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Sommaire :

1. Editorial : Les beaux afternoons...

2. Informations générales

3. Varia

4. Manifestations et Concerts

5. A réserver sur l'agenda

6. Recensions de spectacles et concerts

7. Pierre Wissmer

8. Atom Heart Mother en banlieue parisienne

9. Nouveautés dans l'édition musicale

10. Bibliographie

11. CDs et DVDs

12. La librairie de L’éducation musicale

13. Où trouver la Revue de L’éducation musicale ?

14. La vie de L’éducation musicale

15. Où trouver le numéro du Bac ?

 

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   Les beaux afternoons…

 

S’il faut en croire le tout nouvel et primesautier locataire de la Rue de Grenelle, nos enfants devraient bientôt connaître, à l’École, d’exaltants après-midis.  Conjuguant sport, disciplines de la sensibilité et joyeuses ouvertures à « l’environnement sociétal »…

 

Séduisant programme, n’est-il pas ?

 

Sans vouloir ignorer qu’après de nombreuses décennies d’expérimentation de la chose, nos amis d’outre-Rhin en sont généralement revenus. Warum ?  Peut-être ne serait-il pas indifférent de s’en inquiéter…

 

Tandis qu’au Royaume-Uni (où n’existe pas d’enseignement spécialisé de la musique), les cours d’instruments sont dispensés au sein des établissements scolaires – contribuant ainsi, dit-on, à la parfaite désorganisation du système.

 

Pour ce qui nous concerne, il serait évidemment souhaitable qu’activités chorales et instrumentales prennent place l’après-midi.  Sans impératifs d’horaires, toutefois - déjouant ainsi les ordinaires somnolences post-déjeunatoires de nos ouailles…

 

Cependant que notre enseignement théorique - fondé sur auditions & analyses d’œuvres - resterait naturellement inscrit dans les horaires de la matinée…

 

Amen !

Francis B. Cousté.

 

 


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BOEN n°19 du 10 mai 2012.  Baccalauréat technologique « Techniques de la musique & de la danse ».  Liste des morceaux imposés pour l’épreuve d’exécution instrumentale & l’épreuve d’exécution chorégraphique - session 2012 :

www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=59931

 

 

 

Fête de la Musique 2012… dans le monde !  En déplaçant au 21 juin la 3e édition de son événement national « love:live music » (dont l'esprit est identique à celui de la Fête de la Musique), c’est l'Irlande toute entière qui rejoint cette manifestation internationale.   Aux États-Unis, une nouvelle métropole s’inspire de New York et Chicago : Make Music Los Angeles !  En Afrique du Sud, la ville du Cap annonce sa première édition de la Fête : www.lafetedelamusic.co.za   En Colombie, la Fête de la Musique prend de l'ampleur et se dote d'un site Internet : fiestadelamusica.co

 

       

 

 

Diplôme national du brevet (DNB).  Il n’est d'épreuve d'Éducation musicale que pour les candidats qui n’ont pu subir de contrôle continu (scolarisés dans un établissement privé hors contrat ou candidats libres).  Renseignements :

www.education.gouv.fr/cid59753/diplome-national-du-brevet.html#L’essentiel

 

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Jules Massenet : à 36 ans (en 1878), il entrait à l’Académie des Beaux-Arts !   Danièle Pistone, correspondant de cette académie, évoque le compositeur pour le centenaire de sa mort en 1912.

À écouter sur :  http://www.canalacademie.com/emissions/carr854.mp3

 

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Le Créa,  célèbre centre d’éveil artistique (directeur-fondateur : Didier Grojsman), n’a de cesse de croître & embellir !  Renseignements : 85, rue Anatole-France, 93600 Aulnay-sous-Bois.  Tél. : 01 48 79 66 27.  www.lecrea.fr

 

 

 

Promotion de l’orgue :  Du 11 au 15 avril 2012, Daniel Roth donnait une classe d’orgue à Paris, église Saint-Sulpice (notre photo).  Du 7 au 14 juillet 2012, sous la direction du Dr. Kurt Lueders, sera organisé un circuit autour des plus belles orgues Cavaillé-Coll du sud de la France (Bordeaux, Toulouse, Perpignan, Carcassonne, Saint-Girons, Montpellier, Nîmes, Marseille, Lyon). Renseignements : www.organpromotion.org ou www.orgelmeisterkurse.de/en/organ-tours

 

Les stagiaires ©DR

 

 

« Musicora 2012 », bilan positif !  En trois jours, auront été accueillis 7 000 visiteurs, 110 exposants, 1 000 professionnels, 673 enfants, 205 musiciens… Renseignements : www.palaisbrongniartblog.fr/bilan-musicora-salon-musique-classique-2012

 

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La Compagnie Baroque / Michel Verschaeve  propose, du 20 au 25 août 2012, « Le Baroque à Versailles », stage de chant, déclamation & gestuelle baroques.  École de musique du Chesnay (Yvelines).  Renseignements : « Les Puits de la Reine » - 3, rue Pottier B1, 78150 Le Chesnay. Tél. : 01 39 55 10 62. www.compagniebaroque.fr

 

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Vacances musicales sans frontières (VMSF),  organisme créé en 1988, propose – en France & à l’étranger - des séjours musicaux pour jeunes de 6 à 20 ans.  Renseignements : 01 40 33 30 10.  www.vmsf.org ou http://goo.gl/eQdBR 

 

 

 

Euh…  « Pour un CD paraissant chez une major, il en sort cent sur des labels indépendants » (David Godevais, directeur du Club action des labels indépendants français, Calif).  Renseignements : www.calif.fr  

 

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« La pratique orchestrale à l’école ».  Sur ce thème, l’Ariam Île-de-France propose diverses formations.   Renseignements : 01 42 85 45 41.  www.ariam-idf.com

 

 

 

Jeune Public à l’Orchestre national de Lille :  Concerts-découverte, Am’Stram’Gammes, L’enfant & l’orchestre, Mômes en musique, Répétitions ouvertes, Concerts lycéens, Concerts étudiants, Lille Piano(s) Festival…  Renseignements : 03 20 12 82 40. www.onlille.com

 

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Chœur de chambre « les Éléments ».  Remarquablement fourni est le calendrier du célèbre chœur que fondait en 1985 - et dirige toujours - l’Orthézien Joël Suhubiette (notre photo).  Dans un répertoire de musiques aussi bien anciennes que contemporaines.  Renseignements : 37, rue du Taur, 31000 Toulouse.  Tél. : 05 34 41 15 47.  www.les-elements.fr

 

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Bonne feuille (?)...  « Et aujourd’hui ?  Ça ne chante plus dans le présent, si ce n’est de manière dérisoire et imbécile – au mieux, ça chantonne.  Et voilà bien le paradoxe de cette époque désenchantée : l’extension quasi universelle de ce que l’on pourrait appeler un chant faible, l’empire de la chanson qui envahit tout, dont la croissance quantitative est inversement proportionnelle à la qualité.  (…)  Et enfin, pour ce qui est de l’avenir, qui peut croire encore aux lendemains qui chantent ? » (Vincent Delecroix, Petite bibliothèque du chanteur, Champs/Flammarion)

 

    

 

 

Théâtre royal de La Monnaie :  les Chœurs d’enfants recrutent !  Renseignements : +32 (0)2 673 54 98.  www.lamonnaie.be

 

 

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ManiFeste,  1re édition du « Festival-académie de l’Ircam », se déroulera à Paris, du 1er juin au 1er juillet 2012.  Concerts, colloque, conférences, rencontres, tables rondes, films, master-classes…  Lieux : le Centquatre, Cité de la musique, Église Saint-Merri, Festival de Saint-Denis, Salle Pleyel, Théâtre des Bouffes du Nord, Théâtre du Rond-Point… Renseignements : 01 44 78 12 40.   http://manifeste.ircam.fr

 

 

 

Chœur & Orchestre de Sorbonne Université, dir. Vincent Barthe,  se produiront le mardi 5 juin 2012, à 20h30, en le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne.  Avec Ariel Alonso (chef de chœur), Félix Burgan (violoncelle), Stanislas de Barbeyrac (ténor) et Florian Westphal (baryton/basse).  Programme : Ouverture des Maîtres Chanteurs (Wagner), Variations sur un thème rococo (Tchaïkovski), Messa di Gloria (Puccini).  Renseignements : 47, rue des Écoles, Paris Ve. Tél. : 01 53 09 56 45.  www.culture.paris-sorbonne.fr/cops

 

 

 

La 32e édition du « Festival d’Auvers-sur-Oise »  se déroulera du 1er juin au 6 juillet 2012. Compositeur en résidence : Pascal Zavaro.  Renseignements : 01 30 36 77 77.  www.festival-auvers.com

 

 

 

Colloque « Édith Canat de Chizy, musique & transversalité créatrice ».  Modérateur : Jean-Pierre Derrien (le jeudi 7 juin 2012, au CDMC). Renseignements : 16, place de la Fontaine-aux-Lions, Paris XIXe.  Tél. : 01 47 15 49 86.  www.cdmc.asso.fr   Dans le cadre du Festival Agora, de cette même compositrice sera créé :  Over the sea, pour trio à cordes, accordéon & électronique, le lundi 11 juin, au Théâtre des Bouffes du Nord. Renseignements : 37bis, bd de la Chapelle, Paris Xe.  Tél. : 01 46 07 34 50.  www.bouffesdunord.com

 

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En la cathédrale Saint-Louis des Invalides,  l’Orchestre d’Harmonie de la Garde républicaine, dir. François Boulanger, donnera un concert autour du thème « l’Orient », le jeudi 7 juin 2012, à 20h00.  Au programme : Ouverture de Sémiramis (Rossini), España (Chabrier), Suite algérienne, 5e Concerto pour piano [soliste : François-Joël Thiollier] & Bacchanale de Samson et Dalila (Saint-Saëns).  Renseignements : 01 44 42 35 07. www.lesmusiciensdelagarde.com ou www.garderepublicaine.fr

 

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« Orgue & Harpe » à l’Auditorium Marcel-Dupré,  le samedi 9 juin 2012, à 17h30.  Frédéric Blanc (orgue), Marie-Pierre Cochereau (harpe).  Œuvres de Pierre Cochereau, Frédéric Blanc, Jean Baur, Alphonse Hasselmans, Bernard Andres, John Thomas, Marcel Dupré, Marcel Tournier.  Renseignements : Auditorium – 40, bd Anatole-France, 92190 Meudon.  Tél. : 01 46 26 37 77.  www.marceldupre.org

 

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Le 13e Festival de musique de l’Institut du monde arabe (IMA)  se déroulera du 8 au 16 juin 2012, en l’auditorium Rafiq Hariri.  « Chanson moderne entre racines & devenir » (8 juin, 20h30), « Les folles années du raï » (9 juin, 20h30), « Transe Aïssawa & Chaabi des Maîtres » (10 juin, 17h30), « Fédération andalouse » (14 juin, 20h30), « Rituels du Sahara & Electric Gnawa » (15 juin, 20h30), « Hip Hop, souffle des Aurès & Tempo sétifien » (16 juin, 20h30).  Renseignements : 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris Ve.  Tél. : 01 40 51 38 14.  www.imarabe.org

 

       

 

 

Hippolyte et Aricie de Jean-Philippe Rameau  sera donné à Paris,  Opéra Garnier, du 9 juin au 9 juillet 2012. Le Concert d’Astrée, dir. Emmanuelle Haïm (notre photo).  Renseignements : 03 20 74 28 78.  www.leconcertdastree.fr

 

©DR

 

 

Le 29e Festival « Chopin à Paris »  se déroulera, du 16 juin au 14 juillet 2012,  à l’Orangerie du Parc de Bagatelle.  Avec, notamment : Nikolai Demidenko, Alexander Ghindin, François Dumont, François Chaplin, Igor Tchetuev, Philippe Bianconi, Marie-Catherine Girod, Cyprien Katsaris, Anne Queffélec…  Renseignements : 01 45 00 22 19.  www.frederic-chopin.com

 

©Société Chopin

 

 

Le Quatuor Artemis  se produira, le lundi 18 juin 2012, à 20h00, au Théâtre des Champs-Élysées.  Au programme : Quatuor op. 76 n°5 de Haydn.  Quatuor n°13 « Rosamunde » de Schubert.  Quatuor en fa majeur de Ravel.  Renseignements : 15, avenue Montaigne, Paris VIIIe.  Tél. : 01 49 52 50 50.   www.theatrechampselysees.fr

 

©DR

 

 

Le 61e Festival international de musique & de danse de Grenade  se déroulera du 22 juin au 8 juillet 2012.  Renseignements : www.granadafestival.org

 

 

 

À Venise…   La Fenice & le Comité français pour la sauvegarde de Venise organisent un grand week-end de gala, les 23 et 24 juin 2012.  Le 23 juin : représentation de Carmen (avec Béatrice Uria-Monzon dans le rôle-titre, mise en scène de Calixto Bieito).  Le 24 juin : visite de hauts lieux vénitiens – dont, notamment, dans le Museo Correr, les appartements restaurés de l’impératrice « Sissi » (notre photo). Renseignements : +33 147 230 809. www.cfsvenise.org ou www.teatrolafenice.it

 

      

 

 

Récital de piano & violoncelle,  le 24 juin 2012, à 17h00, en l’église Notre-Dame de Compassion - place du Général-Kœnig (Porte des Ternes), Paris XVIIe. Avec Catherine Dartinet (piano) & Fabrice Loyal (violoncelle).  Œuvres de Debussy, Beethoven, Schumann, Locatelli…  Libre participation aux frais.  Renseignements : Tél. : 01 45 74 83 31.

 

 

 

La 8e édition du Festival « Viva Voce »  se déroulera à Caen, en l’église Saint-Nicolas, du 26 juin au 4 juillet 2012.  Renseignements : 02 31 15 65 50.  www.vivavoce.fr

 

 

 

City of London Festival,  Golden Jubilee (1962-2012), se déroulera du 24 juin au 27 juillet 2012.  Renseignements : 00 44 8701 566 366.  www.colf.org 

 

 

 

Le 46e Montreux Jazz Festival  se déroulera du 29 juin au 14 juillet 2012.  Renseignements : Grand-Rue 95, CH-1820 Montreux. Tél. : +41 21 966 44 44.   www.montreuxjazzfestival.com

 

 

 

« Montpellier Temps Chante »,  Festival off de Radio France, se déroulera du 9 au 22 juillet 2012. La chanson dans tous ses états, toutes ses couleurs !  Renseignements : www.Montpellier-Temps-Chante.fr

 

      

 

 

International Summer Academy of Music  se déroulera à Ávila (Espagne), du 10 au 21 juillet 2012.  En collaboration avec le « Lienzo Norte Music Festival ».  Renseignements : ISAM, tél. : +34 66 77 111 69.   www.spaincellence.com  ou www.lienzonorte.es

 

Ávila ©DR

 

 

Le Festival de Saint-Riquier/Baie de Somme  se déroulera du 13 au 22 juillet 2012.  Avec notamment : Boris Berezowsky, Fabio Biondi, Michel Camilo, le Quatuor Ébène, Brigitte Engerer, Richard Galliano, Emmanuel Krivine…  Renseignements : 03 22 71 82 10. www.festival-de-saint-riquier.fr

 

 

 

Le Festival de Saintes  se déroulera, à L’Abbaye-aux-Dames, du 13 au 21 juillet 2012.  Autour, notamment, de Bach & de Schubert.  Renseignements : 05 46 97 48 48.  www.abbayeauxdames.org

 

 

 

Le 43e Festival de l’Orangerie de Sceaux  se déroulera du 15 juillet au 9 septembre 2012.  Festival pour petits & grands…  Renseignements : 01 46 60 07 79.  www.festival-orangerie.fr  

 

 

 

Le 32e Festival international de La Roque d’Anthéron  se déroulera du 21 juillet au 22 août 2012.  Renseignements : Parc du Château de Florans, 13640 La Roque d’Anthéron.  Tél. : 04 42 50 51 15.  www.festival-piano.com

 

 

 

Les Riches Heures Musicales de La Rotonde, XXXe édition  se dérouleront du 5 au 20 août 2012. Avec les ensembles « La Rêveuse », « Zylberajch/Gester », Concerto Soave », « Obsidienne », « Doulce Mémoire », « Les Calissonnes ». Renseignements : 04150 Simiane-La-Rotonde.  Tél. : 04 92 75 90 47.   www.festival-simiane.com

 

 

 

Le pianiste japonais Kotaro Fukuma  se produira à Biarritz, en l’Hôtel du Palais, le 1er août 2012, à 21h00.  Au programme : extraits d’Iberia (Isaac Albéniz), La soirée dans Grenade (Claude Debussy), Alborada del gracioso (Maurice Ravel).  Renseignements : 01 30 90 60 12.  www.kotarofukuma.com

 

©Takuji Shimmura

 

 

La 10e Symphonie de Philip Glass  sera créée - en présence du compositeur - le jeudi 9 août 2012, au Grand Théâtre de Provence d’Aix-en-Provence, par l’Orchestre français des Jeunes, dir. Dennis Russell Davies.  L’Orchestre fête, cette année, son 30e anniversaire.  Renseignements : 08 20 13 20 13. www.grandtheatre.fr

 

Philip Glass ©DR

 

 

Le 8e Festival Hestiv’Òc, festival des musiques & cultures du Sud, se déroulera, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), du 16 au 19 août 2012.  Renseignements : 05 47 41 40 46.  www.hestivoc.com

 

 

 

La Fédération internationale Willems  tiendra son 35e Congrès, du 19 au 25 août 2012, à la Haute École pédagogique du canton de Vaud (Lausanne, Suisse).  En partenariat avec le Chœur Britten, dir. Nicole Corti. Renseignements : 04 78 52 25 88. www.fi-willems.org/congres2012/index.php

 

 

 

Le Festival de Sablé  propose « Musique, danse & théâtre baroques », du 21 au 25 août 2012. Quant à son « Académie », elle propose un enseignement des mêmes disciplines, du 16 au 25 août 2012.   Renseignements : 02 43 62 22 22.  www.sable-culture.fr

 

   

 

 

Annecy Classic Festival  se déroulera du 21 au 31 août 2012.  Renseignements : 3, place du Château, 74000 Annecy.  Tél. : 04 50 51 67 67.  www.annecyclassicfestival.com

 

 

 

2012 Grafenegg Music Festival.  Ce festival autrichien se déroulera du 23 août au 9 septembre 2012. Directeur artistique : Rudolf Buchbinder.  Formation en résidence : Tonkünstler Orchestra. Compositeur en résidence : James McMillan.  Renseignements : http://grafenegg.com/programme/festival ou www.grafenegg.at

 

  

 

 

Chemins du patrimoine en Finistère  propose 3 expositions sonores : « L’air du temps » (Abbaye de Daoulas, jusqu’au 14 octobre 2012) / « Sonnez bombardes, résonnez bonious ! » (Château de Kerjean, jusqu’au 7 novembre 2012) / « Chantons toujours ! Kanomp Bepred ! » (Manoir de Kernault, jusqu’au 11 novembre 2012).  Renseignements :02 98 25 98 00.  www.cdp29.fr

 

 

 

Orchestre national de Lyon.  Programme 2012-2013 désormais disponible sur :  www.onl.fr/onl_info/Catalogues/brochure/Brochure2012-2013.htm

 

 

 

Orchestre national d’Île-de-France.  Les programmes « Jeune public » de la saison 2012-2013 peuvent être consultés sur : www.orchestre-ile.com

 

         

 

Francis Cousté.

 

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L'Histoire du soldat à l'Athénée

L'Histoire du soldat est sans doute une des œuvres les plus secrètes de Stravinsky.  Par son sujet d'abord, fruit de la collaboration avec l'écrivain suisse Charles-Ferdinand Ramuz, inspiré du conte populaire russe Le Déserteur et le Diable.  Par la manière originale dont les auteurs l'ont traitée, dans le ton de la fable, d'une simplicité apparente : un narrateur, deux danseurs, sept musiciens.  Destinée à la scène, elle n'y est pas souvent représentée.  Aussi la version donnée au Théâtre de l'Athénée est-elle bienvenue, dirigée par Laurent Cuniot, et mise en scène par Jean-Christophe Saïs. 

Les 16, 20, 21, 22 juin 2012, à 20h00 ; le 17 juin à 16h00 et le 19 juin à 19h00 ; séance scolaire, le 21 juin à 14h30.   Places de 14 à 32 €.  Location : Athénée/Théâtre Louis-Jouvet - 24, rue de Caumartin 75009 Paris IXe.  www.athenee-theatre.com

 

 

 

L'Opéra Bastille présente L'Amour des trois oranges

Il ne faut pas manquer la reprise de L'Amour des trois oranges à l'Opéra Bastille.  Parce que Prokofiev propose une de ses partitions les plus brillantes, au langage percutant, contrasté à l'envi, imprimant un souffle vivace au conte fantastique de Carlo Gozzi.  Parce que la production de Gilbert Deflo en livre une perspicace et amusante dramaturgie, associant commedia dell’arte & monde du cirque, pour un spectacle très abouti.  Enfin, pour le plaisir d'une distribution des plus prometteuses et d'une direction musicale confiée à un chef, Alain Altinoglu, qui sait imprimer aux œuvres qu'il choisit une sûre musicalité.

Les 23, 26, 29 juin et 3, 6, 9, 11, 13 juillet 2012, à  19h30.  Places de 5 à 140 €.  Location : 120, rue de Lyon, Paris XIIe.  Tél. : 08 92 89 90 90.   www.operadeparis.fr

 

Serge Prokofiev ©DR

 

 

La Rappresentazione di Anima e di Corpo à la Cité de la Musique

L'oratorio d’Emilio de’ Cavalieri, La représentation de l'âme et du corps (1600), fait figure de premier opéra de l'histoire.  Le sujet allégorique, que Haendel reprendra à son compte, met en scène l'affrontement entre les tentations du monde & de la vie de plaisir, et les bienfaits d'une existence exemplaire, ouvrant le chemin de l'éternité, pour ceux qui savent résister.  Les âmes damnées, vouées à l'enfer, laisseront place aux âmes bénies, promises à la félicité. René Jacobs en sera l'interprète de choix, à la Cité, entouré d'un orchestre baroque renommé, l'Akademie für Alte Musik Berlin, de son Concerto Vocale, et de solistes émérites.   

Le 22 juin 2012, à 20h00.  Billets : 41 et 32 €.  Location : 221, avenue Jean-Jaurès, Paris XIXe. Tél. : 01 44 84 44 84.  www.citedelamusique.fr

 

René Jacobs ©DR

 

 

Bartók vu par Esa-Pekka Salonen

Le cycle Bartók, conçu par Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra, pour le Théâtre des Champs-Élysées, s'achève par une soirée réunissant la suite du Prince de bois, le 3e Concerto pour piano (1945), avec en soliste Nikolai Lugansky, et le Concerto pour orchestre.  À en juger par les deux premières éditions, l'alliage de ce chef charismatique et de la célèbre formation londonienne est plus que précieux.  Une occasion de goûter le climat tragique d'un ballet peu connu (1916) et de savourer, avec le séduisant 3e Concerto de piano, la fantaisie rythmique inépuisable du maître hongrois.  

Le 25 juin 2012.  Places de 5 à 85 €.   Location : 15, avenue Montaigne, Paris VIIIe.  Tél. : 01 49 52 50 50.  www.theatrechampselysees.fr

 

Esa-Pekka Salonen ©DR

 

Jean-Pierre Robert.

 

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Le London Symphony Orchestra à Pleyel : Extatique !  London Symphony Orchestra & London Symphony Chorus, dir. Peter Eötvös.  Christian Tetzlaff, violon.

