il fait d'ailleurs paraître en 1822, une troisième édition de sa notice publicitaire. Comme il peut être délicat de demander à l'Académie des Beaux-Arts d'apporter son approbation après l'affaire Winckel, il s'adresse à une commission de mécaniciens, qui étant fort éloignés des affaires musicales, n'avaient sans doute pas eu vent des révélations faites par le hollandais. Le 22 janvier 1822, Maelzel décroche donc un satisfecit émanant de : "Breguet, horloger de la Marine royale, et membre de l'Institut de France ; De Prony, membre de l'Institut royal de France ; Charles, membre de l'Institut royal de France ; A. Janvier, horloger ordinaire du Roi, de la Société royale académique".

La poupée qui dit "Papa, Maman".

Sans doute pour augmenter et diversifier ses revenus, notre mécanicien se lance dans une nouvelle aventure.

Modifiant légèrement le système qu'il avait créé pour faire dire "échec" à son automate, il l'applique à une poupée qui peut ainsi - toujours très approximativement dire "Papa, Maman".

Planche du brevet français de la poupée parlante, 17 janvier 1824.

Maelzel écrit le 12 décembre 1823, au ministre de l'Intérieur dans sa demande de brevet : "Désirant contribuer autant que possible à l'agrément des enfants de France, j'ai composé un enfant mécanique dit poupée parlante ... Je me suis empressé d'en offrir le premier modèle à S.A.R. Madame la duchesse de Berry qui en a été très satisfaite, ainsi que son auguste enfant, et a daigné le mettre sous les yeux de sa Majesté ...". Il s'agit en l'occurrence de la veuve du second fils de Charles X, assassiné en 1820. Son "auguste enfant" né près de huit mois après la mort de son père, était Henri duc de Bordeaux, plus tard duc de Chambord, candidat malheureux au trône de France.

Maelzel non content de s'assurer des appuis officiels, avait également présenté son invention à l'exposition de l'Industrie qui s'était tenue en 1823 au Louvre. (62)

Le 17 janvier 1824, Maelzel obtient sous le n°2286, un brevet de cinq ans "pour une mécanique à laquelle, il donne le nom de poupée parlante". En soulevant le bras gauche on actionnait un soufflet contenu dans le thorax. Le vent du soufflet entrecoupé deux fois par une soupape, faisait vibrer une anche fixée au fond d'un petit pavillon, ce qui donnait le mot "papa".

Pour "maman", il fallait d'abord soulever le bras droit qui ouvrait sur le côté du pavillon un trou, transformant le son labial P en un son nasal M. (63)

Maelzel fait coller sur ces diverses productions une étiquette reproduite ci-dessous.

En mai, il apprend la triste nouvelle du décès de sa mère Katharina, survenu le 25 avril à Ratisbonne. Dans l'acte de décès, il figure sous le prénom erroné de "Johann Baptist", mais sa fonction est exacte "mécanicien à Paris". Son frère Leonhard, lui, est qualifié d'artiste en mécanique musicale". Il est indiqué comme habitant Prague, pourtant il a toujours sa résidence au n° 20 dans le Jägerze il à Vienne. Peut-être s'agit-il d'un séjour particulier consécutif à l'ouverture d'un chantier.

Les deux frères héritent chacun de 500 gulden dont ils obtiennent l'autorisation de versement à l'étranger, en avril 1825. (64) Cet argent doit être le bienvenu, car Maelzel est dans une mauvaise passe financière..

Schlesinger écrit de Paris à Beethoven que leur ami commun n'est pas content du compositeur, car il n'indique plus sur ses partitions, les mesures métronomiques: "Le pauvre homme vit de cela et estime ceux qui sont ainsi ses soutiens". (65)

Ce n'est pas tout à fait vrai, car Maelzel a repris la présentation  de son spectacle, avec pour clou le Turc joueur d'échecs, qu’il va exhiber aux États-Unis.

Les tournées aux USA.

Il s'embarque le 20 décembre 1825 sur le paquebot "Howard". Il arrive à New-York le 3 février et s'installe au n° 112 Broadway, au N ational Hotel.

