Lettre d'information - no 111 février 2017

La rédaction

Partager avec un ami

Sommaire

AGENDA

PASSIONS BAROQUES A MONTAUBAN

PIANISSIMES

SPECTACLES

François Dumont à Paris

Très peu de bruit pour quelque chose

Emmanuel Krivine & l’Orchestre National de France : Une vigoureuse prise en main !

Maxim Vengerov & Roustem Saïtkoulov à la Philharmonie de Paris : Une leçon de musique de chambre.

Orchestre Français des Jeunes : Talent et enthousiasme.

Orchestre Philharmonique de Vienne & Daniel Barenboïm au Théâtre des Champs-Elysées : Un rendez vous manqué !

Riccardo MUTI & le Chicago Symphony Orchestra à la Philharmonie de Paris. L’excellence, tout simplement !

Simon Rattle monumental !

Staatskapelle de Berlin & Daniel Barenboïm : Cycle Mozart / Bruckner (2e volet) à la Philharmoie de Paris. Barenboïm convaincant !

LES PIANISSIMES

CENTRE DE MUSIQUE DE CHAMBRE DE PARIS

L’ÉDITION MUSICALE

CHANT  - CHANT CHORAL  - CANTATE  - PIANO  - ACCORDEON  - GUITARE  - VIOLON  - ALTO  - VIOLONCELLE  - CONTREBASSE  - CLARINETTE  - COR  - MUSIQUE D'ENSEMBLE  

LIVRES & REVUES

Pascal GRESSET (éd.) : Tempo Flûte.

Association Beethoven France et Francophonie : Beethoven, sa vie, son œuvre

Association Beethoven France et Francophonie : Beethoven hier et aujourd’hui

Ad memoriam Antoine SIBERTIN-BLANC (1930-2012).

CDs & DVDs

J. S. BACH/(G.B.PERGOLESI) Tilge, Höchster, meine Sünden BWV 1083.

Jakub Jan RYBA : Stabat Mater

Frédéric CHOPIN : Mélodies polonaises (op. 74).

César CUI : Vingt Poèmes de Jean Richepin, op. 44

Martial CAILLEBOTTE : Messe solennelle de Pâques.

Jean-Jacques WERNER : Notes prises à New York…

Martin PALMERI : Misatango. Misa a Buenos Aires.

Douces Nuits. Berceuses contemporaines. Lullabies

Mauricio KAGEL (1931-2008). Les 8 pièces de la Rose des Vents

A horas truncas. Tango actuel. Cuarteto Lunares.

SIMON. DAUVERGNE. RAMEAU. BALBASTRE. GUIGNON. CARDONE. A madame, divertissement pour Adélaïde.

DUTILLEUX / SZYMANOWSKI. Sonate. Préludes. Masques.

Martin PALMIERI. Misatango. Misa a Buenos Aires.

Franz SCHUBERT. De l’unité au fragment.

Franz LISZT (1811-1886). Metanoia. Piano Works : Après une lecture du Dante. Ballades. Vallée d’Obermann. Consolations.

Cyprien KATSARIS et Etsuko HIROSE, piano, Russian Ballet Transcriptions pour quatre mains et deux pianos

MUSIQUE & CINEMA

Entretien avec ROMAIN BENITEZ

ACTUALITE MUSIQUE & CINEMA

Le Fantôme de l’Opéra (1925)

Orchestral Memories

Tribute to John Williams

CDs MUSIQUE & CINEMA

A SUMMER STORY  - ASSASSIN’S CREED  - RESIDENT EVIL THE FINAL CHAPTER  - PASSENGERS  - LION  - ROGUE ONE  - AMERICAN PASTORAL  - THE GREAT WALL  -

LA VIE DE L'ÉDUCATION MUSICALE

AGENDA

retour au sommaire

PASSIONS BAROQUES A MONTAUBAN


La 4ème édition du festival se déroulera du 25 février (le 26 à Toulouse) au 21 mars 2017.


PIANISSIMES

Le prochain concert des Pianissimes sera aux Recollets 75010 Paris le 27 février 2017 avec A. Kantorow et A. Pascal. Pour tous les renseignements et pour soutenir cette association magnifique !
info@lespianissimes.com - www.lespianissimes.com tel 01 48 87 10 90

SPECTACLES

retour au sommaire

François Dumont à Paris

©Jean-Baptiste-Millot En juillet, à Bagatelle François Dumont nous avait donné une belle prestation, il avait joué Chopin.
Le 16 janvier, à la salle Gaveau à Paris, il donnait un nouveau concert dans une salle comble : Bach, Mozart et Chopin. Toujours agréable d’écouter de la musique dans ce lieu ni trop vaste ni trop exigu, sans démesure ni surcharges, à l’exacte mesure du piano.
Quand Bach compose le Capriccio sur le départ d’un frère bien aimé, il a dix neuf ans. Œuvre de jeunesse, elle célébre le départ de son frère Johann Jakob qui a accepté un poste de hautboïste à la cour de Norvège. Pour ses débuts de compositeur, le jeune Jean Sébastien ose une musique à programme et sous-titre chacun des mouvements : une aubaine pour les pianistes modernes qui peuvent se laisser transporter par les états d’âme des protagoniste de cette fête annuelle de la famille Bach : les plaintes et la douleur des amis qui pleurent le départ, les risques qu’il encourt, les conseils, les cajoleries pour qu’il renonce et enfin la fugue (mais une fugue n’est-elle pas une fuite ?) sur le cor du postillon. Le départ est irrévocable.
François Dumont qui a compris le sens et les circonstances de cette pièce, en évite habilement ses écueils par un jeu rigoureux et un tempo juste, sans sombrer dans la nostalgie ou l’enthousiasme de la jeunesse, sans les fioritures qu’amènera le romantisme, et les deux derniers mouvements ne sont pas exempts d’humour. Comme l’a voulu Bach.
Avant de revenir à Bach, un détour par Mozart, la sonate n°8 K 310 en la mineur. L’emploi de cette tonalité : la mineur, (seules deux sonates sont en mineur) une tonalité qui “suinte“ la tristesse, évoque la mort de sa mère, un moment très difficile dans la vie de Mozart. François Dumont la joue sans effet, avec retenue, un peu comme la jouait Sviatoslav Richter, en faisant chanter les thèmes, l‘andante et le presto particulièrement. Sans oublier en filigrane, le drame et la douleur qu’a vécu Mozart “en tournée“ à Paris où il a vu mourir sa mère.
François Dumont termine sa première partie par la Chaconne de Bach.
Au cinéma, se pose parfois la question du bien fondé d’adapter une nouvelle intime pour en faire un film à grand spectacle. Avec cette Chaconne transcrite du violon pour le piano par Busoni, on pourrait être tenté de se poser la même question. Du thème initial calqué fidèlement sur la partition de Bach, Busoni le postromantique ajoute graduellement un accompagnement d’accords à la main gauche comme le fit Brahms (qui avait écrit pour un pianiste amputé de la main droite !) avant d’ajouter au fil des variations un déluge de notes, particulièrement des suites de basses en octaves qui ne sont pas sans rappeler une pédale d’orgue comme les aimait son maître Liszt. Busoni a dû se souvenir qu’à l’origine la chaconne était une danse espagnole rythmée par les castagnettes, tant cette musique est chargée (certains critiques vantent même “son caractère magnifiquement orchestral“! ). Par bonheur, la fin rechante le thème initial et renoue avec la légèreté et la simplicité. L’émotion n’est pas toujours au rendez vous, mais heureusement, François Dumont se sort superbement de cet exercice virtuose par un jeu limpide et clair qui sauvegarde les parties sans jamais nous faire oublier Bach.
Le Concerto Italien du même Jean Sébastien Bach est l’un des morceaux les plus joués de son répertoire. Transcription d’un concerto “dans le goût italien“ tel que le concevait Vivaldi, il doit refléter l’opposition entre la partie du soliste et celle de l’orchestre. Bach traduit parfaitement cette dualité par une alternance de voix aigues et de voix graves émaillées de trilles et de triples croches qui tonifient le concerto en accentuant la partie de chacune des mains.
François Dumont sait jongler avec les sonorités, avec les tutti, avec les soli, comme s’il disposait d’un clavecin à deux claviers. Tout au long du morceau, une vivifiante clarté souligne les harmonies de chaque instrument comme le faisait Vivaldi dans ses concertos pour violon.
Ecouter l’andante est toujours un plaisir quand il est joué sans fioritures et qu’il s’étale comme une longue volute qui ne se réalisera qu’avec la fin du mouvement et le début de ce presto brillant qui va conclure le morceau, un presto “enlevé“ où François Dumont fait joliment sonner la main gauche comme un orchestre qui soutient le soliste avant de terminer par un rappel lyrique du thème initial.
François Dumont “a gardé Chopin pour la fin“.
Il y est à l’aise, son jeu est sincère et toujours généreux. Dans cette sonate, il peut faire preuve d’une de ses grandes qualités, faire sonner les basses, les marquer pour rythmer le morceau et faire ressurgir sans cesse l’architecture du morceau. Cette sonate, un des sommets du“ Haut Romantisme“ où Chopin atteint la plénitude, força l’admiration de ses contemporains, Liszt s’en inspira et la copia, Brahms la fit éditer, les plus grands interprètes la jouent depuis sa création.
François Dumont conduit parfaitement cette chevauchée romantique, il retrouve les accents de Cortot qui comparaît le scherzo au battement des ailes d’un oiseau et conclut ce concert par un presto final impétueux.
Le pianiste gratifie son public de cinq bis, une pièce de Reynaldo Hahn et des valses de Chopin. Pendant la dernière, une des valses brillantes, deux jeunes filles dansent la valse dans un coin du paradis, la galerie du haut : beau succès, cette musique là est toujours bien vivante.
On pourra retrouver François Dumont dans un CD qui sortira le 3 février, CD consacré à Bach. Jean-François Robin

Très peu de bruit pour quelque chose

Le samedi 14 janvier fut donné dans la belle salle de répétition de la Philharmonie de Paris un concert intitulé Bruits. Les fauteurs de troubles n’étaient autres que les musiciens de l’ensemble 2e2m, dirigé par le silencieux Pierre Roullier. D’ailleurs, ceux qui étaient venus entendre des bruits en furent pour leurs frais puisque les six pièces interprétées, toutes pour formations réduites, se signalaient au contraire par leur caractère intimiste. Il fallait même parfois tendre l’oreille ! Ceux également qui pensaient que « bruit » est synonyme de désagrément, tumulte, désordre, sabbat, déplaisir, tohu-bohu, décibels… durent s’ennuyer, car tout dans Bruits s’avérait musique… Eh oui : on peut très bien faire en sorte que même des couacs et, d’une manière générale, tous sons sans hauteur déterminée soient non seulement audibles, mais délectables. Pourquoi ? parce qu’ils sont composés, que leur association constitue une œuvre. Ainsi du beau Tintamarre (2008) de Claire-Mélanie Sinnhuber, le premier morceau joué et l’un des moins tonitruants de la soirée. En effet, tout tintait bien ici : l’association des timbres (flûte, hautbois clarinette, saxophones soprano et alto, guitare, violon contrebasse, percussions), comme le tournoiement incessant de trois notes, lesquelles font référence, de l’aveu de la compositrice, au « Giovinette che fatte all’amore » du Don Giovanni de Mozart. De la musique qui se réfère à de la musique. Et l’on sentait indubitablement que, par-delà l’apparente désorganisation et l’absence de volonté de séduction facile, le matériau travaillé était le son. Une œuvre très dynamique, formée d’échos prolongés et relancés à intervalles réguliers par une note-signal. Lullaby Dances (2011) de Dmitri Kourliandski n’avait absolument rien de dansant : c’était plutôt comme un long frottement nerveux (20 minutes) et peu fait pour provoquer l’euphorie ou entraîner sur le dance floor… Le violon solo et les autres instruments (flûte, clarinette, basson, alto, violoncelle, contrebasse, percussion) formaient deux ensembles distincts, qu’accouplait la rythmique en deux lignes parallèles. Le piège était de regarder les exécutants – pour avoir par exemple la surprise d’en voir un lâcher son ustensile traditionnel puis souffler dans une bouteille – et d’oublier l’ensemble, car seul ce dernier, amalgame de solitudes, se révélait à proprement parler musical. Le son montait enfin avec B-low Up (Now how down. Drown) d’Ondrej Adámek (2009-2010), qui réunissait le plus gros effectif. Dans cette composition intéressante et bien structurée par le rythme, on pouvait entendre comme des fragments de symphonies, un peu comme dans la célèbre Sinfonia de Berio. Et l’on passait du son au bruit – ouf ! – dans On And Off And To And Fro (2008) de Simon Steen-Andersen, pour saxophone soprano, vibraphone, contrebasse et trois mégaphones. Là encore, la pulsation se montrait vitale, les notes étaient piquées, aucun musicien ne formait de phrases, et le tout apparaissait vraiment carré. Deux moments : le jeu d’un trio d’instruments acoustiques et, à la faveur d’une respiration insistante, l’intervention progressive des mégaphones, qui réagissaient, interféraient, amplifiaient et finissaient par prendre toute la place. Quant à Francesco Filidei, il apportait deux pièces, Esercizio di Pazzia I et Esercizio di Pazzia II, respectivement pour ballons gonflables et… partitions. Même si le fait que la structure et la forme reposant sur le seul bruit peut être considéré comme une affaire sérieuse (on n’oublie pas la musique), ces « exercices de folie », très peu sonores et basés sur une métrique et une gestique rigoureuses, avaient en commun d’être amusants, surtout le second, franchement drôle. Cet opus pour quatre musiciens assis devant des partitions de tailles différentes, comme s’il s’agissait des instruments du quatuor à cordes, faisait entendre la crépitation des pages tournées – de plus en plus vite et de plus en plus fort –, le frôlement de feuilles libres agitées du bout des doigts et, pour finir, le tapement des cahiers sur le front des interprètes. Quand soudain tout ce petit monde s’arrêta, sauf le « premier violon », qui continua de se frapper la tête, le « second violon » – magnifique interprétation de Pierre Roullier ! – se leva et arrêta son voisin en le réconfortant. Le public, lui, n’eut pas besoin d’être consolé, applaudissant généreusement des artistes tous virtuoses et maîtres d’un art de l’atomisation orchestrée. Patrick Jézéquel

Emmanuel Krivine & l’Orchestre National de France : Une vigoureuse prise en main !

Emmanuel Krivine © Philippe HurlinEmmanuel Krivine, nouveau directeur musical du « National », succédant au chef italien Daniele Gatti, retrouvait son orchestre pour ce premier concert de la saison 2017 dans un programme, sans surprise et sans grands risques, associant Rachmaninov et Dvorak. Un « National » au mieux de sa forme ayant profité avec bonheur des quelques mois de vacance directoriale pour jouer sous la direction des plus grands chefs du moment, prêt pour cette nouvelle page d’histoire ouverte ce soir avec Emmanuel Krivine. Un orchestre attentif et motivé, soucieux de bien faire, répondant avec entrain aux moindres sollicitations de son nouveau chef…Une direction engagée, un peu exubérante dans sa gestique, menée d’une main vigoureuse, traduisant une volonté de s’imposer d’emblée face à l’orchestre et face au public parisien venu nombreux pour ce premier concert à l’Auditorium de Radio France. En première partie, le célèbre Concerto n° 3 pour piano et orchestre de Rachmaninov. Un concerto connu pour son exceptionnelle virtuosité et son romantisme mélodique, composé en 1909, crée à New York la même année sous les doigts du compositeur, véritable « chant du piano avec un accompagnement orchestral qui n’assourdirait pas ce chant… ». Denis Matsuev qui s’est fait le champion de ce concerto qu’il promène de part le monde depuis des années, nous en livra, comme à son habitude, une interprétation conduite d’une main de fer, usant de déferlements torrentiels entrecoupés de martèlements percussifs cataclysmiques, faisant montre d’une virtuosité quelque peu tapageuse que l’orchestre eut bien du mal à suivre donnant parfois la curieuse impression de ne pas jouer la même partition, les deux ne parvenant à se retrouver que lors de rares moments d’une intense beauté. Une superbe interprétation d’un pianisme irréprochable où l’on aurait souhaité sans doute plus de tendresse et de raffinement. Généreux, le pianiste russe nullement entamé par l’épreuve physique que constitue ce concerto, offrit au public enthousiaste deux « bis », une magnifique Etude-Tableau de Rachmaninov et une jubilatoire improvisation de Jazz faisant swinguer la salle ravie ! Après la pause, place à la Symphonie n° 7 de Dvorak, créée en 1885 à Londres sous la direction du compositeur. Une symphonie aux influences germaniques bien connues, avec un premier mouvement très brahmsien, un second wagnérien, un troisième et quatrième plus marqués par l’âme slave et les réminiscences de la musique tchèque. Emmanuel Krivine, en accord avec les vœux du compositeur, nous en proposa une lecture éminemment germanique, intense et sans pathos, avec une direction idoine. Menée à flux tendu, le chef français en gomma ce qui pouvait rester des accents slaves pour les réduire à une peau de chagrin, n’hésitant pas à alourdir le trait là où nous aurions préféré plus de lyrisme, de tendresse et de sensualité. A noter toutefois un très beau scherzo, très dansant, mince relique d’un folklore tchèque quelque peu oublié. Ce parti pris d’interprétation mis à part, reste à souligner la très belle prestation orchestrale du « National » en termes de cohésion, de sonorité, d’excellence des différents pupitres (petite harmonie, cor et altos). Un beau concert et une Pizzicato-Polka de Johann Strauss en « bis ». Le début d’une collaboration qui nous laisse beaucoup d’espoir pour l’avenir…
Patrice Imbaud

Maxim Vengerov & Roustem Saïtkoulov à la Philharmonie de Paris : Une leçon de musique de chambre.

Maxime Vengerov & Roustem Saïtkoulov © Fiona HamilVioloniste prodige comme il en existe « un seul tous les cent ans » on se souvient de sa virtuosité époustouflante, flamboyante et parfois un peu tapageuse. Entravé dans sa carrière par des soucis de santé l’ayant probablement obligé à se tourner un temps vers la direction d’orchestre, c’est avec un immense plaisir que l’on retrouvait le violoniste russe, Maxim Vengerov en compagnie de l’excellent pianiste Roustem Saïtkoulov pour ce récital dans la grande salle de la Philharmonie de Paris. La silhouette a changé sans doute, peut être un peu alourdie, mais le jeu reste d’une fascinante maitrise, la sonorité de son Stradivarius ex-Kreutzer de 1727 toujours aussi séduisante par son grain et son ampleur. Le programme de cette soirée convoquant Schubert, Beethoven, Ravel, Ernst et Paganini permit de mettre en avant son incomparable science du violon, son sens de la ligne, la pureté de son style et sa transcendante virtuosité toujours au service de la musique. Plus qu’un accompagnateur servant de faire valoir, Roustem Saïtkoulov se révéla durant tout ce concert un merveilleux partenaire offrant au violoniste une réplique pertinente dont on regrettera toutefois la sonorité un peu étouffée du fait du couvercle à demi fermé du piano !! La Sonate pour violon et piano D. 574 « Duo » (1817) de Schubert ouvrit cette magnifique prestation, bien équilibrée, alternant entre beauté du chant et exubérance rythmique, bien qu’il nous ait semblé y manquer un peu de tension lui conférant du coup un aspect un peu décharné. La Sonate pour violon et piano n° 7 (1802) de Beethoven lui faisait suite, là encore le violoniste russe ne força pas le trait, usant d’un lyrisme modéré alors que l’on eut préféré plus d’engagement dans cette sonate qui annonce la « Kreutzer » et également plus d’appui sur le piano. Mais c’est assurément en deuxième partie que nos dernières réticences cédèrent lors d’une interprétation magistrale de la Sonate pour violon et piano de Ravel (1922-1927). Elégante, délicate, tendue, ample, jazzy et véritablement envoûtante la lecture que nous en donnèrent Maxim Vengerov et Roustem Saïtkoulov nous enthousiasma de bout en bout, par sa richesse de nuances, sa palette de couleurs et son foisonnement thématique. L’Etude polyphonique n° 6 de Heinrich Wilhelm Ernt « Die lezte Rose » (1864) constituait l’inévitable pièce de virtuosité tandis que Cantabile et I Palpiti de Paganini clôturaient ce beau récital sur un violon d’une suprême rondeur au legato sublime. Généreux comme à son habitude Maxim Vengerov offrit au public conquis quatre « bis » célèbres, Caprice viennois et Tambourin chinois de Fritz Kreisler, la Danse hongroise n° 2 de Brahms et l’élégiaque Après un rêve de Fauré….Que demandez de plus ?
Patrice Imbaud

Orchestre Français des Jeunes : Talent et enthousiasme. Orchestre Français des Jeunes, dir. Dennis Russell Davies. Marc Coppey, violoncelle. Salle des Concerts. Philharmonie de Paris.