Le LSO était de passage à Paris, dirigé par le chef hongrois Peter Eötvös (remplaçant Pierre Boulez, initialement prévu) dans un programme d’une intelligence et d’une cohérence rares, associant Debussy (1862-1918) Szymanowski (1882-1937) et Scriabine (1872-1915), trois compositeurs de la même époque, trois regards « impressionnistes » chargés de sensualité, d’images et de couleurs, caractérisés par le raffinement harmonique, la richesse de l’orchestration et la magie des timbres.  En première partie les Nocturnes (1892-1899) de Debussy, voyant se succéder Nuages, Fêtes et Sirènes, si caractéristiques des climats debussystes faits de chatoiements, d’impressions visuelles, de timbres dispersés, alternant mélancolie, mystère, ambiance festive, danse, rythme lancinant  et ondoyant de la mer, chant charmeur et vénéneux des sirènes, puis le Concerto pour violon n°1 de Szymanowski (1916) composé en pleine période impressionniste du compositeur polonais, musique raffinée et sensuelle, d’inspiration dionysiaque, modèle d’équilibre entre soliste et orchestre, magistralement interprétée par le violoniste allemand Christian Tetzlaff.  En seconde partie le Poème de l’extase de Scriabine (1904-1907) œuvre visionnaire et mystique trouvant sa source dans une altérité suffocante et irrépressible, marquée par les appels répétés et véhéments des cuivres, appel à la transcendance qui ne trouvera sa résolution que dans l’accord final.  Une musique ambitieuse, peu jouée en concert, magnifiquement interprétée, qui fournit au LSO et à Peter Eötvös toutes les occasions de faire montre de la qualité superlative de cette phalange, tous pupitres confondus (le chœur paraissant, en revanche, un peu poussif).  Une soirée extatique !

 

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Peter Eötvös ©DR

 

 

Katharina Treutler à l’Institut Goethe : éblouissante !

Si le phénix du piano existe, il était assurément, pour un soir, à l’Institut Goethe, en la personne de Katharina Treutler, capable d’associer, pour la circonstance, magnifique ramage et somptueux plumage, dans un très beau récital associant Brahms (Deux Rhapsodies op. 79, Klavierstücke op. 119) et Liszt (Sonetto 104 del Petrarca, Mephisto-Valse et des transcriptions de Rigoletto et  de Marguerite au Rouet).  Un jeu virtuose, assuré, mais jamais dur, un phrasé intelligent, riche de nuances, une belle sonorité, un piano tour à tour orchestral ou confident, une émotion sans cesse renouvelée qui nous ravit.  Une bien belle soirée et une jeune pianiste, talentueuse, qu’il convient de suivre pour ne pas manquer ses trop rares passages sur les scènes parisiennes.

 

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Così fan tutte au Théâtre des Champs-Élysées : Une reprise réussie.  Dramma giocoso en deux actes K. 588 (1790) de Wolfgang Amadeus Mozart sur un livret de Lorenzo Da Ponte.  Le Cercle de l’Harmonie & Chœur du Théâtre des Champs-Élysées, dir. Jérémie Rhorer.  Mise en scène : Éric Génovèse.  Camilla Tilling, Michèle Losier, Claire Debono, Bernard Richter, Markus Werba, Pietro Spagnoli.

 

©Vincent Pontet/Wikispectacle

 

 

1790, Mozart hésite entre la farce et la leçon de vie lorsqu’il compose avec lucidité et humour, sans amertume, ni illusion sur la nature humaine, ce dernier opus écrit en collaboration avec Lorenzo Da Ponte.  Un opéra commandé par l’empereur Joseph II, dont la création eut lieu le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne, sous la direction du compositeur.  Un opéra particulier, au goût doux-amer, caractérisé par sa richesse musicale et par le nombre des ensembles vocaux, dont le TCE proposait la reprise de la version scénique de 2008, dans une mise en scène d’Éric Génovèse. La direction musicale étant confiée, pour cet ultime opéra de la saison, à la baguette, mozartienne s’il en est, de Jérémie Rohrer dirigeant son Cercle de l’Harmonie, avec une nouvelle distribution vocale, à l’exception de l’éternel Pietro Spagnoli dans le rôle de Don Alfonso. Cette reprise, confiée à Valérie Nègre, assistante du metteur en scène, fut indéniablement une réussite reprenant la mise en scène classique, quelque peu strehlerienne, d’Éric Génovèse (sociétaire de la Comédie française) mettant l’accent sur la farce, usant d’une belle direction d’acteurs pleine de dynamisme, évoluant dans une scénographie astucieuse car permettant simultanément de voir l’ensemble des acteurs, sous des éclairages parfaitement adaptés à la scène et aux décors.  Un orchestre riche en nuances, chargé d’expressivité et de cantabile, totalement en phase avec les chanteurs et la dramaturgie.  Une distribution vocale homogène dans sa qualité, dont on regrettera, parfois, quelques décalages dans les ensembles.  Camilla Tilling tout à fait convaincante dans sa prise de rôle (Fiordiligi) timbre clair, vocalité facile, tessiture étendue.  Claire Debono campant une Despina, espiègle, sachant prêter sa voix à la farce comme aux vocalises mozartiennes.  Bernard Richter (Ferrando) magnifique de puissance (parfois un peu trop !) et d’amplitude vocale, tout comme Markus Werba (Guglielmo) et Michèle Losier (Dorabella) qui confirment, ici, tout le bien et les espoirs mis en eux. Bref, une bonne soirée d’opéra, confirmée par l’ovation de la salle.

 

©Vincent Pontet/Wikispectacle

 

 Patrice Imbaud.

 

 

Cav & Pag font leur entrée à l'Opéra Bastille

Pietro MASCAGNI : Cavalleria Rusticana,  melodramma en un acte.  Livret de Giovanni Targioni-Tozzetti & Guido Menasci, d'après une nouvelle de Giovanni Verga.  

Ruggero LEONCAVALLO : Pagliacci.  Opéra en deux actes. Livret du compositeur. Violeta Urmana, Marcello Giordani, Stefania Toczyska, Franck Ferrari, Nicole Piccolomini, Brigitta Kele, Vladimir Galouzine, Sergey Murzaev, Florian Laconi, Tassis Christoyannis.  Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris. Maîtrise des Hauts-de-Seine.  Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris, dir. Daniel Oren.  Mise en scène : Giancarlo del Monaco.

 

©Mirco Magliocca

 

 

On a pour habitude d'associer Cavalleria Rusticana et Pagliacci en un même spectacle, d'où le sobriquet de Cav & Pag donné par nos amis britanniques à cette association forcée. Ils sont pour la première fois inscrits au répertoire de l'Opéra Bastille. Pour souligner sans doute leur parenté, apparente, le metteur en scène Giancarlo del Monaco a cherché à les unir en un même geste. Ainsi place-t-il en début de soirée, la tirade du Prologue de Paillasse, exorde au public.  Reste que la trouvaille fait long feu car rien ensuite n'alimentera, et pour cause, ladite parenté.  Cavalleria Rusticana devait, en 1890, assurer à Mascagni un succès foudroyant, et marquer l'acte fondateur de l'école vériste. Était érigé en style le fait de porter à la scène le réalisme d'un sujet emprunté à la vie de tous les jours, ce qu'on appelle « une tranche de vie ». Et aussi d'introduire une façon de chanter qui va jusqu'à modifier le mode d'émission vocale, la projection étant centrée sur le mot plus que sur la mélodie.  Leoncavallo va à son tour s'initier au genre, et Pagliacci (1892) rencontre pareil succès.  Bien des points rapprochent les deux pièces : leur extrême concision, deux courtes parties, séparées par un intermède musical, le même thème de la jalousie, de la femme chez l'une, de l'homme, pour l'autre, traité dans une Italie déshéritée, une musique maniant l'extrême et sollicitant l'émotion au premier degré. Les différences sont malgré tout notables. Force est de constater que Leoncavallo paraît avoir mieux réussi à approfondir son sujet, aidé en cela par le prisme du théâtre sur le théâtre. Et s'être montré meilleur psychologue de l'âme humaine : là où le fruste Turiddu de Cav se montre orgueilleux, sûr de son ramage, et étale une morgue belliqueuse, le Canio de Paillasse est un être direct, qui souffre, lassé par une existence banale.  La présente production renforce ces différences. Cav est traité de manière pseudo réaliste, dans une Sicile imaginée, d'une blancheur aveuglante, d'où se détachent les silhouettes uniformément noires de ses habitants. La rapidité du rythme, en particulier des enchaînements, recherchée par Mascagni, n'est pas au rendez-vous. On a affaire à une succession de tableaux statiques, bardés de clichés, tel le lent défilé des bergers ou des pénitents à genoux.  Les entrées et sorties du chœur des villageois sont on ne peut plus conventionnelles.  Il n'en émane pas cet indispensable sentiment de force collective.  Même le mélodrame s'en tient à la surface des choses, au point que le schéma jalousie-rivalité-vengeance, chez des personnages pourtant fort typés, n'émerge que peu crédible.  Et que ce drame exacerbé ne s'embrase pas réellement. Reste que les interprètes tirent leur épingle du jeu, avec un trio fulminant : Violeta Urmana, Santuzza passionnée, Franck Ferrari, implacable Alfio, Marcello Giordani, héroïque et fort bien timbré Turiddu.

 

©Mirco Magliocca

 

 

Giancarlo Del Monaco trouve meilleure inspiration avec Paillasse. La crudité du théâtre aux prises avec le réel est mieux défendue que la rusticité sicilienne. Sa régie s'inscrit plus naturellement dans la démarche laconique de Leoncavallo. La troupe des saltimbanques, opérant dans une atmosphère évoquant Fellini, devant d'immenses affiches d’Anita Ekberg émergeant de la fontaine de Trevi, dans La Dolce Vita, introduit un climat propice à ce jeu de la vérité.  Où tous sont pris au piège, les protagonistes des tréteaux, gagnés par une dévorante passion, comme les spectateurs du village, hésitant entre réalisme du théâtre et celui du quotidien. C'est que la frontière séparant comédie et tragédie est bien ténue, tout basculant soudain, même si la catastrophe est prévisible d'entrée de jeu, et que le mélange de la vie de tous les jours et de la commedia dell’arte est habile. La foule, traitée de manière beaucoup plus vraie, grouille de vie. Le trait se fait perspicace : le dialogue entre Tonio et Canio, le premier inspirant l'idée de la feinte chez l'autre, comme Iago s'ingénie à instiller le poison du doute chez Othello ; ou les quatre comédiens se grimant durant l'interlude, Nedda, Tonio et Beppe jetant un regard furtif vers Canio, tant le poids du drame à venir ronge déjà les esprits. La dramaturgie est aussi pointue que l'action est fluide. Là encore, les interprètes haussent la représentation au top niveau.  Le Canio de Vladimir Galouzine a de l'envergure, de sa voix de stentor, de son jeu pathétique et tourmenté.  Brigitta Kele est une Nedda décomplexée, vocalement fort bien pourvue, et Serguey Murzaev, Tonio, un roc vocal, que traverse l'éclair de la malignité. Au-delà de la dualité d'approche théâtrale, l'élément fédérateur incontestable du spectacle, on le doit à la direction enflammée de Daniel Oren.  L'Orchestre de l'Opéra regorge de sonorités somptueuses, violentes ou sensibles, que n'effleure pas un instant le sentimentalisme. Ces musiques, qui n'émargent pas toujours à la meilleure veine, chez Mascagni en particulier, trouvent là une traduction vibrante.  Et pas seulement à l'heure de l'Intermezzo qui fleurit au milieu de chacun des deux opéras. 

 

 

Des Indes galantes ancrées dans la dure réalité contemporaine

Jean-Philippe RAMEAU : Les Indes galantes.  Opéra-ballet en un prologue & quatre entrées. Livret de Louis Fuzelier.  Hélène Guilmette, Aimery Lefèvre, Julia Novikova, Judith van Wanroij, Vittorio Prato, Kenneth Tarver, Cyril Auvity, Nathan Berg, Thomas Doliè.  Chœur du Capitole. Les Talens Lyriques, dir. Christophe Rousset. Mise en scène : Laura Scozzi.

 

©Patrice Nin

 

 

Les Indes galantes appartiennent au genre de l'opéra-ballet, ou plus exactement du ballet héroïque, qui cultive le divertissement, la fête.  D'où l'importance toute relative donnée à l'action dramatique et les incohérences qui la parcourent. Il s'agit de quatre pièces différentes, que chapeaute un prologue. Dans sa nouvelle production du Capitole, Laura Scozzi voit les choses autrement. Elle réécrit une trame qui s'essaie à retrouver une logique à partir de ce prologue : la conquête des contrées lointaines ne sera pas guerrière mais amoureuse. Chacune des « entrées » se voit conférer un poids dramatique insoupçonné.  Le prologue, c'est l’Éden, où l'on pratique l'amour libre, autant de garçons et filles complétement nus entourant la belle Hébé.  « Volez, volez, Amours » aura rarement pris allure aussi décomplexée. Au tableau du « Turc généreux », on pratique le trafic d'êtres humains, et le naufrage de Valère et de ses pairs est une allusion au drame des boat people.  Dans l'entrée des « Incas du Pérou », les tribulations des gens du Sentier Lumineux, façonnant la drogue, remplacent la cérémonie à la gloire de l'astre solaire, et la catastrophe naturelle de l'éruption volcanique n'est autre que la mise en feu de la cabane de Huascar, qui achève là une sorte de suicide idéologique.  L'entrée des Fleurs, ou « Fête persane », qui dans la version dite de Toulouse, acquiert un poids musical qu'on ne lui connaissait pas autrement, est prétexte à s'attaquer au thème de la condition de la femme dans le monde.  En fait, une grande parade machiste de traite des blanches, toute velléité d'émancipation étant vite récupérée.  Le tableau des « Sauvages » est transporté dans une Amérique déjantée, partagée entre menace écologique et anarchie consumériste.  Tout rentrera dans l'ordre finalement, et l'on retrouvera l'Éden et ses éphèbes avides d'amour.  Formée à l'école de Laurent Pelly, dont elle fut la chorégraphe diablement imaginative de son Platée à l'Opéra Garnier et de ses spectacles Offenbach, Laura Scozzi porte un regard plus qu'ironique sur la société et sur ses semblables. Mais le trait est si appuyé qu'il en perd son acuité.  Surtout, la composante du ballet est reléguée au rang de parenthèse, ce qui ne manque pas de piquant de la part d'une chorégraphe. Afin de lier les divers tableaux, les divertissements finaux sont, pour une large part, shuntés au profit de projections vidéo, sur le thème du voyage et la rhétorique de la carte postale. Seuls trois Amours virevoltants, remarquablement brossés, assurent la continuité, au travers de leurs pérégrinations touristiques, tour à tour émerveillés ou estomaqués face à l'étrangeté de leurs rencontres. Le centre de gravité de l'œuvre se déplace, le sens s'en trouve changé. Laura Scozzi le revendique : « le divertissement, très dix-huitième, cesse d'exister et laisse place à un regard plus acide sur l'avidité de l'Homme ».  La frontière entre choristes et danseurs, est, certes, abolie de façon inédite.  Mais où est la délicatesse du geste, l'émotion née du clin d'œil, la poétique qui sourd de la musique ?

 

©Patrice Nin

 

 

Les protagonistes, sollicités par une dramaturgie envahissante, ont du mal à trouver leur place. Ils sont au service de la mise en scène, plus que portés par elle. Le manque d'aura n'épargne que quelques individualités. À commencer par Hélène Guilmette, Hébé, qui parvient à se frayer un chemin dans le camp de nudistes du prologue, lequel provoque les réactions amusées, et bruyantes, de la salle, puis, en Phani, à se confronter au rogue Huascar, mais s'impose moins en Fatime.  Le délicieux air « Papillon inconstant », qui plane au cœur du tableau des Fleurs, est  noyé au milieu d'un attirail indigeste.  En tout cas, ces prises de rôles sont valeureuses, pour un chant pleinement assumé. Rompu à la prosodie exigeante de Rameau, Nathan Berg apporte une réelle épaisseur au terrible Huascar, méchant amoureux excessif, un des rares caractères affirmés, il est vrai.  Cyril Auvity, n'était quelque effort dans le rôle de Damon au dernier tableau, offre un chant d'une belle justesse d'ornementations dans celui de Carlos, émergeant de la scène des Incas.  Kenneth Tarver, pâle Valère, mieux en situation dans Tacmas, et Judith van Wanroij, Émilie puis Atalide, paraissent plus en retrait, là encore happés par les excès de la régie.  D'autres en souffrent plus encore, au point de ne pas s'affirmer, tels Vittorio Prato, Osman, ou Julia Novikova, Roxane puis Zima. Christophe Rousset surprend, du moins au début, par une battue appuyée, dépourvue de légèreté.  Sans doute influencée par le foisonnement de la mise en scène, sa lecture ne délivre que peu de frisson.  La riche, et souvent vive, mélodie ramiste prospère, comme l'alchimie de timbres reconnaissables entre tous, en particulier les bassons et les flûtes dans le registre aigu, mais les fameux « tubes » rythmiques enjoués ne ressortent guère, en dernière partie notamment. Ainsi la fête finale et sa célèbre chaconne font-elles peu impression. Le dernier mot ne revient pas avec suffisamment d'évidence à la merveilleuse musique de Rameau, au pouvoir suggestif des passages instrumentaux destinés à la danse, à son formidable pouvoir évocateur, éléments que le chef se plaît pourtant à souligner dans son analyse de l'œuvre.         

 

 

Orlando à La Monnaie : les flammes de la passion

George Frideric HANDEL : Orlando.  Opera seria en trois actes.  Livret anonyme, d'après L'Orlando ovvero La gelosa pazzia de Carlo Sigismondo Capece et l'Orlando furioso de Ludovico Ariosto.  Bejun Metha, Sophie Karthäuser, Sunhae Im, Kristina Hammarström, Konstantin Wolff.  Baroque Orchestra B'Rock, dir. René Jacobs.  Mise en scène : Pierre Audi.

 

©Berndt Uhlig

 

 

Le poème épique L’Orlando furioso de l'Arioste a inspiré bien des compositeurs de l'époque baroque. Pour son 31e opéra (1733), Haendel l'aborde de manière grave, à la différence de Haydn, dans son opéra tragi-comique Orlando Paladino.  S'il suit la trame d'origine, de l'amour démesuré du chevalier Orlando, non payé de retour, pour la capricieuse Angelica, et de la folie qui en découle, il s'en écarte en ajoutant un nouveau personnage, celui du mage Zoroastro. Par là, il introduit une dimension supplémentaire, à la fois magique et philosophique, qui emprunte aux Lumières, et annonce le Sarastro de Mozart ou le triomphe de la raison sur les passions.  Chose nouvelle, Haendel ne recycle pratiquement pas, mais conçoit des musiques entièrement neuves, et resserre les récitatifs.  Il délaisse même volontiers le schéma classique de l'aria da capo, pour des formes plus libres, dont la scène de la folie du héros est l'exemple le plus frappant : récitatif accompagné, arioso, cavatine,  chaconne, culminant par une fin délirante.  Le nombre des protagonistes est réduit à cinq, en une sorte de huis-clos mental. C'est ce à quoi s'attache, fort justement, la mise en scène de Pierre Audi qui dit avoir voulu trouver une allégorie actuelle, susceptible de traduire en action, et en images, une histoire plutôt statique.  Il le fait en installant un espace circulaire clos, abstrait, à la fois physique et psychologique, décliné au fil des trois actes, d'où émergent quelques objets signifiants, maison délabrée, arbre squelettique, et projections vidéo, chose relativement nouvelle dans le vocabulaire baroque du régisseur.  Il trace l'isolement du héros, qui très tôt s'enferme dans une dialectique sans issue, celle d'une passion amoureuse blessée, qui n'a d'autre issue qu'une déflagration de violence.  Le culte du feu, emprunté au personnage de Zoroastre, ou culte zoroastrien, se conjugue chez Orlando avec l'idée d'une fascination du feu. Aussi Orlando est-il une sorte de pompier, unissant l'héroïque et le pyromane, attiré dangereusement par les flammes, celles réelles de la maison de Dorinda, incendiée dans le texte, puis reconstruite, celles imagées de sa passion dévastatrice. Audi joue sur la chronologie, mêlant flashback et anticipations. Ainsi la folie du héros est-elle suggérée par quelques signes avant-coureurs. La présentation, actualisée, est sobre, habitée par les éclairages très étudiés de Jean Kalman, une des composantes essentielles de ce spectacle.  Ils sont différenciés selon les actes, traçant d'évocatrices ombres chinoises, et installant des climats envoûtants dont les figures humaines se détachent tels des spectres.  La direction d'acteurs est épurée. Les personnages ne quittent pratiquement pas la scène, enfermés qu'ils sont dans un univers qui les soude les uns aux autres, car tous cherchent continûment quelqu'un ou quelque chose.

 

©Berndt Uhlig

 

 

René Jacobs préside aux destinées d'un spectacle musical du plus haut niveau, avec la souplesse du geste et la conviction de pensée qu'on lui connaît. Il dirige une jeune formation, l'ensemble gantois B'Rock, fondé en 2005, et formé de jeunes professionnels rompus au dire baroque, mais aimant tout autant s'aventurer dans le répertoire contemporain.  Le continuo est étoffé, deux clavecins, orgue positif, régale, harpe et deux luths, pour « enrichir la palette sonore de l'accompagnement des récitatifs ». L'instrumentation, comme toujours chez le maître, est très travaillée, se voulant « non historique ».  Jacobs introduit ainsi deux violes d'amour, contribuant à l'effet hypnotique de la scène d'endormissement d'Orlando au IIIe acte, voire même deux cors pour, dans le premier air de celui-ci, affirmer face à Zoroastro, virilité et héroïsme.  Le désordre musical qu'est la scène de la folie est rendu par l'étrangeté du discours orchestral.  Le son est plein et bien timbré, les accents peaufinés, souvent à l'extrême, apportant vie à ce qui n'est qu'une succession d'airs et de récitatifs, dont seuls deux ou trois duos et trios rompent l'ordonnancement.  Un travail approfondi a été fait sur le chant, la colorature en particulier, et le résultat est  sans appel : les cinq solistes rivalisent d'attirance. Konstantin Wolff, Zoroastro, le sage à la fois philosophe et meneur de jeu, cherchant à libérer Orlando du poids de son désarroi, propose une voix de basse claire et un jeu nuancé.  Kristina Hammarström, superbe mezzo-soprano, campe un Medoro d'une belle richesse d'accents.  Le rôle de Dorinda, fort développé pour une « seconda donna », afin sans doute de satisfaire la faconde de la créatrice, la Celestina, est assumé avec brio par Sunhae Im : timbre aéré, bon sens de la paysanne à qui l'on n'en compte guère, mais aussi esprit.  C'est sans doute le seul personnage à frôler la veine de la commedia dell'arte.  Sophie Karthäuser, soprano solaire, apporte à Angelica une force intérieure et une noblesse de ton, qui projettent le personnage au-delà de la simple femme inconstante éconduisant un soupirant.  Bejun Metha, dont le timbre légèrement acide n'est pas sans rappeler celui de Dominique Visse, domine la représentation à la fois par un jeu intériorisé, de l'homme peu à peu privé de tous, dans une douloureuse solitude, et un chant d'une constante beauté dans les ornementations.  Si la partie d'Orlando n'est gratifiée que de trois arias à proprement parler, moult récitatifs et autres récits l'enorgueillissent.  Celui de la folie en particulier : Metha y extériorise un dérangement mental, une démence douce, pathétique, avec la force de la simplicité.

 

 

Un opéra de jeunesse de Mozart, Il re pastore, à l'Opernhaus de Zurich

Wolfgang Amadeus MOZART : Il re pastore.  Serenata en deux actes, K. 208. Livret de Pietro Metastasio.  Rolando Villazón, Martina Janková, Eva Mei, Sandra Trattnigg, Benjamin Bernheim.  Orchestra « La Scintilla » der Oper Zürich,  dir. William Christie. Mise en scène : Grischa Asagaroff.