Il fait paraître des articles, en particulier dans le journal "Ship News" pour annoncer sa venue et donne son premier spectacle le 13 avril dans l'hôtel où il habite, devant une centaine de personnes.

Il complète les parties du joueur d'échecs par des présentations de son trompette mécanique et d'un groupe nouveau de deux automates funambules.

Les exhibitions new-yorkaises se terminent le 5 juillet, pour reprendre le 13 septembre à Boston dans le Julien Hall .

Maelzel quitte Boston le 28 octobre et après un séjour à New-York, part pour Philadelphie où il arrive le 22 décembre. Là, il s'installe dans des locaux qu'il occupera de nombreuses années, et qu'on désignera pour cela sous l'appellation de "Hall Maelzel". Leur propriétaire, l'homme d'affaires John F. Ohl, va peu à peu devenir l'ami du mécanicien et s'associera avec lui.

L'année suivante commence avec un premier séjour à Philadelphie du 5 janvier au 19 avril, suivi d'un second du 4 juin au 3 octobre. Il subit alors la concurrence d’un nommé Balcom qui vient de faire fabriquer une copie du joueur d'échecs. Maelzel ne s'en débarrassera qu'en lui versant 5000 dollars, prix d'achat du pseudo automate.

C'est sans doute pour se procurer cet argent qu'il cède son diorama de l'incendie de Moscou, qu'il ne semble pas avoir exploité depuis son arrivée aux Etats - Unis. Une compagnie formée par trois habitants de Boston l'achète pour la somme de 6000 dollars.

Comme il projette de quitter provisoirement les Etats - Unis, il confie le reste de ses animations, le trompette, les funambules et le Turc à un présentateur William F. Kummer, qui continuera leur exploitation.

S'il revient en Europe, où il arrive dans les premiers jours de novembre, c'est pour deux raisons principales.

La première a un rapport avec l'activité de son frère Leonhard qui termine une nouvelle merveille: " ... un ensemble d'automates musicaux au nombre de 42 qui forment un orchestre complet et exécutent quelques-uns des morceaux les plus difficiles de musique, comme l'ouverture de Don Juan, Iphigénie et La Vestale. Ce qui excite le plus l'admiration et l'émerveillement est le violoniste qui exécute sa partition comme un artiste vivant, c'est-à-dire avec la pression des doigts. Une compagnie américaine [ de Boston ] a offert à l'artiste 300.000 dollars pour cette pièce extraordinaire et unique de mécanique, mais le prix demandé est de 500.000 dollars, et il probable qu'il sera obtenu". (66) La conclusion de cette transaction devait avoir besoin d'un bon intermédiaire, Maelzel est bien placé pour jouer ce rôle, grâce à ses relations américaines.

La seconde raison est liée à la production de son métronome en France. Le brevet primitif étant échu, il charge Wagner l'horloger auquel il a confié sa fabrication, de déposer en son nom une demande pour un brevet de perfectionnement. Ce que ce dernier fait le 11 mars 1829, un peu plus d'un mois après que Maelzel se soit rembarqué pour les États-Unis : "Maelzel mécanicien distingué ayant perdu beaucoup d'argent pour assurer la réussite de son métronome a été forcé d'aller tenter la fortune au-delà des mers. À son départ, il s'est entendu avec moi pour divers changements à faire à son mécanisme et m'a chargé de solliciter un brevet de perfectionnement de cinq ans".

Planche du brevet français de renouvellement concernant le métronome, délivré le 7 avril 1829.

Ce nouveau brevet est accordé le 7 avril, sous le n° 3951.

Son texte commence par ce préambule empreint d'auto-promotion : "Le succès du métronome de Maelzel et sa grande utilité sont reconnus depuis longtemps. Les suffrages des savants, et des premiers artistes, de toutes les capitales de l'Europe, ont assuré pour toujours, l'usage de cet instrument à la fois simple et peu coûteux. Les compositeurs de tous les pays ayant contracté l'habitude de coter en marge de leur musique le numéro du métronome qui correspond à la vitesse voulue, il en résulte que ce mécanisme devient indispensable à tous les musiciens. Il n'est donc pas étonnant que l'on ait cherché à perfectionner ce mécanisme qui paraissait déjà si simple, etc. ...".