Marc Coppey © Photo Ji.Malgré les changements de dernière minute (David Zinman remplacé par Dennis Russell Davies et Marc Coppey remplaçant Truls Mork initialement prévu), talent et plaisir de jouer étaient bien au rendez vous pour ce concert donné par l’OFJ dans la salle des concerts de la Philharmonie de Paris. Un programme lui aussi modifié comprenant Canzone a tre cori de Giovanni Gabrieli (1557-1612) dans une transcription de Bruno Maderna (1920-1973) en lieu et place de Rugby de Honegger, associée au Concerto pour violoncelle et orchestre « Tout un monde lointain… » d’Henri Dutilleux et à la Symphonie n° 3 de Rachmaninov. On ne s’étendra pas sur l’œuvre de Gabrieli orchestrée par Maderna, sans autre intérêt que d’attirer l’attention du public sur la qualité orchestrale, évidente dès les premières mesures…Un plaisir d’écoute, un ravissement orchestral qui ne se démentira pas tout au long de la soirée. Tout un monde lointain de Dutilleux (1916-2013) fut créé en 1970 au festival d’Aix-en-Provence par Rostropovitch, repris à Paris en 1971 au Théâtre des Champs-Elysées le 30 novembre 1971 par le celliste russe, dédicataire de l’œuvre, accompagné par l’Orchestre de Paris sous la direction de Paul Sacher. En accord avec le monde baudelairien auquel fait référence son titre, Marc Coppey nous en livra une lecture très poétique, animée d’un lyrisme mystérieux, usant d’un jeu délicat, élégant, intériorisé, lumineux, et virtuose pour un étonnant voyage entre « nuées et cristal », magnifiquement accompagné par l’OFJ s’attachant à faire valoir toute la richesse des timbres de la partition où les percussions occupent une place essentielle. En bis, les deux premières Strophes sur le nom de Sacher achevèrent de fermer la boucle rappelant la grande amitié qui ne cessera de lier Henri Dutilleux, Rostropovitch et le chef suisse Paul Sacher. La Symphonie n° 3 de Rachmaninov (1873-1943) composée en 1936 et créée la même année par le Philadelphia Orchestra sous la direction de Leopold Stokowski, fut l’occasion en deuxième partie de confirmer tout le talent de ce jeune orchestre dont la direction musicale, qui a vu se succéder les plus grands (Janowski, Zinman, Russell Davies…), sera confiée en cette année 2017 au chef français Fabien Gabel. Le chef américain, au pupitre ce soir, sut avec maestria, mêler les douleurs et la nostalgie de l’exil à une lecture dynamique, énergique, équilibrée, contrastée et riche en couleur. Une partition « merveilleusement jouée » dans une interprétation à la fois moderne et classique, voluptueuse et brutale, ambiguë, tendue et claire dans son phrasé, nette dans ses attaques, parfaitement mise en place où l’on notera la beauté des dialogues entre les différents pupitres (petite harmonie, cors, harpes et cordes). Bref, un très beau concert et un triomphe bien mérité pour cette jeune et superbe phalange. Bravo !
Patrice Imbaud

Orchestre Philharmonique de Vienne & Daniel Barenboïm au Théâtre des Champs-Elysées : Un rendez vous manqué !

Daniel Barenboïm © DRConcert de gala et grosse affluence du public avenue Montaigne pour ce désormais traditionnel passage des Wiener Philharmoniker à Paris, étape incontournable d’une tournée européenne conduite cette année par Daniel Barenboïm qui retrouvait pour l’occasion la célèbre phalange viennoise qu’il n’avait pas dirigée à Paris depuis près de vingt ans. Un programme unique et assez court, Ma Vlast (Ma patrie) de Bedrich Smetana (1824-1884). Un cycle de six poèmes symphoniques, rarement donné dans son intégralité, composé sur plusieurs années (1874-1879) assez disparate dans sa conception mêlant avec un bonheur parfois discutable hymne à la nature tchèque et éléments historiques parfois un peu grandiloquents. Une partition sans doute difficile à diriger du fait de la multiplicité des climats évoqués, entre épopée, danse slave ou atmosphère agreste, nécessitant un chef aguerri dont Daniel Barenboïm constitue assurément l’archétype. Autant dire que l’attente du public était grande et la déception d’autant plus douloureuse que le chef argentin sembla passer constamment à coté de l’œuvre. Le premier poème Vyserad évoque la forteresse haute à la sortie de Prague sur un magnifique solo de harpe (Anneleen Lenaerts) repris par des cordes qui constitueront indiscutablement les meilleurs pupitres de la soirée. Impression favorable confirmée dans la célèbre Moldau où le soyeux des cordes fit merveille une fois encore contrastant avec la médiocre sonorité de la clarinette et de la petite harmonie en général. Point de salut à attendre des cuivres au timbre nasillard, toujours à la limite de la justesse (cors) qui entacheront lourdement la frénétique Sarka. Plus convaincante l’ampleur lyrique et surtout le caractère dansant de Par les prés et les bois de Bohême ainsi que le sentiment d’urgence et d’attente bien rendus dans l’épique et austère Tabor prenant par instants des allures de marche funèbre. Quant à l’ultime poème Blanik, il suffisait à lui seul à résumer cette interprétation pour le moins contestable par son absence de nuances et sa grandiloquence ostentatoire. Une lecture, on l’aura compris bien loin de nous séduire, caractérisée par sa lourdeur grossière, son manque de poésie et par la médiocrité instrumentale étonnante de la prestigieuse phalange viennoise, tout particulièrement au niveau des vents. Une soirée qu’on oubliera vite en attendant le retour des Viennois à Paris en mars prochain dans un programme Dvorak/ Beethoven conduit par le chef letton Andriss Nelsons. Espérons…
Patrice Imbaud

Riccardo MUTI & le Chicago Symphony Orchestra à la Philharmonie de Paris. L’excellence, tout simplement !

Riccardo Muti © Tod Rosenberg.Le Chicago Symphony Orchestra était de passage à Paris, dans le cadre d’une tournée européenne, pour un concert unique dans la grande salle Pierre Boulez, de la Philharmonie, conduit par son directeur musical, l’emblématique chef italien, Riccardo Muti. Un concert que l’on pourrait résumer par un seul mot : excellence. Excellence du CSO, membre du « Big Five » des orchestres américains, reconnu pour l’exceptionnelle qualité de ses pupitres et notamment de ses cuivres, excellence du programme choisi, éclectique, rare, intelligent faisant valoir tous les pupitres de cette somptueuse phalange, associant Hindemith, Elgar, Moussorgski, Ravel et un inattendu Verdi… Excellence enfin de la direction du maestro italien capable de susciter une véritable dramaturgie orchestrale haletante, par sa science rythmique, sa passion mélodique et la clarté de sa mise en place. Entame de concert appropriée avec le Konzertmusik pour cordes et cuivres (1931) de Paul Hindemith qui trouve ici le cadre idéal au déploiement de ses associations et oppositions timbriques, dans un équilibre parfait entre l’éloquence flamboyante des cuivres et la douceur soyeuse et flexible des cordes. L’Ouverture de concert In the South (1904) d’Edward Elgar voyait ensuite le retour de la petite harmonie, sorte de court poème symphonique comme un hommage à l’Italie que Muti développa suivant un superbe phrasé, laissant respirer l’orchestre qui évolua sous sa baguette par larges vagues sonores reliées par de subtiles transitions, passant de la déclamation la plus ostentatoire à la confidence la plus intime (solo d’alto et harpe). Saisissante d’effroi, Une nuit sur le Mont Chauve (Version de Rimski-Korsakov. 1886) tint le public en haleine de bout en bout par son phrasé acéré et ses contrastes marqués, soulignant d’un trait, parfois trop appuyé, l’expressivité de la narration, évoquant une réunion de sorcières et les ébats du diable par un nuit de sabbat. Fantasmagorie toujours pour les Tableaux d’une exposition (1874) de Moussorgski, orchestré par Ravel (1922). Moussorgski s’est inspiré, pour ce voyage musical onirique, des tableaux de Victor Alexandrovitch Hartmann (1834-1873) présentés, après le décès du peintre, lors d’une exposition à Saint Pétersbourg organisée par Vladimir Stassov, ami et principal soutien du musicien. L’imagination puissante de Moussorgski s’empara de ces toiles pour aboutir à la composition de cette œuvre insolite, violemment contrastée, mêlant avant gardisme et accents populaires. L’orchestration qu’en fit Ravel se veut un hommage au compositeur russe ainsi qu’à l’orchestre de Rimski-Korsakov et au Groupe des Cinq. Une orchestration d’une étonnante richesse avec force de vents (saxophone et tuba ténor) et diverses percussions assurant des combinaisons insolites de timbres, mettant en avant l’étrangeté de l’œuvre. Autant de tableaux, autant de climats et de moments musicaux, grandiose (Promenade), fantastique (Gnomus), élégiaque (Castello), tendre (Tuileries) dramatique (Bydlo), plaintif (Ballet des poussins), suppliant (Samuel Goldenberg), enjoué (Limoges), méditatif (Catacombae), mystérieux et maléfique (Cabane) ou encore solennel (Grande Porte de Kiev). Une composition éminemment complexe dans sa conception et sa dramaturgie que Riccardo Muti conduisit avec une lumineuse clarté, tant dans les nuances, les couleurs ou la dynamique que dans la mise en place rythmique. Une interprétation d’anthologie qui valut au chef italien et au CSO de nombreux rappels et une très belle symphonia des Vêpres siciliennes de Verdi en « bis ». Un concert qui restera assurément dans les mémoires.
Patrice Imbaud

Simon Rattle monumental ! London Symphony Orchestra, dir. Simon Rattle. Philharmonie de Paris.

Sir Simon Rattle © Monika Rittershaus« Ma sixième symphonie va poser au public des énigmes auxquelles seule pourra s’attaquer une génération qui aura digéré et assimilé les cinq premières…. ». Sentence prémonitoire de Gustav Mahler qui se vérifia dans les faits tant cette symphonie « Tragique » sembla pendant de longues années en décalage tant avec son œuvre antérieure qu’avec le climat heureux et serein de sa vie lors de sa composition. Enigme résumée en ce mot d’Adorno : « Tout est mal qui finit mal ». Une assertion qui a le mérite de la concision oui, mais…Une interprétation plus récente vient sans doute éclairer d’un jour nouveau et probablement plus judicieux cette étrange symphonie. En effet, Mahler connaissait bien les écrits de Nietzsche et le terme « tragique » serait à prendre dans le sens de son rattachement à la tragédie grecque. La symphonie revêt alors un tout autre éclairage, car après l’exposé de toutes les forces du destin, la musique comme la tragédie, par son effet cathartique, permet de retrouver force et courage pour dire « oui à la vie ». Si tel était le cas, cela permettrait d’expliquer certains aspects déroutants de l’œuvre. Aussi douloureuses que puissent être les émotions qu’elle véhicule, il existe indéniablement quelque chose d’excitant, d’exaltant, comme un sentiment d’espoir, d’eternel retour de la vie, cher à Nietzsche. Mahler apparaissant alors comme l’artiste capable de la « conquête du terrible », ce qui parait plus conforme à sa quête artistique. Cette symphonie fut composée en 1903-1904, créée à Essen en 1906 par le compositeur. Elle occupe une place particulière dans le corpus symphonique mahlérien, si la troisième se voulait un hymne à la Création, la quatrième une projection de la vie après la mort, la cinquième une évolution de la souffrance vers la plénitude, la sixième par son caractère tragique prédominant auquel se mêle en permanence une vaine et irrépressible soif de sérénité et de bonheur, suggère la dualité entre Apollon et Dionysos, moteur d’une véritable dramaturgie orchestrale qui ne cessera de prendre forme devant nous tout au long de cette monumentale symphonie. Monumental, voilà bien le qualificatif qui présida à la vision que nous en livra Simon Rattle à la tête de son nouvel orchestre londonien. Monumentale par son effectif, monumentale par sa direction, monumentale par son interprétation, monumentale par la qualité de l’orchestre. Quatre mouvements s’y succèdent, le premier, Allegro, où sur un rythme de marche nous assistons à l’écroulement du monde précédemment construit dans les autres symphonies et le thème lyrique d’Alma n’est pas là pour nous rassurer, Simon Rattle le dirigea de façon particulièrement engagée, mêlant intense lyrisme et désespoir le plus sombre, conduisant sa somptueuse phalange avec une remarquable clarté où la netteté des attaques des différents pupitres donnait à son discours un relief intense (2e violons très sollicités) nourri par force nuances, couleurs et variations de tempo assez étonnantes. L’Andante qui lui fait suite (ordre choisi par Rattle, Mahler intervertissant souvent Andante et Scherzo) se présente comme une évasion du drame annoncée par une magnifique et soyeuse entame des cordes, relayée par un dialogue poignant avec les vents où le climat revient vite à la désolation entretenu par de longues complaintes du cor Le Scherzo, inquiétant, musique de cauchemar, vision lugubre, marionnette d’apocalypse, véritable «  danse des morts » où s’exprime avec douleur l’impossibilité de dire, alternant balbutiements et stridences instrumentaux. Le Final, véritable poème symphonique à lui seul, complexe dans son architecture, épique, grandiose par sa démesure comme par son souffle, ponctué par des coups de marteau évoquant le Destin, conclut cette époustouflante symphonie dans la désagrégation totale…laissant place au silence. Triomphe !
Patrice Imbaud

Staatskapelle de Berlin & Daniel Barenboïm : Cycle Mozart / Bruckner (2e volet) à la Philharmoie de Paris. Barenboïm convaincant !

Daniel Barenboïm © picture alliance / dpaPoursuite du cycle Mozart / Bruckner entrepris, à la Philharmonie de Paris, par Daniel Barenboïm à la tête de la Staatskapelle de Berlin. Un cycle présentant les derniers concertos pour piano et quelques autres œuvres choisies de Mozart associés à une intégrale des symphonies de Bruckner. Rappelons que le chef et pianiste israélo-argentin a déjà enregistré une intégrale des concertos de Mozart avec l’English Chamber Orchestra et deux intégrales des symphonies de Bruckner avec le Philharmonique de Berlin et le Chicago Symphony Orchestra. La présente intégrale faisant l’objet d’un enregistrement « live ». C’est dire que sa légitimité peut difficilement être contestée, expliquant sans doute le succès de ce cycle auprès du public. Un marathon orchestral commencé en septembre 2016 (Lettre d’information EM n° 107 Octobre 2016. www.leducation-musicale.com) se poursuivant en ce début d’année 2017 par les premières symphonies de Bruckner pour se conclure en septembre prochain par les dernières symphonies du maitre de Saint-Florian. Pour l’heure intéressons nous à ce premier concert de cette deuxième cession présentant la Symphonie concertante pour violon et alto de Mozart et la Symphonie n° 1 d’Anton Bruckner. La Symphonie concertante pour violon et alto fut composée à Salzbourg en 1779, au retour du séjour à Paris et Mannheim d’un Mozart abattu et endeuillé par le décès de sa mère, mais enrichi de ses expériences orchestrales européennes, sacrifiant au genre à la mode de la symphonie concertante, dont il nous laissera plusieurs moutures pour instruments à vent notamment. Genre intermédiaire entre concerto grosso et symphonie classique, Mozart met ici en avant l’alto dont il tenait probablement la partie soliste, peut être associé au violoniste Fränzl. Daniel Barenboïm nous donna de cette œuvre magistrale une vision somme toute éminemment classique, mais sans génie, avec un premier mouvement manquant de cantabile, entaché d’une certaine lourdeur dans l’accompagnement orchestral tandis que le dialogue entre les deux solistes, Wolfram Brandl au violon et Yulia Deyneka à l’alto, nous donnait à entendre de beaux échanges mais quelques dérapages… Le second mouvement, andantino, fut sans aucun doute mieux maitrisé par les solistes et l’orchestre développant une large mélodie dramatique, très émouvante, s’affranchissant totalement du style galant, tandis que le troisième mouvement concluait cette œuvre avec brio, équilibre et virtuosité. Mais le grand moment de la soirée était indiscutablement la Symphonie n° 1 de Bruckner, une œuvre rarement jouée, composée en 1885-1886, à Linz et Munich, plusieurs fois révisée par le compositeur, soumise aux influences lisztiennes et wagnériennes mais portant en filigrane les prémisses de ce que seront les symphonies ultérieures, sorte de « Bruckner avant Bruckner ». On y distingue déjà les caractéristiques brucknériennes comme une certaine monumentalité, une vaste amplitude de vagues sonores avec de longs développements et un matériel thématique récurrent. C’est peut être dans cette symphonie particulière du fait de sa variété orchestrale et de sa difficile approche rythmique, harmonique et dynamique que Daniel Barenboïm réussit le mieux, la partition lui évitant de sombrer dans la lourdeur et la grandiloquence dont il est souvent coutumier. En effet l’interprétation de ce soir nous parut des plus appropriées avec un premier mouvement très nuancé, riche en contrastes, s’appuyant sur une dynamique tendue, à la fois limpide et équilibrée, usant de subtiles transitions. Un deuxième mouvement, adagio, remarquable, méditatif, solennel, serein, très intériorisé, s’élevant comme une prière. Un troisième mouvement en forme de scherzo, sur un rythme de danse populaire autrichienne, frappant par la qualité orchestrale, tous pupitres confondus, avant de se conclure sur une coda victorieuse et triomphale. Pour le deuxième concert Daniel Barenboïm retrouvait le clavier pour interpréter le Concerto pour piano n° 20 de Mozart, et la baguette pour diriger la Symphonie n° 2 de Bruckner. Au vu de la prestation de septembre dernier et en sachant, à priori, ce que l’on peut attendre des dernières symphonies (n° 8 & 9) en septembre prochain, il y a fort à parier que le chef israélo-argentin ait donné, au cours de cette cession regroupant les premières symphonies de Bruckner, le meilleur de ce que l’on peut attendre... Sa vision de Mozart reste indiscutablement classique, loin des lectures baroqueuses. Ce soir, son interprétation du célèbre Concerto n° 20 (1785) manqua sans doute d’émotion tout en restant parfaite dans la forme. Apollinien assurément, mais sans galanterie superficielle. Le premier mouvement riche en nuances et contrastes, s’il évoqua le drame qui n’est pas sans rappeler l’Ouverture de Don Giovanni, opposa avec équilibre orchestre et soliste, le deuxième mouvement instaura un contraste frappant en développant une mélodie rêveuse et suspendue hors du temps, sans doute menée ici sur un tempo trop lent où s’affirma avec évidence la difficulté pour Barenboïm à faire vivre les silences, silences prolongés de façon abusive dans lesquels se perdit et se dilua l’émotion, enfin le troisième mouvement très engagé put paraitre par instant un peu confus…Aucune réserve, en revanche, pour l’interprétation de la Symphonie n° 2 d’Anton Bruckner qui recueillit unanimement l’adhésion du public. Une symphonie composée en 1871-1872 où Bruckner affine encore la manière brucknérienne, en y ajoutant plus de clarté que dans la première. Daniel Barenboïm très convaincant la dirigea à flux tendu, confirmant l’impression favorable laissée par sa lecture de la Symphonie n° 1, avec un premier mouvement où l’on put juger de sa maitrise dans la direction d’orchestre par la gestion impeccable de la ligne et la subtilité des transitions, un second mouvement empreint d’une ferveur quasi religieuse où cors et cordes se montrèrent d’une exceptionnelle qualité, un troisième mouvement très rythmé où Barenboïm appuya sans doute un trop le trait, se montrant plus grandiloquent que dansant, avant de conclure sur un final grandiose rappelant le mouvement initial. Une interprétation très cohérente, claire, colorée, fervente où Daniel Barenboïm sut contenir ses mauvais démons pour nous donner à entendre un Bruckner « allégé » et émouvant magnifiquement joué par un superbe orchestre. Une bien belle soirée couronnée, très justement, par une standing ovation du public. Prochain rendez vous en septembre prochain avec la monumentale huitième et une neuvième ouvrant sur l’éternité…
Patrice Imbaud