 

©Suzanne Schwiertz

 

 

Afin de célébrer le venue à Salzbourg du dernier fils de l'impératrice Marie-Thérèse,  l'archiduc Maximilien-Franz, l'archevêque Colloredo commande à Mozart une « fête théâtrale », en avril 1775.  Ce sera Il re pastore.  Cette sérénade pastorale, qui suit La Finta Giardiniera, si elle appartient encore au style galant, le dépasse dans le traitement des airs.  Car ceux-ci sont, pour la plupart, de caractère concertant, comme dans une œuvre instrumentale : après un prélude assez vaste, le ou les thèmes exposés laissent place à un développement expressif, comme il en va dans un morceau de concerto, qui se poursuit par une cadence.  L'instrumentation est claire dans la ligne mélodique, et offre une sûre couleur poétique, que l'utilisation généreuse des vents enrichit singulièrement.  Même si l'expression dramatique n'est pas la fin recherchée, la forme en est variée, et on y trouve des cavatines en deux couplets et des rondos.  Les récitatifs sont uniquement secco.  L'ouverture, la première du genre à proprement parler chez Mozart, est à la française, c'est-à-dire traitée librement, mais de coupe italienne jusqu'à une belle ritournelle, avec un nouveau sujet à la coda.  Son alternance de vif et de mélodique annonce celle de Così fan tutte. Le livret, emprunté à l'inusable Métastase, se fixe sur un sujet familier, déjà mis en musique par d'autres compositeurs, dont Hasse, Gluck ou Jomelli : les péripéties amoureuses de deux couples, et la destinée souveraine d'un jeune et pauvre berger, qui sera consacré roi par l'empereur Alexandre le Grand, à la recherche de l'héritier de la couronne, lequel se fait lui-même passer pour un quidam.  Il n'y a que peu de puissance dramatique dans ce conte à la morale simpliste de la sagesse des grands.  Pour cette première inédite à l'Opernhaus de Zurich, le dramaturge maison, Gischa Asagaroff, ne cherche pas à compliquer les choses, et sa mise en scène se limite à illustrer des situations convenues, dans un contexte historique juste suggéré. L'ambiance pittoresque est évoquée par le décor d'une monumentale fontaine baroque, à rocailles et escaliers.  L'hommage à Jean-Pierre Ponnelle est clair, qui marqua naguère de son empreinte la scène zurichoise.  Le génie en moins, car chez le Français la décoration avait une vertu dramatique en soi, et venait à l'appui de la régie.  Celle-ci est ici plaquée dans un environnement bucolique conventionnel, que des éclairages quelque peu coloriés ne parviennent pas à animer. Reste que les costumes, aux motifs arcadiens, inspirés de la peinture française, de Boucher et de Fragonard, ravissent l'œil.

 

©Suzanne Schwiertz

 

 

William Christie, qui dirige in loco son premier Mozart, ne tarit pas d'éloges sur la finesse d'une pièce renfermant des mélodies douces et berçantes, et quelques figures bien senties, tel le personnage du jeune pâtre, qui a à son actif les plus belles pages de la partition.  Tenant la partie de clavecin, il aborde l'ouverture avec énergie.  La battue s'assouplira ensuite dans un souci de sûr soutien au chant.  Les sonorités de l'orchestre La Scintilla sont chatoyantes, des vents tout particulièrement.  Sa distribution est sans faille. L'attrait en est Rolando Villazón, Alessandro. Le ténor mexicain se tourne depuis quelques temps vers Mozart, Ottavio, Ferrando, bientôt Lucio Silla. N'était un jeu un peu apprêté, minaudant presque, ou au contraire d'une rare désinvolture, l'assomption est sans faute, les vocalises menées avec brio. On sait les bienfaits pour la voix du chant mozartien, qui est aussi une école d'exigence. Puisse cette cure d'austérité redonner au ténor l'aura d'antan.  Martina Janková, dans le rôle travesti d'Aminta, assimile ce chant avec le plus parfait naturel. Le grand air du IIe acte, qui fait appel à une brillante ornementation et à un accompagnement recherché, violon solo, mais aussi flûte, cor anglais, basson et cor, page fascinante s'il en est, montre un indéniable éclat et une fine intelligence dans l'art de varier les reprises.  Eva Mei, Elisa, est moins à l'aise, dans la colorature notamment.  Le duo final du Ier acte, les réunissant, où les voix se répondent délicatement, est d'une légèreté qui dépasse la grâce purement galante.  Belles prestations de la soprano Sandra Trattnigg, Tamiri, et du ténor Benjamin Bernheim, Agenore.  Le vaste finale concertant du IIe acte, où tous les personnages se rejoignent en un chœur, peut-être sommaire dans son élan, mais écrit avec adresse, conclut une « sérénade » où la voix est conçue comme l'instrument principal de la symphonie.

 

 

Une autre découverte zurichoise : Poliuto

Gaetano DONIZETTI : Poliuto.  Tragédie lyrique en trois actes. Livret de Salvatore Cammarano, d'après la tragédie Polyeucte de Pierre Corneille. Massimiliano Pisapia, Fiorenza Credolins, Massimo Cavaletti, Riccardo Zanellato, Jan Rusko, Boguslaw Bidzinski, Aaron Agulay.  Chœur & Orchestre de l'Opernhaus Zürich, dir. Nello Santi.  Mise en scène : Damiano Michieletto.

 

©Suzanne Schwiertz

 

 

Alexander Pereira fait encore œuvre innovante, puisque avec Poliuto, il donne une première suisse. Cette tragédie lyrique, inspirée du Polyeucte de Corneille, connut une genèse difficile. Achevée en 1838, et destinée au Théâtre San Carlo de Naples, elle y sera interdite par la censure.  Le ténor Adolphe Nourrit, pour qui avait été écrit le rôle-titre, ne s'en remettra pas et se suicidera peu après.  De retour en France, et après avoir perdu son procès contre l'administration napolitaine, Donizetti remaniera la pièce, qui sous le titre « Les Martyrs », sera présentée en 1840 à l'Académie de Musique, avec comme Polyeucte, Duprez, le rival de Nourrit.  L'œuvre originale ne sera créée qu'en 1848, à Naples, quelques mois après la mort du compositeur.  Il faut dire que la connotation religieuse du sujet avait de quoi irriter les censeurs de l'époque : l'opposition entre la république arménienne, passée au christianisme, et la païenne Rome, vouée au culte de Jupiter.  Ayant épousé le chrétien Poliuto, Paolina ne dénie pas son amour pour Severo, proconsul romain, qu'elle croit mort au combat.  Mais ce dernier est vivant, et réapparaît, envoyé par Rome pour persécuter les chrétiens rebelles. Elle restera fidèle à son amour pour Polyeucte et périra avec lui dans l'arène aux lions.  Sur ce sujet austère, Donizetti a écrit une musique fort intéressante, dans la meilleure veine de ses opera seria.  L'opéra ne connaîtra le succès qu'au XXe siècle, d'abord en 1955, avec la prise de rôle du ténor Giacomo Lauri-Volpi, et surtout lors de l'incarnation mémorable de Maria Callas, en 1960, pour son retour à La Scala, qui marquera sa dernière apparition dans ce théâtre, mythique pour elle, entourée de  Franco Corelli et d’Ettore Bastianini.  Il sombrera de nouveau dans l'oubli.  La production de l'Opernhaus de Zurich est engagée, c'est peu dire.  Pour le metteur en scène Damiano Michieletto, l'intrigue revêt une signification très actuelle, de par les luttes religieuses, l'antagonisme entre l'individu et la collectivité, la violence extrême subie.  Dans le lieu impersonnel et gris d'une fabrique industrielle, aux éclairages blafards, vont s'affronter les chrétiens, vêtus d'uniformes verts, et la horde des païens, en costumes noirs, conduits par Callistene, cynique Grand Prêtre du culte païen de Jupiter.  Il est d'autant plus vindicatif qu'il nourrit lui aussi quelque inclination pour Paolina. D'où sa hargne à agir « à la Iago » pour montrer à Poliuto la rencontre de celle-ci avec Severo, et la faire apparaître comme une trahison.  N'épargnant pas la composante totalitaire, la régie illustre une rébellion politique, non sans quelques clins d'œil appuyés à des événements récents.  Et déverse beaucoup de brutalité, esthétisée dit-on.  De façon surréaliste en tout cas, proche d'une vision apocalyptique, lors des trois finales. 

 

©Suzanne Schwiertz

 

 

Quoique dirigeant l'opéra pour la première fois de sa longue carrière, Nello Santi le connaît depuis des lustres, puisqu'il fut associé à la production mythique de La Scala en 1960. Son choix artistique le conduit à mixer les deux versions, celle dite parisienne, à la veine plus romantique, et celle de la création napolitaine, encore ancrée dans le bel canto.  Ainsi donne-t-il l'ouverture des « Martyrs », dont la riche orchestration renferme deux originalités, un concertino de quatre bassons, « une absolue rareté », remarque-t-il, et l'inclusion d'un chœur en coulisses, lamentation des  chrétiens.  Avec simplicité, il dévoile tout l'élan dramatique de cette pièce, comme ses nombreux passages admirables, tels un sextuor vocal, qui n'est pas sans rappeler celui de Lucia di Lammermoor, et des grandes fresques chorales, annonçant le drame musical et bien des pages de Verdi.  La partie confiée aux bois est somptueuse, et pas seulement les bassons déjà cités. L'orchestre répond avec ferveur et éclat au vieux maître, qui signe là une prestation mémorable. Les chœurs, dont le rôle est considérable, et le jeu ici très sollicité, sont d'une fière présence.  La distribution est sonore, presque trop, lorsqu'on sait l'acoustique très présente de la salle.  On évolue souvent du mezzo forte au fff.  Massimiliano Pisapia, par exemple, déploie une puissance impressionnante.  Le phrasé reste accompli, et la caractérisation bien sentie, un Poliuto déchiré par le doute.  La Paolina de Fiorenza Credolins, plus proche de la manière d'une Tebaldi que d'une Callas, possède l'ambitus requis, qui mêle registre aigu colorature et medium affirmé, pour un portrait expressif.  Dommage que la mise en scène ne flatte pas le personnage, qu'elle ravale à un rang quelque peu banal. La palme revient cependant au baryton Massimo Cavalletti, Severo, qui s'affirme comme l'une des plus belles voix du moment.  Les arias très héroïques du rôle n'ont pas de secret pour ce fin musicien qui sait user de la nuance legato, et manier un timbre des plus séduisants.  Le portrait est buriné de main de maître, telles ses dernières tentatives pour pousser les deux héros à abjurer leur foi.  La basse Riccardo Zanellato, Callistene, est plus en retrait, quoique valeureux dans la morgue apportée à sa tentative de déstabilisation. 

 

 

Bartók et Szymanowski à Pleyel

 

Peter  Eötvös ©Cirm Manca

 

 

Replaçant Pierre Boulez, souffrant, le compositeur et chef d'orchestre Peter Eötvös a repris le programme conçu par lui. On sait la passion que le maître français porte à Bartók.  On savait moins, jusqu'à un récent CD, son intérêt pour la musique de Karol Szymanowski, qu'il découvrit il y a longtemps, en 1942, lors d'un récital de Jacques Thibaud.  On jouait d'abord Musique pour cordes, percussion et célesta.  Outre son instrumentation atypique, l'œuvre est originale à plusieurs titres.  Bartók y emploie l'échelle totale des 12 sons, autrement dit la formule sérielle chère à Schoenberg, tout en lui conservant une apparence quasi tonale.  Il coordonne en un ensemble homogène des éléments tirés du folklore et une palette sonore quasi impressionniste.  Peter Eötvös refuse l'anguleux, que bien de ses confrères associent à cette pièce, Georg Solti, par exemple.  La fugue de l'andante tranquillo initial, est retenue et ne se complaît pas dans l'excès de dynamique.  L'allegro livre une énergie plus domestiquée que sauvage, et la rythmique est là encore mesurée.  L'adagio déploie la magie de couleurs nocturnes.  L'enchaînement de danses, d'inspiration populaire, du finale révèle le ton rayonnant qui n'était que sous-jacent dans le premier mouvement.  Les cordes du LSO sont un prodige d'homogénéité et d'articulation.  Morceau de choix, s'il en est, du répertoire, le 2e Concerto pour violon et orchestre (1938), livre ses sortilèges sous l'archet de Nicolaj Znaider.  Cette pièce de vastes proportions parachève une période faste pour Bartók, marquée par le 5e Quatuor, la Musique pour cordes et Mikrokosmos.  Elle sera créée en 1939 au Concertgebouw, par Zoltán Székely et Willem Mengelberg.  La grande forme se nourrit de mille détails, qui métamorphosent à l'envi la thématique, d'une rythmique extrêmement travaillée, et d'une complexité instrumentale rare.  On perçoit même une manière qui n'est pas sans rappeler le Concerto de Berg, de trois ans antérieur.  L'exécution de Znaider est magistrale : sonorité envoûtante dans les ppp, ce que confirme une pièce de Bach donnée en bis, virtuosité maîtrisée, en particulier dans les traits à l'arraché, grands élans de lyrisme épanoui dans la partie lente.  Eötvös est chez lui, qui sertit le soliste de ces thèmes empruntés au folklore tzigane, mais aussi roumain ou slovaque, ces tonalités que Bartók découvrait dans la campagne hongroise, et qu'il devait transfigurer dans son propre langage.  La 3e Symphonie de Szymanowski (1914-1916), dite « Chant de la nuit », s'apparente à un poème symphonique, eu égard à sa partie soliste et à ses chœurs.  Elle s'inspire d'un texte du poète afghan, du XIIIe siècle, Rûmi, lui-même fondateur de la tradition des derviches tourneurs.  Fasciné par la culture orientale, soufie en particulier, le musicien livre les mystères et la beauté d'une nuit indienne, dans une composante mystique. La manière puise à l'impressionnisme de Debussy, comme à la dernière manière foisonnante de Scriabine.  L'alchimie sonore est somptueuse, l'écriture mélodique livrant des harmonies sophistiquées truffées de dissonances, quoique jamais rébarbatives.  D'un seul tenant, la partition requiert une formation immense, bois par quatre, et un important brelan de percussions variées, dont tam-tam, célesta, tambour de basque et glockenspiel.  Szymanowski concentre et ne se perd pas en détours, module sans cesse, manie les extrêmes, en rythme et en dynamique.  La transe le cède à l'extase, les climax à la demi-teinte, l'intensité lumineuse à l'exaltation, tels ces aplats des chœurs à pleine puissance, proches du cri.  L'exécution de Eötvös est impressionnante par son geste grandiose et sa plastique sonore luxuriante.  Le LSO montre encore sa malléabilité et un art de faire sonner, avec race, la matière sonore en fusion.           

 

 

L'Opéra du Rhin dévoile Farnace de Vivaldi

Antonio VIVALDI : Farnace.  Dramma per musica en trois actes. Version de 1738. Livret d'Antonio Maria Luchini.   Max Emmanuel Cencic, Mary Ellen Nesi, Ruxandra Donose, Carol Garcia, Vivica Genaux, Emiliano Gonzalez Toro, Juan Sancho.  Concerto Köln, dir. George Petrou.  Mise en scène : Lucinda Childs.

 

©Alain Kaiser

 

 

Il faut saluer l'audace de l'Opéra du Rhin d'avoir programmé un opéra de Vivaldi. Farnace n'est pas n'importe lequel, il est vrai.  Écrit pour Venise en 1727, où il rencontrera un franc succès, il sera profondément et à de multiples reprises remanié par Vivaldi, notamment pour le théâtre de Pavie, en 1731, et en dernier lieu, en vue d'une exécution à Ferrare, où le musicien tentait de s'établir après sa disgrâce dans la Sérénissime.  Las, l'archevêque de la pieuse ville en interdira l'accès à Vivaldi, au prétexte d'une vie indécente avec la cantatrice Giró, et d'une absence de pratique effective de la prêtrise chez cet homme naguère entré dans les ordres.  Celui qui devait être le dernier opus opératique de son auteur, ne verra donc pas le jour. De cette ultime version ferraraise, ne sont parvenus que les deux premiers actes.  Le troisième sera reconstitué par le musicologue Frédéric Delaméa et le chef Diego Fasolis, avec l'aide de George Petrou, à partir de la version de Pavie et des esquisses laissées par le musicien.  Un récent CD en a donné la primeur (cf. NL d'octobre 2011).  Une présentation scénique était alors annoncée. La voilà devenue réalité à Strasbourg.  Le premier intérêt de cette version est d'offrir un exemple parfait du style tardif du Prete rosso.  Pour traiter l'affrontement tragique de Farnace, successeur de Mithridate sur le trône de Pont, et de sa belle-mère Bérénice, reine de Cappadoce, Vivaldi a conçu une musique d'une singularité extrême, d'un grand dépouillement, avec un souci du détail étonnant quant aux indications de tempos et d'expression.  Dans les récitatifs accompagnés, d'abord, assurant à l'intrigue une cohérence dramatique peu commune.  Dans les arias tout autant, dont certaines frôlent le sublime, montrant une volonté de renouvellement magistrale chez celui qui avait souvent pour habitude d'adapter de précédentes compositions.  Rien de tel ici : sur les seize airs, la moitié sont nouveaux par rapport aux autres versions de l'œuvre, caractérisés par leur finesse d'écriture, alternant passages avec accompagnement de clavecin ou ritournelle du plein orchestre, et faisant appel, à l'occasion, à des instruments à vent, comme le hautbois, voire même le cor, pour renouveler une écriture majoritairement assise sur les cordes.  Le chef George Petrou a privilégié une formation de taille moyenne, une quinzaine de cordes, trois continuistes, hautbois, trompettes et cors par deux, et timbales, favorisant la limpidité du discours. De fait, aidée par une acoustique très présente, et la qualité instrumentale du Concerto Köln, la sonorité est luminescente. Le continuo, qui conditionne la vivacité des récitatifs, est imaginatif, ce qui contribue à estomper le sentiment de longueur, plus ou moins synonyme d'ennui.  Les récitatifs accompagnés sont généreux.  La battue est souple, n'hésitant pas à bouler le tempo pour plus d'expressivité, et à privilégier des accords à l'arraché, des assauts instrumentaux rivalisant avec la pyrotechnie vocale, une harmonie bourdonnante, et des fins de phrases sèches.  

 

©Alain Kaiser

 

 

Le plateau vocal, de qualité, est, à peu d'exceptions près, identique au disque Virgin.  Une des caractéristiques de l'opéra est d'aligner des voix féminines de timbre sombre, et dans le rôle éponyme, un contre-ténor.  Max Emmanuel Cencic le fait sien avec une aisance et une empathie peu communes, atteignant avec le grand air, « Mon fils bien-aimé est donc mort ? », une puissance inouïe dans la douleur et l'affliction.  Un moment de pur ensorcellement vocal. Les arias « di tempesta » sont véhéments, presque mordants, avec des da capo d'une ferme vivacité. Une belle assomption !  De même, Vivica Genaux, rompue à ce répertoire exigeant, est, dans le personnage travesti de Gilade, un parangon de force dramatique. Les ornementations multiples et complexes qui émaillent cette partie sont autant de pépites, témoin d'un épanouissement certain.  Ruxandra Donose, Tamiri, l'épouse de Farnace, tiraillée entre devoir et amour filial, apporte à son chant un florilège d'émotions, associant vaillance et tendresse.  Mary Ellen Nesi est une altière Bérénice, sûrement vocalisée, et dans Selinda, la sœur de Farnace, Carol Garcia, apporte à son chant quelque chose d'hypnotique.  Les deux ténors, bien que cantonnés par Vivaldi au second plan, sont valeureux.  Tous atteignent, dans les contrastes de cette dernière manière, une acuité proche de l'embrasement.  Comment donner vie à une trame qui participe essentiellement de la confrontation des sentiments ?  La chorégraphe Lucinda Childs a adopté le parti d'une trame discrète dans la gestuelle, qu'elle prolonge d'un accompagnement de danse.  Non pas un ballet à proprement parler, dit-elle, mais des éléments chorégraphiés : chaque chanteur est doublé par un danseur, comme en écho.  Ainsi ce dernier intervient-il, lors des airs, dans les passages non chantés, avant et au milieu, s'évanouissant lors des interventions vocales.  Lorsqu'il est amené à participer directement à la narration dramatique, l'ensemble des danseurs s’intègre au spectacle avec fluidité, dans une relation inédite à l'espace.  La décoration est épurée, jouant plus sur la couleur que sur la masse, et misant sur des éléments essentiels à la dramaturgie, telle la forêt.  La différenciation des plans permet enfin transparence et profondeur de champ. La transition entre chant et danse se fait naturellement, épousant la rhétorique baroque comme d'évidence.  

 

Jean-Pierre Robert.

 

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Lors du dernier salon Musicora, l’« Action Musicale Pierre Wissmer », que préside Pierrette Germain, a présenté ses deux dernières réalisations discographiques : un CD d’œuvres de musique de chambre et un « coffret » des 9 symphonies.  L’œuvre très abondante et diversifiée de ce compositeur est, en effet, trop peu connue, bien qu’il ait joué un rôle important dans la vie musicale.  Né à Genève en 1915, il a mené ses études musicales dans cette ville puis à Paris, élève de Jules Gentil notamment pour le piano puis de Roger-Ducasse pour la composition avant de devenir le disciple et l’ami de Daniel-Lesur.  Alors directeur de la Schola Cantorum, ce dernier l’a appelé auprès de lui, lui confiant des responsabilités d’enseignant à l’Atelier de composition et à l’administration de l’École.

 

 

 

Sa carrière a ensuite conduit Pierre Wissmer à diriger des services musicaux de Radio Luxembourg et de la Radio suisse romande avant de prendre la tête du Conservatoire du Mans  puis d’être en charge du cours de composition au Conservatoire de Genève.

Ce parcours accompagne la production ininterrompue d’un compositeur dont la personnalité, forte et indépendante, s’affirme dès les premières œuvres.  Les symphonies s’échelonnent entre 1938 et 1989, et, comme ses concertos, de conception classique, marquent les étapes de sa pensée. Elles s’insèrent dans le courant qui valorise alors l’épanouissement de l’orchestre avec Honegger, Stravinsky, Chostakovitch, Prokofiev ou Rivier.

La musique de chambre (Sonate pour piano, Sonatine piano/violon, Trio Adelphiano) témoigne d’un style racé, familier du contrepoint.  Elle porte la marque d’un créateur pour qui l’écriture exigeait « la minutie de  l’horloger, la patience du bénédictin, toutes deux guidées par l’intuition du sourcier »,  tandis que les mélodies et les opéras  montrent l’art de se jouer de la saveur des mots (recueil La balle au bond / Gilbert Trolliet) ou parfois de leur ironie (Léonidas).  Dans l’oratorio Le Troisième Mage, de vaste envergure, Pierre Wissmer manifeste à la fois la pertinence de ses options expressives et la puissance de son souffle.

 

Hélène Matra.

www.pierrewissmer.com

 

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Le 3 mai à Asnières-sur-Seine (92) et le 11 mai à Carrières-sur-Seine (78), deux lycées se sont associés pour présenter leur version de la célèbre suite de Pink Floyd inscrite au programme du baccalauréat. 100 chanteuses et chanteurs, 5 harpes, 5 guitares, 2 basses, 10 percussionnistes, 12 flûtes…  pas de raton laveur mais un troupeau de vaches.  Un projet de dingues, sonorisé par les élèves & professeurs du lycée de Carrières. Témoignages de deux choristes.

 

Le projet, très sobrement intitulé À tomate ma sœur, était de réinterpréter Atom Heart Mother de Pink Floyd.  Pour cela, une année de travail, du soundpainting, un chœur et un orchestre allant de la flûte traversière à la guitare électrique, en passant par la harpe.  Un total de plus de 150 musiciens investis et fiers du résultat obtenu lors des deux concerts.

Le concert commençait par deux morceaux cultes et indémodables de King Crimson (21st Century Schizoid Man) et de Yes (Roundabout) par le lycée Les Pierres Vives.  Venait ensuite la chorale du lycée Renoir, dirigée par Frédéric Garcia qui a assuré les arrangements de chansons de Pink Floyd tirés de différents albums.

Puis un entracte d'une vingtaine de minutes durant lequel nous échauffions nos voix et tentions de ne pas nous laisser submerger par le trac.