Le dernier séjour américain.

Maelzel débarque à New-York le 18 mai 1829, qu'il ne quittera plus qu'à de rares occasions au cours des quatre années suivantes.

Maelzel reste attentif au développement de son métronome. Il apprend par la presse qu'un horloger d'Amiens, nommé Bienaimé Fournier, avait mis au point un appareil différent du sien et qui présentait l'avantage de faire entendre des coups de force variables à des intervalles déterminés: ainsi pour une mesure à quatre temps, le premier coup fort était suivi de trois coups faibles. Il avait obtenu un brevet de cinq ans le 24 novembre 1825, qui avait donc expiré en 1830.

Peut-être pour maintenir ses droits, sans être obligé de reprendre un nouveau brevet, Bienaimé Fournier présente le 23 août 1831, son appareil à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale et obtient les félicitations de ses membres. La presse technique allemande se fait l'écho de cette nouvelle amélioration en 1832. (67)

Maelzel en accord avec Wagner fait déposer par ce dernier une seconde demande de brevet  additionnel le 12 avril 1832 : "Rien n'est changé – peut-on lire dans le préambule – à la construction du métronome, l'addition qui vient d'être ajoutée consiste à faire indiquer la mesure en faisant battre d'une manière remarquable tous les premiers temps d'une mesure quelconque".

Le comité consultatif chargé de donner son avis sur la demande, un peu surpris de la similitude entre les idées de Maelzel et celle de l'horloger d'Amiens, écrit dans son rapport du 12 mai : "Le sieur Bienaimé Fournier ayant pris en [1825] un Brevet d'invention pour un mécanisme qui remplit le même objet, nous pensons qu'il convient d'en prévenir l'impétrant, sauf à obtempérer à sa demande, s'il y persiste".

Wagner répond aussitôt le 30 mai : "La construction et le principe de ces deux mécanismes sont entièrement différents...". Et le brevet est accordé le 18 juin sous le n°4985.

Une quatrième brochure publicitaire rédigée cette fois par Wagner paraît en 1833. Elle récapitule tous les textes laudatifs parus depuis 1815 que nous avons cités, et précise les prix des différents types de métronomes.

                     "Petit métronome ordinaire en acajou                                                25 francs

Petit métronome, boîte en acajou verni, incrustation en ivoire       28 francs

Grand métronome ordinaire, boîte en acajou                                 30 francs

Planche du brevet additionnel sur le métronome, déposé le 12 avril 1832 par son constructeur parisien J.

Wagner.

Grand métronome, boîte en acajou verni, incrustation en ivoire    34 francs

                     Métronome marquant le premier temps de la mesure                      40 francs".

On voit donc que le modèle copié d'après Bienaimé Fournier coûte près du double du petit modèle. Nouveauté oblige !

Mais notre inventeur commence à s'ennuyer à New-York. Maelzel repart donc en tournée.

Une affiche du 17 mai 1834, imprimée à Philadelphie nous renseigne sur le programme présenté dans cette ville. Les exhibitions ont lieu au Masonic Hall Chesnet Street. Le joueur d'échecs, le trompette et des figures parlantes en constituent les attractions principales.

En complément "pour les jeunes visiteurs" est proposé un "théâtre mécanique" mettant en scène six automates :

"1. un amusant petit joueur de violoncelle

2.    une écaillère française qui salue le public et exécute les gestes de son métier, ouvre et présente ses huîtres à l'assistance

3.    un vieux gentilhomme français de l'ancien Régime qui boit à la santé du public avec une grande gaieté

4.    un danseur chinois accompagné d'une musique avec tambour

5.    un petit troubadour jouant de plusieurs instruments

6.    Polichinelle dans plusieurs attitudes comiques, imitant le célèbre Mazurier". (68)

Après plusieurs tournées dans différentes villes des États-Unis, Maelzel forme le projet de faire reconstruire un diorama sur l'incendie de Moscou pour le présenter à Cuba. Il part donc en mission exploratoire à La Havane en février 1837, et revient à Philadelphie en avril.