LES PIANISSIMES

Vendredi 13 janvier 2017, Musée Dapper 75016 Paris, Micah McLaurin, pianiste.
Dans la belle salle du musée à l’acoustique propice à écouter du piano, ce jeune américain de 22 ans a choisi un récital des plus classiques. C’est un grand romantique à la technique très sûre ; il l’a prouvé dans La Méphisto Valse n°1 de Franz Liszt. Mais jouer des extraits des Goyescas de Enrique Granados, le nocturne n°13 et la fantaisie op. 49 de Chopin dégoulinant de mièvrerie était surprenant de la part de ce jeune pianiste, il nous ramenait à plus de vingt ans en arrière pour Chopin et une erreur de lecture de Granados. (Dumont à Gaveau deux jours plus tard a interprété Chopin avec sobriété, intelligence, limpidité, sans pathos). Le concert de McLaurin a été sauvé de justesse par une interprétation sobre et juste de la fantaisie op. 17 de Schumann mais son bis de rêverie, de ce même compositeur, avait l’allure d’un bonbon trop sucré. Espérons que ce ne sont que des erreurs de jeunesse et qu’il va rectifier le tir ! Il devrait lire les lettres de Chopin et de George Sand où les termes « de sensibilité gracieuse, tendresse et sérénité » cités dans ces textes, et qui marquent souvent les œuvres de ce grand compositeur, ne sont pas synonymes d’alanguissement, langueur, amollissement. C’est cette caricature de la féminité contre laquelle George Sand se révoltait. Bonne lecture cher Micah !
Stéphane LOISON

CENTRE DE MUSIQUE DE CHAMBRE DE PARIS

Salle Cortot 75017 Paris mois de janvier 2017
Avec Jérôme Pernoo, l’initiateur de ce centre, il se passe toujours des événements pas classiques du tout. C’est là que s’inventent les concerts de demain et où le public fait partie du spectacle ; car c’est toujours un vrai spectacle que Jérôme met en scène. Ainsi les deux jeunes et excellents pianistes que sont Guillaume Bellom et Ismaël Margain ont interprété avec fougue, élégance, la suite pour piano n°1 de Rachmaninov après l’avoir présenté avec beaucoup d’humour, car ici on ne se prend pas au sérieux mais on interprète sérieusement les œuvres ; bien sûr ils avaient cette suite dans les mains car, et c’est le principe du Centre, ils l’avaient exécutée du 5 au 14 janvier. A 21h30 du 5 au 21 janvier c’était un autre spectacle qui était donné, intitulé « La Mort du Poète ». Irène Duval et Brieuc Vourch au violon, Léa Hennino à l’alto, Adrien Bellom, au violoncelle, et Yedam Kim au piano, ont successivement interprété de Robert Schumann « Gesänge « der Frühe – Bewegt » pour piano, « Romance op.94 » pour violoncelle et piano, de Clara la « 1ère Romance op.22 » pour violon et piano, de Robert « Märebenbilder op.113 n°3  pour alto et piano 3.Rasech » et pour finir tous ensemble le « Quintette avec piano op.44 ». Pernoo avait proposé des textes de Robert et Clara dit en intermède par Florian Hille et Line Wies. Chaque œuvre interprétée était en phase avec les morceaux choisis ; Les musiciens ont joué, même le quintette, sans partition, un bel exploit rarement fait en musique de chambre ; mais comme le dit justement Jérôme Pernoo c’est ainsi pratiqué au théâtre, à l’Opéra. Le quintette œuvre de Robert pour son amour pour Clara (elle tenait le piano) est violente, énergique, passionnelle, folle à jouer et demande une puissance et une émotion contenue pour l’interpréter et c’est ce que l’on a pu ressentir dans le jeu de ses jeunes musiciens ! Merci jeunes gens, merci Jérôme de ces spectacles musicaux originaux. Pour connaître les programmes du Centre de Musique de Chambre de Paris
http://www.centredemusiquedechambre.paris
Stéphane LOISON

L’ÉDITION MUSICALE

retour au sommaire

CHANT

Noël LEE : Deux sonnets partagent la ville pour mezzo-soprano et piano. Delatour : DLT1223.

Le texte de cette œuvre est un sonnet de Pierre Corneille à propos de deux sonnets qui mettaient la zizanie à la cour comme à la ville. Nous n’entreprendrons pas ici de conter cette histoire. Noël Lee s’y emploie dans un langage contemporain avec infiniment d’esprit. Les deux « partenaires », pour employer le vocabulaire qu’affectionnait l’auteur, s’en donnent à cœur joie dans cette œuvre pleine d’invention et d’humour. Daniel Blackstone

Noël LEE : Réponse à l’esprit des bois pour baryton et piano. Delatour : DLT1222.

Nous n’épiloguerons pas sur les rapports difficiles d’Hugo avec la musique. Etait-il intransigeant ou seulement exigeant à ce sujet ? Toujours est-il que sous le poème d’Hugo, Noël Lee crée une ambiance sonore tout à fait spéciale. Il faut, pour exécuter cette œuvre disposer d’un piano muni d’une « pédale tonale » ou pédale de sostenuto. Cela est indispensable pour créer l’ambiance sonore : le texte musical est ainsi placé dans une sorte d’enceinte acoustique qui crée un halo sonore variable tout au long de cette pièce en vers de quatre pieds qui lui donnent un rythme très particulier. Comment ne pas penser au Pas d’arme du roi Jean en vers de trois pieds… D.B.

CHANT CHORAL

Mårten JANSON : Missa brevis en mi bémol mineur. SATB. Bärenreiter : BA 8521.

Qu’on ne se laisse pas effrayer par le nombre de bémols : cette messe effectivement brève, ce qui est aujourd’hui une condition quasi obligatoire pour qu’elle soit entendue dans son cadre naturel, c’est-à-dire une messe, est très consonante, ce qui ne veut pas dire plate. Le langage en est à la fois sobre et délicat. Bien que brève, elle contient toutes les parties de l’ordinaire. Au kyrie largo rubato succède un Gloria en fa Majeur, triomphal et lumineux, Adagio. Puis nous trouvons le Sanctus en solb majeur avec le Benedictus inclus. L’Agnus, largo rubato comme le kyrie et dans la tonalité de mib mineur est structuré par une succession longue brève-brève longue très souvent présente comme une sorte d’ostinato rythmique. En un mot, c’est une belle œuvre accessible à des chœurs amateurs bien entrainés. Souhaitons-lui un grand succès. D.B.

Laurent COULOMB : Missa Mundi pour 3 vois égales sans accompagnement. Assez facile. Delatour : DLT2611.

Cette messe, qu’on pourrait aussi qualifier de « brève », puis qu’elle ne comporte que Kyrie, Sanctus et Agnus, est née d’une réflexion sur la diversité des cultures. Celle-ci est illustrée d’abord par les différents modes utilisés mais aussi par les différentes langues. Si la messe peut être aussi chantée intégralement en latin (sauf, bien sûr, le kyrie qui, rappelons-le, est du grec…), elle fait appel très naturellement à l’italien, l’allemand, l’espagnol, l’anglais et le français, mais aussi, brièvement, swahili, arabe et hébreu… Laissons conclure l’auteur : « La construction musicale s’appuie sur un matériau simple, qui circule d’une partie à la suivante et unifie l’ensemble de l’œuvre à la fois musicalement et dans sa portée théologique. »
D.B.

CANTATE

TELEMANN : Christus, der ist mein Leben TVWV 1 : 138. Bärenreiter : BA 5897.

Les éditions Bärenreiter nous présentent cette œuvre extraite de l’édition des œuvres de Telemann. L’édition ainsi que la copieuse et très intéressante préface sont de Ute Poetzsch. Ce « Choralbearbeitung » est donc composé des huit strophes du choral luthérien, sobrement commentées, et entrecoupées par de très courts récitatifs. L’ensemble est écrit pour chœur à quatre voix mixtes, deux hautbois, orchestre à cordes et orgue. On peut y adjoindre une contrebasse.
D.B..

TELEMANN : Die Auferstehung und Himmelfahrt Jesu (La résurrection et l' ascension de Jésus). TWV 6 : 6. Oratorio sacré pour chœur et orchestre. Bärenreiter : BA 5851.

Voici une fort belle édition de cette œuvre très importante de Telemann. Lorsqu’on ouvre ce magnifique volume relié, on est séduit par la qualité de l’impression, du papier, des fac-similés. Il faut saluer aussi la qualité de la présentation de Ralph-Jürgen Reipsch ainsi que celle de sa copieuse description des sources et du travail réalisé pour cette édition. Bien sûr, la partition elle-même est à la hauteur de tout le reste. Bref, c’est un travail en tout point remarquable sur une partition qui ne l’est pas moins.
D.B..

Laurent COULOMB : Les chants de Sayat-Nova. Cantate de chambre pour baryton et ensemble. Assez difficile. Delatour : DLT2617.

récisons tout de suite que l’ensemble dont il est question n’est pas commun puisqu’en plus du quatuor à cordes, il comporte un doudouk (instrument à anche double typique de la culture arménienne) et un piano. Cette cantate est écrite sur un poème de Sayat-Nova, poète arménien né en 1712 et assassiné en 1795. Le poème est l’ode n°3 des Odes arméniennes. L’œuvre comporte quatre pièces réparties en deux parties : Prélude, L’inégalée, et Tourments, Prière. Ce très beau poème est mis en valeur avec beaucoup de délicatesse dans un langage qui se veut « simple et euphonique », parfois modal, parfois atonal. Il faut lire non seulement la présentation figurant sur le site de l’éditeur mais celle, très développée, qui se trouve au début de la partition pour pouvoir rendre pleinement justice à cette œuvre captivante et originale. Précisons que le texte est chanté dans sa traduction française.
D.B..

PIANO

Anthony GIRARD : Effleurer le silence pour piano. Paris, BILLAUDOT (www.billaudot.com ), Coll. Brigitte Bouthinon-Dumas, 2016, 20 p.

Anthony Girard — bien connu de nos lecteurs (cf. recension de ses ouvrages : Minos. Les dédales de l’expérience créatrice, Lettre d’information n°110, Franchir l’Horizon. Entretiens avec Pascal Pistone, cf. LI n°108) — est à la fois professeur au CNSMD de Paris, chercheur, théoricien et compositeur hors pair. Son œuvre pour piano : Effleurer le silence, d’une très grande difficulté technique (traits de virtuosité, rapide alternance des mains, dynamique très subtile et contrastante : pp, p, ppp avec exceptionnellement f et ff — p. 17), comprend 8 parties (avec indications précises et recommandations) : 1. Fluide, furtif ; 2. Très souple ; 3. murmuré (nécessitant une agilité extrême de la main droite) ; 4. des goutelettes… (écouter chaque note !) puis cristallin ; 5. espressivo ; 6. avec arpèges encore plus doux ; 7. Pp (avec petits effets de decrescendo) ; 8. Souple, intime. La lecture solfégique n’est pas simple ; la technique est très exigeante ; la dynamique, d’une précision minutieuse. De plus, chaque note — même dans les passages les plus denses — doit être absolument perçue. Son langage est tonal-modal. Il en résulte une musique très intériorisée, mystérieuse, mystique : à la recherche du silence et de l’ineffable.
Édith Weber

Jean-Sébastien BACH : Das Wohltemperierte Klavier 1 – BWV 846-869. Urtext. Bärenreiter : BA 5191.

A quoi bon une nouvelle édition du Clavier bien tempéré, pourrait-on se dire ? Si celle-ci se distingue des autres, c’est d’abord parce qu’il s’agit d’un « Urtext » de la Nouvelle Edition de Bach. C’est aussi parce qu’une copieuse et intéressante préface reprend à la fois l’histoire de l’œuvre et l’histoire des sources aujourd’hui accessibles. C’est enfin parce que l’éditeur, Alfred Dürr, a réalisé une édition particulièrement claire et lisible du texte, débarrassée de tous les doigtés et de toutes les indications adventices. Les seules modifications à la graphie (et non pas au texte !) ont été faite dans un souci de plus grande lisibilité. Bref, c’est un vrai plaisir que de se ressourcer en jouant ces œuvres à partir d’une telle édition.
D.B.

Pierre-Richard DESHAYS : Valse sur la Lys Ppour piano. Préparatoire. Lafitan : P.L.3042.

Voici une valse tout à fait traditionnelle. Pourquoi sur la Lys ? Malgré une carrière internationale, l’auteur n’a sans doute pas oublié qu’il est né à Douai et qu’il est, entre autres, professeur à Aire sur la Lys. Cette pièce en do mineur distille un charme et une nostalgie qui ne se démentent pas tout au long du morceau. Si la main droite possède évidemment le beau rôle en mettant en valeur la mélodie, celle-ci passe régulièrement au pouce, chantant avec la main gauche tandis que les autres doigts de la main droite poursuivent le rythme de valse… Tout cela demande donc déjà une maîtrise de l’instrument et une véritable écoute polyphonique.
D.B.

Antoine REICHA : Fantaisie sur un thème de Frescobaldi Edition Michaël BULLEY. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0829-2

On trouvera sur le site de l’éditeur une présentation complète de l’œuvre par Michael Bulley. Nous retiendrons que cette Fantaisie se fonde sur le thème du Ricercar decimo sopra la, fa, sol, la, re composé par Frescobaldi en 1615 et qu’elle offre une certaine ambiguïté tonale. Le thème est énoncé plusieurs fois au cours de la pièce. Disons simplement que cette œuvre fort originale mérite d’être connue, ainsi que son auteur qui ne doit pas rester un nom dans l’histoire de la musique mais retrouver la place qu’il mérite parmi les compositeurs du début du XIX° siècle.
D.B.

Antoine REICHA : Variations sur un thème de Gluck Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0810-0

Fondée sur la seule source existante, une édition publiée à Paris du vivant du compositeur, cette nouvelle édition rend de nouveau justice à cet auteur trop méconnu pour lequel un homme comme Berlioz avait une profonde admiration. Si ces variations sur un thème de l’Armide, parues vraisemblablement autour de l’année 1815 n’ont pas la profondeur des 57 variations de L’art de varier, parues onze ans plus tôt, elle n’en sont pas moins aussi agréables qu’intéressantes. L’éditeur invite à juste titre à tenir compte, pour l’interprétation de ces variations, de la différence entre le piano moderne et l’instrument de l’époque. L’heureuse renaissance du piano-forte devrait permettre d’éviter ces erreurs.
D.B.

Antoine REICHA : La Chercheuse d’esprit. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0813-1

Il est impossible de résumer ici toutes les questions que pose cette œuvre et les recherches auxquelles elle a donné lieu. Michael Bulley nous les explique de façon passionnante sur le site de l’éditeur et, bien sûr, sur la partition. Disons seulement que sept des treize pièces écrites sous ce titre ont un rapport certain avec l’opéra du même nom de Charles-Simon Favart, très célèbre à l’époque. Quoi qu’il en soit, nous sommes en face de treize petits portraits vivants et contrastés pleins de grâce et d’humour que l’absence de difficulté pianistique rend abordables à de nombreux pianistes. Il faudra simplement se souvenir que le pianoforte n’est pas le piano moderne…
D.B.

Antoine REICHA : Sonate en fa. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0765-3

Composée en 1800, cette sonate ne doit pas être confondue avec celle dite « Pastorale » dont nous avons rendu compte en mai 2015. Le premier mouvement de celle-ci est en fait un « thème et variations » sur la Marche des prêtres, extraite de la Flûte enchantée de Mozart. Le deuxième mouvement, Menuetto en fa mineur, est plein de légèreté et d’élégance. Quant au Finale à 6/8, plein de fantaisie, d’invention et de brio, il est tout à fait séduisant. Là encore on pourra lire l’histoire de cette sonate et son analyse sur le site de l’éditeur.
D.B.

Antoine REICHA : Grande Sonate en mi. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0759-2

La seule source de cette sonate est l’édition publiée en 1803 par Breitkopf & Härtel. Le premier mouvement, en mi Majeur, est un Allegro très développé plein de bravoure. Le deuxième mouvement est une romance dans le ton de la sous dominante, mais toujours en majeur. Le thème est joliment enjoué. On y trouve de grandes envolées de virtuosité qui lui donnent à certains moments un caractère dramatique accentué par les modulations. Quant au troisième mouvement, c’est un presto en forme de rondo, plein de joie et de légèreté. Encore une fois, il faut absolument redécouvrir cette œuvre trop méconnue.
D.B.

Antoine REICHA : Fantaisie sur un seul accord. Edition Michael Bulley. Symétrie : ISMN 979-0-2318-0817-9

Cette Fantaisie fait partie des œuvres expérimentales et des recherches menées par Antoine Reicha dans les années 1800. Nous ne pouvons mieux faire que de citer ici ce qu’écrit le compositeur lui-même dans son commentaire sur l’œuvre : « On ne trouve dans cette fantaisie ni appoggiature ni tenue, ni ce qui résulte de l’utilisation des tonalités, ni l’alternance de consonances et de dissonances ; pas une note de passage, ni même un enchaînement consonant de sons fondamentaux ; et personne ne pourrait cependant nier la diversité de cette fantaisie : comment cela se peut-il ? Tout naturellement. L’esprit, contraint par l’économie de moyens, cherche (et trouve) des solutions qu’il n’aurait peut-être jamais envisagées ; et son but est alors atteint. […] La pratique de tels exercices pour atteindre les mêmes buts par une économie de moyens est d’un grand profit pour le compositeur ; il devient alors plus attentif à des choses auxquelles il n’aurait pas réfléchi. » Bien des compositeurs, après lui, se donneront de semblables limites. Pensons à Ravel et à son Boléro
Nous continuerons le mois prochain à rendre compte des œuvres de Reicha publiées par les éditions Symétrie.
D.B.

Colette MOUREY : Au chant des saisons pour piano. Facile. Delatour : DLT0886.

L’auteur s’est fixé plusieurs objectifs pour ces quatre pièces illustrant chacune une saison. Il s’agit d’une recherche de caractères et de timbres grâce notamment aux sauts d’octave, à la découverte de rythmes de danse et à une alternance des écritures harmoniques et contrapunctique, le tout « par de courtes pièces faciles, et bien positionnelles ». Nous supposons que ce dernier terme signifie que la position des mains est la plus naturelle possible : l’auteur a pris soin de doigter ces pièces de façon très soignée. Le but est atteint et le caractère didactique ne nuit en rien à l’agrément de la musique.
D.B.

Colette MOUREY : Mon piano part en vacances pour piano. Cycle 2. Delatour : DLT0869.

Ces vacances se divisent en deux parties. La première est constituée d’une Petite suite espagnole comprenant sept petits instantanés d’un voyage à travers l’Espagne. La deuxième partie comporte une seule pièce : Aux chants de l’océan. L’auteur est manifestement une pédagogue : chaque pièce est soigneusement doigtée dans un souci constant de bon placement de la main. Mais cet aspect n’oblitère jamais la musique originale, les ambiances créées par ces œuvres. Si les chants de l’océan sont plus lyriques, avec leurs épisodes transitoires chromatiques, la petite suite espagnole, avec ses rythmes typiques, n’en est pas moins fort expressive. L’ensemble devrait plaire. D.B.

Colette MOUREY : Piano-Merveilles pour piano. Facile. Delatour : DLT0867.