En seconde partie, l'ensemble des élèves a restitué, dans l'esprit du groupe, l'excellent Atom Heart Mother avec la touche personnelle apportée par les arrangements (et sous la direction) de Paul Gontcharoff.

Le dernier concert s'est achevé dans l'euphorie générale qui a laissé place dès le lendemain à une certaine mélancolie doublée d'une légère amertume de ne plus avoir à porter ce projet.

 

Bénédicte MINOZZI, 1re L, lycée Auguste-Renoir.

 

 

En partenariat avec le lycée Auguste-Renoir d’Asnières, le lycée Les Pierres Vives s’est surpassé cette année pour produire sa version modernisée d’Atom Heart Mother de Pink Floyd.  À cette occasion, toute la section musicale du lycée a apporté sa contribution : orchestre, chorale, les élèves en option de spécialité…  Avec ses éléments ajoutés comme le soundpainting dirigé par un élève de Terminale ou les parties électroacoustiques créées par les élèves de 1re de l’option de spécialité, le morceau semble évoluer dans une autre dimension.

Le partenariat entre Les Pierres Vives et Auguste-Renoir a permis la création de liens, à la fois musicaux et amicaux.  L’énorme effectif choral ainsi réuni a apporté beaucoup de puissance.

Les deux concerts, en partie disponibles sur Youtube, ont obtenu un franc succès qui, on l’espère, pourrait laisser présager un nouveau partenariat, si bénéfique, entre les deux lycées.

 

Tiffany SERBIN, 1re L, lycée Les Pierres Vives.

 

Lien :  http://www.youtube.com/watch?v=Gbg2yUP3XOM

 

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Un nouvel éditeur…

Saluons pour commencer les premiers pas d’une toute jeune maison d’édition, Sempre piu éditions – 2, allée Du Guesclin, 93130 Noisy-le-Sec.  www.semprepiu-editions.com

Cette maison, qui n’a que quelques mois d’existence, outre les productions habituelles de musiques nouvelles, a entrepris une édition commémorative des œuvres de Louis Ganne (1862-1923), compositeur bien oublié, pour le 150e anniversaire de sa naissance.  Elle ouvre ainsi une collection de « Musique française originale » que nous suivrons avec beaucoup d’intérêt.

 

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FORMATION MUSICALE

Antony GIRARD : Le langage musical de Schubert dans La Belle Meunière.  Billaudot : G8599B.

On connaît la série des Cahiers d’analyse musicale d’Antony Girard. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une nouveauté, rappelons l’intérêt de cette collection qui ne s’adresse pas seulement aux spécialistes mais à tout mélomane ou tout élève qui veut pénétrer plus profondément les merveilles de la musique. Divisé en trois parties : « Musique et poésie », « La Forme », le langage musical », ce recueil mérite d’être dégusté en écoutant tranquillement chacun des exemples musicaux si faciles à trouver, désormais, sur internet.

 

 

 

Antony GIRARD : Le langage musical de Debussy dans les Douze études pour piano. Billaudot : G8599B.

Ce volume paru en 2007 et qui nous avait échappé mérite autant d’éloges que le précédent. Bien que l’analyse de ces Études puisse paraître plus technique que celle des lieder de Schubert, elle n’en reste pas moins accessible à tout musicien de bonne volonté et lui fera découvrir toute la richesse et l’originalité du langage de Debussy. Il ne faut surtout pas lire ce recueil sans écouter tranquillement chacun des exemples proposés afin de pénétrer véritablement dans les œuvres analysées.

 

 

 

PIANO

Davide PERRONE : Florilejo Aureum 2, pour 2 pianos.  Delatour : DLT1076.

De niveau assez difficile, cette pièce d’allure symphonique privilégie les recherches de timbre. Evoluant vers un style jazz, elle se termine par des rythmes syncopés sur une basse obstinée de la main gauche du second piano.

 

 

 

GUITARE

Alexandre RYDIN : Jeux à deux  pour 2 guitares.  Delatour : DLT1075.

Il s’agit en fait d’une suite de six pièces : An Evening in Jackson City, dans le style blues, Faune, en référence à Rimbaud, Le vieux cheval de bois, tendre valse mélancolique, Jeux à deux, vif dialogue entre les deux interprètes, Contrastes, qui justifie son titre et Oskan (orage, en suédois), qui conclut brillamment le recueil.  L’ensemble est assez difficile et demande deux interprètes habitués à jouer en duo ou qui ont envie de progresser dans ce domaine.

 

 

 

 

VIOLON

Vladimir BODUNOV : Violin Classics  pour deux violons.  « Ready to Play », Bärenreiter : BA 10607.

De Vivaldi à Grieg et Johann Strauss, l’auteur nous propose dix « tubes » classiques incontournables. Les arrangements sont conçus pour que les deux violons se partagent équitablement les thèmes et qu’il n’y en ait pas un qui accompagne l’autre. L’ensemble est très plaisant et fort bien fait.

 

 

 

VIOLONCELLE

Louis GANNE : Apparition.   Mélodie pour violoncelle et piano. Restitution : Jean-Louis Couturier. Sempre piu éditions, 2 allée Du Guesclin,  93130 Noisy-le-Sec. www.semprepiu-editions.com : SP0021.

Dans sa collection de « Musique française originale », les éditions Sempre piu ressuscitent les œuvres de Louis Ganne, compositeur bien oublié des Saltimbanques et de Hans le joueur de flûte.  Cette Apparition en fait partie, qui fut publiée seulement dans le « Supplément » à la « Revue Musicale » de juillet 1904. C’est une charmante mélodie, lyrique et tendre, qui met particulièrement en valeur les qualités expressives du violoncelliste. La partie de piano est facilement abordable par un élève, ce qui permet de faire de cette œuvre une excellente introduction à la musique de chambre.

 

 

 

BASSE DE VIOLE

Bruno GILLET : La Barcarola  pour basse de viole à sept cordes. Collection « Mïa » dirigée par Éric Fisher : musique d’aujourd’hui sur instruments anciens.  Dhalmann : FD0357.

Le titre de la collection en indique bien le propos.  Dans la lignée d’un Poulenc écrivant pour clavecin, les compositeurs contemporains explorent les richesses insoupçonnées des instruments dits « anciens ». Bruno Gillet nous offre ici une pièce tout à fait contemporaine par l’écriture, pièce qu’il présente lui-même en détail pour en faire bien comprendre l’esprit et la structure. La pièce, nous dit l’auteur, « doit se dérouler tout entière dans un climat très intime, avec un minimum d’intensité. » Une sorte de refrain en fait en quelque sorte un rondo.

 

 

 

FLÛTE À BEC

Moni SCHÖNFELDER : Flauto con spirito.  Pièces modernes pour quatuor de flûtes à bec.  Bärenreiter : BA 10603.

Les six pièces proposées combinent musique pop et musiques du monde dans des arrangements pleins d’esprit, comme l’indique le titre.  On appréciera particulièrement l’aspect pédagogique de cette édition et la possibilité de se procurer un CD de play-back sur le site www.musikwerkstatt.eu qui propose également, et gratuitement, l’audition intégrale des œuvres contenues dans le recueil.

 

 

 

HAUTBOIS

Kathryn POTTER : Arc en ciel.  16 pièces pour hautbois solo. Fortin-Armiane : EAL 525. www.armiane.fr

De difficulté moyenne, ce recueil de la compositrice et hautboïste américaine Kathryn Potter évoque avec beaucoup de grâce et de charme fleurs et oiseaux dans un langage à la fois traditionnel et original. Ce recueil fait partie de la collection « Cent fleurs pour un hautbois ».

 

 

 

Anthony RITCHIE : Sonate  pour hautbois. Fortin-Armiane : EAL 474.  www.armiane.fr

Tout d’abord conçue comme un concerto pour saxophone et piano, cette sonate est retranscrite pour hautbois et piano par le compositeur néo-zélandais en 2002. Difficile, l’œuvre se présente comme un mouvement continu en trois sections principales : Allegro vivace, Adagio et Maestoso.  Pleine de fougue et de lyrisme, elle se révèle également remplie de tendresse et de mélancolie. Signalons qu’il en existe un enregistrement réalisé chez Atoll.

 

 

 

Davide PERRONE : Cadence et Pavane  pour hautbois et piano.  Delatour : DLT1087.

Destinée à une fin de premier cycle, cette œuvre commence par une « cadence » qui constitue un prélude libre destiné à introduire une curieuse pavane à trois temps où l’on appréciera les oppositions de registre et de phrasé entre piano et hautbois.

 

 

 

TROMPETTE

Louis GANNE : Vieille chanson.  Fantaisie-Gavotte pour cornet (ou trompette) et piano. Sempre piu : SP0022.

Cette Vieille chanson s’inscrit dans la tradition des nombreuses œuvres « de genre » composées pour le cornet en cette fin du XIXe siècle. Mais elle est loin d’être sans intérêt. N’oublions pas que l’auteur obtint un premier prix d’orgue dans la classe de César Franck et un premier prix d’harmonie dans celle de Théodore Dubois avec lequel il étudia aussi la composition. Si on observe scrupuleusement les notations de phrasé et d’expression de cette charmante pièce, on s’apercevra que cette musique vaut beaucoup mieux que l’idée qu’on s’en fait.

 

 

 

Alexandre RYDIN : One Day in New York  pour trompette en sib et piano. Niveau moyen. Delatour : DLT1798.

Trois morceaux « de caractère » composent cette suite joyeuse : Broadway, dont le thème en forme de marche n’est pas sans faire penser au début d’Un américain à Paris, Central Parc qui convie davantage à une tranquille promenade et enfin Shopping in Manhattan où un thème joyeux, entraînant et plein de malice aux accents « jazzy » nous conduit de magasin en magasin…

 

 

 

TROMBONE

Benoît BARRAIL : Marche ou rêve !  pour trombone et piano. Débutant. Lafitan : P.L.2231.

Cette pièce ne manque pas de caractère ! Le titre de la pièce en montre bien toute l’ambiguïté… Après la marche, les interprètes auront cependant droit au rêve mais devront développer pour cela une énergie sans faille.

 

 

 

Max MÉREAUX : Andantino  pour trombone et piano. Niveau élémentaire. Lafitan : P.L.2238.

Une jolie mélodie un peu mélancolique en rythme ternaire, accompagnée par les arabesques du piano nous promène d’un bout à l’autre de cette œuvre, juste coupée par une cadence où apparait un rythme de sicilienne.

 

 

 

Dominique PATTEYN : La fortune de Louis  pour trombone et piano. Débutant. Lafitan : P.L.2348.

Le mystère du titre réside évidemment dans la dédicace à Luis Fortuna ! Mais nous n’en saurons pas plus… Disons simplement que, pour les interprètes, cette pièce devrait constituer une bonne fortune. Elle ne manque ni de charme ni de piquant.

 

 

 

SAXHORN BASSE/EUPHONIUM/TUBA

Benoît BARRAIL : Scintillements  pour saxhorn basse/euphonium/tuba et piano. Débutant.  Lafitan : P.L.2243.

Le titre rend tout à fait compte de l’écriture de la pièce : accords arpégés et résonants au piano, puis énoncé du thème dans l’extrême aigu. L’auteur nous prouve qu’on peut écrire « facile » pour les interprètes, sans céder à la facilité. On pourra en profiter pour faire découvrir aux élèves les charmes de la recherche de timbre…

 

 

 

Rémi MAUPETIT : Chorus  pour saxhorn basse/euphonium/tuba et piano. Niveau moyen. Lafitan : P.L.2248.

Ce « chorus » de style jazz n’engendre pas la mélancolie. Les deux interprètes s’en donnent à cœur joie dans un style syncopé bien réjouissant. Cette pièce devrait avoir beaucoup de succès auprès des élèves et des auditeurs.

 

 

 

COR

Max MÉREAUX : Cantabile  pour cor en fa. Niveau préparatoire. Lafitan : P.L.2237.

Voici un nom bien mérité pour cette pièce très chantante, à l’accompagnement de piano fluide et léger. Une cadence permet au corniste de développer toutes ses qualités. En un mot, il se dégage de cette œuvre beaucoup de charme.

 

 

 

Yves BOUILLOT : Petite chanson de printemps  pour cor en fa et piano. Également, une version pour saxhorn alto ou cor en mib et piano. Niveau débutant. Lafitan : P .L.2214.

On pourrait aussi parler de petite promenade printanière tout en chantonnant un refrain entraînant… La partie de piano, qui reste facile, dialogue abondamment avec le cor. Ce sera une excellente initiation à la musique de chambre.

 

 

 

Jérôme NAULAIS : Irish coffee  pour cor en fa ou mib et piano. Préparatoire. Lafitan : P.L.2180.

Le cocktail proposé ne manque ni de charme ni de piquant… Une partie centrale plus tranquille fait dialoguer cor et piano dans un duo plus romantique.

 

 

 

André TELMANN : Sur la piste  pour cor en fa ou mib et piano. Débutant. Lafitan : P.L.2223.

C’est sur une piste de danse que nous conduit cette pièce légère et froufroutante qui devrait faire la joie de ses interprètes. Piano et cor s’échangent, à l’envi, un thème qui s’orne différemment à chaque fois. 

 

 

 

PERCUSSIONS

Philippe BICLOT : Poly-Perc  Vol. 1. Recueil multi-percussions pour le premier cycle. Dhalmann : FD0261.

Premier de deux cahiers, ce recueil a pour objet d’initier les élèves percussionnistes au maniement des multi-percussions dès le début de leurs études.  Ce cahier contient également sept exercices « doubles sons » qui peuvent être interprétés sur n’importe quel instrument et avec beaucoup de liberté.  Le professeur sera juge !

 

 

 

LIN CHIN CHENG : Capuccino Lovely.  Trois pièces pour marimba solo. Dhalmann : FD0277.

Choco, Milk, Vanilla Cream : les titres de ces trois pièces sont tout un programme ! De niveau assez difficile, ces œuvres sont pleines de caractère et permettent d’aborder toute la palette des sonorités de l’instrument. D’un « tempo rubato » à une « Light Waltz » en passant par un « moderato », il y a en effet autant de variété que de charme dans ces courtes pièces.

 

 

 

Daniel SAUVAGE : Salamandre, Berros’mania.  2 pièces pour tambour. Dhalmann : FD0369.

Ces deux pièces vivantes et pleines de dynamisme permettront à l’interprète de mettre en valeur les différents aspects de son instrument ainsi que son sens du rythme et de la dynamique.

 

 

 

Nicolas LEFEVRE : Show Time.  Pièce visuelle pour deux tambours et grosse caisse. Dhalmann : FD0266.

De difficulté technique moyenne à difficile, ce trio ponctué d’exclamations met en valeur la précision rythmique et le sens de l’écoute mutuelle des interprètes.

 

 

 

CHANT

SCHUBERT : Lieder  volume 6. Urtext Bärenreiter : BA 9106 (voix haute), BA 9126 (voix moyenne), BA 9146 (voix basse).

Continuant la nouvelle édition Urtext des lieder de Schubert, Walther Dürr publie ici les lieder composés entre l’automne 1814 et le printemps 1815. Comme toujours, la préface et les notes critiques sont extrêmement précieuses pour la connaissance des œuvres et les conditions de leur édition ainsi que pour leur exécution.

 

 

 

MUSIQUE DE CHAMBRE ET D’ENSEMBLE

BRAHMS : Trio  op. 40 pour violon, cor (alto ou violoncelle) et piano.  Urtext édité par Christopher Hogwood.  Bärenreiter : BA 9435.

Comme à l’accoutumée, cette remarquable réalisation commence par une longue préface à la fois historique et musicologique qui nous livre les sources thématiques de l’œuvre ainsi que les problèmes d’instrumentation, leur raison d’être, bref tout ce qui peut permettre une interprétation éclairée de ce trio. Notons la présence en appendice de l’œuvre pour piano qui devait servir de base, dix ans plus tard, au troisième mouvement de ce trio.  On y trouve aussi les variantes propres aux versions pour alto et violoncelle.

 

 

 

George SPECKERT : The Roots of Jazz  pour violon et violoncelle. « Ready to play ». Bärenreiter : BA 10606.

L’auteur mêle à ses propres compositions des « standards » comme The Entertainer ou When the Saints Go Marchin’in qui plairont certainement aux jeunes interprètes. L’auteur suggère que l’instrumentation qu’il propose puisse être enrichie d’autres instruments, notamment des percussions… Tout cela est bien dans l’esprit du jazz !

 

 

 

Louis GANNE : Marche nuptiale  pour quintette de cuivres. Arrangement : Jean-Louis Couturier.  Sempre piu : SP0023.

L’œuvre originale a été écrite pour orgue. La transcription proposée ici est fidèle et rigoureuse. L’œuvre comporte les alternances habituelles dans le genre entre parties triomphales et moments doux et lyriques… L’ensemble est composé de deux trompettes en ut, un cor en fa, trombone et tuba.

 

 

 

Charles BALAYER : Diptyque  pour clarinette, violon, alto et violoncelle. Delatour : DLT1090.

De niveau moyen à avancé, ce diptyque se compose d’une Cantilène, qui tient en quelque sorte lieu de prélude, et d’une fugue au thème entraînant traité de façon canonique par, nous dit l’auteur, « l’utilisation d’un langage emprunté au style français du début du XXe siècle ». On en retiendra notamment le côté lyrique et expressif qui en fait une œuvre de concert.

 

 

Daniel Blackstone.

 

 

Claude DEBUSSY : Quatuor à cordes.  Urtext. Éditeur : Ulrich Krämer. Henle (www.henle.com). Conducteur (n°9999. Studien-Edition. 17 x 24 cm, 58 p. 14,50 €) + parties séparées (n°999. 23 x 31 cm, 29 €).

Assortie d’une préface circonstanciée, d’une étude des sources & de remarques particulières, voilà désormais l’édition de référence !

 

 

 

 

Claude DEBUSSY : Sonate pour flûte, alto et harpe.  Urtext.  Éditeur : Peter Jost.  Henle (www.henle.com) : 1026.  Conducteur + parties séparées.  29 €.

S’inscrivant dans la publication de l’intégrale de l’œuvre de Debussy, voici – réunis sour la même référence - conducteur & parties séparées  de la célèbre Sonate pour flûte, alto et harpe.

 

 

 

Erik SATIE : Gnossiennes.  Urtext. Éditeur : Ulrich Krämer. Henle (www.henle.com) : 1073.  6,50 €.

Composées en l’espace de sept ans et demi (entre juillet 1889 & janvier 1897), les Six Gnossiennes d’Erik Satie furent pré-publiées dans les magazines Le Cœur et Le Figaro musical.  Les voici soigneusement révisées par Ulrich Kramer, éditeur maison. Dépourvues, bien sûr, de barres de mesure (à l’exception de la 5e). 

 

 

 

Jean-Jacques METZ : Urbain’s Band Book 1, la pratique orchestrale à l’école.  Livre de l’enseignant (52 p.) + Livre de l’élève (16 p.).  Gérard Billaudot (www.billaudot.com). 

Sous un intitulé quelque peu racoleur – mais les cibles sont aujourd’hui ce qu’elles sont… -, voilà un ouvrage qui, à n’en pas douter, rendra les plus signalés services aux professeurs d’Éducation musicale et à leurs ouailles, à l’école voire au collège.  Dès 2000, Jean-Jacques Metz constituait une « fanfare urbaine » dans le cadre périscolaire de l’école élémentaire « Urbain Le Verrier », à Nantes.  Constitué d’enfants volontaires, cet atelier connut le plus vif succès (il réunit aujourd’hui 25 trompettistes, 15 tubistes, 5 trombonistes & 15 percussionnistes).  Ces deux albums fournissent, en couleurs, tous éléments pratiques pour s’inspirer de cette remarquable expérience (récemment présentée lors du dernier salon Musicora) : principes, répertoire, dispositifs, partitions…  Avec, utile complément : 10 posters (80 x 120 cm), supports de l’apprentissage par imitation.

 

    

 

Francis Gérimont.

 

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Véronique Alexandre JOURNEAU (dir.) : Le surgissement créateur. Jeu, hasard ou inconscient.  L’Harmattan.  293 p.  29,50 €.

Après les deux ouvrages : Musique et effet de vie (2009) et Arts, langue et cohérence (2010) déjà recensés dans la Lettre d’information, les lecteurs s’attendaient à une nouvelle exploitation de l’un des aspects de la théorie de L’effet de vie lancée et fondée par le professeur Marc-Mathieu Münch.  Or, ce livre manque quelque peu de cohérence théorique.  Il est marqué par la multiplicité des approches et des horizons intellectuels. Dans sa Préface, Menene Gras Balaguer part du néostructuralisme linguistique qui est en contradiction avec l’« effet de vie ».  Si quelques articles cherchent à valoriser l’« effet de vie », certains vont dans d’autres directions. Au fil des pages, différents cas sont abordés, par exemple : vers chinois ; styles de calligraphes chinois ; roman et rôle de l’improvisation chez Forsythe, forme du jeu en art faisant intervenir le hasard et l’inconscient ; hasard dans une composition de musique mixte, mais aussi importance de la thérapie, de l’humour et de l’inconscient (Erik Satie)… allant jusqu’à l’apport des neurosciences à la théorie de l’art dans le sillage de l’esthétique moderne. « Il semblerait que le surgissement créateur se produise dans un entre-deux, le va-et-vient entre l’inconscient et le conscient ou le basculement de l’intuition en intention, voire un entre-trois quand le hasard s’en mêle. »  Étayé d’exemples musicaux et d’illustrations (calligraphies, analyses, sonagrammes…), ce volume se veut interdisciplinaire, international et inter-esthétique, dans le cadre d’une problématique peut-être trop diversifiée.

 

Description : SurgissementCréateur

 

 

Alain JOLY : Jean-Sébastien Bach.  « Prier 15 jours avec… », Nouvelle Cité (www.nouvellecite.fr), Bruyères-le Châtel, 2012.  126 p.  12,50 €.

Voici le premier numéro consacré à un musicien d’église sur les 158 prévus dans la collection pratique bien connue : « Prier 15 jours avec… ».  Après une biographie succincte, de nombreux témoignages attestent la visée et la profondeur spirituelles de J.-S. Bach qui a exercé ses fonctions d’organiste, compositeur et cantor selon la devise : Soli Deo gloria. Chaque « jour » parmi les 15 en témoigne et est suivi d’une brève prière.  A. Joly, à l’aide de documents authentiques : extraits de cantates, chorals (traduits en français), de La Petite Chronique d’Anna Magdalena Bach, de lettres, quittances, pages de titre…,  aborde de nombreux thèmes éthiques et religieux : le 9e jour insiste sur « Un fils prodigue » (c’est-à-dire : Johann Gottfried Bernhard, 3e fils de Bach « affligé »), associé à la parabole du Fils prodigue, évoquant la vie familiale (9e jour) et confirmant ses connaissances approfondies de la Bible de Calov datée de 1732, conservée aux États-Unis, avec sa signature et ses annotations relatives aux textes de cantates retenues).  La musique est présente aux jours 10 et 11.  De l’ensemble de ces documents, il résulte que la volonté du Cantor était d’« établir une musique religieuse bien réglée » (c’est-à-dire selon la tradition liturgique) et de transmettre la joie du musicien d’église.  Ces 15 jours de prière sont associés aux temps liturgiques, à l’ancrage dans la vie quotidienne, à l’unio mystica (2e et 12e jours, avec la Cantate pour la sainte Cène : Schmücke dich, o liebe Seele) déjà lancée par Bernard de Clairvaux et reprise par les Piétistes, à d’autre attitudes, par exemple : la fidélité (3e et 4e jours), l’espérance et la consolation (8e jour), l’obéissance (13e  jour).  Comme le Cantor l’eût souhaité, le dernier jour est réservé à la prière humble.  Grâce à l’ingéniosité de l’auteur, le titre permettra aux non-croyants de mieux saisir l’attitude du Cantor de Leipzig vis-à-vis de la Bible et de la religion ; en revanche, les fidèles seront aussi sensibles aux intentions de prière dans une optique chrétienne.  Assurément, A. Joly a atteint l’objectif de la collection, tout en révélant les multiples facettes de la spiritualité et de la musique de Bach, organiste, compositeur et le plus grand Cantor de tous les temps, et sa vocation de musicien d’église.

