La première soirée musicale du Festival d’Automne à Paris était consacrée, à la Salle Pleyel, à Pli selon pli de Pierre Boulez, sous la direction du compositeur. Ce “portrait de Mallarmé pour soprano et orchestre” obéit à la tradition de réécritures multiples, chère à Boulez. Néanmoins, la partition, élaborée depuis 1957, n’a pas connu de transformations depuis 1989 et l’écoute peut convaincre d’une œuvre définitivement achevée. Définitivement achevée dans sa tentative de rendre compte d’un projet créateur impossible et rêvé, tel que Mallarmé le déplie dans son désir d’un Livre en mouvement qui accomplirait le tout poétique. Définitivement indéchiffrable sans doute au non-spécialiste, dans la mesure où les exégèses d’une œuvre poétique peuvent aider à soulever le voile plus aisément que l’exercice d’analyse sur partition. Toutefois le texte rédigé pour le Festival d'Automne à Paris 1981, par Dominique Jameux, dans le cadre du cycle Pierre Boulez, offre un secours non négligeable. Il est consultable sur le site de l’Ircam.

 

 

 

 

©A. Warme-Janville

 

 

 

 

 

Nourri plus d’impulsions poétiques et formelles que d’un souci de référence au signifié ou même à la sonorité des textes ou fragments de textes du poète, Pli selon pli impose à l’auditeur la frustration d’une œuvre jamais découverte. En jaillissent, comme chez Mallarmé, des moments de fulgurante perfection : l’évanouissement d’un trille, un tissage digne de la fée Clochette, la lame étincelante du couperet, des explosions ravalées. Tout ceci entre l’événement que constitue l’accord initial (que Berio citera en amorce du troisième mouvement de sa Sinfonia) et le retour qui se fait en son sein, à la fin de l’œuvre. Dès l’époque d’écriture des trois Improvisations suscitées par les poèmes (Le Vierge, le vivace et le bel aujourd’hui, Une dentelle s’abolit, À la nue accablante tu), Boulez a fait ses choix dans l’ordre de ce que serait sa transposition : structure résultant de celle des sonnets de Mallarmé, choix très personnels dans les passages traités syllabiquement ou en mélismes, introduction d’options dans le parcours musical. L’interprétation de la soprano Barbara Hannigan entre dans cette conception d’un texte, non pas porté ou accompagné par les instruments, mais glissé, suggéré, enfoui ou résurgent. La rencontre des musiciens de l’Ensemble Intercontemporain et de ceux de l’Ensemble issu de l’Académie du Festival de Lucerne pour jouer l’œuvre d’un compositeur qui leur est familier en tant que chef assure une cohérence en profondeur.

 

 

 

 

©A. Warme-Janville

 

 

 

 

 

Voilà plus de cinquante ans, tout ce qui fait l’identité sonore de Pierre Boulez était déjà présent dans sa diversité raffinée, ses percussions à contre-emploi, ses éclatements dans l’espace. Mais aujourd’hui ses parcours, tout aussi aventureux, personnels et mystérieux, offrent des repères qui peuvent donner à l’auditeur l’illusion d’avoir prise sur l’œuvre.  Ce qui, il est vrai, n’est pas le propos de Mallarmé avec son utopie du Livre.

 

 

 

Hélène Jarry.

 

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Ce concert, diffusé en direct sur www.citedelamusiquelive.tv  et www.arteliveweb.com  est disponible en vidéo à la demande.  Il a été enregistré par France Musique et sera diffusé le 17 octobre à 20h00