Les quatorze petites pièces présentes dans ce recueil comportent chacune un titre évocateur. Mais ces quatorze titres cachent en réalité sept « timbres » seulement. Chacun, bien « positionnel », exposé en do majeur ou en la mineur, se retrouve, sous un autre titre, dans une version diésée ou bémolisée, « à jouer avec le même doigté et dans le même tempo : ce qui offrira d’emblée une appréhension chromatique du clavier, celle que conseille, par exemple, Chopin ». Nous ajouterons que cela permet également de faire découvrir, pour ceux qui y sont sensibles, les « couleurs » des différentes tonalités, à partir du ressenti de l’élève et en s’aidant de la diversité des titres. Ajoutons encore qu’il ne s’agit nullement d’un exercice gratuit et que tout cela est au service d’une musique tout à fait intéressante.
D.B.

Colette MOUREY : Piano Blues pour piano. 2ème – 3ème cycle. Delatour : DLT0885.

eux pièces composent ce recueil : Holographic blues et Galactic Ballad. Le premier conseil à donner avant de se lancer dans l’interprétation de ces pièces, c’est d’écouter beaucoup de blues. Certes, ces œuvres ne sont pas faciles techniquement, mais le plus difficile est d’en saisir l’esprit et le rythme si caractéristiques. Tout est dans la manière d’arpéger ou de jouer les appoggiatures ainsi que, comme disent les jazzmen, de « jouer en ternaire » mais pas de manière métronomique ! Manifestement, Colette Mourey connait bien ce monde et nous offre ici deux pièces tout à fait convaincantes.
D.B.

ACCORDEON

Fabrice TOUCHARD : Yang-Tsé-Kiang (Fleuve bleu). Pièce pour accordéon. Préparatoire. Lafitan : P.L.3098.

Cette pièce nous est donnée en deux versions, l’une pour instrument avec basses chromatiques, l’autre pour basses standards. Basée essentiellement sur le pentatonique do, ré, fa, sol, la, do, l’ensemble crée une atmosphère qui, pour être celle de la Chine vue de France, n’en est pas moins fort agréable. Et cela constitue aussi une excellente manière de faire découvrir ce qu’est un mode et d’expliquer en acte qu’il en existe des milliers… Ecrite dans la tonalité de fa majeur, elle comporte une première partie construite sur les premier et quatrième degrés et une seconde partie construite sur une basse obstinée faisant penser à un bourdon. La reprise mène à une courte coda. L’ensemble joue sur les contrastes de nuances. Tout cela est fort agréable.
D.B.

GUITARE

Hugues CHAFFARDON : Voiles sur le lac. Pièce pour guitare. Débutant. Lafitan : P.L. 3082.

Laissons à l’élève le soin de choisir son lac : quel qu’il soit, il constituera une excellente image mentale pour interpréter cette pièce qui semble flotter au-dessus des eaux par l’apparition tardive du soutien de la tonique. Avec les moyens limités imposés par le niveau de l’élève, l’auteur a su créer une ambiance, mettre en place un paysage sonore original et bien plaisant. Ce n’est pas si facile !
D.B.

Patrice JANIA : Saloon de thé. Pièce pour guitare. Elémentaire. Lafitan : P.L.3011.

Non, les deux « o » ne sont pas une faute de frappe ! Voici comment le compositeur présente sa pièce : « Il s’agit d’un ragtime dans la tonalité de Ré majeur. Nous sommes dans un saloon à côté d’un piano bastringue. […] Il convient de jouer « ternaire ». […] Le discours assez complexe de ce titre le rendra mieux accessible à des élèves de second cycle ». Des conseils techniques sont donnés également. Bref, si l’on veut que cette pièce ait tout son caractère, il conviendra que l’interprète s’imprègne de l’esprit et du rythme du ragtime en en écoutant le plus possible. L’ensemble est tout à fait convainquant et devrait procurer bien du plaisir tant à l’élève qu’à ses auditeurs.
D.B.

Patrice JANIA : S’élever du sol. Pièce pour guitare. Elémentaire. Lafitan : P.L.3012.

à encore, le compositeur présente lui-même sa pièce : « Les harmonies très ouvertes invitent à la détente, au repos, peut-être à la méditation, voire à la lévitation… mais revenons près du sol. En effet, le jeu des huit premières mesures nous fait réaliser une ascension diatonique le long de cette troisième corde. Les huit suivantes consistent en un jeu de liaisons autour des arpèges des trois accords majeurs du ton de Mi majeur. (…) ». Ajoutons que le 4/4 est trompeur et que cette élévation se fait pendant toute la première partie sur un rythme de samba (3+3+2). Cette pièce est donc aussi variée qu’intéressante.
D.B.

VIOLON

István NAGY : Introduction to the Great Composers pour violon et piano. Bärenreiter : BA 10633.

Ces quinze pièces ne sont pas d’une grande difficulté. Certaines peuvent être jouées entièrement en première position. De Purcell à Tchaïkovski, c’est tout un répertoire de pièces connues ou moins connues qui est proposé au jeune violoniste. L’auteur de cette compilation explique en « épilogue » ses principes, fort louables : respecter autant que faire se peut le texte originel et ne simplifier qu’avec beaucoup de prudence. On peut dire que le pari est tout à fait réussi. Si la partie de violon est bien destinée à un élève, celle de piano sera souvent plutôt destinée à un grand élève ou à un pianiste accompagnateur.
D.B.

ALTO

Claude-Henry JOUBERT : Douze études de concert pour alto seul. 3ème cycle. Sempre più : SP0243.

Claude-Henry Joubert n’a pas oublié que parmi ses nombreux prix se trouve celui d’alto. Les études qu’il nous propose ici sont à la fois le produit de sa connaissance de l’instrument et de son immense talent de compositeur. Si ce sont bien des études destinées à faire progresser la technique de l’instrumentiste, ce sont aussi des ambiances musicales indiquées par un titre, ou des références à des « incontournables » : la première étude est un arrangement du premier prélude du Clavier bien tempéré, la huitième, des variations sur le Carnaval de Venise, la douzième des variations sur le thème du 24ème caprice de Paganini. Bref, l’auteur nous prouve, s’il en était besoin, que virtuosité et musique peuvent faire bon ménage
D.B.

VIOLONCELLE

DVOŘÁK : Concerto en si mineur pour violoncelle et orchestre op. 104. Bärenreiter : TP620.

Nous avons rendu compte dans notre lettre de décembre 2016 de la parution de cette œuvre chez Bärenreiter. La partition recensée ici est donc la partition de poche réalisée par le même éditeur, Jonathan Del Mar. On y retrouve la copieuse introduction ainsi que la préface de la partition d’orchestre. Réalisée avec le même soin que celle-ci, elle rendra les précieux services qu’on attend de ce format de partition.
D.B.

CONTREBASSE

Georg-Friedrich HAENDEL : Sonate opus 1 n° 8 – HWV 366 pour 2 contrebasses. Transcription et édition : Daniel Massard et Véronique Lafargue. 2ème – 3ème cycle. Sempre più : SP0242.

C’est une excellente idée de transcrire ainsi une pièce qui, dès l’origine, pouvait être interprétée par divers instruments. Le respect de l’œuvre est total, la deuxième contrebasse jouant la basse continue. On pourrait d’ailleurs facilement adjoindre un clavecin. Le professeur devra faire lire aux élèves la très judicieuse présentation de Véronique Lafargue qui donne des conseils très précis pour l’interprétation et l’ornementation de cette œuvre. Elle indique aussi comment l’édition est à la fois fidèle au texte original et lisible pour un instrumentiste d’aujourd’hui.
D.B.

CLARINETTE

Claude-Henry JOUBERT : Pension de famille. Variations pittoresques pour un quatuor de clarinettes. 1er cycle. Sempre più : SP0238.

Une fois de plus, l’humour de Claude-henry Joubert a frappé. S’il s’agit bien de variations, chacune de celles-ci dresse le portrait d’un pensionnaire. Sans-doute sera-t-il nécessaire d’expliquer aux jeunes élèves ce qu’était une pension de famille… Les quatre clarinettistes font jeu égal dans la mesure où le thème est équitablement réparti entre chaque instrumentiste au gré des variations. Et, comme le dit l’auteur, « une mise en scène est souhaitable ». Chacun peut représenter l’un des quatre pensionnaires mis en scène… Mais bien sûr, la musique est à la hauteur et n’est pas pour rien dans la qualité de l’œuvre !
D.B.

COR

Pascal PROUST : 30 fablétudes pour cor. Fin 1er cycle. Sempre più : SP0260.

Chacune de ces trente petites pièces est précédée d’un « exercice préparatoire » qui permet de travailler pour elle-même la difficulté que va présenter chaque petite fable. Certes, ce sont des études, mais ce sont aussi trente tableautins aussi réjouissants les uns que les autres. Groupés par deux, chacun peint l’un des deux animaux de diverses fables, les unes célèbres comme Le rat de ville et le rat des champs, d’autres moins comme L’éléphant et le papillon et bien d’autres… L’ensemble est plein d’humour et l’interprète oubliera certainement les difficultés techniques grâce au charme de ces petites pièces.
D.B.

MUSIQUE D'ENSEMBLE

Régis CARROUGE : Triptyque pour quintette de cuivres. Niveau Moyen. Delatour : DLT2238.

Ecrit pour deux trompettes, cor en fa, trombone et tuba, ce quintette comporte trois mouvements. Le premier, Energico, posède une structure rythmique très affirmée. Beaucoup de passages sont en homorythmie. Le deuxième mouvement, Adagio, est à la fois lyrique et chromatique. Quant au troisième mouvement, sans indication de caractère mais à 120 à la noire, il nous fait vivre sur un 7/8 un rythme haletant sans interruption jusqu’à la fin, à part une mesure à 3/4 qui ne rompt pas le flux. L’écriture est, si nous osons dire, classiquement contemporaine. L’œuvre est variée, attachante mais demande des interprètes exercés capables d’en faire entendre toute l’expressivité.
D.B.

Frédéric et Jean-Sébastien BORSARELLO : Bestiaire contemporain en 12 petits tableaux pour violoncelle et percussions. 3ème cycle. Sempre più : SP0237.

Que voici une bien agréable manière d’initier des élèves déjà expérimentés aux techniques contemporaines… Ces douze petits tableaux aux titres évocateurs et parfois provocateurs sont bien amusants, mais mettront à l’épreuve les qualités rythmiques et mélodiques des deux interprètes. Ils demandent aussi une parfaite complicité dans l’exécution. S’il fait parfois référence à des bestiaires plus classiques (de Rameau à Saint-Saëns), il est par ailleurs très original et demande une recherche de timbres et d’effets qui sera tout à fait profitable. Ce devrait être aussi amusant pour les interprètes que pour leurs auditeurs.
D.B.

LIVRES

retour au sommaire

Pascal GRESSET (éd.) : Tempo Flûte. Paris, Revue de l’Association d’Histoire de la Flûte française (www.tempoflute.com ; tempo@live.fr ; 7, rue Louis Pasteur 95777 Saint-Clair-sur-Epte), numéro 15, premier semestre 2017, 8e année, 68 p. – 8 € (+ frais de port).

Fondée en 2009, organe de l’Association d’Histoire de la Flûte française, présentée à plusieurs reprises dans la Lettre d’information, cette Revue s’adresse aux spécialistes. Le numéro concerne une personne, une œuvre, un article de fond, une facture (flûtes Parmenon), un concours, le souvenir d’Aurèle Nicolet et des informations concernant l’actualité.
Pascal Gresset a réalisé l’entretien avec Gaby Pas-Van Riet qui, en septembre 2016, vient de prendre sa retraite de flûte solo à l’Orchestre symphonique de la Radio de Stuttgart, où elle a été active pendant 33 ans, sans pour autant interrompre ses activités artistiques et pédagogiques (enseignement en Belgique, à l’Université de Stuttgart, puis d’Anvers, où elle a formé de nombreux professeurs). Elle relève que, si le niveau général est plus élevé, « il existe moins de fortes personnalités » et conclut que « le goût de la virtuosité, comme le goût de l’ordinateur, peuvent entraîner un manque de patience dans le travail. » Son parcours y est résumé de façon très vivante.
Le compositeur Thierry Pélicant présente son Sextuor d’été et son Milonga (Septuor) créé en 2012. Né en 1957, sa musique est « souvent imagée et d’accès immédiat ». Comme il le rappelle, milonga est une danse, une habanera endiablée, mais désigne aussi le lieu où l’on danse. Elle comprend un tango, une valse-tango, le final… et une milonga. Le Sextuor d’été (composé en 2015, créé fin août au Festival de Giverny) pour flûte, quatuor à cordes et piano, comporte trois mouvements : Canicule, La nuit et Tour de France. Chaque instrument peut y briller, mais « c’est la flûte qui remportera l’étape ! » (selon son commentaire datant de 2016). Eva Kingma évoque ensuite le fabriquant de flûtes Bickford Brannen (né en 1941), ayant cessé ses activités en 2007. Il rappelle comment il s’est orienté vers la facture de flûtes à partir de 1961 et donne son avis sur les flûtes fabriquées de nos jours d’après le système d’Eva Kingma. Elle lui est très reconnaissante.
La facture des flûtes Parmenon fait l’objet d’un deuxième article résultant de l’interview de Rémi Caron et Pierre Helou à propos du « catalogue, des options, de la distribution, des matériaux, de l’échelle, de précisions techniques et de l’expérimentation » dans une perspective d’amélioration des « modèles actuels, aussi bien du point de vue acoustique que technique ».
Luc Mangholz a remporté le Premier Prix du troisième Concours international Theobald Böhm de flûte et flûte alto, organisé par la Société Theobald Böhm en collaboration avec la Société allemande de la flûte et la Hochschule für Theater und Musik de Munich. Ludwig Böhm s’entretient avec lui. Il résume sa formation à l’École de musique de Lambres-les-Douai, auprès de Stéphanie Kandiac dès l’âge de 7 ans, puis, de 9 à 15 ans, il a été l’élève du Conservatoire de Douai et s’est ensuite inscrit au CNR de Paris, puis a suivi le programme Erasmus à Munich ainsi que les cours de flûte avec Andrea Lieberknecht et de déchiffrage et de traits d’orchestre avec Philippe Boucly. Il signale à Pascal Gresset qu’actuellement, il aspire à entrer dans un orchestre et à se perfectionner.
Günter Rumpel poursuit ensuite ses « réflexions critiques » sur Aurèle Nicolet (1926-2016), « un artiste complet dans les bouleversements de l’après-guerre ». Il insiste sur la responsabilité des musiciens professionnels vis-à-vis du répertoire, sur le parcours des écoles nationales à une école globale et sur les problèmes esthétiques (tonalité-atonalité). Après son décès, un remarquable concert a eu lieu en son hommage à Bâle, à l’Église Saint-Martin.
La rubrique Actualités concerne les impressions de Ludwig Böhm à propos du Festival suisse de La Côte, puis de ceux de Villarrica (Chili) et de Porto (Portugal). Ce numéro se termine par une sélection de disques avec flûte (p. 61-63) et de partitions pour flûte et instruments divers, et recueils et la présentation de méthodes (p. 65-67). Ce volume s’impose d’une part par sa remarquable présentation et la qualité de l’illustration (artistes, partitions, instruments) et d’autre part par le souci d’information.
Édith Weber

Association Beethoven France et Francophonie : Beethoven, sa vie, son œuvre Ablis, ABF (19, rue de l’Étang, 78660 ABLIS, www.beethoven-france.org ), n°18, 1er semestre 2016, 136 p. 10 €.

Toujours très active, l’Association Beethoven France et Francophonie (ABFF) a publié son bulletin du premier semestre 2016 avec ses rubriques habituelles concernant l’homme, le compositeur, l’œuvre et des dossiers plus ponctuels.
Raymond Lefèvre évoque les divers domiciles de Beethoven à Vienne et dans les environs, car, ayant si souvent changé de lieux de vie, il est difficile de le suivre dans ses déplacements et déménagements. Il lui arrivait de louer « simultanément plusieurs logements, mais il conservait son appartement en ville quand il s’abstentait pendant l’été ». C’est ainsi que, pendant dix ans, « il résida à la Pasqualati-Haus ». Ces déménagements ont été source de nombreuses confusions dans sa biographie, comme le souligne l’auteur qui signale aussi de nombreuses autres résidences, par exemple en 1808 à Heiligenstadt, « bastion de la Nature et de la Paix pendant les interminables promenades où il travaille ou compose ». De nombreuses illustrations émaillent le propos qui sera suivi de la troisième partie : « Les domiciles de Beethoven (de 1817 à 1827) ».
Ce fascicule comprend également la suite du Dossier Missa Solemnis : chef-d’œuvre mal entendu (IX) avec présentation du Sanctus et précédé de la rubrique : Beethoven et son entourage, il s’agit de l’Archiduc Rodolphe, dédicataire de la Missa Solemnis (cf. Annexe 1. Les dédicaces à l’Archiduc) — réalisé par Dominique Reniers —. Le Dossier se poursuit avec une très instructive Discographie comparée de cette Messe (versions de très nombreux chefs). Le Sanctus et le Benedictus sont situés par Bernard Fournier dans leur cadre architectural. Leur structure est comparée à celle des messes classiques. Leur analyse très détaillée doit être lue, partition en mains. Enfin, la rubrique Beethoven au cinéma (V) : compléments (Michel Rouch) rappelle que sa musique a été utilisée en public et dans les films, et indique les œuvres correspondantes. La nomenclature des films est impressionnante… Quant à Beethoven au théâtre (II), Diane Kolin présente « L’Immortelle Aimée » d’Émile Schwartz. En conclusion, Danièle Léon s’est entretenue avec le pianiste Jean-Bernard Pommier qui a tant d’affinités avec l’œuvre de Beethoven et a réalisé l’Intégrale de ses Sonates en 8 Concerts à la Salle Gaveau.
Édith Weber

Association Beethoven France et Francophonie : Beethoven hier et aujourd’hui Ablis, ABF (19, rue de l’Étang, 78660 ABLIS, www.beethoven-france.org ), n°19, 2e semestre 2016, 140 p. 12 €.

Dominique Prévot rappelle que la Philharmonique organise jusqu’à fin janvier 2017, à la Cité de la Musique, l’Exposition nationale : Ludwig van. Le mythe Beethoven et que plusieurs ouvrages et CD importants lui ont été consacrés. Dominique Reniers a signé la suite de l’article « Beethoven et son entourage (III) ». Il s’agit de souvenirs de Karl Amenda (1771-1836), de leurs rencontres régulières à Vienne et de leur correspondance (avec citation de nombreux extraits de lettres) et d’un extrait autographe (Lettre du 1er juillet 1801). Il insiste toutefois sur les limites de l’approche biographique. Cet article est accompagné d’un tableau synoptique des relations établies avec des membres de la Cour et amis communs. Le dossier réalisé par le même auteur : « Beethoven, hier et aujourd’hui : entre portraits et musique » présente la prochaine exposition à la Philharmonique. Michel Rouch retrace l’histoire du célèbre masque mortuaire de Beethoven par Franz Klein : « du moment de sa réalisation à son utilisation par d’autres sculpteurs et peintres qui s’en sont inspirés », accompagnée de très nombreuses illustrations et de copies situées dans leurs divers contextes. Pour sa part, Cléo Garcia propose des « lectures du masque de Beethoven par des artistes en France », analyse les diverses expressions et en dégage « le génie immanent ». Au fil des pages, apparaît une autre image de Beethoven.
Nos lecteurs seront plus intéressés par la deuxième partie du Dossier concernant « Beethoven et la musique », avec deux contributions de Bernard Fournier : « Beethoven et le silence » et « La Missa solemnis, chef-d’œuvre mal entendu », XIe partie consacrée à l’Agnus Dei. Élisabeth Brisson aborde « Appassionata, une sonate emblématique de la passion beethovénienne », le mot « passion » caractérisant la musique du compositeur. C’est aussi le cas de la Sonate au clair de lune. Elle démontre, œuvres à l’appui, les différents acceptions du mot passion : « profond désespoir », « envahissement progressif de l’exaltation » ou encore « fureur », « déchaînement des forces », « exaltation paroxystique après une descente dans le profond désespoir », « démarche rédemptrice, initiatrice »… É. Brisson conclut que la passion beethovénienne passe par « la voix neuve d’une invention partageable. Beethoven, héros comme Prométhée, grand homme comme Socrate et Jésus, a l’intime conviction d’œuvrer à la libération de l’humanité, à sa rédemption, en lui permettant de s’élever spirituellement. » (p. 138). Diane Kolin s’est beaucoup intéressée aux pièces de théâtre consacrées à Beethoven, et présente Le Jardin aux betteraves (1969) du comédien et dramaturge Roland Dubillard. Ce titre insolite rappelle qu’en vieux flamand, le nom du compositeur signifie « champ de betteraves ». Les protagonistes sont : Guillaume (chef du Quatuor Schewezig et 1er violon), Milton (second violon), Camoëns (violoncelle) et Angélique (alto) passionnée de Beethoven. Un paysan du coin vient agrémenter leurs répétitions, et la salle — comportant un buste de Beethoven — tour à tour, devient un train, un bateau ou un sous-marin. Il s’agit d’« un drôle d’univers, mais on y prend goût ! ».
Autant de thèmes de réflexion autour des œuvres, du masque et des états d’âme de Beethoven. Cette nouvelle publication, associée à une présentation critique et analytique des derniers ouvrages sur Beethoven, démontre une fois de plus la continuité de la démarche et la vitalité de l’Association Beethoven France et Francophonie.
Édith Weber

Ad memoriam Antoine SIBERTIN-BLANC (1930-2012). Lisbonne, MPMP (Movimento Patrimonial pela Musica Portuguesa (commande : loja@mpmp.pt ). 128 p. + 12 p. (ill.) – 12,50 €.