Le diorama mis en caisse, il part le 9 novembre à La Havane, à bord du brick "Lancet" qui appartient à son ami et commanditaire John F. Ohl. Le séjour à La Havane commence bien, grâce en particulier à l'aide apportée par Francesco Alvarez, correspondant de John F. Ohl dans l'île, mais se termine brusquement faute de clientèle. "L'Otis" étant arrivé à La Havane le 1er juillet, Maelzel décide de revenir à Philadelphie. Il s'embarque le 14 juillet.

Mais au cours de la traversée, il est pris d'un malaise et tombe dans une sorte de léthargie qui dure six jours. Le bateau étant arrivé en vue des côtes nord-américaines le 21 juillet, on le trouve mort dans sa couchette. L'inventaire des bagages du défunt se révèle bien mince : un petit échiquier de voyage, 12 doublons en or que lui avait avancé Francesco Alvarez pour son voyage, et une médaille en or qui avait été offerte à Maelzel par le roi de Prusse. (69)

 

Echiquier de voyage ayant appartenu à Maelzel.

Le 14 septembre, ses automates sont mis en vente à Philadelphie, et l'ensemble contenu dans cinq caisses est racheté par John F. Ohl, pour 400 dollars. Cette vente mettait un point final à la carrière aventureuse d'un habile mécanicien qui s'était mué au cours des années, en un entrepreneur de spectacles dont la qualité était allée en se dégradant.

Disons un mot pour finir de son frère Leonhard qui continua à Vienne ses activités consacrées à la musique mécanique jusqu'en août 1855, époque où il devait décéder lors d'une épidémie de choléra.

Le destin des productions de Maelzel.

Il peut être intéressant de savoir ce que sont devenues les différentes machines que Maelzel a construites, fait construire ou utilisées pendant sa vie.

Toute sa production viennoise du début du XIXème siècle, dispersée entre de nombreux propriétaires semble avoir disparu, ou ce qui subsiste encore n'a pu être inventorié à son bénéfice.

Seul l'orgue mécanique, construit début 1800 et qui appartenait à l'archiduc Charles à Vienne, est encore mentionné vers les années 1850, comme étant entretenu par un monsieur Seiffert. (43) Il devrait être possible compte tenu de la notoriété de son propriétaire, d'en retrouver la trace à une époque plus récente.

Le premier Panharmonicon datant de 1806 avait été offert – comme nous l'avons vu – au Prince Eugène. Ce dernier avait épousé la fille du roi de Bavière, Augusta dont il eut sept enfants, deux garçons et cinq filles. La cinquième prénommée Théodolinde (18161857) devait se marier en première noce avec le duc Guillaume d'Urach.

Vers 1850, Théodolinde hérita du Panharmonicon qui était toujours à Munich, entretenu par le facteur d'orgue Frost, auteur des grandes orgues de Saint-Gall. L'instrument entra donc dans le patrimoine de la famille d'Urach. Les propriétaires suivants, le duc Wilhelm et le prince Karl, le mirent en dépôt au musée régional des techniques à Stuttgart vers 1855.

 

Photographie du premier Panharmonicon, prise au musée régional des Techniques à Stuttgart en 1935.

Après être resté pendant vingt ans enfermé dans des caisses stockées dans les caves de cet établissement, le Panharmonicon revint au jour en 1905. (70)

Depuis, il était conservé dans le musée auquel la famille d'Urach en avait fait don en 1928. Des photographies en furent prises en 1935, lors d'une restauration entreprise par Herold. Il fut détruit en même temps que le musée, lors des bombardements dont Stuttgart fut victime pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur les 12 rouleaux qui accompagnaient l'instrument et qui subsistent, seuls cinq sont d'origine.

 

Devant la machine, Herold chargé de sa restauration à la même époque.

Le trompettiste, quant à lui, avait suivi Maelzel aux U.S.A.. Mais après la mort de son propriétaire, on perd sa trace. Avait-il été vendu avec le diorama de l'incendie de Moscou ?  A-t-il eu le même sort que les automates achetés en caisse par Ohl? Il n'en est nulle part question. Il ne semble pas qu'il existe encore de nos jours.