 

Édith Weber.

 

 

Jean-Michel MOLKHOU : Les grands violonistes du XXe siècle.  Tome 1 : de Kreisler à Kremer, 1875-1947.   Buchet/Chastel.  14 x 20,5 cm, 382 p.  23 €.

Cet ouvrage se veut une hagiographie des interprètes qui ont marqué de leur empreinte le violon. L'auteur explique combien l'enregistrement sonore a, de manière radicale, permis une auscultation du jeu et, partant, de la personnalité de ces musiciens, par rapport à ceux des siècles précédents, dont la façon de jouer n'était connue que par l'écrit.  Sans rechercher l'exhaustivité, le livre réunit, au fil de 50 portraits, les montres sacrés et – dit l'auteur - « tous ceux qui nous semblent avoir marqué significativement l'histoire du violon au XXe siècle ». La forme adoptée emprunte au mode dictionnaire, mais selon un classement chronologique, par ordre d'apparition devant le public.  Fin connaisseur de l'art du violon et de ses interprètes, J.-M. Molkhou trace ces passionnantes figures, selon un schéma d'analyse identique : carrière, spécificité du jeu, instruments joués, discographie sélective.  Outre les noms familiers, on y trouve quelques grandes figures décisives, tel Enesco, « le père spirituel de Menuhin », ou des personnalités ayant jalonné l'interprétation, comme Ginette Neveu ou Christian Ferras. Voire des noms un peu oubliés, comme Oscar Shumsky ou Franco Gulli. Ce qui fait le prix de l'étude, c'est, outre son caractère compréhensif, la manière de relever, en quelques phrases, ce qui caractérise chacun, les points saillants de son parcours, et quelques réflexions plus perspicaces sur le musicien.  Il n'est, certes, pas aisé de différencier des virtuoses tous placés au niveau le plus haut, de tenter d'établir de subtiles différences, pour faire « la distinction entre jouer magnifiquement du violon et jouer magnifiquement la musique sur un violon », selon la formule du critique Michael Steinberg, à propos de celle que s'autorisait à faire le public de Szigeti, le comparant à Heifetz.  Encore moins de les définir d'un mot : Kreisler, « Le roi des violonistes », Oistrakh, « Le roi David », Szigeti « L'aristocrate du violon », ou encore Heifetz, « La référence », et Kremer, « l'anticonformiste ».  L'analyse, nécessairement limitée, ne signifie pas qu'elle soit superficielle.  Loin de là, et c'est le grand mérite du livre que de dessiner en quelques phrases, le contour essentiel de l'interprétation de chacun.  Et encore de revisiter l'histoire de la musique du siècle dernier, à travers la carrière de fabuleux solistes, comme d'éminents chambristes. Un chapitre de notices biographiques ajoute de précieux renseignements sur les pédagogues et les professeurs.  Une bibliographie et des illustrations sonores, réunies en deux CDs, complètent avantageusement un ouvrage unique.

 

 

 

Alfred BRENDEL : Réflexions faites.  Buchet/Chastel.  14 x 20,5 cm.  236 p. 17 €

Les éditions Buchet et Chastel ont la bonne idée de rééditer des ouvrages essentiels de leur fonds musical. Celui-ci en est assurément un.  Parue en 1982, cette monographie en forme d'essais sur des maîtres que Brendel côtoie depuis toujours, a été enrichie et complétée, certains même remaniés sérieusement, dit l'auteur, notamment ceux écrits sur Liszt qu’« il est plus facile de critiquer que de faire l'éloge ».  Brendel s'est désormais tu au piano, mais demeure un essayiste engagé et un conteur passionné. Rien d'étonnant à ce qu'il cautionne cette reprise. Il prévient même de l'existence de possibles contradictions, à l'aune de la démarche paradoxale de tout interprète, qui « doit suivre à la lettre le compositeur et obéir à l'humeur du moment ».  Beethoven, Schubert et Liszt se partagent l'essentiel de ces réflexions. À propos de l'interprétation des Sonates de Beethoven, la question de la fidélité au texte, un concept tout relatif, car l'interprète ne saurait mettre entre parenthèse ses propres sentiments, comme celle du danger d'une recherche de « l'expression la plus convaincante » qui assurerait un immanquable succès, sont autant de paramètres  essentiels.  Traitant de Schubert, Brendel s'attaque aux préjugés qui entourent ses compositions au piano, leur défaut d'aura pianistique en particulier. Cette dernière critique est sans doute moins vivace aujourd'hui. Il n'est que d'écouter le pianiste pour se persuader du contraire.  Liszt, à la fois l'incompris et le populaire, vaut des saillies caustiques, mesurées à l'aune d'une vraie admiration.  Autre musicien pour lequel  s'enflamme la plume de Brendel, Ferruccio Busoni, dont il s'est fait l'ardent défenseur de la musique, et pas seulement de piano.  Interprète, dont le jeu « illustre le triomphe de la réflexion sur la virtuosité », et compositeur préoccupé de libération de la convention formelle, Busoni est à ses yeux un esprit universel.  Car il puise son inspiration auprès de Bach aussi bien que de Liszt, rapprochant le « recueillement contemplatif » de l'un et la « magie sonore à la fois théâtrale et mystique » de l'autre.  De belles digressions vont à l'idole Edwin Fischer. Et de poser la question de ce qu'est le génie au piano : « c'est jouer d'une manière à la fois exacte et audacieuse ». L'exactitude ressortit au métier d'interprète, l'audace est affaire de communication avec le public. « Aux prises avec les pianos » compose un chapitre revigorant. La qualité de l'instrument, ses réglages, la responsabilité de l'accordeur, le piano moderne et la question de la production en série ouvrent la voie à des réflexions percutantes, où le paradoxe le cède à l'évidence.  Ainsi de la considération selon laquelle il existe « une foule de facteurs qui viennent contrarier les efforts du pianiste pour s'adapter à un instrument et à une salle » : l'écart entre le temps de la répétition, dans une salle vide, et celui du concert, paré de ses auditeurs, la disparité du son parvenant à ces derniers, loin d'être celui qu'entend le pianiste sur scène, la qualité de l'écoute, etc.  À savourer.

   

Jean-Pierre Robert.

 

 

Martin KALTENECKER & Karine LE BAIL (Sous la direction de) : Pierre Schaeffer  (1910-1995).  Les constructions impatientes.   CNRS Éditions (www.cnrseditions.fr).  19,5 x 25,5 cm,  224 p., ill. couleurs, n&b et fac-similés sépia.  29 €.

Juste hommage est ici rendu au père de la « musique concrète », lequel mit en question les notions d’écoute, de timbre, de son… Richement illustré de partitions, manuscrits, photographies & dessins, ce fort volume éclaire la trajectoire d’un personnage hors norme.  Sous la plume d’éminents spécialistes de divers domaines : Chantal Meyer-Plantureux, Hervé Serry, Philip Nord, Lucie Kayas, Christopher Brent Murray, Karine Le Bail, Giordano Ferrari, Peter Manning, Esteban Buch, Étienne L. Damome, Philippe Langlois, Martin Kaltenecker, Bram Ieven.

 

 

 

Marie-France CASTARÈDE : Chantons en chœur.  Préface de Carlo Maria Giulini.  Les Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com). 13,5 x 21 cm, 262 p. 21 €.

Dans cet essai sur « La fraternité des chœurs », le réputé auteur de La voix et ses sortilèges et de Psychanalyse de l’opéra exalte une institution millénaire consacrant la victoire de l’harmonie sur la discorde, de la solidarité sur l’égoïsme, de l’union sur la solitude.  En huit chapitres, riches d’anecdotes : L’illusion artistique, L’illusion groupale, Histoire du groupe choral et/ou musical, La formation du chœur de l’Orchestre de Paris, Cythère ou l’illusion chorale, Le chef d’orchestre, Le sens de la culture, Le salut par l’art.   En annexes : Entretiens avec Arthur Oldham, Daniel Barenboïm & Pierre Boulez.  Stimulant !

 

    

 

 

Ziad KREIDY : Les avatars du piano. « L’éducation musicale », Beauchesne (www.editions-beauchesne.com).  16,3 x 21 cm, 80 p., ex. mus.  14,50 €.

Sous la plume de l’éminent pianiste & musicologue franco-libanais Ziad Kreidy, voilà un incontournable !  Où réponse est apportée aux questions : En quoi les premiers pianos étaient-ils si différents ? En quoi l’instrument influence-t-il l’écriture d’un compositeur ?  Les pianos modernes ont-ils les qualités des pianos anciens ? Qui a raison, des tenants des uns ou des autres ?  Ces questions ont-elles, en définitive, un sens ?  Cinq principaux chapitres : Pianos anciens, pianistes modernes / Glossateurs de pianos / Résonance & équilibre des registres / Puissance du son & aléas historiques / Illusion de l’histoire.  Essai illustré de nombreux extraits de partitions.

 

 

 

Éric HUMBERTCLAUDE : La liberté dans la musique (Beethoven, Souvtchinski, Boulez).  Aedam Musicae (www.musicae.fr).  14,5 x 20,5 cm, 226 p., tableaux, ex. mus.  20 €.

Depuis le piano balbutiant sur lequel improvisait le jeune Beethoven, « inventant une vibration discontinue et ininterrompue » propre à l’instrument, jusqu’aux technologies balbutiantes auxquelles un Gérard Grisey & un Tristan Murail extirperaient bientôt un in/entendu similaire à celui de leur grand prédécesseur, l’auteur du présent essai distingue « un état premier de la musique ».   Nous invitant ensuite à méditer autour des intuitions sur le son & la création musicale d’un Pierre Souvtchinski (1892-1985).  Pour s’interroger enfin sur Notation II pour orchestre de Pierre Boulez, « partition la plus érudite de la fin du XXe siècle ».  Ouvrage assorti d’une conférence imaginaire intitulée « La musique, les pieds sur terre » où l’auteur envisage la possibilité d’une musique future - au-delà de celle que l’on dit contemporaine, « irréversiblement inactuelle ».  L’ouvrage est dédié à la mémoire du regretté Alexandre Tissier.

 

 

 

Bernard LECHEVALIER, Hervé PLATEL, Francis EUSTACHE et alii : Le cerveau musicien. Neuropsychologie  & psychologie cognitive de la perception musicale.  « Questions de personne », De Boeck (www.deboeck.com), 2010.  16 x 24 cm, 324 p., schémas, ex. mus.  42 €.

Comment percevons-nous la musique ?  Quels sont les désordres observés dans la perception musicale à la suite de lésions cérébrales ?  Comment les dernières techniques d'imagerie cérébrale montrent-elles le traitement cérébral de la musique ?  Toutes questions synthétisées dans « Le cerveau musicien », dossier inclus dans le n°572 de notre revue (L’éducation musicale, septembre/octobre 2011). 

Problématiques ici développées : Fluctuations des systèmes musicaux : aspects culturels / Analyse & étude comparative des stimuli auditifs : musique, langage, bruit / Traitement musical au niveau du cortex auditif / L’amusie dans le cadre des agnosies auditives /  Énigme de la localisation des amusies / Autonomie & fractionnement du Système de reconnaissance musicale / Perception des timbres / Écouter & jouer : processus d’organisation temporelle / Perception de la musique chez les bébés / Musiciens & non-musiciens perçoivent-ils la musique différemment ? / La musique sous l’électrode / Imagerie fonctionnelle cérébrale & perception auditive / Anatomie fonctionnelle de la perception & de la mémoire musicale / Chanter juste, chanter faux…  Un ouvrage fondamental.

 

 

 

Joseph DELAPLACE (Sous la direction de) : L’écriture musicale de Bernard de Vienne.  « Arts 8 », L’Harmattan.  13,5 x 21,5 cm, 206 p., ex. mus.  21 €.

Venu de l’ethnomusicologie, Bernard de Vienne (°1957, Tunis) se partage  entre pratique instrumentale (il est flûtiste) et composition (pour soliste, chœur mixte, orchestre symphonique…). Au sein de cet ouvrage se croisent - illustrés de nombreux exemples musicaux - les points de vue d’interprétes (Yves Charpentier), de compositeurs (Bruno Giner) & d’universitaires (Jean-Paul Olive).  Consulter : http://bernarddevienne.wordpress.com

 

     

 

 

Vincent DELECROIX : Chanter. Reprendre la parole.  Flammarion (www.editions.flammarion.com).   13,5 x 21 cm, 352 p.  19 €.

Le chant témoigne intensément de notre présence au monde : faire entendre sa voix dans sa parole, reprendre la parole : chanter !  Au plus près de l’expérience, le philosophe et romancier Vincent Delecroix a partagé l’ouvrage en quatre parties : Nous chantons / Mythes / L’art et la chanson / Devenir lyrique.   Un écrivain et un essai majeurs…

 

 

 

Vincent DELECROIX (Présentation par) : Petite bibliothèque… du chanteur  Flammarion (www.editions.flammarion.com).   11 x 18 cm, 352 p.  8 €.

Formidable complément de l’ouvrage ci-dessus recensé, voilà un florilège de textes – souvent admirables - consacrés au chant : Commencements du chant (Carpentier, Beaumarchais, Rousseau, Chabanon, Kierkegaard, Leiris), Chanter dans la vie (Pergaud, Tchekhov, Hugo, Quignard, Tourgueniev, Mérimée, Balzac, Dostoïevski, Hoffmann, Nerval, Alain-Fournier, Hemingway, Malraux), Mythes et fables (Homère, Platon, Ovide, La Fontaine, Heine, Apollinaire, Kafka, Quignard, Rilke, Blanchot), Chanteurs et chanteuses (Sand, Fernandez, Verne, Berlioz, Barthes, Schuhl), L’opéra en question (Diderot, Goethe, Hoffmann, Flaubert, Berlioz, Tolstoï, Nietzsche, Kraus, Poizat), La voix du poète (Valéry, Senghor, Maulpoix, Nietzsche, Hugo, Lamartine, Rimbaud, Whitman).  De chevet…

 

 

 

Joëlle-Elmyre DOUSSOT : Vocabulaire de la musique vocale.  « Musique ouverte », Minerve (www.editionsminerve.com).  15 x 21 cm, 256 p., ex. mus.  22 €.

Déjà auteur, dans la même collection, d’un remarquable Vocabulaire de l’ornementation baroque, la musicologue nous livre cette fois  - eu égard à l’engouement que connaît aujourd’hui le chant – l’utile Vocabulaire ad hoc.  Dont l’objet est de brosser le tableau le plus complet possible de cet art, nonobstant les innombrables évolutions qu’il aura subies au fil des siècles, d’un peuple à l’autre.  Quelque 550 termes ou expressions (de Abendmusik à Zeitoper) ont été ainsi retenus, souvent illustrés d’exemples musicaux et toujours assortis de l’utile indication : « Voir aussi… ».  Bibliographie, index nominum.

 

 

 

Jean-Jacques BEDU : Pablo Casals. Un musicien, une conscience.  « Découvertes  Gallimard » (www.decouvertes-gallimard.fr). 12,5 x 17,8 cm, 128 p., ill. n&b et couleurs.  13,60 €.

À l’occasion de la 60e édition du Festival Pablo Casals de Prades, bienvenue est cette petite monographie, parue dans la merveilleuse petite collection « Découvertes » de Gallimard.  Où est retracé l’itinéraire d’un homme & d’un musicien hors du commun, qui - honni à la fois des franquistes et des communistes - dut se résoudre à l’exil.  Cinq chapitres : Né musicien / L’envol et la consécration / Un chef à Barcelone / Prades, l’exil de la liberté / La conscience de notre temps.  En annexes : Témoignages & documents.  Que soit ici remercié Jean-Jacques Bedu, lui-même de souche pradéenne, pour ce bel et nécessaire hommage à un éminent artiste & humaniste.

 

 

 

Alain STEGHENS & Frédéric PLATZER : Le Top 100 de l’Opéra.  Ellipses (www.editions-ellipses.fr).  14,5 x 19 cm, 208 p.  12,70 €.

Déjà auteur, chez le même éditeur, du Top 100 du Classique et du Top 100 du Jazz, Frédéric Platzer nous livre - avec, cette fois, le concours du regretté Alain Steghens (1962-2009) – le très attendu Top 100 de l’Opéra.  Où sont recensés, dans l’ordre chronologique, cent ouvrages lyriques, de L’Orfeo & L’incoronazione di Poppea (Claudio Monteverdi) à Angels in America (Peter Eötvös) & Julie (Philippe Boesmans).  Un même plan a été adopté pour chaque œuvre : Carte d’identité / Rôles et voix / Le compositeur / L’œuvre / Argument / Bonus (éléments en rapport) / DVD (références d’éventuelles versions filmées).  Un formidable outil de vulgarisation – au meilleur sens du terme !

 

 

 

Mehdi BELHAJ KACEM : Opera Mundi.  La seconde vie de l’opéra, 1.  « Variations XX », éditions Léo Scheer (www.leoscheer.com).  14 x 19 cm, 70 p. 12 €.

Où l’on voit un ardent cinéphile (ex-disciple d’Alain Badiou) découvrir, sur le tard, l’opéra – sous la seule forme de DVDs.  Visionnant plusieurs versions des mêmes ouvrages…  Florilège de ses chroniques : Salomé, Don Giovanni, Wozzeck, La Clemenza di Tito, L’Incoronazione di Poppea, Œdipus Rex/ Œdipus der Tyrann, Moïse et Aron.  Roboratif en diable, superbement écrit !

 

 

 

Denis LEVAILLANT : Éloge du musical.  « La joie de découvrir », DLM éditions : DLM 2412.  Distr. : www.pollen-diffusion.com  14 x 20 cm, couverture à rabats,  110 p.  12 €.

Selon l’auteur - compositeur & philosophe de formation - le musical peut être « au centre d’une véritable intellection du monde, par sa propre énergie de pensée ».  Ainsi développe-t-il sa réflexion d’Aristoxène de Tarente à Rameau, Schopenhauer ou Ravel… Toute la puissance de la musique étant dans sa « capacité à relier, déplacer les contraires, transformer, produire des métamorphoses ».  Deux parties : « Théorie », la musique & ses modèles (où il est tenté de définir une pensée spécifique), « Esthétiques », l’hyperchoix (où il est tenté de construire une renaissance).  Consulter : www.denislevaillant.net

 

 

 

Muriel DELTAND : Musique de soi.  Du sensible de soi au musicien révélé… Vers un renouveau des formes de biographisation.  Préface de Mokhtar Kaddouri.   Postface de José van Dam.  « (Auto)biographie ∞ Éducation », Téraèdre (www.teraedre.fr).  14 x 21 cm, 152 p.  16 €.

Nouveau concept défini dans cet ouvrage, « le sensible de soi » - capacité que possède l’homme à se connecter à son sensible, lui permettant ainsi de se construire…  Quid du sensible profond des artistes, et singulièrement des grands musiciens ? (Projet, acte & mécanismes autobiographiques).  Essai fondé sur le récit de vie du pianiste argentin Osvaldo Salas ainsi que sur un long entretien avec le baryton José van Dam.  Importante bibliographie.

 

 

 

Sara LE MÉNESTREL (Coordonné par) : Des vies en musique.  Parcours d’artistes, mobilités, transformations.  Préface de Jean-Luc Bonniol.  Hermann (www.editions-hermann.fr).   17 x 24 cm, 314 p., ill. couleurs.  29 €.

Comment musiques & danses circulent-elles aujourd’hui ?  Qu’est-ce qui détermine la mobilité géographique des artistes ?  En quoi est-elle liée à leur statut social ?   Quels ajustements, liés à la mondialisation, sont dès lors provoqués ? 

À partir des parcours de sept danseurs ou musiciens, issus des Amériques, de l’Égypte, des îles de l’Océan indien et de la France, sont dégagées les logiques communes dont ces artistes sont, à la fois, témoin et personnification.  Articles signés : Christophe Apprill, Kali Argyriadis, Sara Le Ménestrel, Julien Mallet, Nicolas Puig, Guillaume Samson, Gabriel Segré (sociologues, anthropologues ou ethnomusicologues).  Un ouvrage passionnant, superbement illustré.

 

 

 

Revue MŒBIUS n°133 (Écritures / Littérature) : « Pour Leonard Cohen ».  Éditions Triptyque (www.triptyque.qc.ca).  Distr. : www.dimedia.com  12,5 x 25,5 cm, 160 p., ill. n&b.  12 $.

Dans ce numéro, piloté par Kateri Lemmens & Charles Quimper, est analysée l’œuvre de Leonard Cohen (°1934, Montréal) - comme point d’impact et, surtout, source de résonances : prières, incantations, ressouvenirs, fissurations, brèches de désir et de lumière… Au fil d’une vingtaine de brillantes contributions. Avec, in fine, une curieuse diatribe, lettre ouverte de Patrick Tillard contre le romancier & essayiste espagnol Enrique Vila-Matas.

 

 

 

Dominique BONA : Deux sœurs.  Yvonne & Christine Rouart, les muses de l’impressionnisme.  « Biographie », Grasset (www.grasset.fr).  14 x 22,5 cm, 384 p., cahier d’illustrations sépia & couleurs.  20,90 €.

Biographe réputée, Dominique Bona nous relate ici le fascinant parcours des deux filles du peintre, collectionneur et mécène Henri Lerolle.  Surtout connues pour le portrait que fit d’elles, au piano, Auguste Renoir (couverture du livre), elles épousèrent les frères Eugène & Louis Rouart, fils eux-mêmes d’un célèbre collectionneur (cf. recension suivante), et connurent l’une et l’autre une fin tragique.  Ouvrage dans lequel, outre les peintres Renoir et Degas, nous croisons les familiers de ces grands bourgeois : Debussy, Chausson, Claudel, Gide, Mallarmé…

 

 

 

David HAZIOT : Le roman des Rouart (1850-2000).  Fayard (www.fayard.fr). 15,3 x 23,5 cm, 420 p., cahier d’ill. n&b et couleurs.  22,50 €.

Fondateur de la dynastie, le polytechnicien, industriel, artiste peintre & collectionneur Stanislas-Henri Rouart (1833-1912) fut au cœur de tous les mouvements artistiques & littéraires français de son temps.  Ami d’enfance de Degas, il compta parmi ses intimes Manet, Berthe Morisot, Mallarmé, Renoir, Gide, Chausson, Debussy, Paul Valéry, Maurice Denis…  Ses fils Eugène et Louis épousèrent les sœurs Yvonne et Christine Lerolle (cf. précédente recension) ; ses fils et petit-fils Alexis et Paul furent les éditeurs de la plupart des musiciens de l’école française du début du XXe siècle : « Éditions Rouart, Lerolle & Cie ».  Arrière-petit-fils d’Henri Rouart et d’Henri Lerolle, l’écrivain & journaliste Jean-Marie Rouart (°1943) est aujourd’hui membre de l’Académie française.  Une saga passionnée, passionnante, démesurée, parfois tragique…

 

 

 

Raphaël JERUSALMY : Sauver Mozart.  Roman.  Actes Sud (www.actes-sud.fr).   10 x 19 cm, 160 p.  16,8 €.

Il s’agit là du Journal tenu, de juillet 1939 à août 1940, par le célèbre critique musical Otto J. Steiner, reclus dans un sanatorium salzbourgeois.  Il est juif, mais tout le monde l’ignore.  Aussi est-il fait appel à lui pour concevoir le programme musical de la rencontre, au Brenner, d’Hitler et de Mussolini - au cours de laquelle il tentera, mais en vain, d’empoisonner le Führer.  Plus tard, à la demande du directeur musical de la manifestation, il rédige articles et programmes du Festspiele – pour « sauver Mozart », espère-t-il, de l’emprise nazie…  Une fiction singulièrement émouvante - cruelle et drolatique à la fois.

 

 

Dominique FOUFELLE : Expressions régionales.  Brigitte BULARD-CORDEAU : Expressions animalières.  Éditions du Chêne (www.editionsduchene.fr).  12 x 16,8 cm,  240 p., nombreuses vignettes.  14,99 €.