Ce livre émouvant et très bien documenté ne se rattache pas directement à la catégorie universitaire des Mélanges offerts à un professeur après sa retraite et contenant soit une sélection de ses propres articles (largement dispersés dans des Revues spécialisées d’accès difficile), soit des contributions de ses pairs, disciples et amis (Birthday Offering, Festschrift). Il ne s’agit pas, au sens propre, de perpétuer son souvenir et sa mémoire (In memoriam, en mémoire de…) car l’intitulé Ad memoriam est directionnel et implique un futur intentionnel : vers la mémoire ; même au-delà de ce copieux volume, il restera encore beaucoup à découvrir.
Le volume, publié par le Movimento Patrimonial pela Musica Portuguesa (MPMP), est enrichi de nombreuses illustrations noir et blanc (in texte) jalonnant la vie trépidante d’Antoine Sibertin-Blanc depuis 1965 et, en couleurs (hors texte) jusqu’en 2011, le situant dans ses cadres successifs et au cours des années, avec de splendides reproductions d’Orgues ibériques. Il contient aussi la liste de ses participations à de nombreux concerts de chambre, d’orchestre, de chœur, sans oublier ceux de la Fondation Gulbenkian ; la chronologie de ses multiples inaugurations, le relevé de ses compositions, les titres de ses articles, de ses transcriptions et sa discographie, sa participation à des colloques et concours ainsi qu’une bibliographie sommaire.
À l’initiative de Leonor de Lucena Sibertin-Blanc, cette publication portugaise comprend d’abord un apport biographique depuis la naissance d’Antoine Sibertin-Blanc à Paris en 1930, son « coup de foudre » pour l’instrument et sa détermination : « Je serai organiste ». Dès 1945, il entreprend ses études à l’École César Franck (Paris) auprès de maîtres éminents : Édouard Souberbielle, Guy de Lioncourt, René Alix…, puis au CNSM de Paris avec Maurice Duruflé, et y obtient les plus hautes distinctions. Il a été successivement, en 1951-52, organiste de chœur à l’Église Saint-Leu-Saint-Gilles (Paris) ; de 1952 à 1955, organiste de la Maîtrise de l’Église de La Madeleine, puis organiste et maître de chapelle à l’Église St-Merry ; en 1955, titulaire à St-Joseph-Limpertsberg (Luxembourg), poste qu’il a quitté pour s’installer à Lisbonne comme professeur d’orgue au Centre d’Études Grégoriennes depuis 1961. Il est alors nommé titulaire du Grand Orgue de la Cathédrale (Sé) — poste qu’il assumera pendant plus de quarante ans — puis, en 1965, professeur à l’École Supérieure de Musique. Jusqu’à sa mort en 2012, il a déployé de multiples activités d’enseignant, d’organiste liturgique et de concertiste ayant à son actif tant de tournées en France, Belgique, Suisse, Italie, au Portugal, au Brésil… Il a, entre autres, régulièrement collaboré avec l’Orchestre de la Fondation Gulbenkian et aussi dirigé le Chœur de l’Église évangélique allemande de Lisbonne. Il a également inauguré de nombreux Orgues et été membre de commissions et de jurys de concours internationaux. Son rayonnement est considérable en tant que défenseur de la facture d’orgue ibérique, compositeur, improvisateur, transcripteur ; interprète, il a laissé une importante discographie. Il a largement contribué à l’histoire de la culture de son pays d’adoption.
De nombreux témoignages avec traduction portugaise des textes en langue étrangère (par Leonor de Lucena Sibertin-Blanc) et souvenirs émanent de ses collègues, disciples (portugais et étrangers), facteurs d’orgue, amis, admirateurs… Ils sont unanimes à souligner ses qualités humaines hors du commun et sa vocation d’organiste au service de la musique liturgique et des grandes célébrations à la Cathédrale. D’une manière générale, ils dégagent sa personnalité exceptionnelle et chaleureuse, sa délicatesse, sa gentillesse, son enthousiasme contagieux, sa capacité de transmettre sa science, son extraordinaire présence spirituelle. Tous sont conscients du rare privilège d’avoir rencontré et côtoyé le maître considéré comme le constructor de l’école d’orgue portugaise. Par ses qualités humaines et artistiques, il suscitera encore longtemps respect, admiration et émotion : ad multos annos. Antoine Sibertin-Blanc : un exemple à suivre.

Édith Weber

CDs & DVDs

retour au sommaire

J. S. BACH/(G.B.PERGOLESI) Tilge, Höchster, meine Sünden BWV 1083. RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP6119. TT : 53’ 46.

Lorsque deux compositeurs travaillent ensemble, le résultat doit être plutôt extraordinaire. C’est ce qui se passe avec la Messe des pêcheurs de Villerville que Gabriel Fauré (1845-1924) a composée en août 1881 avec son élève André Messager (1853-1929). Cette Messe brève : Kyrie (Messager), Gloria (Fauré), Sanctus (Fauré), O salutaris (Messager), Agnus Dei (Fauré), écrite pour chœur de femmes et ensemble de chambre avec flûte, hautbois, clarinette, violons I et II, violoncelle, contrebasse et orgue (Ulfert Smidt), est interprétée par le Chœur de filles de Hanovre et le Fauré-Ensemble, sous la direction de Gudrun Schröfel. La genèse de cette Messe est intéressante. En effet, les deux compositeurs, en vacances à Villerville (Calvados), souhaitaient qu’elle soit chantée par les dames du village et les jeunes filles en villégiature, au profit de l’association locale des pêcheurs. Le Kyrie, très suave, est une prière entrecoupée par les instruments qui se répondent. Le Gloria, brillant et énergique, est bien ponctué par l’ensemble de chambre. Le Sanctus très intériorisé, est chanté avec ferveur par l’excellent Mädchenchor de Hanovre. Il est suivi de l’O salutaris hostia, hymne chantée lors de la Communion, puis de la sobre invocation Agnus Dei qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Cette collaboration entre le maître et l’élève semble assez cohérente.
Pour sa Cantate Tilge, Höchster, meine Sünden (BWV 1083), Jean Sébastien Bach s’est inspiré du Stabat Mater de Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736) qu’il a trouvé dans une copie manuscrite. Il en a été si impressionné qu’il a remplacé le texte latin par une version allemande du Psaume 51, adapté non seulement la musique au nouveau texte, mais également procédé à des modifications et ajouté quelques passages de sa plume. Il en ressort une parfaite adéquation entre les deux compositeurs, sans qu’aucun ne soit lésé. Ania Vegry (soprano), Mareike Morr (alto), le Chœur de filles de Hanovre et l’Arte Ensemble avec, à l’orgue, Ulfert Smidt, encore sous la baguette avisée de G. Schröfel, n’ont pas ménagé leurs efforts et ont pleinement joué le jeu.
Un enchantement.
Édith Weber

Jakub Jan RYBA : Stabat Mater NIBIRU (www.nibiru-publishers.com ). CD 01622231. Distribution : CD DIFFUSION (info@cddiffusion.fr ). TT : 58’ 39 (avec présentation tchèque, anglaise, allemande et française).

Remarquable personnalité dans l’histoire de la musique tchèque, Jakub Jan Ryba (1765-1815) est surtout connu par sa Messe tchèque de Noël. Toutefois, sa production religieuse qui n’est pas assez souvent interprétée est d’ailleurs restée inédite jusqu’à 2015 pour l’édition et 2016 pour ce premier enregistrement mondial.
Il a placé la Musique d’église au centre de ses préoccupations. En fait, comme le rappelle le texte d’accompagnement, il souhaitait introduire la langue tchèque dans la musique d’Église, tout en respectant le latin, langue liturgique traditionnelle. Il souhaitait composer des Messes, Graduels et Offertoires pour chaque dimanche et fête importante de l’Année liturgique, mais, malgré sa grande force créatrice et sa persévérance, n’a réalisé qu’un tiers du projet. Il voulait élever le niveau de la musique d’église dans son pays. En raison de sa fin tragique, il n’a pas récolté le succès qu’il aurait mérité. Dans un manuscrit en 5 volumes de 1300 pages, intitulé : Novae et liberae cogitationes, il propose quelques réflexions de caractère philosophique avec des remarques en latin, et un cycle de musique d’orgue (1798).
En 1805, pendant six semaines lors desquelles il lutte contre une maladie (peut-être mentale), il compose son Stabat Mater, œuvre majeure s’imposant par son ton « le plus grave de sa production » (selon Hubert Hoyer). Écrite « à l’initiative de son ami Frantisek Krepelka, alors directeur de la maîtrise de Saint-Bartholomée », l’œuvre est dédiée au Maire Frantisek Mattas qui assurait le contrôle de la musique dans les églises de Plzen. » Il avait destiné l’Oratorio latin à la Maîtrise de cette ville qui groupait de remarquables chanteurs et musiciens. Son interprétation exige un haut niveau technique, condition parfaitement remplie par L’Armonia Terrena, les Martinu Voices ainsi que les solistes Simona Saturova (soprano), Marketa Cukrova (alto), James Kryshak (ténor) et Adam Plachetka (basse), tous placés sous la direction sensible de Zdenek Klauda.
Jakub Jan Ryba a repris les paroles latines traditionnelles, chantées successivement dans les formations suivantes : quatuors de solistes, duetto (soprano-alto), aria (ténor), chœur, aria (soprano), aria (basse), trio (soprano-alto-ténor), récitatif et arioso (ténor), aria (alto), récitatif (basse)... Le texte du Stabat mater : « La mère se tenait debout… » est une séquence en 10 épisodes remontant au XIIIe siècle et attribuée à Jacopo da Todi. Supprimée par les Pères du Concile de Trente (1545-1563), elle a été rétablie en 1727. Elle évoque la souffrance et la douleur de Marie, lors de la crucifixion de Jésus et a pour objectif de susciter la compassion du croyant.
De manière générale, chanteurs et musiciens mettent leurs talents au service de cette musique souvent pleine de grâce et concertante, mettant en valeur les interventions des solistes. Un modèle d’interprétation et d’émotion tout à l’honneur de ce représentant le plus significatif de la musique religieuse tchèque au tournant des XVIIIe et XIXe siècles.
Édith Weber

Frédéric CHOPIN : Mélodies polonaises (op. 74). HYBRID’MUSIC (www.hybridmusic.com ). H1839. 2017. TT : 37’ 36.

Mario Hacquard (baryton), après avoir été initié au chant grégorien à l’École César Franck, a été, au CNSM, successivement l’élève de Jacques Jansen et Gabriel Bacquier (art lyrique), Anna-Maria Bondi (bel canto), Rita Streich (Mozart), Elisabeht Grümmer (répertoire allemand) et Geneviève Joy-Dutilleux (musique de chambre). Il se produit en Europe, au Canada, en Israël, au Japon… et a enregistré de nombreux disques. Il est à la fois spécialiste de chant grégorien, d’Oratorio, de Lieder, de mélodies françaises et aussi d’Opéra. Pour cet enregistrement de Mélodies de Chopin, il a retenu l’adaptation française de Victor Wilder (1835-1892) connu par ses traductions d’opéras de Mozart et Wagner et des Lieder de Schumann. Avec son accompagnatrice Anna Zassimova, ils ont opté pour un piano Érard, instrument privilégié par le compositeur. Ce disque illustre l’ambiance musicale des Salons parisiens vers la fin du XIXe siècle, où ces œuvres étaient entendues. Les Mélodies polonaises ont été composées par Chopin entre 1828 et 1845 et éditées en 1855 (opus posthume n°74). Les thèmes sont très variés, en liaison avec l’actualité, par exemple la guerre de 1830 entre la Russie et la Pologne (Avant la bataille). Il traite aussi des sujets romantiques : l’amour (Pour toi seul, Peines d’amour, N’est-ce pas l’amour ?), l’oubli (Tu veux que je t’oublie), les fiancés (Les fiancés de la mort), mais aussi le terroir (Ballade slave, Chanson lituanienne). Anna Zassimova, passionnée par la musique de Chopin, est non seulement pianiste mais encore musicologue. Née à Moscou, elle y a étudié à l’Académie de Gnessin et se produit en soliste et chambriste lors de nombreux Festivals, par exemple en Suisse, Angleterre, Allemagne. Son rayonnement international atteint aussi la Chine et les Etats-Unis. Installée en Allemagne, elle enseigne depuis 2006 à la Hochschule für Musik à Karlsruhe. Elle interprète en soliste le Nocturne n°20 en Do# mineur (plage 10) avec un beau toucher et un jeu très précis. Elle est une accompagnatrice idéale, et forme avec Mario Hacquard un duo très convaincant et en pleine connivence. Ils proposent une interprétation toute en finesse et en souplesse et fidèle aux intentions de Chopin. Le pouvoir suggestif du baryton fait merveille dans ce répertoire. Volubilité vocale et vélocité instrumentale se marient admirablement dans la Ballade slave qui emporte l’auditeur jusqu’à la terrible révélation : « Ta fiancée est morte ! ». Ils restituent à chaque mélodie son caractère propre. Irrésistible.
Édith Weber

César CUI : Vingt Poèmes de Jean Richepin, op. 44 KLANGLOGO (www.klanglogo.de ). KL 1411. TT : 56’ 01.

Cette réalisation discographique réalisé par le duo formé de Jean Bermes (Baryton-Basse luxembourgeois) et Denis Ivanov (piano) a le mérite de présenter pour la première fois intégralement les Vingt Poèmes de Jean Richepin — poète lyrique français (1849-1928) — mis en musique par César Cui (1835-1918), compositeur et critique musical russe.
Son opus 44 comprend La Chanson des Gueux (qui le rendit célèbre), Les Caresses, Les Blasphèmes, La Mer. Les poèmes reposent sur des textes descriptifs (ciel, falaise, Oceano nox), concernent des personnages typiques (le Vieux, les Petiots, le Spadassin, le Hun, le Turc…), mais aussi des interrogations  (« Où vivre ? », « Te souviens-tu d’une étoile, du baiser ? »…). Il s’agit aussi d’une satire de la société de l’époque.
Ces poèmes chantés associant verve russe et charme français sont entrecoupés par 3 pièces pour piano solo : Sérénade (op. 40), Prélude (op. 64) et Causerie (op. 40) dans lesquelles Denis Ivanov — élève d’Eduard Basanov au Conservatoire Rimski-Korsakov de St-Petersbourg et de Detlef Kaiser au Conservatoire de Dresde — fait montre de sa parfaite maîtrise technique dans les moindres détails et de sa grande sensibilité et Jean Bermes, notamment de sa diction hors pair, chaque syllabe est nettement perceptible : une telle intelligibilité est si rare… Intéressant document à valeur la fois musicale, historique et sociologique. Un jeune pianiste à suivre… Édith Weber

Martial CAILLEBOTTE : Messe solennelle de Pâques. HORTUS (www.editionshortus.com ). HORTUS 134. TT : 62’ 35.

Didier Maes, directeur du Label Hortus, présente, en première mondiale, l’enregistrement de la Messe solennelle de Pâques (version avec timbales) de Martial Caillebotte (1853-1910) qui, au Conservatoire de Paris a été, en piano, l’élève de François Marmontel et, en harmonie, de Théodore Dubois. Ses œuvres religieuses comptent notamment : L’Enfant prodigue (1883), épisode biblique, sur les paroles en prose d’Armand Silvestre ; le Psaume CXXXII : Ecce quam bonum (1887), pour soli, chœur et orchestre, dédicacé à son frère, l’Abbé Alfred Caillebotte. Il a également mis en musique des textes de Ronsard, d’Alfred de Musset, et composé cinq Airs de ballet pour piano (1887).
Créée le 5 avril 1896 en l’Église Notre-Dame-de-Lorette à Paris, sa Messe solennelle de Pâques a été redécouverte par Michel Piquemal, chef du Chœur Régional Vittoria d’Île-de-France depuis 1997 et du Chœur Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il a fait appel au concours de l’Orchestre Pasdeloup (violon solo : Arno Madoni), de Matthias Lecomte (organiste titulaire de l’Abbaye Notre-Dame de la Cambre) et de trois solistes : Mathilde Vérolles (soprano), Patrick Gayrat (ténor) et Éric Martin-Bonnet (basse).
Cette Messe rappelle aux discophiles l’atmosphère des grandes Églises parisiennes vers la fin du XIXe siècle. Après une Ouverture orchestrale solennelle et brillante en accords bien scandés avec alternance entre orchestre et orgue, le compositeur reprend ensuite les pièces traditionnelles de l’Ordinaire : Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Benedictus, Agnus Dei (I et II). Cette œuvre dure plus d’une heure. La première invocation du Kyrie eleison est incisive ; après une introduction agitée, le chœur intervient énergiquement, selon la tradition des « chœurs de masse ». Le Gloria, plein d’allant, est marqué par une vaste progression dynamique, avec mise en valeur du mot Gloria ; les tessitures élevées étant privilégiées pour évoquer in excelsis (au plus haut des cieux). Après un motif chromatique caractéristique énoncé par un cuivre, Martial Caillebotte se souvient de l’esthétique wagnérienne. Le Gratias est un peu théâtral, comme d’ailleurs la piété à l’époque. Le Credo, plus élaboré, avec un paysage coloré, spécule sur les brusques oppositions de nuances. L’Et resurrexit, bien rythmé et martelé, contraste avec Et in unum Spiritum Sanctum, plus intériorisé. L’Offertoire, avec un appel de cuivres, porte la marque du siècle. Le bref Sanctus est suivi du Benedictus, imprégné d’un grand calme, avec voix à découvert. Le premier Agnus Dei, quelque peu romantique, prenant et insistant, est suivi de l’Agnus Dei conclusif, sous la forme d’une insistante invocation passant du ténor à la basse ; il pose un lumineux point d’orgue sur cette Messe solennelle de Pâques.
Le compositeur privilégie les harmonies audacieuses et un solide contrepoint, s’impose par son sens de la construction, sa grande sensibilité et, d’une manière générale, la richesse de sa palette sonore. Quant aux interprètes, chanteurs et instrumentistes, et à leur remarquable chef, ils se jouent de toutes les difficultés techniques. Grâce à Michel Piquemal et au Label Hortus, au Caillebotte peintre (Gustave) s’ajoute désormais le Caillebotte compositeur (Martial).
Édith Weber

Jean-Jacques WERNER : Notes prises à New York…FORGOTTEN RECORDS. (www.forgottenrecords.com ). Fr38W. TT : 72’ 32.