La survie du deuxième Panharmonicon a été plus longue. Disons tout de suite, puisque son histoire est liée à Beethoven, que Maelzel avait conçu des cornets acoustiques destinés au musicien. La maison Beethoven à Bonn conserve quatre de ces instruments de diverses formes que Maelzel a construits entre 1812 et 1814. Deux d'entre eux équipés d'une lame de ressort capable d'enserrer la tête, sont peut-être ceux qui devaient permettre à Beethoven de diriger.

 

Cornets acoustiques mis au point par Maelzel et destinés à Beethoven.

Mais revenons au Panharmonicon géant, finalement vendu à Paris à la famille Delessert qui comptait deux frères : François le banquier, et Benjamin propriétaire d'une raffinerie de sucre à Passy. Ils habitaient l'hôtel d'Uzès situé à l'extrémité supérieure de la rue Montmartre, dont ils s'étaient rendus propriétaires en 1825. "Traversons maintenant la cour d'honneur – écrit Edmond Texier en 1853 –, et pénétrons dans la cour même de l'hôtel. Cependant quelle est cette musique guerrière qui vient frapper notre oreille étonnée et ravie. Approchons de la fenêtre entrouverte de cette salle à manger. Cette marche de Moscheles, que je croyais exécutée par la musique d'un régiment entier, c'est un instrument qui la joue. On le nomme un Panharmonicon, parce qu'il produit seul et sans le secours de l'homme, une harmonie semblable à celle que produirait un orchestre de soixante artistes !"

Là, notre chroniqueur exagère un peu. Il termine en précisant que Maelzel a construit d'autres Panharmonicons, mais "le plus grand, le plus complet et le plus parfait, est celui qui orne la salle à manger de l'hôtel Delessert". (71)

L'appareil était entretenu par "M. Frost qui était un des collaborateurs de Maelzel, et venu à Paris rétablir celui de M. Delessert; à sa mort, il a été remplacé par M. Durgy, qui a fait à neuf toutes les parties usées, telles que les sommiers, les vergettes et plusieurs instruments". (38)

Qu'est devenue cette machine encore en bon état d'entretien sous le Second Empire? Alfred Chapuis écrit en 1949 : "Or cet extraordinaire instrument, nous apprend Louis Lambert à Paris, existait encore dans cette ville, il y a peu d'années. Malheureusement laissé sans soin, il fut vraisemblablement détruit". (72)

Il y aurait une enquête à entreprendre pour retrouver qui était ce Monsieur Lambert et par là connaître d'une manière assurée, le destin final du Panharmonicon géant.

Finalement le seul instrument construit par Maelzel, et qui existe encore, est le secrétaire avec horloge à flûtes de la Galerie d'art présenté à Vienne en 1812. Conservé au Musée d'instruments de musique de l'Université de Leipzig, il est accompagné d'une armoire contenant 18 rouleaux. La lecture de leur étiquette permet de connaître le programme de l'horloge à flûtes. Le voici dans son intégralité, comme témoin des goûts musicaux qui prévalaient au début du XIXe siècle en Europe centrale :

1.                Marche et Polonaise (l'étiquette déchirée ne permet pas d'en connaître l'auteur)

2.                Ländler composé par Wandal, Maelzel et Seyffert

3.                Aria de l'opéra "L'occuliste" de Gyrowetz et le Duetto de l'opéra

"L'Orphelinat" de Joseph Weigl

4.                Duetto de l'opéra "Sargino" de Paer

5.                Ecossaises

6.                Aria et choeur de l'opéra "Jean de Paris" de Boieldieu

7.                Ouverture du "Singspiel" "La bonne nouvelle" écrit en collaboration par

Beethoven, Hummel, Gyrowetz, Weigl et Kanne

8.                Final du premier acte du "Don Juan" de Mozart

9.                Trois marches extraites de "Varsovie" de Paër, de l'opéra "Aline" d'Henri

Berton et de "La Vestale" de Spontini

10.             Un morceau en écho composé par Cramer et Cherubini

11.             Ouverture de l'opéra "Cendrillon" d'Isouard

12.             Ouverture de "La Vestale" de Spontini

13.             Adagio composé par Beethoven. Il s'agit de l'adaptation de l'Adagio du

Final de la sonate pour violon, op. 12 n° 3, en mi bémol majeur

14.             Variations extraites du ballet "Les familles ennemies" de l'abbé Gelinek

15.             Ouverture de l'opéra "Les Noces de Figaro" de Mozart

16.             Aria de Leporello, extrait du "Don Juan" de Mozart

17.             Deux extraits de l’opéra "Le Troubadour" et le duetto de "Jean de Paris" de

Boieldieu

18.             Ouverture de "Jean de Paris" de Boieldieu.

Secrétaire avec horloge à flûtes (1812).