Délectable collection où chaque expression est présentée sur double page (non sans expressions apparentées).  Ainsi plus de 500 tournures régionales (picardes, berrichonnes, poitevines, provençales, languedociennes, gasconnes…) & plus de 350 locutions animalières (adornées de ludiques saynettes) feront-elles le bonheur de tout amateur de curiosités langagières.   Dans la joyeuse filiation du regretté Claude Duneton…

 

     

 

 

POUR LES PLUS JEUNES

Charlotte COURT & Nathalie GRIVOT (imaginé par), Nina TESTUT (illustré par) : Mon premier atelier de chansons traditionnelles.  Dès 3 ans. Les Éditions des Braques (www.leseditionsdesbraques.com).  23 x 28,5 cm, 58 p. couleurs. CD inclus : 47’04.  14,90 €.

Cet album offre une approche originale de 20 chansons traditionnelles : invitation – par l’expression graphique (illustrations à compléter) – à découvrir, mémoriser ou revisiter ce patrimoine : À la volette, Alphabet de Mozart, Gentil coquelicot, Le bon roi Dagobert, Nous n’irons plus au bois, Sur le pont d’Avignon  Chansons interprétées par les joyeux compères & commères du Grand Orchestre du Splendid, dir. Xavier Thibault.

 

Francis Cousté.

 

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Renaissance and Baroque organs in Bohemia and Moravia.  Radioservis. Distr. CD Diffusion (info@cddiffusion.fr) : CR0569-2.  TT : 60’02.

Pavel Kohout, l’un des organistes tchèques les plus brillants et titulaire de nombreux prix internationaux, a réalisé ce disque illustrant, d’une part, la facture d’orgues de la Renaissance et du Baroque en Bohême et Moravie et, d’autre part, des formes en usage à la même époque : Toccata, Preambulum, Prélude, Fugue, Fantaisie (de musiciens rarement enregistrés).  Les discophiles et organistes découvriront le musicien Samuel Markfelner (1621-1676), inféodé aux chorals luthériens dans la mouvance de la Réforme, tout comme Jean-Sébastien Bach comme, par exemple, sa Partita sur le choral Ach, was soll ich Sünder machen. Ils apprécieront des pièces brèves d’Anton Zimmermann (1741-1781), de Joseph Ferdinand Seger (1716-1782), sans oublier des morceaux plus pittoresques tels que le Cappriccio Cu-cu de Johann Kaspar Kerll (1627-1693) ou encore La Poule de J.-Ph. Rameau (1683-1764)…  Voilà un festival de sonorités et timbres baroques bohêmes et moraves, ainsi que des œuvres des XVIIe et XVIIIe siècles rarement entendues et brillamment interprétés par Pavel Kohout.

 

Description : PAVEL KOHOUT

 

 

J. G. GOLDBERG : Kantaten.  J. L. BACH : Missa brevis.  J. L. KREBS : Magnificat.  Ricercar (stephanie@outhere-music.com) : RIC 317.  TT : 61’31.

Sous-titré : Un dimanche à Leipzig, ce disque propose des œuvres baroques rarement enregistrées et interprétées par S. Karthäuser (soprano), M. Vliegen (alto), S. van Dyck (ténor), L. Termont (baryton) et l’ensemble Ex Tempore, sous la direction de Florian Heyerik, que le Cantor Jean-Sébastien Bach a dirigées à Leipzig.  Tout d’abord la cantate : Durch die herzliche Barmherzigkeit pour la fête de Jean-Baptiste (24 juin), avec solistes, chœur, hautbois, violons, alto & basse continue de Johann Gottlieb Goldberg (1727-1756), son élève et peut-être aussi celui de Wilhelm Friedemann Bach, musicien à la chambre du comte Heinrich von Brühl, ayant bénéficié d’une solide réputation malgré sa brève existence. De facture classique, cette cantate datant de 1742 est structurée en 9 parties, avec chœurs, airs, récitatifs et choral conclusif.  L’écriture polyphonique et imitative est assez serrée et dense. Cette pièce sortant des sentiers battus, bien enlevée par les chanteurs et instrumentistes, méritait d’être enregistrée. Elle est suivie du Psaume 12 : Herr, die Heiligen haben abgenommen, œuvre énergique composée dans le même esprit que la cantate.  Johann Ludwig Krebs (1713-1780), autre élève de J.-S. Bach, s’en inspire pour le style du motet baroque. C’est le cas de son Magnificat allemand : Meine Seele erhebt den Herrn démontrant qu’il a bien assimilé les principes réthoriques de son maître. Enfin, le fils aîné de Jakob Bach, Johann Ludwig Bach (1677-1731), cantor et professeur, a composé une Missa brevis (c’est-à-dire Kyrie, Gloria) attribuée par erreur à Jean-Sébastien (BWV Anh. 166), puis à Nicolaus Bach. Il y reprend le choral bien connu figurant dans le recueil de V. Schumann (1530) : Allein Gott in der Höh sei Ehr, version allemande du Gloria in excelsis, dont le cantus firmus en valeurs longues est bien rendu par le chœur et agrémenté par des commentaires décoratifs aux autres voix. Cette œuvre baroque est typique de la mentalité religieuse et hymnologique au XVIIIe siècle à Leipzig. L’intérêt de cette réalisation discographique est indéniable.

 

Description : GlodbBachKrebs

 

 

Louis VIERNE : L’œuvre d’orgue, vol. 2.  3 CDs Solstice (www.solstice-music.com): SOCD 286/8.  TT : 188’01.

Pour présenter l’œuvre de Louis Vierne dans les meilleures conditions organistiques et acoustiques, Pierre Labric a eu raison de retenir l’imposant instrument Aristide Cavaillé-Coll (1890) de l’abbatiale de Saint-Ouen à Rouen (à 4 claviers et pédale avec, entre autres, des jeux plus rares aux divers claviers comme, par exemple : Carillon, Unda Maris, Chamades 8’ 4’, Voix éolienne 8’…).  Le compositeur est né en 1870, frappé de cécité ; il a été l’élève de César Franck, l’assistant de Ch.-M. Widor et, enfin, le titulaire de l’orgue prestigieux de Notre-Dame (Paris) où il meurt aux claviers, le 2 juin 1937. Pour ce volume 2 (3 CDs), dans le cadre de l’Intégrale, le label du Solstice a sélectionné des Pièces de jeunesse, les Pièces en style libre, op. 31, les Messes basses, op. 30, Pour les défunts, op. 62 et le Triptyque, op. 58, auxquels s’ajoutent 3 intéressantes Improvisations reconstituées par Maurice Duruflé. Les discophiles trouveront les analyses judicieuses et détaillées des différentes œuvres (pour orgue ou harmonium), ainsi que les circonstances et dates de composition et de publication. D’une pièce à l’autre, ils seront saisis par diverses atmosphères : intimiste, expressive, méditative, calme, sereine, poétique, lyrique, brillante, humoristique, jubilatoire… ; ils apprécieront la diversité d’inspiration, mais aussi les caractéristiques stylistiques (choral harmonisé, succession d’accords, chromatisme dans l’Élégie, timbres colorés…) ou encore la douceur de la Berceuse (Do do, l’enfant do) bien connue.  Coffret à entendre et à réentendre pour une meilleure imprégnation et une juste appréciation de la production organistique de ce grand maître de l’école d’orgue française au XXe siècle.

 

Description : VIERNEOrgueVol2

 

 

Die Kuhn-Orgel der Philharmonie Essen.  Organ Promotion (www.organpromotion.org) : OP 8003.  TT : 78’04.

Cette réalisation due à Christian Schmitt (orgue), Kristin Merscher (piano), à la Nordwestdeutsche Philharmonie (fondée en 1950) - placée sous la baguette d’Emmanuel Plasson qui a dirigé de nombreux orchestres internationaux - a pour premier objectif de faire découvrir la facture de l’orgue Kuhn dans la Salle de concert de la Philharmonie d’Essen.  Au programme très ciblé, figurent des œuvres françaises : la Fantaisie en la majeur et le Prélude, Fugue et Variation, op. 18, pour orgue & piano  de C. Franck (1822-1890) ; le 3mouvement : Final de la Symphonie n°1 en ré mineur op. 42, pour orgue & orchestre d’A. Guilmant (1837-1911), enregistré sur le vif le 13 février 2008 ; « La joie » (3e partie de l’œuvre pour orgue, piano & orchestre : Licht im Dunkel de Daniel Roth, né en 1942 (comme le Suisse Guy Bovet, auteur de A Fancy for two to play).  La musique allemande est représentée par la Sonate sur « le Psaume 94 » pour orgue  de J. Reubke (1834-1858), de caractère expressif et tourmenté ; par la lumineuse Berceuse mignonne en fa majeur, op. 29/4 pour piano… et la méditative Cantilène en ré majeur, op. 29/1, pour orgue… de S. Karg-Elert (1877-1933).  Ce disque permettra d’apprécier la sonorité orchestrale de ce nouvel orgue fonctionnel de la Philharmonie d’Essen, les facteurs ayant dû tenir compte du caractère de cette salle mondaine, des nombreuses suggestions de musiciens et des exigences des architectes pour réaliser cet instrument symphonique à traction mécanique, à 3 claviers, totalisant 4 502 tuyaux et comprenant aussi une seconde console mobile.  Il ne s’agit donc pas d’un orgue d’église, mais d’un orgue d’une prestigieuse salle de concert, comme le prouve ce programme si éclectique à l’initiative d’Organ Promotion, organisme qui s’attache à mieux faire connaître les instruments de diverses manufactures et qui, à l’initiative de Michael Grüber, vient (avril 2012) d’organiser un voyage de visite d’orgues en France. Les discophiles découvriront diverses facettes de l’orgue au service de la musique de chambre, de la musique symphonique, en rapport avec une salle de concerts. Disque inattendu et révélateur s’adressant aux mélomanes curieux.

 

Description : KUHNOrgelEssen

 

 

Jean-Jacques WERNER : Un musicien à l’œuvre.  Ctésibios (www.ctesibios.fr) : CTE-062.  TT : 77’02.

Grâce au concours de la célèbre Maîtrise Notre-Dame de Paris (sous la direction de Lionel Sow), d’E. Grether (violon), de Fr. Werner (flûte), de B. Piertot et Y. Merlin (orgues de Notre-Dame-des-Champs et de Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts), divers aspects de l’œuvre de Jean-Jacques Werner, né en 1935, « musicien toujours à l’œuvre » et d’un dynamisme sans faille, sont révélés.  Dans ses compositions, transparaissent d’abord son atavisme strasbourgeois et luthérien, son enracinement dans la musique de Bach forgés lors de ses études au Conservatoire de cette ville, notamment sous l’influence du regretté Fritz Münch.  Il subira ensuite l’influence parisienne lors de son passage à la Schola Cantorum dans l’entourage de Pierre Wissmer, Daniel-Lesur et Léon Barzin.  Sa vaste expérience de chef d’orchestre international lui permet de composer en connaissance de cause.  Cette anthologie comprend 16 pièces écrites entre 1959 et 2009.  Elle réserve une place importante aux formes organistiques traditionnelles : Triptyque (1959) comprenant un Prélude massif et incisif, le Choral méditatif et dépouillé, et la Toccata, pièce de virtuosité, énergique et bien enlevée, Suite (2007) dans le langage plus tendu de notre temps ; à ses visées pédagogiques, avec ses 5 Pièces progressives en forme de Suite (2009), brèves et contrastées. Il renoue avec la Bible avec son Cantique de Siméon (1983) pour orgue (écrit pour un concours du CNSM de Paris), à la fois puissant et mystérieux, et son Psaume VIII pour chœur & orgue (1970) (commande pour le centenaire du Collège Lucie Berger, à Strasbourg) dans laquelle il privilégie la facture mélodique, les dissonances à finalité expressive, et fait appel à des interludes à l’orgue, quelque peu dans le sillage d’Arthur Honegger, tout en faisant allusion à la mélodie calviniste du psaume figurant dans le Psautier de Genève depuis 1551. Cette vaste fresque est si bien rendue par les voix expressives et dynamiques de la Maîtrise Notre-Dame de Paris dirigée avec tant de musicalité par Lionel Sow. Jean-Jacques Werner exploite aussi les ressources familiales avec le Canticum pour flûte & orgue (1983) interprété par son fils Frédéric, qui met particulièrement en valeur les ressources expressives de l’instrument au-dessus d’un fond d’orgue.  Son Spiritual, genre de cantilène pour violon & orgue (1973), est dédié à son épouse, Annie Jodry (qui l’a créé) et à Georges Delvallée ; il se distingue à la fois par la sérénité et une austérité non exempte d’inquiétude.  Grâce au label Ctésibios, ce programme si diversifié met en lumière les sources d’inspiration, synthèse entre le passé et le présent, et le dynamisme compositionnel de Jean-Jacques Werner.

 

Description : WERNER

 

 

Gospel Dream.  Jade (www.jade-music.net) : 699 752-2.  TT : 76’53.

Les éditions Jade, spécialistes de différents répertoires de musique religieuse, commémorent les vingt ans de l’ensemble Gospel Dream qui n’est certes plus à présenter au grand public qui a tant été marqué par leurs interprétations de gospels authentiques émanant de l’Église afro-américaine, et fondé en 1990 par son chef de chœur Michel M’Passy dirigeant plus d’une centaine de concerts par an.  Cette sélection comprend, bien sûr, les grands succès : Down By The Riverside, Nobody Knows The Trouble I’ve Seen ou encore Silent Night (Stille Nacht).  Elle permet aussi de découvrir : Get On Board si dynamique, Michael bien rythmé.  The Storm is passing over mouvementé (inédit en CD) et, en guise de conclusion : l’éclatant Oh Happy Day ! (également inédit).  Ces chanteurs africains, antillais et américains (5 ténors, 6 voix féminines (sopranos, contraltos), 2 chanteurs basses, 1 pianiste, 1 trompettiste et l’indispensable batterie) ont réalisé un authentique condensé de témoignages avec participation de l’assistance : à ne pas manquer.

 

Description : GospDream20

Édith Weber.

 

 

Georg Friedrich HAENDEL : Il Pastor fido.  Opéra en trois actes, HWV 8a.  Livret de Giacomo Rossi.  Lucy Crowe, Anna Denis, Katherine Manley, Madeleine Shaw, Clint van der Linde, Alisandro Abadie.  La Nuova Musica, dir. David Bates.  2 CDs Harmonia Mundi : HMU 907585.86.  TT : 66'26 + 78'45.

Écrit en 1712, peu après Rinaldo et simultanément à Teseo, Il Pastor fido appartient au genre de l'opéra pastoral.  Haendel le remaniera en 1734.  Mais la version présentée ici, est, pour la première fois au disque, celle d'origine.  Un chassé-croisé amoureux au doux pays d'Arcadie en forme le thème, finalement pas si tranquille à en juger par les manigances et ruses déployées pour conquérir l'âme aimée, et contrarier le destin de qui n'épouse pas le schéma préconçu.  Deux hommes et trois femmes se partagent l'intrigue, qui moyennant quelques revirements, d'une vraisemblance toute relative, et surtout grâce à l'intervention d'un Deus ex machina, se termine par une double union et une paix amoureuse retrouvée.  Le sacrifice de la belle nymphe Amarillis sera arrêté à temps par les dieux compréhensifs, et elle convolera avec le fidèle berger Mirtil, tandis que le nonchalant chasseur Silvio, naguère si indifférent à Cupidon, sera uni à sa soupirante Dorinda.  Pour cette trame complexe, opérant dans le registre intime, Haendel a conçu une musique simple dans son orchestration, empruntant à certaines cantates antérieures.  Non sans faire saillir quelques originalités dans le traitement des sentiments de personnages qui se languissent, sont consumés par le doute, ou survoltés par l'attrait du mauvais coup.  Ainsi dans l'accompagnement des airs, par exemple, par le basson, ou mieux encore, par un concertino fait de deux hautbois, du violon et du violoncelle.  La trame dramatique se résume à une succession d'arias, entrecoupées de courts récitatifs. Si les choses s'animent à partir du milieu du IIe acte, où les affects se libèrent en maniant l'excès, il se dégage de l'opéra un charme nimbé de quelque monotonie.  Cela est dû, en partie, à la composante vocale, qui fait appel exclusivement à des voix aiguës, trois sopranos et un contre-ténor.  Les tempos mesurés adoptés par le chef David Bates, contre-ténor de son état, y ont sans doute aussi leur part, qui ne se laissent aller à aucun débordement d'énergie dans les ritournelles.  La tonalité d'ensemble est placide, quoique pas austère.  Le jeune ensemble anglais, La Nuova Musica, que le chef a fondé en 2007, déploie de fines couleurs instrumentales, un souci d'articulation pas anguleuse, une vivacité tempérée de profondeur d'accents.  Une équipe de chanteurs de la génération montante défend avec conviction ces pages souvent virtuoses.  La palme revient à Lucy Crowe, beau soprano solaire, nullement gênée par la vocalité souvent extrêmement tendue du rôle de Amarillis, et par Madeleine Shaw, timbre plus corsé, apportant à la partie de Dorinda une riche expressivité pour traduire la fébrilité amoureuse. Le contre-ténor Clint van der Linde est moins à l'aise, et l'émission n'est pas toujours plaisante. L'enregistrement, très résonant, capte avec quelque dureté les voix aiguës. 

      

 

 

Ludwig van BEETHOVEN : Trios pour piano, violon & violoncelle (Intégrale).  Trio Wanderer.  4 CDs Harmonia Mundi : HMC 902100.103.  TT : 58'01 + 59'04 + 66’ + 71'38.

Pour fêter ses 25 ans, le Trio Wanderer enregistre un des monuments de la littérature du trio pour piano et cordes.  Un genre auquel Beethoven reviendra plusieurs fois.  Car les huit trios et les quelques variations s'étendent de 1795 à 1811.  Comme souvent, il en composera plusieurs à la fois, telles ces trois premières pièces formant l'opus 1, où le musicien affirme déjà une manière très personnelle, différente de Haydn, le maître de ce type de composition. Celui-ci ne dit-il pas à son jeune collègue : « Vous aurez des pensées que personne n'a encore jamais eues... On trouvera toujours dans vos œuvres quelque chose, je ne dirai pas de bizarre, mais d'inattendu, d'inhabituel ».  En fait, si dans ces pièces le piano domine, l'audace est de faire s'émanciper les cordes. Les premiers mouvements sont très développés, empreints d'élégance (le 1er), d'une énergie communicative (2e), d'un élan certain (3e).  Les adagios chantent  sereinement, même lorsque munis de variations (n°3).  Les scherzos  sont fantasques (1er), et les finales bondissants, surenchérissant en vivacité, tel celui du 2e, avec ses gruppettos de notes répétées semblant s'enivrer, ou en un prestissimo à l'allant irrésistible de détermination (n°3). Ce que l'on nomme le n°11, est en réalité un premier essai (1791), certes incomplet puisque manque le mouvement lent, mais se signalant par un geste volontaire. L'opus 11 (1798), d'écriture aisée, pour l'amateur, se distingue par son « tema con variazioni » final, qui suit un adagio bien chantant.  Comme il le fera pour le piano et le violoncelle, Beethoven a conçu des séries de variations où l'art de broder à partir d'un thème souvent assez banal, conduit, au fil de ses métamorphoses, à des trouvailles aussi ingénieuses qu'originales.  Ainsi de l'op. 44 ou de l'op. 121a « Ich bin der Schneider Kakadu », là encore écrit plus tôt que ce qu'indique sa numérotation.

 

Bien sûr, on se focalise sur les grandes pages que sont les trios de l'op. 70, et surtout l'op. 97, dit « Trio à l'Archiduc ».  Les deux pièces de l'op. 70 (1809), sont dédiées à Anna Maria Erdödy, celle dont Romain Rolland dira : « nulle n'a su, comme elle, avoir accès au plus intime du cœur de Beethoven ».  Le premier, dit « des Esprits », du fait de son largo assai ed espressivo mystérieux, fantomatique presque, fait contraster l'autoritaire et la tendresse, dans un geste héroïque aux mouvements extrêmes. Le  second, moins original, oscille entre mode ancien et style d'improvisation, annonciateur de la dernière manière.  Les deux allegrettos médians alternent l'aimable et le bourru.  L'opus 97, contemporain de la VIIe Symphonie, est avec les deux Trios de Schubert, un des sommets incontestables du genre.  Les Wanderer l'abordent avec simplicité et refus de l'affectation. Et cette pièce admirable laisse s'épanouir la sérénité du balancement de son premier mouvement, un scherzo à l'énergie souveraine en même temps contenue, ménageant la montée en puissance du 2e thème jusqu'à l'éclatement, un andante cantabile, là encore en forme de variations, et un finale bien rythmé, avec son presto conclusif en forme d'apothéose.  Là comme ailleurs, car les mérites de leurs prestations ne se mesurent pas seulement aux pièces les plus célébrées, les Wanderer font montre d'un souci d'équilibre entre les trois instruments, d'un fondu idéal, d'une sensibilité qui unit douceur et force en une éloquente simplicité.  Vincent Coq, au piano, tricote délicatement, comme naguère Menahem Pressler, l'âme du Beaux-Arts Trio.  Cheville ouvrière de la formation, il soutient avec sollicitude ses partenaires, Jean-Marc Phillips-Varjabédian, au violon, et Raphaël Pidoux au violoncelle.  

 

 

 

Franz SCHUBERT : Schwanengesang, D. 957 ;  Herbst, D. 945 ;  Sonate pour piano en sib majeur, D. 960.  Matthias Goerne, baryton, Christoph Eschenbach, piano.  2 CDs Harmonia Mundi : HMC 902139.40.  TT : 61'27 + 49'17.

Le Chant du cygne ne constitue pas un cycle, comme La Belle Meunière ou Le Voyage d'hiver.  Il s'agit plutôt de la réunion des ultimes lieder composés par Schubert, décidée, après sa disparition, par son éditeur : 14 mélodies, sur des poèmes de Ludwig Rellstab, Heinrich Heine et Gabriel Seidl.  Qu'importe, voilà une illustration de la dernière manière de Schubert, de cette année 1828, si riche de compositions remarquables. Les trois groupes portent le centre de gravité sur le registre de la nostalgie, de la douleur, et au piano, sur des tonalités graves, avec des ostinatos et des progressions farouches.  La voix est sollicitée dans une plus grande amplitude. Les lieder empruntés à la poésie de Rellstab, reviennent au thème de l'absence, si souvent cultivé par le musicien, et traité ici avec une belle ardeur.  Ainsi du lied « Kriegers Ahnung » (Intuition du guerrier), où le registre de baryton est sollicité dans ses extrêmes, aussi bien de basse que de ténor.  Au milieu du groupe des Rellstab-Lieder, Goerne a inclus le lied « Herbst » (Automne), de ce même poète.  Le groupe des lieder de Heine affirme presque uniquement la douleur.  Ainsi « Der Atlas », où à la basse insistante du piano se met à l'unisson de la voix, dont la fureur désespérée va s'élancer vers le fff.  Par contraste « Ihr Bild » (Son portrait) est un sommet de dépouillement, d'étrangeté aussi.  « Die Stadt » (La ville) introduit l'angoisse, un univers de visions qui se délitent.  Ce qui se poursuit dans les dernières pièces, notamment « Der Doppelgänger » (Le double), qui confine au tragique, comme dans le dernier lied du Winterreise.  Le lied de Seidl, « Die Taubenpost » (Le Pigeon voyageur), le dernier sorti de la plume du musicien, oppose un climat gracieux et triste, qui tranche avec la précédente mélodie.  Mais, sans doute, est-ce la manière de Schubert que de passer d'un univers à l'autre, des larmes au sourire, toujours sur le ton mélancolique cependant.  L'interprétation de Goerne est extrêmement nuancée : de la véhémence affirmée à la poésie des mots détachés dans un murmure.  L'amplitude de la voix, captée dans une prise de son proche de la salle de concert, est grande : l'éclat est proche du cri.  L'accompagnement de Christoph Eschenbach est, lui aussi, très contrasté, tissant une trame d'un large ambitus.