Jean-Jacques Werner (né en 1935), chef d’orchestre et compositeur prolifique, déborde d’imagination et d’inventivité. Pour son dernier disque, sous le label Forgotten Records, il a sélectionné dix poèmes du regretté Roger Asselineau, professeur à l’Université Paris-Sorbonne. Ces textes brefs évoquent d’abord New York, ville à trois dimensions, la 42e rue, la ville « entourée de vide », le blizzard, la neige, le vent, mais aussi des instructions « à suivre en cas de suicide » à l’Empire Building, sans oublier les papiers jonchant le sol, les gratte-ciel et le vide, la solitude et la peur : autant de remarquables descriptions, peintures des lieux et des sensations en un style de notre temps, très suggestif, interrogatif, un tantinet incisif mais lourd d’émotions et de sentiments si bien ressentis par les excellents interprètes : Anne Le Coutour (comédienne et chanteuse), accompagnée au piano avec énergie, détermination et précision par Christine Marchais-Sieffert (artiste soliste à Radio-France, professeur de piano au Conservatoire de Rouen et de déchiffrage à l’École Normale de Paris, concertiste).
Le Cahier d’inventions en 7 parties, créé en 1995 pour les 60 ans de J.-J. Werner, révèle ses préoccupations didactiques, et son souci d’exploiter les sonorités spécifiques du saxo-alto avec le concours de Marc Sieffert (formé aux Conservatoires de Strasbourg, de Bâle et au CNSM, professeur au Conservatoire de Rouen, artiste soliste à Radio-France) en duo fusionnel avec la pianiste Christine Marchais-Sieffert. À noter entre autres : le 3e mouvement Commodo avec le saxo à découvert au-dessus d’un acompagnement discret, et le dialogue volubile du 7e, Sfogato et scorrevole, plus développé.
Nachtstück (1979) pour flûte piccolo et piano, à la manière d’un Nocturne, dédié à Jean-Louis Beaumadier — qui l’a créé en 1980 — et Jean Kœrner, de facture assez libre, baigne dans l’émerveillement et l’hésitation si bien ressentis par Frédéric Werner (professeur de flûte traversière et de musique de chambre au Conservatoire de Villejuif-Val de Bièvre) et son accompagnatrice Chr. Marchais-Sieffert. L’énigmatique introduction au piano prépare l’intervention de la flûte piccolo avec une parfaite maîtrise des difficultés techniques.
Le volet suivant : Duo concertant associant les sonorités de la harpe — le compositeur est aussi harpiste — et de la guitare, a été enregistré par Mathilde Sandoz (harpe) et Raphaël Andia (guitare) formant le Duo Iridescence. Il s’agit d’un vrai défi du point de vue de la couleur instrumentale.
Élégie André David in memoriam a été composée en janvier 2009 à la mémoire de son ami André David en deux versions : ondes Martenot ou violon. Cette dernière est interprétée avec une vive émotion et une grande musicalité par l’incomparable Alexis Galpérine (concertiste et professeur au CNSM de Paris) qui l’avait créée en 2012.
Enfin, pour conclure avec une œuvre vocale comme au début, Jean-Jacques Werner a retenu du Cycle de 7 Mélodies, L’Obstacle et la Clef (2014) sur de brefs poèmes de Muriel Précastaing-Boissière progressant par accumulation d’idées et d’images, quelque peu à la manière de Walt Whitman, si bien traduite par Anne Le Coutour (soprano) et Christine Marchais-Sieffert (piano).
Par l’extrême diversité de son inspiration, l’exploitation des couleurs instrumentales, la qualité exceptionnelle des interprètes, cette Anthologie de Jean-Jacques Werner révèle l’ampleur de sa personnalité et retiendra l’attention. Elle démontre la continuité de son langage musical : impressionnante synthèse de son parcours esthétique. À ne pas manquer.
Édith Weber

Martin PALMERI : Misatango. Misa a Buenos Aires. HORTUS (www.editionshortus.com ). HORTUS 142. TT : 40’ 24.

Le titre peut paraître insolite, mais il implique bien toutes les parties de l’ordinaire de la Messe (du Kyrie jusqu’au Dona nobis pacem), toutefois affublées d’un rythme dansant et envoûtant. Bien de notre époque, cette œuvre associe chœur, orchestre, piano, mais aussi le bandonéon, si représentatif du tango. La Misatango (Messe à Buenos Aires), créée en 1996 à Cuba, a même été interprétée en 2013 au Vatican, en l’honneur du Pape François et de son pays natal et également en 2016 au Carnegie Hall de New York. Cet enregistrement en première mondiale démontre que la sensualité peut être associée à la spiritualité, comme le prouve Michel Piquemal à la tête du Chœur régional Vittoria d’Île-de-France créé en 1987, n’hésitant pas à interpréter aussi bien des pages baroques, romantiques allemandes, françaises des XIXe et XXe siècles. L’Orchestre Pasdeloup soutient efficacement les solistes : Sophie Hanne (soprano), Gilberto Pareyra (bandonéon), Thomas Tacquet (piano) et le chœur. La conception est peut-être inattendue, mais l’œuvre bénéficie d’un réel engouement en Europe et notamment en France.
Martin Palmeri (né en 1965) a étudié la composition avec, entre autres, V. Maragno et E. Grana (à New York) ; la direction chorale avec A. Russo et N. Zadoff ; la direction d’orchestre avec M. Benzecry ; le chant avec A. Estevez et J. Créa ; le piano avec J. E. Paez et O. Tripodi. Il est titulaire du Premier Prix de composition symphonique (Concours Juan Carlos à La Paz (Bolivie) décerné par la Fondation Nationale pour les Arts). Le Kyrie, chanté avec énergie est entrecoupé de syncopes marquées du meilleur effet. Le Gloria, fortement accentué, est vigoureux, contrastant avec le Qui tollis faisant d’abord appel à la voix de Sophie Hanne planant au-dessus d’un orchestre plus discret, puis au chœur. Quoniam tu solus sanctus est très chaloupé et éclatant. Le Credo démarre en une affirmation massive du chœur, reprise avec un soutien orchestral très présent. L’Et incarnatus est, chargé d’émotion, est énoncé par la voix si prenante de S. Hanne, à la technique éblouissante. Le Crucifixus est martelé par l’orchestre, relayé par le chœur avec une intense émotion. L’Et resurrexit est des plus dansants, avec des entrées fuguées du grave vers l’aigu. Le Credo in unum Deum fait intervenir les percussions agrémentant l’intervention de la soprane, puis le chœur développe la trame mélodique sur un accompagnement obligé. Le Sanctus, introduit par le pianiste Thomas Tacquet déployant une remarquable sonorité, met une fois de plus à contribution la somptueuse voix de Sophie Hanne. Les syllabes du Pleni sunt coeli et terra sont bien scandées, aboutissant au Benedictus très diversifié, suivi de l’Agnus Dei, faisant la part belle au bandonéon (joué avec maestria par Gilberto Pareyra). Enfin, le Dona nobis pacem démarre en une fugue bien structurée, avec des entrées successives très marquées, puis l’émouvante invocation de la soprane en faveur de la Paix planant au-dessus du chœur.
Une trouvaille, avec des audaces qui ne nuisent pas à la profondeur du message. Bref : une Messe tonique « pas comme les autres ».
Édith Weber

Douces Nuits. Berceuses contemporaines. Lullabies JADE (www.jade-music.net ). CD 699 886-2. Coffret 2 CD. TT : 43’ 51 ;  40’ 58.

Sur le thème : Douces Nuits, le Label JADE, spécialiste des anthologies, a regroupé une sélection de berceuses (Wiegenlied, Lullaby, Cradle Song) en 13 langues différentes, provenant d’Allemagne, Angleterre, Belgique Estonie, Lituanie, Roumanie ou encore d’Israël, de Taiwan et d’Argentine. D’une manière générale, il s’agit de chants dont l’effet bénéfique sur les enfants est reconnu de longue date. Le programme est réalisé par Marc Michael de Smet et le Chœur de chambre belge Aquarius. Lors d’un entretien pour les disques Jade, il a précisé la genèse de son programme et défini son incontestable utilité car, lorsque son fils a cherché dans les magasins des disques, il n’a trouvé pour enfants que de la « musique commerciale ». Il a donc demandé à son père de réaliser un enregistrement avec des berceuses reposant sur des textes libres et devant durer entre 3 et 5 minutes. Il en a résulté une sélection inouie de berceuses contemporaines du monde. Ce coffret comble une lacune car, par exemple, dans la vie taiwanaise ou éthiopienne, où le chant est si largement cultivé, le genre « berceuse » n’existe pour ainsi dire pas. Ces deux CD comportent surtout des œuvres de Cesar Bresgen/Gottfried Wolters, mais aussi de Peter Maxwell Davis (Lullabie for Lucy), Marc Marder (Les conseils d’une mère) et les Cradle Songs d’Ed Hughes et de Roland Coryn. Parmi les titres français, figurent Douce, douce nuit ; allemands : O du stille Zeit, Schlafe wohl zur Nacht ; anglais : Callisto’s Lullaby (Jeroen D’hoe), The Nightsingers (Anthony Ritchie) ; flamands : Zachtjes ruist de wind. En notre époque si mouvementée, même les adultes apprécieront l’effet apaisant de ces berceuses et l’émotion qui s’en dégage. Quant aux enfants, ils bénéficieront de l’effet psychologique de ces musiques qui les apaiseront et les endormiront facilement : objectif rempli. Il faut féliciter les chanteurs d’avoir su assimiler tant de langues différentes si difficiles et ainsi réalisé une défense et illustration de la forme berceuse.
Édith Weber

Mauricio KAGEL (1931-2008). Les 8 pièces de la Rose des Vents Ensemble Aleph. 2 CDs Evidence Classics : EVCD 030. TT : 105’.

Des sonorités inouïes, des rythmes complexes, des associations de timbres surprenantes et un irrésistible charme pour cet enregistrement, en première mondiale sous sa forme intégrale, du cycle des 8 pièces de la Rose des Vents pour orchestre de salon, composé entre 1988 et 1994 par Mauricio Kagel, compositeur argentin d’origine russe. Également chef d’orchestre et metteur en scène, son œuvre questionne les rapports entre musique, verbe et dimension gestuelle, touchant différents domaines comme la musique symphonique, musique de chambre, musique vocale, pièces radiophoniques et cinéma. La Rose des Vents est un travail musical centré sur l’imaginaire lié aux points cardinaux. Autant de facettes différentes que d’ailleurs possibles dans cette exploration spatiale et musicale. Autant d’univers sonores et de lieux musicaux particuliers que de directions différentes (Osten, Süden, Nordosten, Nordwesten, Südosten, Südwesten, Westen, Norden). L’ensemble Aleph (Clarinette, violon, alto, violoncelle, contrebasse, piano, harmonium, percussions, flûte de pan, rhombe et guimbarde) sous la direction éclairée de Michel Pozmanter parvient à donner à ces huit pièces tout leur potentiel d’évocation, de rêve et de beauté. Un disque document à ne pas manquer.
Patrice Imbaud

A horas truncas. Tango actuel. Cuarteto Lunares. 1 CD Silvox/ Ruta Records : sil 357. TT : 47’59.

Pour leur premier enregistrement discographique, le Cuarteto Lunares (Aurélie Gallois, Carmela Delgado, Gersende Perini et Lucas Eubel Frontini), spécialiste du genre, nous livre sa vision très originale du Tango argentin actuel, une vision qui, sans renier ses racines traditionnelles, s’enrichit de multiples influences empruntées au jazz, au nuevo tango de Piazzolla ou encore au candombe. Utilisant un instrumentarium particulier et inhabituel (violon, violoncelle, contrebasse et bandonéon) chacune des douze compositions (compositeurs argentins des années 1970 et une création, Anthracite de Bastien David) suppose une savante réorchestration, effectuée avec un talent certain par Aurélie Gallois, permettant une mise en avant des différents timbres dans une communion musicale du meilleur effet. La belle prise de son magnifie encore ce disque plein de charme qui invite à la danse tout en préservant, par instants, une indicible et émouvante mélancolie. Un disque original, jubilatoire, où souffle un vent de liberté comme une invitation au voyage…
Patrice Imbaud

SIMON. DAUVERGNE. RAMEAU. BALBASTRE. GUIGNON. CARDONE. A madame, divertissement pour Adélaïde. Olivier Beaumont, clavecin & Julien Chauvin, violon. 1CD Aparté : AP 138. TT : 52’21.

Laissons Olivier Beaumont et Julien Chauvin nous guider à Versailles dans les appartements de Mesdames les filles de Louis XV. Adélaïde fut une des huit filles de Louis XV et de Marie Leszcinska. Comme ses sœurs, grande consommatrice de musique, nombreux furent les compositeurs du XVIIIe siècle qui écrivirent pour elle. L’ensemble des œuvres présentées ici sont des premières mondiales au disque. L’enregistrement fut capté à Versailles dans le grand cabinet de Madame Victoire, autre fille de Louis XV, avec des instruments d’époque appartenant à la collection versaillaise, clavecin Blanchet 1746 et violon Gagliano 1741 dit « de Madame Adélaïde ». Une façon très authentique donc, rythmée par les sonneries de la pendule de Victoire, de retrouver les sonorités d’une époque vieille de plus de 250 ans… Authenticité sûrement et excellence indiscutable pour ce disque mariant merveilleusement les sonorités chaudes du violon aux accents acidulés du clavecin. Une anthologie de rares pépites (Premier Concert en la majeur et Maestoso de la Sonata IV en la mineur de Simon, Sonata XII de Dauvergne, Airs du Ballet et Ouverture de Castor et Pollux de Rameau, Aria Gratioso de la Sonate I en sol majeur de Balbastre, Variations à partir des Sauvages de Rameau, Sonata Sexta en fa majeur de Cardone) qui ravira tous les amateurs de cette musique du siècle des Lumières. Elégance, lyrisme, dynamisme, complicité, autant de qualificatifs pour ce beau disque. Une succession de pièces pour un voyage hors du temps comme autant de splendeurs oubliées…
Patrice Imbaud

DUTILLEUX / SZYMANOWSKI. Sonate. Préludes. Masques. Maroussia Gentet, piano. 1 CD Passavant  Music : PAS 116238. TT : 63’52.

Henri Dutilleux consacra peu de pièces au piano solo. Sa Sonate fut la seule qu’il eut composée, en 1947, et les Préludes furent les dernières pièces écrites pour l’instrument entre 1973 et 1988. Près de quarante années pour juger de l’évolution du travail et de la pensée créatrice d’Henri Dutilleux (1916-2013). Nonobstant le fait que sa Sonate fut créée en 1948 par son épouse à qui l’œuvre est dédiée, pianiste émérite qui l’exporta partout de part le monde et qui en assura le succès, il n’est pas certain qu’Henri Dutilleux fut très attaché à cette pièce pourtant désormais célèbre et qu’il n’eut pas, par instant, la tentation de la retirer de son catalogue. Une composition aux accents debussystes qu’il considérait, sans renier le passé, comme une œuvre de transition, bien éloignée des partitions de la maturité dont les Préludes nous donnent exemple. Une sonate organisée en trois mouvements, très mélodique et un dernier mouvement en forme de choral suivi de quatre variations reprenant le parcours des quatre parties de la sonate classique. Les Préludes en forme de triptyque furent composés en 1973 pour D’ombre et de silence dédié à Arthur Rubinstein, en 1977 pour Sur le même accord dédié à Claude Helffer, et en 1988 pour Le jeu des contraires dédié à Eugène Istomin, en hommage au pianiste Wilhelm Kapell. Une œuvre composite bâtie autour des thèmes de prédilection du compositeur comme les relations entre musique et silence, la métamorphose ou encore le miroir ou le double. Le premier Prélude nous rappelle que le silence se peint par des sons, dans une sorte d’éternel retour entre musique et silence, le second installe un climat statique construit à partir d’un accord pivot autour duquel se noue peu à peu la polyphonie (métamorphose), le troisième illustre l’écriture en éventail avec des intervalles se rétrécissant progressivement et symétriquement (écriture en miroirs). Masques op 34 de Karol Szymanowski (1882-1937) comprend également trois parties Shéhérazade, Tantris le bouffon et La sérénade de Don Juan. Une œuvre exubérante et passionnée composée en 1915-1916, inspirée de sources littéraires et de mythes majeurs de l’imaginaire occidental (Mille et une Nuits, Tristan et Iseult, Don Juan) rappelant l’importance du symbolisme chez les deux compositeurs. On connaissait déjà les affinités de Maroussia Gentet pour l’œuvre de Dutilleux depuis son excellente interprétation des Préludes lors du concert célébrant le centenaire de la naissance d’Henri Dutilleux, en 2016, au Grand Auditorium de Radio France. Elle confirme avec brio dans ce disque ses liens privilégiés avec les deux compositeurs convoqués dans cet enregistrement, par sa lecture juste dans l’esprit comme dans la note, par sa sonorité tantôt ample et orchestrale, tantôt délicate, élégante et cristalline, comme suspendue, évoquant le chant mystérieux et profond des nébuleuses cosmiques chères au compositeur français. Un disque original et poétique  et une jeune pianiste de tempérament, à suivre avec attention.
Patrice Imbaud

Martin PALMIERI. Misatango. Misa a Buenos Aires. Orchestre Pasdeloup & Chœur Vittoria d’Ile de France, dir. Michel Piquemal. Sophie Hanne, soprano. Gilberto Pereyra, bandonéon. Thomas Tacquet, piano. 1 CD Hortus : HORTUS 142. TT : 40’24.

Tango toujours, mais cette fois dans une mise en miroir insolite entre liturgie chrétienne et danse populaire où le tango sert de support à un étonnant syncrétisme entre profane et sacré, curieux médium entre sensualité et spiritualité. La Misatango fut créée il y a 20 ans, composée selon la même séquence que la messe en latin à laquelle se mêlent les harmonies et rythmes syncopés du Tango, associant à l’instrumentarium habituel (cordes) les accents surprenant du bandonéon et du piano. Cette Misatango serait la messe préférée du pape François, jésuite argentin, ancien archevêque de Buenos Aires, qui la fit donner à Rome en 2013, année de son accession au Pontificat, à l’occasion du Festival international de musique et d’art sacré, en l’église Saint Ignace de Loyola et rejouer tous les ans depuis, lors de ce même festival. Sans perdre en rien sa ferveur religieuse, la Misatango, par ses intonations populaires et vibrantes relève d’une accessibilité immédiate répondant au souhait du compositeur d’un décloisonnement méritoire. L’interprétation qui nous en est donnée, riche en couleurs, ne souffre aucun reproche tant vocalement qu’instrumentalement. Le Tango comme une prière… Un disque original, à écouter absolument.
Patrice Imbaud

Franz SCHUBERT. De l’unité au fragment. Matteo Fossi, piano. 1 CD Hortus : HORTUS 141. TT : 76’14.

On sait que Schubert laissa de nombreuses œuvres inachevées (ou égarées) d’où le titre de ce nouvel enregistrement discographique du pianiste italien, Matteo Fossi, entièrement dévolu à Schubert, mettant en miroir des compositions denses et monumentales et des pièces plus fragmentées. La Wanderer-Fantaisie D760 est une fantaisie monumentale datant de 1822, contemporaine de la Symphonie n° 8 « inachevée », très exigeante techniquement elle comprend quatre mouvements enchainés et s’inspire du lied éponyme écrit en 1816. Célèbre par son rythme caractéristique simulant la marche du promeneur chère au Romantisme, elle résulte d’une commande d’un virtuose viennois, Emmanuel von Liebenberg de Zsittin. Fortement contrastée, très virtuose, elle inspira ultérieurement Liszt et Koechlin. Les Drei Klavierstücke op. posthume D946 furent réunies par Brahms après la mort du compositeur, sorte d’ultimes confidences, imprégnées de pureté mélodique, élégantes et délicates elles s’inscrivent dans la ligne des Impromptus. La Sonate « Reliquie » D840, fut surnommée Reliquie car le premier éditeur la présenta comme la dernière sonate de Schubert, alors qu’elle date, en fait, de 1825, quinzième des 21 sonates composées. Elle ne comprend que deux mouvements achevés, les deux derniers ne correspondant qu’à des ébauches. Enfin, composée à l’âge de vingt ans, la Sonate inachevée D571, rêveuse et hors du temps, ne comporte qu’un seul mouvement. Tout au long de cet enregistrement Matteo Fossi nous donne à entendre une interprétation remarquable contrastée et limpide nimbée d’une sombre clarté où la brillance du pianisme ne se départit jamais de cette ineffable mélancolie schubertienne.
Patrice Imbaud

Franz LISZT (1811-1886). Metanoia. Piano Works : Après une lecture du Dante. Ballades. Vallée d’Obermann. Consolations. Béatrice Berrut, piano. 1 CD Aparté : AP 137. TT : 73’20.