 On voit que la part de la musique française est importante : un morceau d'Henri

Berton, un morceau d'Isouard, cinq morceaux de Boieldieu, mais aussi un morceau de Cherubini, deux morceaux de Paër, et deux morceaux de Spontini, tous trois Italiens installés à Paris. (73)

Cette machine n'est plus en état de fonctionnement depuis la dernière guerre. Une restauration permettrait de réentendre ce programme dont les rouleaux - comme nous l'avons dit - ont été conservés.

Remerciements

Ils vont à H. Drubba, bibliothécaire honoraire de la Bibliothèque universitaire de Hanovre; à Hans W. Schmitz de Stuttgart; à Raimund W. Sterl, archiviste municipal à Ratisbonne; à Walter Bruch; à Uwe Mittelstaedt, architecte à Hanau ; ainsi qu'à Valérie Malecki, documentaliste au Musée de la musique de Paris.

Notes

(1)            Ces renseignements d'état-civil sont tirés de "Johann Neponuk Maelzel und seine

Erfindungen" de Raimund W. Sterl, dans "Musik in Bayern". Cahier 22, 1981, p. 139 à 150 et lettre à l'auteur du 30 avril 1981.

(2)            Voir "Encyclopëdie ... der Tonkunst" Köhler, Stuttgart, 1841,4e volume, p.509.

(3)            "Jos. Haydn and the mecanical organ" par Arthur W.J.G. Ord-Hume, 1982, p. 140.

(4)            "Mechanische Musikinstrumente früherer Zeiten und ihre Musik" par Ernst Simon.Breitkopff et Härtel, 1960, p. 82, note 116.

(5)            Voir article "Mälzl und seine musikalischen Kunstwerke", signé Chr. R., dans"Vaterländische Blätter für den österreichischen Kaiserstaat", 24 juin 1808, p. 112 et 113.

(6)            "Allgemeine musikalische Zeitung" Leipzig (AMZL), n° 235, 5 mars 1800, colonnes414 et 415.

(7)            AMZL,n° 45, 6 août 1800, colonne 784.

(8)            "Pohl-Botstiber", p. 177, cité par Simon, op. cit. p. 66, note 93.

(9)            AMZL, n° 44, 29 juillet 1801, colonne 736.

(10)         "Wiener Zeitung", 7 novembre 1801, p.3993.

(11)         "Berliner Mus. Zeitung", n° 40, 1805.

(12)         "Systematische Darstellung der neuesten Fortschritte in der Gewerben und Manufacturen und des gegenwärtigen Zustanden der Selben" par V. Kertz et W.C.W. Blumenbach, 1829, tome 2, p.9.

(13)         "Würtembergisches Landesgewerbemuseum. Die Sammlung der Musikinstrumente"par Hanns H. Josten, Stuttgart, 1928, p. 97 et 98 .

(14)         AMZL, n° 44, 30 juillet 1806, colonne 701.

(15)         Simon, op. cit. p. 91, note 150.

(16)         AMZL, n° 44, 30 juillet 1806, colonne 701.

(17)         Ord-Hume, op. cit., p. 138.

(18)         "Le Monde des Automates" par Alfred Chapuis et Edouard Gelis, Paris, 1928, p. 286. Ils citent comme source le "Journal de l'Empire", 12 octobre 1808 et "Bayr. Kunst und Gewerbeblatt" 1818, p. 225 et 1819, p. 72.

(19)         "Vaterländische Blätter für den österreichischen Kaiserstaat", n°14, 24 juin 1808, p.114.