 

Est-ce cette fréquentation du chant, la proximité des dernières réflexions confiées à la voix, qui conduisent le pianiste à vivre la Sonate D. 960 avec une telle introspection ?  Ce testament schubertien, point culminant de la trilogie des sonates de 1828, il l'aborde avec une retenue marquée. Au point, parfois, de troubler le legato mélodique. Le molto maestoso est pris très lentement, étirant le discours dans ses passages de quiétude.  Le cheminement s'attarde dans moult pensées qui se teintent d'interrogations, que le fameux trille grave rend encore plus menaçantes.  Logiquement, l'andante sostenuto est plus mesuré, comme un chant immobile, ses silences traduisant une hypnose, presque hallucination de quelque au-delà. Pareillement, le scherzo est négocié sans précipitation, avec d'imperceptibles ralentissements qui en rompent la fluidité, et le trio reste sévère. Au finale, le rythme de marche s'anime, certes, le discours connaissant une amplification quasi orchestrale, mais le ton intimiste, de confidence, d'épanchement secret, reprend ses droits.

 

 

 

Frédéric CHOPIN : Quatre Scherzos,  Nocturnes, op. 15 n°2, op. 72 n°1, en ut# mineur. Six chants polonais, extraits : n°1 et n°5.  Franz LISZT : En rêve.  Maurice RAVEL : Gaspard de la nuit.  Benjamin Grosvenor, piano.  Universal/Decca : 478 3206. TT : 75'25.

Le programme de ce récital est inédit dans son choix principal, qui rapproche les Scherzos de Chopin et Gaspard de la nuit de Ravel, mais aussi dans ses compléments, associant des Nocturnes et des Chansons polonaises de Chopin et En rêve de Liszt.  Pour son premier disque, le jeune anglais Benjamin Grosvenor, 18 ans au moment de l'enregistrement, fait un coup de maître.  Ses Scherzos ont grande allure, affirmant une dramaturgie savamment pensée. Passé un début prestissime, presque martelé, le n°1 joue les contrastes à fond, entre élan énergique et calme rêverie. Le 2e offre cet indéniable effet de surprise de ses premières mesures et développe un large ambitus, pour une fin cataclysmique. Le 3e est saisissant dans son thème grandiose en octaves et sa cascade d'arpèges en pierreries, sa coda majestueuse enfin.  Le dernier, le plus insaisissable, est, à travers sa belle faconde rythmique, paré d'une transparence toute française, folâtrant au piú lento médian.  Des trois Nocturnes qui les entrecoupent, on dira le soin apporté à l'ornementation de l'op. 15 n°2, l'atmosphère envoûtante de l'op. 72 n°1, comme une pièce chantée, et la délicatesse mélodique de celui en ut#, daté de 1830.  Benjamin Grosvenor se montre fort hardi en donnant deux des Six Chants polonais, le 1er, « Le Souhait », qui a quelque profil opératique, et le 5e, « Mes Joies » ou le discours chopinesque dans ce qu'il offre de plus expressif, et pas mièvre sous les doigts du jeune pianiste. « En rêve » appartient au dernier Liszt, où tout est dépouillement, voire énigmatique, ce que Grosvenor restitue avec un justesse d'accents confondante.  C'est le mot qui vient à l'esprit devant l'exécution de Gaspard de la nuit.  L'influence de Liszt est, on le sait, marquée, dans une trilogie pianistique dont on a pu dire qu'elle requiert autant du piano qu'elle demande au pianiste.  Le subtil mouvement de vagues qui ouvre « Ondine », de l'extrême aigu au registre médian, puis grave, est fort bien ménagé, et la progression dynamique généreuse.  Le glas lugubre et immuable, tel un tintement de cloche, sur la note de sib inlassablement répétée, en arrière plan, plane dans « Le Gibet », tandis qu'une scène se déroule devant nos yeux, le balancement du cadavre d'un pendu.  Enfin, « Scarbo » libère un parcours fantomatique, celui d'un nain mécanique en apparence, menaçant peut-être, insaisissable en tout cas.  Cette pierre angulaire du répertoire trouve ici musicien à sa mesure, l'assurant d'une vraie délicatesse gallique, d'une poésie élégante, et maniant sans barguigner l'ébouriffante virtuosité de Ravel et son gigantesque ambitus.  Voilà, nul doute, un nom à retenir, celui d'un musicien judicieux dans ses choix, déjà totalement maître de son instrument, et homme de goût dans la poétique du toucher.   

 

 

 

Anton BRUCKNER : Symphonie n°7 en mi majeur.  Version originale.  Staatskapelle Berlin, dir. Daniel Barenboim.  Universal/DG : 479 0320.  TT : 67'15.

Créée en 1884, par Arthur Nikich, et dédiée à Louis II de Bavière, la 7e Symphonie de Bruckner offre ceci de particulier que le musicien, ayant appris la mort de Wagner, alors qu'il composait l'adagio, en a fait une sorte d'hymne funèbre au maître vénéré.  Après nombre de ses confrères, les Jochum, Karajan ou Böhm, et dans leur sillage Daniel Barenboim s'y attaque avec son orchestre de la Staatskapelle de Berlin.  Sa lecture en livre la grandeur bien sûr, mais non une monumentalité pesante.  Elle se refuse à l'effet complaisant. Ainsi du 1er mouvement, allegro moderato, dont l'architecture est traitée souplement, le 2e thème, quasi dansant, ayant une belle flexibilité.  L'adagio, marqué très solennel et très lent, découvre un univers sonore plaintif, soutenu par le grave plein des tubas wagnériens, les strates des cordes graves se superposant majestueusement.  Le second thème prolonge cette introduction presque dépressive, semblant l'adoucir, mais ne fait qu'en souligner la solennité, lors de la reprise, qui n'est pas sans exhaler une pointe de nostalgie.  Une section plus dépouillée encore s'ouvre, Requiem pour le maître disparu.  Introduite par une fanfare de tubas, elle laisse place à la douce courbe des cordes se développant en un climat plus apaisé qu'éploré.  La coda  sera douloureuse.  Barenboim aborde le scherzo, très vif, de manière trépidante sur les fiers accords des trompettes, mais la joie de vivre de cette séquence est vite tempérée, et la composante pastorale asservie à une vision très intérieure, ce que le trio, pris lent, accentue. Le thème de ballade s'en ressent, là encore empreint de nostalgie.  Le chef de théâtre fait son miel de la dramaturgie du finale, « Animé, mais pas trop vite », avec des ralentissements appuyés et de soudaines accélérations, livrant une lutte où les thèmes s'entrechoquent, pour enfin marquer le triomphe de la lumière.  L'équilibre instauré par le chef s'appuie sur des contrastes accusés. Le phénomène répétitif ne donne pas l'impression de peser.  Car contrairement à ce que d'aucuns ont dit de la manière de Bruckner, de cette « impression de jouer aux cubes », fustigée par Jacques Bourgeois, les répétitions ne doivent pas donner le sentiment qu'elles sont gratuites.  Et les silences entre les séquences ont une fonction proprement expressive.  Barenboim a fait de la Staatskapelle Berlin une phalange de haut vol, où l'homogénéité des cordes ne le cède en rien à la finesse des bois ou à la rondeur des cuivres.  L'enregistrement live, à la Philharmonie de Berlin, offre un bel étagement des plans et une image sonore bien intégrée, sans excès de grave.

 

 

 

Gabriel FAURÉ : Intégrale de l'œuvre pour piano. Volume 2. Romances sans paroles op. 17, 1, 2 et 3.  Nocturnes op. 33, 1, 2 et 3, op. 36 et op. 37.  Impromptus op. 25, op. 31, op. 34.  Barcarolles op. 26, op. 41, op. 42.  Jean-Claude Pennetier, piano. Mirare : MIR100.  TT : 78'.

Jean-Claude Pennetier poursuit son cheminement à travers la musique pour piano de Gabriel Fauré, dont il est un interprète de choix. Des trois Romances sans paroles op. 17, publiées en 1880, quoique écrites en 1863, c'est sûrement la dernière qui préfigure ce balancement mélodique qui imprimera la manière de Fauré.  Pages plus développées, les Nocturnes vont traverser toute sa production. La notion de musique nocturne est au cœur de l'univers fauréen. Car s'y manifeste cette idée d'équanimité, chère à Vladimir Jankélévitch (Fauré ou l'inexprimable, Plon).  Des trois pièces de l'opus 33, la première est, selon Cortot, « d'une émotion douloureuse et résignée », la deuxième fort contrastée, et la dernière toute de séduction dans un ondoiement gracile.  La générosité thématique comme la flexibilité du discours caractérisent le 4e Nocturne, op. 36 (1885), qui s'achève dans une douce sérénité. Le 5e, op. 37, est poésie rêveuse, dans une extrême mobilité harmonique, ses diverses séquences évoquant autant de climats différents. Les Impromptus offrent des musiques complexes, et la fantaisie qui y règne recouvre un souci de perfection formelle.  Ainsi l'op. 25 est-il ondoyant comme une barcarolle, possédant « l'allure sédative d'une berceuse » (Jankélévitch), l'op. 31, au rythme de tarentelle, fièrement arpégé, quoique aérien.  Tandis que l'op. 34, passionné et allègre, se pare d'élégance mélodique dans une ondulation sans fin. Ce trait d'élégance gallique, on le trouve aussi dans les Barcarolles, un genre auquel Fauré reviendra souvent. Car il lui offre la souplesse et d'infinies possibilités de varier les climats, si proches là encore de la poésie nocturne, tour à tour vigoureux ou nonchalant, irréel ou déterminé, dans ce doux balancement qui hypnotise presque.  Des 13 morceaux écrits pour cette forme spécifique, Pennetier joue l'op. 26, d'une tendre mélodie, l'op. 41, où la simplicité de la ligne s'approche de l'improvisé, sorte de visite de contrées choisies, de déambulation poétique.  Dans l'op. 42, composé la même année 1886, l'invention mélodique paraît ne pas connaître de limite, au fil des sections au ton gouleyant ou péremptoire, alors que les thèmes se métamorphosent sans cesse.  Jean-Claude Pennetier donne à toutes ces pièces le ton juste, ni flou, ni vaporeux, faisant ressortir la fermeté du dessin mélodique, même à travers les longues digressions, à la frontière de l'improvisation.  Sa manière racée rend justice au pianisme de Fauré « à la fois évasif et précis » (ibid.).  Nul brio ostentatoire, mais une animation tranquille, une mobilité qui n'est pas précipitation, pour des sonorités plus feutrées que brillantes.  L'usage modéré de la pédale y est pour beaucoup, permettant une extrême modulation de l'intensité.  La prise de son aussi, qui favorise la proximité de l'instrument, saisi dans un espace restreint plus que dans l'opulence d'une vaste salle de concert.

 

 

 

Benjamin BRITTEN : War Requiem, op. 66.  Ian Bostridge, Simon Keenlyside, Sabina Cvilak. London Symphony Chorus, Chœur du Eltham College.  London Symphony Orchestra, dir. Gianandrea Noseda.  2 CDs LSOLive : LSO0719. TT : 46'35 + 37'11.

Le War Requiem de Britten a été créé en 1962, pour commémorer la reconstruction de la cathédrale de Coventry.  Elle le fut avec succès, notamment par le compositeur, qui dirigeait un des orchestres requis et trois chanteurs prestigieux, pour la voix desquels avaient été écrites les parties solistes, Peter Pears, Dietrich Fischer-Dieskau et Galina Vichnevskaïa.  Ceux-ci figurent sur le disque enregistré peu après, cette fois sous la direction unique du compositeur.  La nouvelle version proposée s'avère fort intéressante. Cette œuvre fascinante porte haut le message du pacifiste Britten contre l'enfer de la guerre.  Aussi fait-il alterner les poèmes de guerre de Wilfred Owen avec le texte liturgique. Trois strates la structurent : le plan humain, compassionnel, la messe des morts, le niveau surnaturel.  Elle oppose un grand orchestre à un orchestre de chambre, et aligne plusieurs chœurs.  L'intervention des solistes creuse, çà et là, sans solution de continuité, un sillon particulier.  Surtout, la spatialisation des forces est très étudiée, les diverses composantes chorales et orchestrales devant être disposées dans des espaces différents. Originale, étrange souvent, l'instrumentation fait appel à des percussions peu usitées, tels le tambour de basque ou des instruments de consonance balinaise.  Les contrastes sont extrêmes, mais les grands climax restent comptés.  L'ostinato des cordes graves, les traits vifs et répétés des cuivres, à la manière militaire, le chuchotement du chœur, les tournures ambiguës, tout cela créé l'inquiétude plus que la tristesse, et évoque la réconciliation plus que la déploration. À l'image de ces deux soldats devisant, non tels des adversaires, mais comme frères, avec une pointe d'ironie sur les aléas de la vie des armes.  À l'univers de désolation du Requiem Aeternam, rythmé par un glas de cloches ppp, succède un long Dies Irae, obsédant dans son apparente discrétion, libérant « une violence contenue, une peur au ventre, panique et hagarde « (Xavier de Gaulle, Britten ou l'impossible quiétude, Actes sud). Le Sanctus, pages tumultueuses aux chœurs, est une acclamation plus qu'un cantique. On pense à Mahler et sa 8e Symphonie. Le Libera me marque l'aboutissement d'un cheminement complexe, peu optimiste certes, mais affirmant une croyance indélébile dans ce qui unit.  Les chanteurs réunis pour cette exécution de concert ne pâlissent pas devant leurs illustres devanciers, et défendent une partie vocale exigeante.  La soprano se tire fort bien d'affaire des larges écarts d'écriture, et de la déclamation appuyée ou scandée.  Le ténor, que Britten pousse dans la stridence du registre aigu, ou nimbe d'une douceur séraphique, trouve en Ian Bostridge le vrai successeur de Pears.  Le baryton, sans doute le mieux traité dans le registre du lyrisme, est servi avec émotion par Simon Keenlyside.  Le travail effectué est considérable aussi pour ce qui est des chœurs et de l'orchestre, tous à l'unisson d'un chef qui affirme son empathie avec cette musique prodigieuse.  L'enregistrement ménage les plans sonores avec doigté. 

 

 

 

Anton DVOŘÁK : « Zigeunerlieder ». 7 Mélodies tziganes, op. 55.  13 Duos  moraves, op. 32. 10 Chants bibliques, op. 99.  Genia Kühmeier, soprano, Bernarda Fink, mezzo-soprano, Christoph Berner, piano.  Harmonia Mundi : HMC 902081.  TT : 65'15.

La thématique tzigane tient une place importante chez les compositeurs du XIXe siècle finissant. C'est en particulier le cas d’Anton Dvořák.  Le mélange de poésie et de liberté qui la caractérise avait de quoi séduire un musicien revendiquant à la fois une identité profondément slave et un souci d'ouverture sur d'autres cultures. Les trois cycles mélodiques réunis ici le montrent de manière péremptoire. Les Mélodies tziganes, op.55, écrites pour la voix de ténor, sont « d'une suavité passionnée » (Guy Erismann), du fait du caractère panthéiste des poèmes, dus à Adolf Heyduk.  La joie de vivre y est tempérée par une mélancolie tendre, mais pas sombre. Elles s'ouvrent par deux pièces vives, et certaines sont un véritable appel à la danse, telle la 5e, qui avec son rythme de furiant, annonce Rusalka.  La dernière est un florilège de sentiments associés à la culture tzigane, liberté, amour passionné, thème de la mort. Genia Kühmeier, naguère Pamina à Salzbourg avec Muti, en donne une exécution exaltante, de son soprano clair et bien projeté, à la vraie intonation slave.  Les 13 Duos moraves, op.32, de 1876, la troisième série écrite par Dvořák, sont des pièces enjouées, teintées d'une pointe de mélancolie, mais aussi des scènes de genre, des chansons amoureuses, ou des chants de la nature.  Brahms en admirait la facture et même le piquant. Les deux voix chantent le plus souvent en léger décalage, ou encore en répons, pour néanmoins finir à l'unisson à la dernière strophe de la mélodie.  L'accompagnement du piano est coulant, mais avec des ruptures de rythmes qui puisent à une inspiration populaire énergique.  Leoš Janáček s'en inspirera aussi, à sa manière. Les deux voix de Genia Kühmeier et de Bernarda Fink se conjuguent agréablement, cette dernière plus grave et moirée.  Les Chants bibliques op.99, de 1894, nous transportent dans un autre univers poétique et musical. Dvořák a gagné les États-Unis. Ce cycle sera écrit durant son séjour à New York. Il y savoure la reconnaissance artistique, et pourtant éprouve le besoin d'un recueillement. Les dix pièces sont tirées du Livre des Psaumes.  L'écriture se fait plus resserrée et le climat intime, laissant de côté toute influence folklorique. Le ton est à la prière ou à l'incantation. Le piano est sobre, raréfié dans sa métrique, procédant souvent par accords successifs, et la ligne mélodique est plus compacte. Une sorte de parcours spirituel que traversent le bonheur des choses simples, la sérénité de la paix retrouvée et, dans le dernier lied, un hymne au créateur. Tout le contraire des éclats de la récente Symphonie du Nouveau monde. Bernarda Fink en est l'interprète émue. Tout au long de ce récital, Christoph Berner prodigue un pianisme fluide et poétique.   

 

 

 

Théodore DUBOIS : Le Paradis perdu.  Drame oratorio en quatre parties. Livret d'Édouard Blau.  Chantal Santon, Mathias Vidal, Alain Buet, Jennifer Borghi, Cyrille Dubois, Elias Benito, Sorin Dumitrascu. Aurélien Richard, piano.  Les Cris de Paris.  Les Solistes des Siècles, dir. Geoffroy Jourdain. 2 CDs Aparté : AP030. TT : 43'33 + 53'19.

Le drame-oratorio, Le Paradis perdu, valut à son auteur, Théodore Dubois (1837-1924), le premier prix d'un concours de la Ville de Paris, en 1878.  À vrai dire ex æquo avec l'oratorio de Benjamin Godard, titré Le Tasse. Prix de Rome en 1861, musicien prolixe, organiste réputé, titulaire à Sainte-Clotilde puis à La Madeleine, Théodore Dubois s'était attelé à ce sujet sept ans plus tôt, et devant l'impossibilité de se faire jouer, avait remisé la partition dans les cartons. Entre-temps, Massenet aura livré Éve, en 1875, sur un sujet identique.  Dans l'esprit de Gounod, Le Paradis perdu offre une trame originale, dont l'aspect dramatique est fièrement assumé. Au fil de ses quatre parties, on y apprécie des couleurs harmoniques suaves, une courbe mélodique séduisante (prélude de la troisième partie, par exemple, évoquant le réveil d'Adam et d'Éve), qui, si elle côtoie l'académisme, se garde de sombrer dans le convenu.  Surtout, le chœur y est traité de manière imaginative, notamment les deux ensembles des Rebelles et des Fidèles, dans la première partie.  La narration reste toujours claire, respectant une prosodie choisie. La présente version, qui se veut une re-création, propose une orchestration pour piano et double quintette, d'une part, à cordes avec contrebasse, et d'autre part, à vents, avec adjonction de cor. Cette édition à été confiée au musicologue Olivier Schmitt, qui s'est attaché à définir une articulation instrumentale telle qu'elle permette une bonne mise en valeur du chant.  Outre le beau traitement du chœur dans « La Révolte », avec une fin fuguée, on remarque, dans la deuxième partie, « L'Enfer », les interventions de Satan, qui se voit doté d'une  cantilène suivie d'une cabalette, lesquelles n'ont rien à envier aux grands airs d'opéra de l'époque.  « La Tentation », la partie la plus développée, s'ouvre par un prélude séraphique, d'une sûre inspiration, annonçant le duo d'Adam et d'Éve, avec Satan en embuscade, « qui rappelle à l'envi la scène du jardin du Faust, sans en paraître pourtant un pâle décalque », note Alexandre Dratwicki.  Le finale sera enjoué, malgré son texte diabolique, « Laissez passer Satan ».  La dernière séquence, « Le Jugement », débute par un prélude sombre, rappelant les premières pages de l'œuvre, aux harmonies menaçantes.  Puis le drame explose à l'annonce du châtiment, jusqu'à une page chorale grandiose, du bannissement de l'Homme du paradis, où le chœur et les solistes sont unis dans un geste scandé.  La fin sera apaisée, avec l'intervention du Fils de l'Homme appelant au pardon, dans une vaste courbe harmonique couronnée par le cor.  Une apothéose qui, là encore, quitte le conventionnel pour une manière fervente. L'exécution, sous les auspices de la Fondation Bru Zane, est très soignée, belle plasticité du chœur Les Cris de Paris, envergure des solistes, dont le baryton-basse Alain Buet, Satan, d'une diction racée.  La contribution instrumentale, des Solistes des Siècles, est de classe, sous la houlette de Geoffroy Jourdain. Et le piano, un Érard de 1881, d’Aurélien Richard, apporte en pareille circonstance une note délicieusement rétro.  À découvrir.

 

 

Jean-Pierre Robert.

 

 

Johann Sebastian BACH : Bach Drama.  Chœur de Chambre de Namur & Ensemble Les Agrémens, dir. Leonardo García Alarcón.  2 CDs + 1 DVD (bonus) Ambronay Éditions : AMY031.  TT : 43’45 + 37’48 + 42’54.

Encore un très bel enregistrement du jeune chef argentin, à la tête du Chœur de Chambre de Namur et de l’ensemble Les Agrémens, consacré à un J. S. Bach moins connu, celui des cantates profanes, compositeur qu’on imagine joyeux dirigeant son Collegium Musicum dans les jardins du Café Zimmermann de Leipzig.  Trois cantates profanes ou dramma per musica proches de l’opera seria, véritables fables mythologiques : La controverse entre Phébus et Pan (BWV 201) à partir des Métamorphoses d’Ovide, Éole apaisé (BWV 205) d’après l’Énéide de Virgile, et Le Choix d’Hercule (BWV 213). Un Bach allègre, installé dans l’immanence, plein d’humour et de joie de vivre, en 2 CDs et 1 DVD bonus capté sur le vif lors du Festival d’Ambronay 2011. Rien à redire de cette interprétation en tous points remarquable, tant vocalement qu’instrumentalement avec, de plus, une belle réalisation technique, ce qui ne gâche rien !

 

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Domenico SCARLATTI  (1665-1757) : Sonates.  Aline d’Ambricourt, clavecin.  Integral Classic : INT 221.241.  TT : 68’49.

Un très beau disque qui vaut à la fois par la qualité de l’interprétation d’Aline d’Ambricourt  et par le caractère exceptionnel de l’instrument joué, un clavecin Migliai de 1763, clavecin historique dont la sonorité semble proche des instruments qu’utilisait Domenico Scarlatti lors de la composition de ses sonates. Une sonorité ample et généreuse, un jeu virtuose et délicat, parfois un peu dur.  16 sonates choisies parmi les 555 écrites par le compositeur italien, autant de climats différents faisant le lien entre le souffle baroque et l’esprit des Lumières.  Un disque qui « rend heureux », à la fois, l’interprète et l’auditeur, répondant ainsi aux vœux du compositeur.

 

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Jean-Pierre DUPORT (1741-1818) : 6 Sonates pour violoncelle & basse dédiées au roi de Prusse.  Raphaël Pidoux (violoncelle), Kay Ueyama (clavecin), Pascale Jaupart (violoncelle). Integral Classic : INT 221.189.  TT : 80’42.