Après un premier disque « Lux Aeterna » consacré à Bach, voici le deuxième opus discographique de la pianiste suisse, Béatrice Berrut, tout entier consacré à Franz Liszt dont elle nous livre, ici, un florilège d’œuvres célèbres pour piano, regroupées sous le terme Metanoia, référence psychanalytique évoquant le parcours spirituel du compositeur hongrois, difficile chemin initiatique de l’ombre vers la lumière qui le conduira de la carrière de compositeur et pianiste virtuose à celle d’abbé. Un chemin où cohabitent les contraires, le Bien et le Mal, où la musique s’affirme comme consolation et la souffrance comme source d’inspiration créatrice…Un programme dense comprenant Après une lecture du Dante, fantasia quasi sonata, composée en 1849, intégrée au second volume des Années de pèlerinage (Italie. 1856) inspirée de la Divine Comédie, s’organisant autour de deux thèmes principaux où s’expriment les lamentations des âmes en Enfer et la joie du Paradis. Les Ballades n° 1 & 2, la première datant de 1845-1849 alors que Liszt venait de se séparer de Marie d’Agout, la seconde écrite en 1853. Vallée d’Obermann, extraite du premier volume des Années de pèlerinage (Suisse. 1855) d’inspiration très romantique sous forme d’une longue méditation métaphysique oscillant entre déchainement sombre et sérénité. Enfin Consolations, un ensemble de six petites pièces fameuses (1844-1850) concluent ce magnifique album sur une sérénité intimiste quasi religieuse où transparait une certaine mélancolie comme un hommage à Chopin récemment disparu. Un deuxième disque qui n’a rien, par sa qualité, à envier au premier et dont l’excellence pianistique répond parfaitement à l’ambition du programme. Un voyage spirituel guidé par un piano tour à tour véhément ou confident, rageur ou serein, où la virtuosité est constamment au service de l’expressivité et de l’émotion. Un jeu limpide, tantôt rugueux, voire théâtral par instant, tantôt méditatif, intériorisé, d’une sublime douceur et d’une sincérité sans pathos. Un superbe album !
Patrice Imbaud

Cyprien KATSARIS et Etsuko HIROSE, piano, Russian Ballet Transcriptions pour quatre mains et deux pianos Piano 21 P21 056 – N

Les transcriptions pour piano étaient courantes au XIXème siècle, c’était la seule façon de connaître les œuvres pour orchestre des compositeurs. Dans chaque famille de la bourgeoisie, élégante, cultivée et riche, les jeunes femmes apprenaient le piano. Les pianistes amateurs ou même professionnels, grâce à ces arrangements, pouvaient ainsi jouir pleinement des compositions orchestrales par le biais des quatre mains. Cette manière de faire connaître le répertoire continue encore aujourd’hui, de nombreux pianistes aimant jouer à quatre mains. Ici c’est Katsaris et la jeune et talentueuse pianiste Hirose qui proposent des extraits de ballets russes extrêmement connus.
« Les Danses Polovstiennes » de Borodine extraites du « Prince Igor » sont arrangées par l’américaine Ann Pope du duo de pianos Kantorski-Pope ; elle a réalisé de nombreux arrangements pour deux pianos. La suite de « Casse-Noisette » de Tchaikovski a été arrangée par Eduard Langer professeur à l’époque au Conservatoire de Moscou où il eut comme élève Antonia Miliukova la femme du compositeur. Il fit de nombreux arrangements d’œuvres de Tchaikovski. Sergei Rachmaninov a arrangé pour quatre mains « La Belle au Bois Dormant » et Debussy « Le Lac des Cygnes » qu’il écrivit à la demande de la fameuse Madame Von Meck célèbre pour son amitié épistolaire avec Tchaikovski. Le duo propose aussi des arrangements originaux, une première, de « L’Oiseau de Feu » de Stravinsky par le jeune compositeur grec, chef d’orchestre et pianiste Achilleas Wastor ; Davidovitch Gotlieb s’est attelé à la transcription de la danse du sabre du ballet de « Gayaneh » de Khachaturian et Victor Babin, élève de Schnabel, à un extrait de la suite N°1 de ce même ballet. Ce qui est intéressant à l’écoute de ces œuvres, est la diversité des transcriptions où nous ressentons le talent des arrangeurs pour ces compositions si connues. Écouter « La Belle au Bois Dormant » donne l’impression que c’est une œuvre de Rachmaninov et on oublie que le « Lac des Cygnes » est de Tchaikovsky. L’arrangement de « L’Oiseau de Feu » est très moderne, et « Casse–Noisette » aurait pu être arrangé par le compositeur lui-même. C’est un vrai plaisir et une vraie découverte d’entendre ces « tubes » interprétés par ces deux pianistes remarquables. Voilà un disque produit par Katsaris qui mérite plus qu’une écoute amusée. C’est un bel exercice pianistique et un vrai plaisir musical.
Stéphane LOISON

MUSIQUE & CINEMA

retour au sommaire

Entretien avec ROMAIN BENITEZ

par Stéphane Loison

Lauréat des Audi Talents Awards 2016 pour la musique à l’image, Romain Benitez a un parcours atypique. Il a la trentaine, très ouvert, chaleureux ; comme ses prédécesseurs il s’est plié avec beaucoup de gentillesse à l’exercice de l’interview à deux pas de la galerie d’Audi Talents qui offre des manifestations tout le long de l’année.

Comment êtes-vous venu à la musique de film ?

Très progressivement, il n’y a pas eu de révélation particulière en regardant des films, je suis musicien depuis l’âge de dix ans, j’ai une formation de batteur ; Stuart Copland du groupe Police me fascinait, je n’avais pas la culture jazz, plus pop, mais quand j’écoute les rythmiques de Miles Davis je suis fan ; je ne mets pas de nom sur ses musiciens, j’apprécie aussi Tony Allen, c’est toute mon adolescence, ainsi que tous ces batteurs afros.

Cette batterie vous l’avez apprise tout seul ? Non, c’est le seul instrument que j’ai appris avec un prof.

Vous aviez monté des groupes ? À ce moment là j’étais au collège et peu de gens avaient la même vision de la musique que moi, j’étais attiré par les musiques très syncopées, les musiques afro-caribéennes, le reggae, la musique jamaïcaine, le ska, ce sont des musiques très complexes, j’avais fait un mémoire sur ces musiques.

Vous avez fait des études musicologiques ? Oui, à Marne-la-Vallée, cela s’appelait matériaux sonores, très orientés musiques concrètes, mais à la base on apprenait la musique du Moyen Âge, de la renaissance, etc., etc.

Et la batterie dans tout cela ? Je n’en faisais plus trop car j’étais passé à la basse, l’instrument que je maîtrise le mieux ! C’est vraiment la colonne vertébrale du reggae.

Je suppose qu’à cette époque vous aviez eu des groupes ? Oui bien sûr, le premier c’était à 17 ans, le Crazy Cow ! Le guitariste était un fan de métal et le batteur aimait les rythmes afro, brésilien, je chantais aussi ; après il y a eu le vrai groupe avec lequel j’ai tourné, Nomas. C’était de 2004 à 2008, nous avons joué dans de belles salles comme l’Elysée Montmartre.

A vingt ans on sait ce que l’on veut faire ? Pas trop, de plus j’étais d’une timidité maladive et sur scène j’avais un torticolis car je n’osais pas croiser un seul regard !

Vous composiez ? Oui, mais j’étais toujours influencé par ce que j’écoutais, je n’arrivais pas à prendre de la distance, c’était très compliqué, je m’enfermais, je voulais composer de la musique, ce n’est que très récemment que je me suis cultivé musicalement, m’imposant d’écouter chaque jour des musiques nouvelles.

Je suppose que vous écoutiez de la musique classique ? Dès 18 ans avec mes cours de musicologie j’étais dedans !

Qu’aimiez-vous ? Bach est très important mais ce n’est pas celui que j’écoute spontanément, j’apprécie la musique à partir de Beethoven même si ce n’est pas celui que je préfère, j’aime Chopin, Liszt…

Les romantiques ? Les post romantiques aussi, l’École française avec Debussy, Saint Saëns, Satie,

Cela vous a permis à comprendre la composition ? J’ai eu des cours d’orchestration, d’arrangement, je sais comment ça marche, mais j’ai toujours tout fait à l’oreille, c’est un gros travail de mémoire.

Vous êtes comme un autodidacte ? Oui totalement, je n’ai jamais eu de cours d’écriture ; harmoniser je ne sais pas le faire ; quand nous avions des devoirs sur table et qu’il fallait harmoniser une partition, j’étais nul !

Peut-être que cela ne vous intéressait pas ? Peut-être, mais c’est un regret, c’est la bêtise de la jeunesse, parce que maintenant cela m’aiderait pas mal,

Ce n’est pas trop tard. Non, mais je m’entoure de très grands musiciens qui font le travail à ma place ; par exemple le trompettiste Fabrice Martinez pour le morceau que j’ai écrit en hommage à Spike Lee m’a demandé les partoches. Je lui ai dit que je n’en avais pas, je lui ai joué la musique au piano et il se l’est appropriée.

Vous jouez du piano ? Oui, un petit peu ainsi que de la guitare

Alors comment composez-vous ? Beaucoup au clavier et je séquence énormément, je ne vais pas partir dans un grand lyrisme.

L’ordinateur est alors important pour vous ? Oui, je pourrais faire sans, mais c’est plus compliqué parce qu’il faudrait compiler toutes les infos ; l’avantage de l’ordi est que dès que j’ai une idée, quelque soit l’instrument, je l’enregistre. Je fais mes arrangements comme cela aussi ; parfois je mets deux jours pour trouver la mélodie, puis je travaille par séquences parce que je ne sais pas écrire. Quelques fois j’ouvre des cessions que j’enregistre,

Vers quel style de musique voulez-vous vous orienter ? Mon problème est que j’aime toutes les sortes de style, mais ce serait bien que je me spécialise. Ça ne me déplairait pas d’écrire de la musique symphonique comme la musique de film mais aussi de la musique de variétés style funk, soul, jazz.

Vous EN êtes encore à vos balbutiements ? Totalement je ne suis pas encore arrivé à maturité.

Lorsque vous étiez plus jeune y-avait-il des musiques qui vous ont frappé ? Enfant, j’étais bercé par les musiques des films de Spielberg, par les compositions de Williams ; à dix ans je regardais « Jurassic Park » ; à cet âge, je ne regardais pas la télé, je ne jouais pas trop aux jeux vidéo, il n’y avait que la musique qui me passionnait.

Baignez-vous dans un environnement musical ? Mon grand père était saxophoniste et clarinettiste à l’Orchestre de Madrid sous Franco. Il a dû fuir le régime, cela a été pour lui un traumatisme ; il a un peu joué pour quelques chanteurs français mais il a terminé sa vie sur un chantier ; mon père était amateur de musique, très rock seventies.

D’où votre fascination pour Police ? Non, il n’écoutait pas forcément le groupe mais il avait un CD « Ghost into the Machine » c’est comme cela que j’ai découvert Police, lui c’était plus Led Zep, Pink Floyd… On entendait pas de jazz ni de reggae à la maison…

Et pas de musique de film ? Non je l’entendais dans les films. Je détestais ce que faisait Michel Legrand ! Il me met mal à l’aise…

Comment êtes-vous arrivé sur le concours Audi, c’est la deuxième fois que vous le présentez ? C’est un exercice qui m’amusait ; je n’avais pas fait d’études de musique comme beaucoup de compositeurs, comme Thomas Karagiannis. Me présenter aux Audi Awards, m’obligeait travailler, je suis arrivé comme ça, assez bêtement.

En 2013, vous êtes arrivé en finale qu’aviez-vous présenté ? C’était très électro.

Qui avait eu le prix ? Laurent Graziani ! Un hard Rocker !

C’est question de jurés je pense. Et cette année pour gagner vous leur avez proposé une nouvelle forme musicale ? C’était pop électro différent, moins technique, avec plus d’émotion.

Ce n’est pas votre culture au départ? J’y suis arrivé plus tard, après ma culture jamaïcaine, mais je suis un grand admirateur de cette vague électro française de Laurent Garnier en passant par Daf Punk, Air. Au fur et à mesure je me suis intéressé à ce monde là, je suis remonté loin vers la scène de Detroit, Chicago, George Clinton, les précurseurs, mais dans mes études j’ai écouté aussi de Steve Reich, Phil Glass, Ligeti, Messiaen, tout est bon à prendre…

Pouvez-vous vous définir par rapport à la musique que vous aimez inventer ? Ce que j’aime faire, quand ce n’est pas une commande, c’est prendre des sons et les travailler. L’ordinateur peut être un art, ce n’est pas qu’un enregistreur, avec une note on peut faire mille choses.

En tant que lauréat, vous devez écrire des musiques ? Oui, une quinzaine de musiques pour leurs films institutionnels

Ce prix est une bonne carte de visite ! Oui, car aujourd’hui on m’appelle !

Comment gagnez-vous votre vie ? Dernièrement j’ai fait un gros coup, une musique pour une boîte de cosmétique, je n’ai pas le droit d’en parler… Je me suis fait la main même si j’ai dû faire des concessions, puis j’ai composé quelques musiques par ci par là, une pour le Festival de carnettistes ! C’est un gros festival de dessinateurs.

Pour la vidéo-hommage aux musiques de Terence Blanchard des films de Spike Lee, vous avez composé une musique très réussie, vous pouvez nous en parler ? Là aussi c’était très séquentiel En fait il y a eu des approches totalement différentes; d’abord la composition des thèmes, il fallait de la trompette, du jazz hard bop assez cool, j’ai travaillé avec Fabrice Martinez. C’était une musique très new-yorkaise, même si Blanchard est originaire de la Nouvelle Orléans. J’ai écrit quatre thèmes et puis il y avait de la musique transition, un peu plus cinéma, j’ai été un peu frustré parce qu’il a fallu couper très sec dans les musiques, le film a été raccourci, j’aime quand les musiques se résolvent d’elles-mêmes

En vous écoutant, je me pose la question, à savoir, si vous avez vraiment envie de faire de la musique de film ! Oui, pas comme celles qu’on entend dans la plupart des grosses productions ; sans tomber dans l’expérimental, j’aimerais qu’il y ait un concept ; au niveau musical je suis plus attiré en ce moment à ce que fait Chassol avec son projet d'harmoniser les bruits et les sons de la rue, dans un genre qu'il qualifie d'« ultrascore », c’est un fan de Reich je pense.

Et quel est le projet que vous avez proposé à Audi en tant que lauréat cette année ? Quand j’étais en musicologie, il y avait un style particulier que j’aimais dans la musique de répertoire, c’était la symphonie ; il y a des tableaux, c’est formaté, j’ai eu envie de proposer une symphonie ; mais je n’ai pas les armes pour le faire, alors je me suis dit comment reprendre les standards d’une symphonie et de les adapter à quelque chose de plus moderne, en partant de l’électro mais sans faire du Vangelis ? Je ne veux pas remplacer des violons par des synthés, ne pas faire des nappes, je trouve cela ridicule, je veux utiliser les sons pour ce qu’ils sont et les mélanger avec de vraies cordes. Cette composition durera 20 minutes. J’espère la présenter l’année prochaine sur scène quelque part !

Au plaisir de l’entendre !

https://vimeo.com/67804318

Galerie Audi Talents
23 rue du roi de Sicile
75004 Paris
auditalentsawards.fr

ACTUALITE MUSIQUE & CINEMA

Le Fantôme de l’Opéra (1925)

Le 3 février 2017 à 20h30
Pavillon Baltard – Nogent sur Marne
Un film Rupert Julian avec Lon Chaney ciné-concert de l’Octuor de France.

Orchestral Memories

Le 4 février 2017 à 20h
Pleyel Paris
Musique from Bandai Namco Games (Dark Souls, God eater, Tekken, Soulcalibur,Ace Combat, Pac Man….

Tribute to John Williams

Le 18 février 201
Grand Rex Paris
Musique de Star Wars de I à VII et Harry Potter de I à III

CDs MUSIQUE & CINEMA

A SUMMER STORY

Réalisateur : Piers Haggard
Compositeur : Georges Delerue
Music Box MBR-108

En se promenant dans la campagne anglaise, Frank Ashton, un jeune londonien, rencontre Megan David, une jeune paysanne. Le destin apparemment tout tracé de Megan, promise à Joe le fils aîné de madame Narracombe, va bifurquer ce jour-là. La jeune fille tombe immédiatement sous le charme de l'élégance naturelle de Frank. Au terme d'une journée passée en compagnie l'un de l'autre, Frank et Meg décident de ne plus se séparer. Mais avant de revenir la chercher, Frank doit aller régler une affaire en ville... Le film est réalisé en 1988 par Piers Haggard (Venin, Le Complot Diabolique…) et interprété par Imogen Stubbs (Raison et sentiments), James Wilby (Chambre avec vue, Maurice) et Susannah York (Tom Jones, On achève bien les chevaux). Comme souvent chez Delerue, le thème principal romantique est empreint d'un lyrisme et d’une délicatesse de toute beauté, et retranscrit avec les différentes sections de l'orchestre les classes opposant les deux protagonistes de l'histoire. La gravité des cordes met l’accent sur cette relation impossible entre Frank et Megan. L'utilisation des bois dépeint le quotidien bucolique qui aère une partition tragique à la sensibilité exacerbée.
https://www.youtube.com/watch?v=pYCSU6Kqt7E
Stéphane Loison

ASSASSIN’S CREED

Réalisateur : Justin Kurzel
Compositeur : Jed Kurzel
Decca

Grâce à une technologie révolutionnaire qui libère la mémoire génétique, Vallum Lynch revit les aventures de son ancêtre Aguilla, dans l’Espagne du XVe siècle. Alors que Callum découvre qu’il est issu d’une mystérieuse société secrète, les Assassins, il va assimiler les compétences dont il aura besoin pour affronter, dans le temps présent, une autre redoutable organisation : l’ordre des Templiers.
La mode aujourd’hui, par manque d’idée des producteurs hollywoodiens, est de faire des adaptations des jeux vidéo pour attirer un public plus large et plus jeune mais cette clientèle aime être le maître du jeu et ici on lui impose une vision réductrice d’un jeu qu’elle connaît par cœur. Ne reste qu’un ersatz. Les scènes d’époque ne sont que des scènes de combats, des courses-poursuites répétitives. Kurzel se complaît à filmer en accéléré des yamakazis qui passent de toits en toits en faisant des passes d’armes un peu confuses dans de superbes décors virtuels. On est quand même impressionné par sa virtuosité de la mise en scène de ces actions ; c’est là qu’il se sent le plus à l’aise ; hélas son frère nous impose une musique pléonastique, tonitruante, qui nous fait regretter, un comble, Zimmer !
Le film se laisse quand même regarder sans déplaisir si on a gardé une âme d’ado ! Il y a quand même un message en filigrane, dérangeant par les temps qui courent : les Templiers étaient des salauds de chrétiens qui passaient leur temps à tuer les bons arabes. Une musique à éviter. On se souvient que pour « Macbeth » la musique était originale, ce devrait être le cas pour toutes les BO !
https://www.youtube.com/watch?v=VwLN6HbRIPo&list=PLs-5-Eq77CdfBCkjqUqWWwRiTtkuA79sh
Stéphane Loison