(20)         "La vie quotidienne à Vienne à l'époque de Mozart et de Schubert", par Marcel Brion,Paris, 1959.

(21)         "Journal der Moden", Munich, 1809, p. 251, cité par E.L. Gerber dans "Lexikon der Tonkünstler", Leipzig, 1813, 3e tome, colonne 285.

(22)         "Biographie Universelle des musiciens" par Fétis, tome 5, 1875, p. 396.

(23)         "Eugène de Beauharnais, beau-fils de Napoléon" par le prince Adalbert de Bavière,v. 1940, p. 117.

(24)         "Biographisches Lexikon Kaiserthums Oesterreich", par Constant von Wurzbach,Vienne, 1867, 16e tome, p. 248.

(25)         "Eugène de Beauharnais" par Jean Autin, Perrin, 1989, p. 288.

(26)         AMZL, volume 12, n°36, 6 juin 1810.

(27)         "Biographie von Ludwig van Beethoven" par Anton Schindler, 1840, tome 3, p. 195.

(28)         "Ludwig van Beethovens Leben" par Alexander Wheelock Tayer, Leipzig 1911, tome 3, p. 383. Cette lettre a été rédigée en français par Beethoven.

(29)         Cité dans "Beethoven-Handbuch" par Th. Frimmel, Leipzig, 1926, tome 1, p. 381 et382.

(30)         "Metromania" par Jean Louis Duperray, dans "Diapason", mars 1986,n°314, p.70.

(31)         AMZL, n°28 "Ueber die jezt bevorstehende Wirkliche Einführung des Taktmessers" par Gottfried Weber, 13 juillet 1814, colonne 461.

(32)         AMZL, n°27 même titre, 6 juillet 1814, colonne 445.

(33)         Reproduit avec la partition (mais avec une date fausse) dans "BIEM" brochure du cinquantenaire 1929-1979. Version française. Munich 1980, p. 22. Pour la date exacte, voir Th. Frimmel,op. cit. tome 1,p. 35.

(34)         "Ludwig van Beethoven" par Jean et Brigitte Massin. Fayard 1967,p.675.

(35)         Cité dans la rubrique "Metronome", "Dictionnary of music and musicians" de George Grove. 1890, tome 2, p.320, note 1.

(36)         "Paris und Wien" 1813, 3e année, tomeV, p. 563, cité dans "Die Mälzel'sche Sammlung" de Th. Frimmel dans "Internationale Sammlerzeitung", 1er août 1923, p. 11.

(37)         "Vaterländische Blätter für österreichischen Kaiserstaat", n° 6, 20 janvier 1813.

(38)         "Notice sur l'instrument nommé Panharmonicon" dans "L'IIlustration", 23 mai 1846,p. 192.

(39)         "Wiener Zeitung", 1813, p. 1019 et la suite, cité par Antonicek, dans"Osterreichisches biographisches Lexikon" sous la direction de Leo Santifaller, p. 404.

(40)         Extrait de la "déposition" que Beethoven rédige pour attaquer Maelzel en justice, lorsde leur différent à propos des droits de propriété de la partition. Cité par Tayer, op. cit. , p. 602 et 603. Beethoven appelle Panharmonica tous les orgues - orchestre de Maelzel. Il semble qu'il fasse allusion dans la phrase citée, à l'appareil de 1806.

(41)         Voir "Beethoven und seine Ankläger. Der Prozess gegen Maelzel" par GustavErnest, dans "Deutsche Rundschau", n° 162, janvier – février - mars 1915, p. 451. L'auteur y disserte de la vraisemblance des propos tenus par Moscheles attribuant la paternité d'une grande partie de la partition de la bataille, à Maelzel. Ce qui paraît exagéré.

(42)         Notice du disque de la série "Trésors classiques" de Philips, "La bataille de Vittoria"op. 91. Orchestre symphonique de Londres, sous la direction d'Antal Dorati. Le bruitage obtenu par l'enregistrement de vrais fusils et de canons authentiques est d'une grande vulgarité. Son seul intérêt est de rappeler que le bruitage de Maelzel ne devait pas l'être moins.

(43)         J. et B. Massin op. cit. p.  271.