Jean-Pierre Duport, appartenant à une famille de violoncellistes comptant parmi les plus brillants interprètes internationaux, fit ses débuts au Concert Spirituel, à Paris, en 1761, gagna la capitale prussienne en 1773 et devint Surintendant de la musique de la Chambre du Roi de Prusse en 1786, à l’occasion de l’accession au trône  de Frédéric Guillaume II.  Il a laissé 24 Sonates pour violoncelle & basse, réparties en quatre livres dont le quatrième fournit la matière au présent enregistrement, composé probablement avant 1789, puisqu’un menuet de ce quatrième livre servit de support aux Variations pour piano KV 573, écrites par Mozart lors de son passage à Potsdam le 24 avril 1789.   C’est également avec Duport, à Berlin, en 1796, que Beethoven créa ses deux Sonates pour violoncelle & piano. Compositeur et violoncelliste reconnu, il termina sa vie à Berlin. Des instrumentistes talentueux (Raphaël Pidoux est membre du Trio Wanderer, Kay Ueyama a enregistré en 2011, pour le même label,  les Variations Goldberg de Bach qui constituent un enregistrement de référence, et sa complice Pascale Jaupart) au service d’une musique virtuose, parfaitement interprétée, qui manque toutefois un peu d’âme...   Un disque qui ravira tous les amateurs de musique baroque, et peut-être quelques autres…

 

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Wilhelm FURTWÄNGLER (1886-1954), Ludwig van BEETHOVEN (1770-1827) : Sonatas for violon & piano.  Sophie Moser (violon), Katja Huhn (piano). Profil : PH 11048.  TT : 77’41.

Après un premier disque consacré, avec le succès que l’on sait, l’an dernier aux mêmes compositeurs (Sonates n°2 de Furtwängler et n°8 de Beethoven, PH 11023) le duo germano-russe poursuit l’exploration de ce répertoire chambriste avec un nouvel opus dévolu, cette année, aux Sonates pour violon & piano n°1 de Furtwängler et de Beethoven.  Un enregistrement original qui nous donne à entendre la magnifique et monumentale Sonate n°1 de Furtwängler, rarement enregistrée, exceptionnellement donnée en concert.  Une œuvre d’inspiration romantique, complexe dans sa conception, difficile dans son interprétation, composée en 1935, marquant le début d’une intense période compositionnelle pour le musicien allemand plus connu comme chef d’orchestre que comme compositeur et créée par le compositeur lui-même au piano, associé à Hugo Kolberg au violon, en mars 1937 au Gewandhaus de Leipzig.  Une occasion de combler cette lacune en écoutant cette superbe et dynamique interprétation de Sophie Moser et Katja Huhn, parfaitement symbiotiques, empreinte de tension dans le discours et d’émotion dans l’expression, où la virtuosité, pourtant réelle, sait laisser le pas à une musique ardue et profonde, pleine de charme et d’une force d’attraction maintenant l’auditeur en haleine tout au long des 55 minutes que dure cette sonate.  Une mise en miroir avec la Sonate n°1 de Beethoven, intéressante qui laisse apprécier la différence de climat entre les deux œuvres et le chemin parcouru entre le maître et l’élève. Bravo, Mesdames !

 

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Robert SCHUMANN (1810-1856) : Première & Deuxième Sonates, Lieder transcrits par Liszt.  Christian Chamorel, piano.  Alphée : 1105019.  TT : 54’06.

Un rapprochement des deux compositeurs particulièrement pertinent quand on connaît l’admiration que Liszt portait à Schumann qu’il considérait comme le plus grand compositeur de l’époque et dont il transcrivit de nombreuses œuvres, parfois au grand dam de Clara !  Un enregistrement associant la Sonate op. 22 (avec son final réputé injouable par Clara elle-même) & la Sonate op. 11, auxquelles s’associent deux transcriptions de Lieder pour piano seul, effectuées par Liszt, Widmung et Frühlingnacht.  Une interprétation hors du commun, un climat éminemment romantique, un jeu empli de nuances et de dynamisme, un piano dans tous ses états, tantôt orchestral, tantôt confident, une virtuosité toujours au service de l’expression et du ressenti, une musique pleine de ferveur et d’exaltation, un disque remarquable qui confirme et renforce tout le bien qu’on pensait du jeune pianiste suisse.

 

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Thierry ESCAICH : Esquisses. Thierry Escaich (orgue), Éric Aubier (trompette). Ensemble Soli-Tutti, dir. Denis Gautheyrie.  Calliope : CAL 1205.  TT : 76’47.

Le chemin vers la transcendance chez Thierry Escaich est loin d’être un long fleuve tranquille, comme en témoigne le sentiment d’urgence imprégnant le Prélude improvisé inaugural de cet enregistrement ; vient ensuite un ensemble de pièces qui s’élèvent comme une prière chargée d’images, de couleurs, d’émotions, de méditations, de mystères, d’hésitations, de doutes, d’appels véhéments, d’incantations, de constructions baroques, de danses rituelles, d’éclatements, de métamorphoses, de diérèses, de synthèses, de cris, de drames, et d’espérances, tandis que le Postlude improvisé conclut ce disque sur une sérénité retrouvée. Une musique complexe et ardue comme un long et difficile cheminement vers la Lumière. Un très beau disque, terriblement humain.

 

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L’aube des siècles. Hommage à Paul Loyonnet.  Daniel Gardiole, piano. Corélia/L’Algarade : C874751.  TT : 73’32.

Un disque original fait de rencontres, en forme d’hommage au pianiste et compositeur Paul Loyonnet (1889-1988). Premier enregistrement du jeune pianiste, Daniel Gardiole, regroupant des œuvres de Lucien Durosoir (1878-1955), Jacques Ibert (1890-1962) et Bernard van den Sigtenhorst-Meyer (1888-1953) ayant pour point commun d’avoir, toutes trois, été créées par Paul Loyonnet lui-même.  Six vues sur le Fouzy-Yama jouées salle Érard le 29 novembre 1923 au bénéfice des victimes du terrible tremblement de terre survenu la même année au Japon, Aube, Sonate d’été, composée à partir du poème éponyme de Rimbaud, enfin Histoires… données en première audition le 12 octobre 1923. Toutes occasions pour Daniel Gardiole de faire montre de la sûreté de ses choix, de sa hardiesse, de sa  curiosité musicale ainsi que de ses capacités pianistiques hors du commun.  Trois climats différents mais un même talent.  Quand on connaît l’attachement de Paul Loyonnet aux différents pianos qu’il fréquenta tout au long de sa vie (Focké, Kandowski, Érard, Steinway, Blüthner, Gaveau…), il ne semble pas inutile de préciser que Daniel Gardiole joue, ici, un piano Stephen Paulello (SP287) à cordes croisées. Un disque dont on ne se lasse pas ! Pour retrouver Daniel Gardiole en concert, rendez vous à l’Européen le 5 juin à 20h30, un pur plaisir ! 

 

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RACHMANINOV (1873-1943) : Sonate n° 2.  Élégie.  Préludes.  Étude-Tableau.  Variations sur un thème de Corelli.  Maryline Frascone, piano. Integral Classic : INT 221.190.  TT : 50’58.

Un enregistrement qui regroupe des œuvres très différentes, témoignant de l’évolution stylistique et de la complexité de la personnalité de Rachmaninov, composées sur une quarantaine d’années, depuis les œuvres de jeunesse comme l’Élégie n°1 et le Prélude n°2 de l’opus 3, datant de 1892, jusqu’aux Variations sur un thème de Corelli ou la Sonate n°2 révisée en 1931.  Maryline Frascone donne de ces compositions une interprétation claire et juste, pleine de profondeur et de poésie, riche d’émotion et de couleurs.  Un disque indispensable qui confirme le talent de la jeune pianiste.

 

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Carlo TESSARINI (1690-1767) : Intégrale des douze concertos pour violon, op. 1. Ensemble Guidantus.  Marco Pedrona, violon.  2 CDs Indésens : CAL 1207.  TT : 106’.

Un disque rare qui présente le premier enregistrement moderne des Concerti pour violon & cordes, op. 1,  de Carlo Tessarini, compositeur et violoniste, contemporain d’Antonio Vivaldi, qui sillonna toute l’Europe (l’Italie, bien sûr, mais également Angleterre, Allemagne et Pays-Bas).  Une belle interprétation pleine d’allant et une prise de son qui ne l’est pas moins.

 

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Patrice Imbaud.

 

 

Antonio de CABEZÓN & Contemporains (Intabulations de) : Pour un plaisir. Véronique Musson-Gonneaud, harpe double de la Renaissance. Brilliant Classics (www.brilliantclassics.com) : 94351.  TT : 45’02.

Il s’agit là d’intabulations (arrangements de pièces vocales ou instrumentales pour instruments à tablatures, pratiqués du XIVe au XVIe siècle).  Révélation de tout un répertoire de la cour d’Espagne (pièces d’Antonio de Cabezón, Juan de Cabezón, Hernando de Cabezón, Francisco Fernández Palero, Alonso Mudarra et anonymes)… Révélation, aussi, d’une merveilleuse jeune harpiste (elle joue un instrument construit par Eric Kleinmann d’après la double harpe conservée à Bologne).  Un fantastique voyage dans le temps… (www.harpes-anciennes.com)

 

  

 

 

François-Joseph GOSSEC (1734-1829), Marie-Alexandre GUÉNIN (1744-1835) : Deux violonistes dans la tourmente révolutionnaire.  Ensemble Hemiolia.  Label Eurydice. Distr. Codaex.

Il s’agit là de Sonates en trio, mais jouées par l’ensemble Hemiolia (www.ensemblehemiolia.com), formation d’instruments anciens créée en 2008, dans le Hainaut français, par la violoncelliste Claire Lamquet.  Sont ici interprétées des pièces rares - de Marie-Alexandre Guénin : Trios op.1 n°4 et n°6 (1768) & de François-Joseph Gossec : Sonates en trio op. IX n°1 et n°3 (1766).  Une heureuse mise au jour.

 

 

 

François SERVAIS (1807-1866) : Œuvres pour violoncelle & orchestre.  Didier Poskin, violoncelle. KBS Symphony Orchestra (Séoul), dir. Patrick Davin. Fuga Libera (www.fugalibera.com) : FUG 593. TT : 60’06.

Du célèbre violoncelliste belge (« paganinien » que tant appréciait Berlioz), nous découvrons ici - interprétées non sans panache - des œuvres d’une impétueuse sensibilité : Morceau de concert op. 14, Fantaisie burlesque sur le « Carnaval de Venise » op. 9, La Romanesca, Concerto en si mineur op. 5.

 

 

 

Mysterium, le chœur du mystère.  2 CDs Decca/Universal.  TT : 76’42 + 79’32.

Il s’agit là d’une compilation d’œuvres chorales originales & d’arrangements vocaux de pièces instrumentales (pour la plupart fort réussis - à la regrettable exception de ceux signés Daryl Runswick pour les London Voices).  Œuvres de Bach, Barber, Fauré, Mozart, Allegri, Ravel, Haendel, Tallis, Tavener, Gorecki, Gounod, Franck, Tchaïkovski, Pärt... - enregistrées par les meilleures formations : Monteverdi Choir, Chœurs du New College d’Oxford, du King’s College de Cambridge, de Saint Pétersbourg, Accentus, de l’Academia Santa Cecilia. 

 

 

 

Patrie !  Duos extraits d’opéras romantiques français.  Hjördis Thébault (soprano), Pierre-Yves Pruvot (baryton).  Kosice Philharmonic Orchestra, dir. Didier Talpain. Brilliant Classics (www.brilliantclassics.com) : 94321.

Voilà le précieux enregistrement d’un répertoire romantique bien oublié aujourd’hui.  Jugez en :   pages extraites de Charles VI (Halévy), Henri VIII (Saint-Saëns), Ève (Massenet), Polyeucte (Gounod), Patrie ! (Paladilhe), Le Caïd (Thomas), Le Mage (Massenet).  Par des interprètes exceptionnels, au lyrisme large, à la claire diction.  Merci à l’Alliance française et au Palazzetto Bru Zane pour leur soutien à pareille entreprise.

 

 

 

Hector BERLIOZ : Herminie, Les Nuits d’été.  Maurice RAVEL : Shéhérazade.  Véronique Gens (soprano).  Orchestre national des Pays de la Loire, dir. John Axelrod.  Ondine (www.ondine.net) : ODE 1200.2.   TT : 65’55.

Venue de la scène baroque, Véronique Gens poursuit aujourd’hui une carrière internationale, dans notamment les héroïnes de Mozart, aussi bien que de Gluck (Iphigénie), Wagner (Eva), Verdi (Alice), Debussy (Mélisande), Poulenc (Mme Lidoine)…  La voici dans Berlioz, Les Nuits d’été bien sûr, mais aussi Herminie, cantate (en 5 numéros) composée pour le Prix de Rome (il avait 25 ans) où, dans l’ouverture, on trouve un thème qu’il reprendra dans la Fantastique.  Interprétation élégamment sensuelle de Shéhérazade

 

 

 

Gabriel FAURÉ : Quatuors avec piano op. 15 et 45.  Éric Le Sage (piano), Daishin Kashimoto (violon), Lise Berthaud (alto), François Salque (violoncelle). Alpha (www.alpha-prod.com) : 601.  TT : 64’09.

Contemporains de L’Art poétique de Verlaine,  les Quatuors avec piano de Fauré sont en intime résonance avec le célèbre manifeste, « De la musique avant toute chose… ».  Dans l’élégance et la passion maîtrisée, idéale communion de quatre merveilleux interprètes.

 

 

 

Pierre WISSMER (1915-1992) : Un long voyage.  Trio Steuermann.  Hortus (www.editionshortus.com) : 094. TT : 52’31. 

Du compositeur franco-suisse Pierre Wissmer, voici par le très remarquable trio Steuermann – Anne de Fornel (piano), Maiko Matsuoka (violon), Christophe Mathias (violoncelle) – un ensemble de partitions de chambre : Sonatine pour violon et piano (1946), Sonate pour piano (1949), Trois Études pour piano (1979) et Trio Adelfino pour trio avec piano (1981).  Un « jardin secret » jusqu’à présent moins visité que, notamment, le corpus symphonique (cf.  www.pierrewissmer.com).

 

 

 

Barbara HENDRICKS : Portrait musical.  2 CDs Arte Verum (www.arteverum.com) : ARV 200.  TT : 68’17 + 77’32.

Bienvenue est cette sélection d’interprétations de la célèbre soprane, où sont réunis lieder & mélodies de Schubert, Schumann, Poulenc, Granados, Beethoven, Reger, Mahler, Grieg, Mozart, spirituals (1er CD) et pages lyriques de Mozart, Puccini, Verdi, Donizetti, Massenet, Charpentier, Haendel, Purcell, Beethoven (2e CD).  Dans un constant – parfois excessif ? - souci de la « vocale » …

 

 

 

Green. Mélodies sur des poèmes de Verlaine.  Sophie Karthäuser (soprano). Cédric Tiberghien (piano).   Cyprès (www.cypres-records.com) : CYP 1664.

Un précieux enregistrement où apparaissent vingt-trois visages de Verlaine, au fil de mélodies signées Reynaldo Hahn, Claude Debussy, Bernard Foccroulle, Gabriel Fauré, Benoît Mernier, Eugène Lacroix, Ernest Chausson et André Caplet.  Dans l’interprétation de la délicieuse soprano belge Sophie Karthäuser, accompagnée - avec la délicatesse requise - par Cédric Tiberghien.

 

 

 

Dmitry SHOSTAKOVICH (1906-1975) : Concertos pour piano n°1 & 2.  Sonate pour violon & piano op. 134.  Alexandre Melnikov (piano), Isabelle Faust (violon), Jeroen Berwaerts (trompette).  Mahler Chamber Orchestra, dir. Teodor Currentzis.  Harmonia Mundi (www.harmoniamundi.com) : 902104.  TT : 74’11.

Où l’on peut retrouver les deux aspects peu conciliables de la personnalité complexe du compositeur dans, par exemple, l’Andante de son 2e Concerto pour piano, pièce d’une simplicité quasi populaire, et - loin de cette « easy listening music » - l’âpre noirceur de sa Sonate pour violon & piano, longtemps estampillée « inaccessible ».  Le 1er Concerto pour piano fait, quant à lui, s’entretenir avec bonheur clavier, trompette & orchestre à cordes.  Remarquables interprétations.

 

 

 

Jake HEGGIE : Dead Man Walking.  Opéra en deux actes, sur un livret de Terrence McNally, (d’après le récit de Sœur Helen Prejean).  Joyce DiDonato, Philip Cutlip, Frederic von Stade, Measha Brueggergosman. Orchestre & chœur de Houston Grand Opera, dir. Patrick Summers.  2 CDs Virgin Classics : 50999 6024632.5.  TT : 77’27 + 64’25.

Créé en 2000, suite à une commande de l’Opéra de San Francisco, cet ouvrage de Jake Heggie a joué un rôle crucial dans l’émergence d’un nouveau style opératique - fusionnant mélodicité traditionnelle, aspects progressistes du théâtre musical « commercial » post-Sondheim, musiques de film expérimentales, zeste de culture pop & influence des musiques minimalistes.  L’action se passe en Louisiane dans les années 1980 : deux adolescents ont été sauvagement assassinés par deux frères.  Sœur Helen Prejean (Joyce DiDonato) rend visite à l’un d’eux (Philip Cutlip) dans le couloir des condamnés.  Thème sous-jacent : Qu’est-ce que tuer un meurtrier peut nous révéler sur le meurtre ? Sans qu’il soit jamais pris parti sur la problématique de la peine de mort… (Livret disponible sur www.virginclassics.com)

 

 

 

Thérèse d’ÁVILA & Jean de la CROIX (Textes de) :  Beatiho.  Musique & chants : Guylaine Renaud, Beñat Achiary. Dominique Regef (vielle, violoncelle & dilruba), Gérard Siracusa (percussions).  Livre de Dominique Séréna-Allier & Alain Girard (relié, 13,5 x 18,5 cm, 80 p. couleurs) / CD (9 titres).  Actes Sud (www.actes-sud.fr).  28 €. 

Beatiho est le terme provençal pour désigner les béatilles, boîtes de piété baroques confectionnées, aux XVIIIe et XIXe siècles, par les moniales des couvents de Provence (reproductions couleur, dans le présent ouvrage, de pièces du Museon Arlaten).  Ethnologue, chanteuse & conteuse, Guylaine Renaud s’est ici associée avec le chanteur & improvisateur basque Beñat Achiary pour réaliser ce superbe enregistrement de musiques de leur cru. Un exceptionnel livre-CD.

 

 

 

Ed HUGHES (°1968) : Dark Formations.  2 CDs Métier (www.divineartrecords.com) : MSV 28530.  TT : 73’41 + 65’37.

Ayant étudié à Cambridge (auprès de Robin Holloway & Alexander Goehr) puis à Southampton (auprès de Michael Finissy), le compositeur britannique Ed Hughes (notre photo) écrit aujourd’hui dans un scintillant style néo-tonal, aux rythmes simples & complexes à la fois.  CD1 : Quartet (clarinette, violon, violoncelle & piano) Chamber Concerto (13 instruments),  Dark Formations (orchestre & piano, œuvre poignante à texture relativement statique),  Strike ! (pièce d’orchestre écrite pour le film éponyme d’Eisenstein),  Sextet (flûte, clarinette, violon, violoncelle, marimba/vibraphone & piano), Light cuts through dark skies (pièce d’orchestre écrite pour le film Rain de Joris Ivens).  CD2 : Orchids (piano solo), A buried flame (chœur mixte). Dans l’interprétation remarquablement précise des « New Music Players », dir. Richard Casey, et du « New Music Vocal Ensemble ».

 

         

                            ©Katia Vandyck

 

 

Trio à cordes Zéphyr : Sauve tes Ailes.  Avec Steve Shenan, percussionniste.  Label La Buissonne (www.labuissonne.com) : RJAL 397012.  Distr. Harmonia Mundi.

Onze pièces composées & interprétées par les membres de ce remarquable trio de formation classique : Delphine Chomel (violon & voix), Marion Diaques (alto & voix), Claire Menguy (violoncelle & voix), auxquelles s’est ici joint Steve Shenan (percussionniste).  Musiques volontiers hypnotiques, inspirées des itératifs américains aussi bien que des musiques du monde – jazz, musiques de l’Est européen ou de l’Orient.  Fascinant…

 

 

 

John ABERCROMBIE Quartet : Within a Song.  ECM/Universal : ECM 278 9531. 

Composée de quatre éminents artistes : John Abercrombie (guitare), Joe Lovano (sax ténor), Drew Gress (contrebasse) & Joey Baron (batterie), cette formation joue ici tout en délicatesse – singulièrement de la part du drummer.  Neuf titres, en manière d’hommage au jazz cool des années 60-70, à Bill Evans, Miles Davis, Sonny Rollins, voire Coltrane…

 

 

 

Steve KUHN Trio : Wisteria.  Steve Kuhn (piano), Steve Swallow (guitare basse), Joey Baron (batterie).  ECM/Universal : ECM 279 4578. 

Bonheur de retrouver ici, auprès du merveilleux pianiste qu’est Steve Kuhn et du grand bassiste & contrebassiste Steve Swallow, un aussi subtil drummer que Joey Baron.  Dans 11 titres originaux (album enregistré, en décembre 2011, à New York).

 

Francis Cousté.

 

 

DVDs

Giuseppe VERDI : La Traviata.  Opéra en trois actes.  Livret de Francesco Maria Piave. Natalie Dessay, Charles Castronovo, Ludovic Tézier, Adelina Scarabelli, Silvia de La Muela, Manuel Nunez Camelino, Kostas Smorigenas, Andrea Mastroni, Maurizio Lo Piccolo. Estonian Philharmonic Choir.  London Symphony Orchestra, dir. Louis Langrée. Mise en scène : Jean-François  Sivadier. DVD Virgin Classics : 5099973079897. TT : 139'.

Captation du spectacle donné au Festival d'Aix à l'été 2011, cette version affiche sa différence. Point d'atmosphère d'époque, non plus que de beau chant idéalisé.  Une vision essentiellement tournée vers le drame, qui fait saillir à chaque instant la formidable puissance de l'opéra de Verdi.  La mise en scène de Jean-François Sivadier fouille sans concession les âmes, saisit avec justesse ce que chaque situation révèle derrière les mots et les notes.  Ainsi la première rencontre a-t-elle le sens du vrai naturel : il ne veut pas y aller, elle ne court pas après, loin de là.  Et soudain, Violetta est saisie d'une sensation étrange : la réalité de l'amour naissant s'affirme et s'impose à elle. Inversement, lors du bal chez Flora, alors qu'il la brutalise, elle se dégage épouvantée, puis va l'étreindre follement.  Rarement a-t-on placé avec autant de persuasion l'héroïne au centre inévitable du drame. Le dernier acte est un immense régal de théâtre, depuis un étonnant enchaînement avec la scène précédente, jusqu'aux ultimes sursauts de bonheur de la femme, désormais minée par la déchéance et un vain espoir de renaissance.  Le film le révèle, avec un choix magnifique de plans : ce que Violetta évoque d'une vie de plaisirs, puis endure de souffrance, comme l'inquiétude, l'effroi de ceux qui gravitent autour d'elle.  À commencer par Anina, dont Sivadier a accentué le poids, tout au long de la pièce d'ailleurs, mémoire de la vie de Violetta.  Tous les protagonistes affichent une jeunesse débordante.  On est vite gagné par le poignant de cette destinée, qui jamais n'effleure le mélodramatique.  Et les deux degrés dont la régie se plaît à émailler son propos, loin de gêner, renforcent la dramaturgie, car aussi bien théâtre et réalité sont confondus chez Violetta et le milieu qui est le sien.  La caméra enrichit singulièrement la profondeur du spectacle, car elle habite l'intimité des personnages.  Elle focalise sur Violetta avec insistance.  C'est que chaque expression, de la plus fugace à la plus explicite, transparaît des attitudes et du visage de Natalie Dessay.  L'image l'entoure, l'illumine.  Tout est chez elle spontanéité.  Il en va presque de même pour l'Alfredo de Charles Castronovo et le Germont de Ludovic Tézier.  L'empoignade entre les deux hommes à la fin de l'acte II est un modèle d'acuité dramaturgique.  La pâte orchestrale du LSO, sous la conduite de Louis Langrée, atteint elle aussi l'incandescence.  On tient là une version majeure, qui enrichit singulièrement l'interprétation de cet opéra mythique. Il est dommage que l'éditeur n'ait pas cru bon d'assortir le DVD d'un plaquette digne de ce nom.

 

Jean-Pierre Robert.

 

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