RESIDENT EVIL THE FINAL CHAPTER

Réalisateur : Paul W.S. Anderson
Compositeur : Paul Haslinger
Milanmusic 399878-2

Sixième et dernier volet de la série de films qui s’inspiraient du jeu vidéo. À la suite des précédents évènements l'humanité vacille après qu'Alice a été trahie par Albert Wesker. En tant que dernière survivante de ce qui devrait être le dernier rempart de l'humanité face aux hordes de zombies, Alice doit retourner là où le cauchemar a commencé, à Raccoon City où Umbrella Corporation rassemble ses forces pour un dernier assaut sur les derniers survivants de l'Apocalypse. Entre la perte de ses pouvoirs et les attaques d'Umbrella, ce sera l'aventure la plus difficile d'Alice tandis qu'elle se bat pour sauver l'Humanité, à un souffle de l'oubli. Alors, sauvera-t-elle l’humanité ? Paul W.S. Anderson doit aimer les zombies ainsi que sa femme la belle Jeannes d’Arc Mila Jovovich ; par contre pour chaque film Anderson change de compositeur. Il va de Beltrami à Haslinger en passant pas Jeff Danna ou Tomandandy un groupe américain de musique électronique. Paul Haslinger lui aussi compose de la musique électronique qu’il joue dans le groupe Tangerine Dream celui des années 90 qui n’a plus rien à voir avec le groupe d’origine, un groupe de zombies en définitif ! Le disque se laisse écouter si on aime ce genre de musique allemande qui convient parfaitement à la légèreté de la mise en scène d’Anderson et du sujet ! I’m Alice and it’s my story susurre la belle et totalement refaite Mila, une vraie zombie elle aussi !
https://www.youtube.com/watch?v=E7ywkgtwGaE
Stéphane Loison

PASSENGERS

Réalisateur : Morten Tildum
Compositeur : Thomas Newman
SonyClassical 88985359512

Alors que 5 000 passagers endormis pour longtemps voyagent dans l’espace vers une nouvelle planète, deux d’entre eux sont accidentellement tirés de leur sommeil artificiel 90 ans trop tôt. Jim et Aurora doivent désormais accepter l’idée de passer le reste de leur existence à bord du vaisseau spatial. Alors qu’ils éprouvent peu à peu une indéniable attirance, ils découvrent que le vaisseau court un grave danger. La vie des milliers de passagers endormis est entre leurs mains… Décors sympas, costumes sympas, acteurs sympas, scénario sympa, musique sympa, réalisation sympa, en fin de compte tout est bof, manque un petit Alien à bord !
https://www.youtube.com/watch?v=3UpbecwRH6s&list=PLh4Eme5gACZHYBwAXpdftfisNozTeLTjP
Stéphane Loison

LION

Réalisateur : Garth Davis
Compositeurs : Dustin O’Halloran et Hauschka (aka Volker Bertelmann)
Sony 88985400442

Une incroyable histoire vraie : à 5 ans, Saroo se retrouve seul dans un train traversant l’Inde qui l’emmène malgré lui à des milliers de kilomètres de sa famille. Perdu, le petit garçon doit apprendre à survivre seul dans l’immense ville de Calcutta.
Après des mois d’errance, il est recueilli dans un orphelinat et adopté par un couple d’Australiens. Vingt-cinq ans plus tard, Saroo est devenu un véritable Australien, mais il pense toujours à sa famille en Inde. Armé de quelques rares souvenirs et d’une inébranlable détermination, il commence à parcourir des photos satellites sur Google Earth, dans l’espoir de reconnaître son village. Mais peut-on imaginer retrouver une simple famille dans un pays d’un milliard d’habitants ? Et la musique dans ce drame ? D’abord une sorte de tube chanté par Sia « Never Give up » et des compositions de Dustin O’Halloran et Hausschka. O’Halloran avait composé cette musique insupportable pour le film lui aussi insupportable « Marie Antoinette » de Sofia Coppola. Cet américain est le fondateur d’un groupe pop Devics. On retrouve dans son style des musiques qui vont de Morricone à Phil Glass, donc très diverses et souvent peu originales. Volker Bertelmann lui aime le piano préparé, la musique de répertoire d’aujourd’hui ; il fait des expériences intéressantes sous le nom de Hauschka. Par rapport au film il est difficile de savoir ce qu’ont apporté ces deux compositeurs ; le résultat est intéressant par rapport au drame. On passe de morceaux d’une grande simplicité au piano, à la guitare, à des compositions aux structures sonores électro-acoustiques plus complexes. Le disque s’écoute.
https://www.youtube.com/watch?v=0NMPt7K9ZRs
Stéphane Loison

ROGUE ONE

Réalisateur : Gareth Edwards
Compositeur : Michael Giacchino
Walt Disney Records

C’est une chance que Giacchino ait composé la musique de ce film ! Il était l’homme de la situation. Il est le digne successeur des compositeurs comme Goldsmith, ou Williams. « Mission Impossible III », les « Star Treck », « Super 8 » de J. J. Abrams, les films d’animation tels que « Indestructibles », « Ratatouille », « Là-Haut », on ne compte plus les superbes BO qu’il a réalisées. À l’écoute de la musique seule c’est aussi prenant que pendant le déroulement du film. Il faut dire qu’avec « Rogue One », il a réussi, ainsi qu’Edwards, à retrouver la force des premiers Star Wars ! Avec quelques réminiscences à l’image et à la musique de la première série, on ne peut que prendre du plaisir ; voilà une fois de plus une musique qui sert le propos d’un film et qui nous emporte à la seule écoute du CD.
https://www.youtube.com/watch?v=ZM-XAtAeYBY&list=PLzFg1I9Qhy5w0Of8DSazCXGjTPyn6K-NW
Stéphane Loison

AMERICAN PASTORAL

Réalisateur : Arnaud Sélignac
Compositeur : Alexandre Desplat
Sony 88985389682

L’Amérique des années 60. Autrefois champion de sport de son lycée, Seymour Levov, dit « le Suédois », est devenu un riche homme d’affaires marié à Dawn, ancienne reine de beauté. Mais les bouleversements sociopolitiques de l’époque font bientôt irruption dans la vie bourgeoise, en apparence idyllique, de Seymour. Lorsque sa fille adorée, Merry, disparaît après avoir été accusée d’acte terroriste, il part à sa recherche pour que sa famille soit de nouveau unie. Profondément ébranlé par ce qu’il découvre, il doit affronter le chaos qui secoue la société américaine et qui pose les bases d’un nouveau monde. La vie de famille ne sera plus jamais la même… Adapté d'un roman de Philip Roth, ce drame familial est poignant. Il est magistralement interprété par Jennifer Connelly. Alexandre Desplat nous livre une belle musique, assez inspirée, minimaliste, très américaine, qui convient au sujet. On est plus sensible aux orchestrations qu’aux compositions proprement dites ; si Desplat est assez présent il faut aussi souligner qu’il est accompagné par ses fidèles orchestrateurs tels que les excellents Jean-Pascal Beintus et Silvain Morizet. À quand les compositions originales de Jean-Pascal Beintus ? Les réalisateurs sont vraiment en manque d’inspiration. Pour le CD, l’écoute seule est plus difficile car les morceaux sont assez courts ; on retrouve la patte des compositions de « The Light Between Oceans ». Un disque pour les amateurs de Desplat ou pour ceux qui ont vu le film. À la fin du CD on peut écouter le fameux thème de Mancini et Mercer, Moon River, chanté a capella par Priscilla Ahn.
https://www.youtube.com/watch?v=EzJ6DJDrOvE
Stéphane Loison

THE GREAT WALL

Réalisateur : Zhang Yimou
Compositeur : Ramin Djawadi
Milanmusic 399892-2

Ce blockbuster sino-américain, avec ses batailles de grande envergure se laisse regarder avec un plaisir. On est loin de « La Cité Interdite », ou de « Les secrets des poignards volants ». Peu de dialogue donc pas trop de psychologie, beaucoup d’action, ça vole dans tous les sens, tout est plus plus plus ! La musique de Djawadi est à la hauteur des murs, même si elle n’atteint pas celle de « Game of Thrones » ou « Pacific Rim ». Elle est efficace, elle a du souffle (les chœurs ont des apparences à Horner). On fredonne son thème exotique récurrent en sortant de tous ces bruits, explosions, hurlements des monstres. La BO en CD rend bien l’atmosphère de cette légende. Voilà un bel exemple de rapprochement entre Amérique de Trump et la de Chine de Li Keqiang !
https://www.youtube.com/watch?v=8YQovRYFn-g
Stéphane Loison


retour au sommaire

LA VIE DE L’EDUCATION MUSICALE


Si vous souhaitez promouvoir votre activité, votre programme éditorial ou votre saison musicale dans L’éducation musicale, dans notre Lettre d’information ou sur notre site Internet, n’hésitez pas à me contacter au 01 53 10 08 18 pour connaître les tarifs publicitaires. maite.poma@leducation-musicale.com
Les projets d’articles sont à envoyer à redaction@leducation-musicale.com
Les livres et les CDs sont à envoyer à la rédaction de l’Education musicale : 7 cité du Cardinal Lemoine 75005 Paris



VIENT DE PARAÎTRE

INITIATION À L’HARMONIE ET À L’INTERPRÉTATION À PARTIR DES POLONAISES DE CHOPIN.
VOLUME 1 Les Polonaises de jeunesse en sol mineur et sib majeur.
22.00 €

INITIATION À L’HARMONIE ET À L’INTERPRÉTATION À PARTIR DES POLONAISES DE CHOPIN.
VOLUME 2 Les Polonaises de jeunesse en lab majeur et sol# mineur
22.00 €

Baccalauréat 2017. Épreuve de musique
LIVRET DU CANDIDAT
19 €

DAVID ET JONATHAN, HISTOIRE D'UN MYTHE
Régis COURTRAY (sous la direction de)
EAN/ISBN : 9782701015729
Nb de pages : 400 p
Année : 2010
39.00 €


COLLECTION VOIR ET ENTENDRE

Jean-Marc Déhan et Jacques Grindel ont réalisé, dans les années 1980, collection « voir & entendre », qui s'adressait autant aux collèges et lycées qu'aux conservatoires et écoles de musique. Il nous est apparu que cet outil remarquable pouvait, avec quelques compléments, redevenir un outil pédagogique de tout premier plan. Le parti pris a été de réimprimer à l'identique les fascicules, enrichis d'un court dossier pédagogique. Pour chaque titre, des pistes d'utilisation s'ajoutent à celles déjà mises en lumière dans les partitions elles-mêmes.
Il est possible d'utiliser ces partitions :
- pour la lecture de notes
- pour la lecture de rythmes
- pour la dictée musicale ;
- pour le chant, en faisant chanter et mémoriser les principaux thèmes
- pour la formation de la pensée musicale : les thèmes mémorisés, transposés à l'oreille, donneront lieu, le cas échéant, à des autodictées ;
- pour l'analyse musicale et l'harmonie, avec les analyses fines de J.-M. Déhan et J. Grindel reportées sur la partition
- pour l'histoire de la musique grâce aux textes de présentation ;
- enfin, pour l'écoute raisonnée des œuvres en suivant simplement la partition, quitte à faire porter l'audition sur des éléments précédemment indiqués par le professeur qui pourra adapter ces exercices au niveau de ses élèves.
Mais ces partitions sont également destinées aux amateurs éclairés pour qui la lecture des clés d'ut dans les partitions d'orchestre habituelles, ainsi que le casse-tête des instruments transpositeurs sont souvent des obstacles insurmontables.
Souhaitons que cette réédition permette une meilleure connaissance par tous, jeunes et moins jeunes, futurs professionnels ou amateurs éclairés, de quelques œuvres fondamentales du répertoire.


W.A. Mozart. Symphonie n° 40 (K550)1. Allegro Molto – 3. Menuetto
9 €

A. Borodine. Dans les steppes de l’Asie centrale
9 €

H. Berlioz. Symphonie fantastique 5e mouvement
12 €

J.-S. Bach. Cantate BWV 140« Wachetauf, ruft uns die Stimme »
10,50 €


STOCKHAUSEN JE SUIS LES SONS

Ce livre, que le compositeur souhaitait publier dans sa maison d’édition à Kürten, se propose de présenter les orientations principales de la recherche de Karlheinz Stockhausen (1928-2007) à travers ses œuvres, couvrant sa vie et ouvrant un accès direct à ses écrits. Divers domaines investis par le plus grand inventeur de musique de la seconde moitié du xxe siècle sont abordés : composition de soi à travers les matériaux nouveaux ; découvertes formelles et structures du temps ; musique spatiale ; métaphore lumineuse ; musique scénique ; l’hommage au féminin de l’opéra Montag aus Licht ; Wagner, Stockhausen et le Gesamtkunstwerk, œuvre d’art total. Les témoignages des femmes qui l’ont accompagné dressent un portrait vif et saisissant de l’homme, artiste génial qui aimait plus que tout la musique et la recherche compositionnelle au nom du progrès de l’être humain...(suite)

ANALYSES MUSICALES XVIIIè SIECLE - Tome 1

L’imbroglio baroque de Gérard Denizeau

BACH
Cantate BWV 104 Actus tragicus : Gérard Denizeau - Toccata ré mineur : Jean Maillard - Cantate BWV 4: Isabelle Rouard - Passacaille et fugue : Jean-Jacques Prévost - Passion saint Matthieu : Janine Delahaye - Phœbus et Pan : Marianne Massin - Concerto 4 clavecins : Jean-Marie Thil - La Grand Messe : Philippe A. Autexier - Les Magnificat : Jean Sichler - Variations Goldberg : Laetitia Trouvé - Plan Offrande Musicale : Jacques Chailley

COUPERIN
Les barricades mystérieuses : Gérard Denizeau - Apothéose Corelli : Francine Maillard - Apothéose de Lully : Francine Maillard

HAENDEL
Dixit Dominus : Sabine Bérard - Water Music : Pierrette Mari - Israël en Egypte : Alice Gabeaud - Ode à Sainte Cécile : Jacques Michon - L’alleluia du Messie : René Kopff - Musique feu d’artifice : Jean-Marie Thill -

LE NOUVEL OPERA

Publié l'année même de son ouverture, cet ouvrage raconte avec beaucoup de précisions la conception et la construction du célèbre bâtiment. Le texte est remis en pages et les gravures mises en valeur grâce aux nouvelles technologies d'impression.

LEOS JANACEK, JEAN SIBELIUS, RALPH VAUGHN WILLIAMS - UN CHEMINEMENT COMMUN VERS LES SOURCES

Pour la première fois, le Tchèque Leoš Janácek (1854-1928), le Finlandais Jean Sibelius (1865-1957) et l'Anglais Ralph Vaughan Williams (1872-1958) sont mis en perspective dans le même ouvrage. En effet, ces trois compositeurs - chacun avec sa personnalité bien affirmée - ont tissé des liens avec les sources orales du chant entonné par le peuple. L'étude commune et conjointe de leurs itinéraires s'est avérée stimulante tant les répertoires mélodiques de leurs mondes sonores est d'une richesse émouvante. Les trois hommes ont vécu pratiquement à la même époque. Ils ont été confrontés aux tragédies de leur temps et y ont répondu en s'engageant personnellement dans la recherche de trésors dont ils pressentaient la proche disparition. (suite).

LA RECHERCHE HYMNOLOGIQUE

En plein essor à l'étranger, particulièrement en Allemagne, l'hymnologie n'a pourtant pas encore acquis ses titres de noblesse en France. Dans l'esprit de la collection « Guides musicologiques », cet ouvrage se veut une initiation méthodologique. Il comprend une approche de l'hymnologie se rattachant à la musicologie historique et à la théologie pratique, et résume l'historique de la discipline. Pratique et documentaire, il offre aussi de précieuses indications : un large panorama des institutions et centres de recherche, un glossaire conséquent ou les mots clés. et les entrées sont accompagnés de leur traduction en plusieurs langues, et une bibliographie très complète (431 titres) tenant compte du tout dernier état de la question. Outil de travail indispensable, ce livre s'adresse aussi bien aux musicologues, aux théologiens, traducteurs et chercheurs, qu'aux organistes, maîtres de chapelle, chanteurs, et bien entendu, aux hymnologues.

JOHANN SEBASTIAN BACH - CHORALS

Ce guide s’adresse aux musicologues, hymnologues, organistes, chefs de chœur, discophiles, mélomanes ainsi qu’aux théologiens et aux prédicateurs, soucieux de retourner aux sources des textes poétiques et des mélodies de chorals, si largement exploités par Jean-Sébastien Bach, afin de les situer dans leurs divers contextes historique, psychologique, religieux, sociologique et surtout théologique. Il prend la suite de La Recherche hymnologique (Guides Musicologiques N°5), approche méthodologique de l’hymnologie se rattachant à la musicologie historique et à la théologie pratique dans une perspective pluridisciplinaire. Nul n’était mieux qualifié que James Lyon : sa vaste expérience lui a permis de réaliser cet ambitieux projet. Selon l’auteur : « Ce livre est un USUEL. Il n’a pas été conçu pour être lu d’un bout à l’autre, de façon systématique, mais pour être utilisé au gré des écoutes, des exécutions, des travaux exégétiques ou des cours d’histoire de la musique et d’hymnologie. » (suite)

LES 43 CHANTS DE MARTIN LUTHER

Cet ouvrage regroupe pour la première fois les 43 chorals de Martin Luther accompagnés de leurs paraphrases françaises strophiques, vérifiées. Ces textes, enfin en accord avec les intentions de Luther, sont chantables sur les mélodies traditionnelles bien connues. Aux hymnologues, musicologues, musiciens d'Eglise, chefs, chanteurs et organistes, ainsi qu'aux historiens de la musique, des mentalités, des sensibilités et des idées religieuses, il offrira, pour chaque choral ou cantique de Martin Luther, de solides commentaires et des renseignements précis sur les sources des textes et des mélodies : origine, poète, mélodiste, datation, ainsi que les emprunts, réemplois et créations au XVIè siècle... (suite)

LES AVATARS DU PIANO

Mozart aurait-il été heureux de disposer d'un Steinway de 2010 ? L'aurait-il préféré à ses pianofortes ? Et Chopin, entre un piano ro- mantique et un piano moderne, qu'aurait-il choisi ? Entre la puissance du piano d'aujourd'hui et les nuances perdues des pianos d'hier, où irait le cœur des uns et des autres ? Personne ne le saura jamais. Mais une chose est sûre : ni Mozart, ni les autres compositeurs du passé n'auraient composé leurs œuvres de la même façon si leur instrument avait été différent, s'il avait été celui d'aujourd'hui. Mais en quoi était-il si différent ? En quoi influence-t-il l'écriture du compositeur ? Le piano moderne standardisé, comporte-t-il les qualités de tous les pianos anciens ? Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? Qui a raison, des tenants des uns et des tenants des autres ? Et est-ce que ces questions ont un sens ? Un voyage à travers les âges du piano, à travers ses qualités gagnées et perdues, à travers ses métamorphoses, voilà à quoi convie ce livre polémique conçu par un des fervents amoureux de cet instrument magique.

CHARLES DICKENS, LA MUSIQUE ET LA VIE ARTISTIQUE A LONDRES A L'EPOQUE VICTORIENNE

Au travers du récit que James Lyon nous fait de l’existence de Dickens, il apparaît bien vite que l’écrivain se doublait d’un précieux défenseur des arts et de la musique. Rares sont pourtant ses écrits musicographiques ; c’est au travers des références musicales qui entrent dans ses livres que l’on constate la grande culture musicale de l’écrivain. Il se profilera d’ailleurs de plus en plus comme le défenseur d’une musique authentiquement anglaise, forte de cette tradition évoquée plus haut. Et s’il ne fallait qu’un seul témoignage enthousiaste pour décrire la grandeur musicale de l’Angleterre, il suffit de lire le témoignage de Berlioz (suite)


Les analyses musicales de L'Education Musicale

retour au sommaire