(44)         "Über den musikalischen Chronometer" dans AMZL, n° 48, 1er décembre 1813,colonnes 784 à 788.

(45)         AMZL, n°27, 6 juillet colonnes 445 et la suite , n° 28, 13 juillet 1814, colonnes 461 et la suite. Voir aussi le tableau de conversion de l'échelle de Maelzel dans "Mäzel's Metronom überall umsonst zu haben", du même auteur dans AMZL, n° 37, juin 1817 colonnes 204 à 209. G. Weber est également l'inventeur d'un chronomètre musical de poche (1813). Voir  George Grove, op. cit, tome 2, p. 319.

(46)         Ord-Hume, op. cit. p.141.

(47)         AMZL , n° 19, 10 mai 1815, colonne 313.

(48)         Voir "Barrel organ" par Arthur W. J.G. Ord-hume, 1978, p. 182 et 183.

(49)         Fétis op.  cit. ,p. 396.

(50)         AMZL, 9 avril 1816, cité dans "Aus der Frühgeschichte des Metronoms" par Rudolph Angermüller, dans "Osterreichische Musikzeitschrift", volume 26, 1971, p. 136 et 137.

(51)         AMZL, n°25, 18 juin 1817 "Mälzels Metronom" co lonne 422

(52)         R. Angermüller, op.  cit.,p. 137.

(53)         Th. Frimmel op. cit. tome 1,p.407.

(54)         AMZL, n° 51, 17 décembre 1817, colonne 873 et 874.

(55)         "Voyage dans le Milanais" par Millin, p. 81, cité par D. Williard Fiske, op. cit., p. 425,note.

(56)         "Manuel des facteurs d'orgues" de Don Bedos avec des notices historiques  de M.Hamel complété par J. Guedon. Encyclopédie Roret, p. 450.

(57)         "Mälzels Metronom ist da!" signé conjointement par Beethoven et Salieri, dansAMZL, 14 février 1818, colonnes 58 et 59.

(58)         Tayer, op. cit., tome 4, p. 69 et 79.

(59)         AMZL, n°25, juillet 1818, colonnes 468 à 473.

(60)         Tayer, op. cit., tome 4, p. 65.

(61)         Lettre de M.J. de Vos Villems à la "Revue musicale" de Fétis, 4e année, tome VI,Paris, 1850, p. 57.

(62)         "Bazar parisien ou choix raisonné des produits de l'industrie parisienne" par CharlesMalo, Paris, 1824.

(63)         Pour plus de détails, se reporter à la notice historique page XXVII du "Manuel du facteur d'orgue" de l'Encyclopédie Roret, déjà citée.

(64)         R.W. Sterl, op. cit., p.148 et 149.

(65)         Cité par Tayer, op. cit., p.69.

(66)         "Musical Automata" dans "Mechanichs'Magazine", n° 327, 14 novembre 1829, p.192.

(67)         "Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale", 30e année, n° 329, novembre 1831, p. 475 à 479 avec une planche. Pour la presse allemande "Polytechnisches Journal" tome 40, 1832, p. 111 à 115, avec également une planche.

(68)         "Der Schachautomat des Baron von Kempelen" reproduction en fac simile accompagnée d'un commentaire de Marion Faber. Die bibliophilen Taschenbücher, Dortmund, 1983.

(69)         Daniel Willard Fische, op. cit., p. 474, note. Signalons que toutes les dates destournées américaines de Maelzel sont extraites de cette étude minutieuse qui a été réalisée à partir de témoignages d'époque et en consultant les collections des journaux qui annoncent la venue et le départ de Maelzel des villes où il montrait son spectacle. (70) "Deutsche Instrumentenbau Zeitung", 4e année, 27 mai 1905, cahier 24, cité par Hans W. Schmitz "Johann Nepomuk Mälzel und das Panharmonicon", dans "Das mechanische Musikinstrument", n° 19, 6e année, mars 1981, p. 27.

(71)  "Tableau de Paris" par Edmond Texier, tome 2, 1853, note p. 204.

(72)  "Les automates" par Alfred Chapuis et Edmond Droz, op. cit., p. 279.

(73)  Simon, op. cit., p. 31 et 32.