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Catégorie : Interviews

Quel a été votre parcours avant de rejoindre Accentus ?

 

J’ai commencé à apprendre le violoncelle à l’âge de six ans.  À dix-huit ans, je me suis mise au chant et j’ai intégré le Jeune Chœur de Paris, où j’ai chanté jusqu’à mes vingt-cinq ans.  En parallèle, j’ai suivi des études théâtrales à l’Université de la Sorbonne Nouvelle.  Je n’avais pas le caractère pour devenir intermittente du spectacle, j’avais besoin de stabilité.  En 2001 et 2002, j’ai donc été assistante de formation et de production à la maîtrise du Centre de musique baroque de Versailles.  J’ai ensuite été chargée de formation et de production du Jeune Chœur de Paris, avant de devenir, en 2006, coordinatrice artistique et pédagogique d’Accentus.  Avec le recul, je remarque que les questions pédagogiques ont toujours été importantes pour moi.  En Licence, j’avais ainsi monté une troupe pour promouvoir le théâtre contemporain dans les lycées.

 

 

 

En quoi consiste votre poste de coordinatrice artistique et pédagogique ?

 

Le poste se partage en deux fonctions. D’un côté, j’assiste Loïc Lachenal, notre délégué artistique, et de l’autre, je m’occupe des actions culturelles.  Avant ma prise de fonctions, celles-ci n’étaient que très peu développées. Il y avait eu quelques demandes, notamment de la part d’un responsable des Hauts-de-Seine qui souhaitait des ateliers pédagogiques dans les écoles, et de la part de la Maison de Solenn, une structure de l’hôpital Cochin qui traite des pathologies adolescentes.  C’était donc à moi de lancer ce vaste chantier ! Je recherche par ailleurs les sources de financement de ces actions culturelles, notamment dans le cadre du mécénat privé (la Fondation Orange nous apporte ainsi un soutien considérable).

 

 

 

Quelles sont les différentes actions culturelles proposées par Accentus ?

 

Il y a différents types d’ateliers.  Nous proposons une initiation à la musique polyphonique, où, pendant une heure, les enfants découvrent les différentes tessitures de la voix, encadrés par quatre chanteurs d’Accentus.  Au bout de la séance, les enfants arrivent à chanter une mélodie en quatuor vocal. Les pièces travaillées doivent être relativement faciles rythmiquement et d’un ambitus pas trop large (les enfants ne peuvent pas chanter au-dessus du mi).  Le répertoire va ainsi de l’Ave verum corpus de Mozart à des chants de Milhaud en passant par des Lieder de Brahms.  À côté de cela, nous proposons également une initiation à la musique contemporaine, basée sur le jeu vocal du compositeur Guy Reibel.  C’est un outil formidable qui permet de faire découvrir aux enfants les techniques propres au langage contemporain, depuis les bruits de souffle jusqu’aux cris en tous genres.  Différents chanteurs d’Accentus ont été formés à cette méthode et interprètent, en guise d’exemples, les Récitations d’Aperghis ou la Sequenza III de Berio.  Il y a aussi un atelier consacré aux voix de femmes, encadré par deux chanteuses.

 

 

 

Dans quel cadre proposez-vous ces actions jeune public ?

 

Nous sommes associés avec l’Éducation nationale.  À Paris, nous travaillons avec différents établissements du XIe arrondissement, classés en Zone d’Éducation Prioritaire.  L’avantage est de pouvoir suivre les élèves sur trois ans, du CM2 à la Cinquième, ce qui permet de développer une approche graduée de la voix.  Dans le cadre de notre conventionnement avec l’Opéra de Rouen, nous faisons aussi une tournée, avec différents ateliers, en Haute-Normandie.  En outre, nous nous intéressons aux écoles de musique. Nous avons créé un atelier spécifique destiné aux élèves instrumentistes.  L’idée est de les faire chanter et de leur montrer, par exemple, toute l’importance de la respiration.  Nous allons ainsi plus loin en technique vocale que ce qui est généralement proposé dans les cours de formation musicale.

 

 

 

Quelles sont les retombées de vos actions ?

 

Il y a des retombées sympathiques : nous recevons des dessins et de petits mots de la part des enfants.  Une classe s’est même amusée à écrire un roman policier, dans lequel Laurence Equilbey disparaissait le jour du concert.  Il fallait à tout prix la retrouver ! Ces actions enrichissent assurément le développement personnel de l’enfant.  Mais nous sommes à présent en train de mettre en place un système pour mesurer les retombées de manière plus précise.

 

 

 

Vos actions ne concernent pas que les enfants…

 

Nous formons également les professeurs d’école pour qu’ils préparent au mieux le terrain où nous allons encadrer un atelier.  Mais surtout, nous développons un grand nombre d’actions en milieux « empêchés ».  Nous travaillons ainsi en collaboration avec le CHU de Rouen.  Nos actions concernent notamment le service de pédo-psychiatrie, dans lequel sont traités en particulier les anorexiques.  Notre but est de montrer comment la voix peut constituer un outil pour se réapproprier son corps. Nous sommes aussi présents dans le service de rééducation des personnes âgées.  Nous réfléchissons actuellement à mener des actions envers les aveugles, d’autant que l’un des chanteurs d’Accentus, Bertrand Bontoux, est lui-même malvoyant.  Et nous essayons aussi de développer des projets en prison ainsi qu’un ancrage permanent dans un quartier parisien, nous permettant d’agir auprès des différentes tranches d’âge.  Au total, en 2008-2009, ce sont pas moins de 150 ateliers qui sont proposés, du CP aux maisons de retraite.

 

 

 

Continuez-vous personnellement à chanter ?

 

Je fais partie du Chœur de l’Orchestre de Paris – nous venons ainsi de donner la Messe en ut mineur de Mozart sous la direction de Paavo Järvi.  Je revendique l’idée qu’il est important, à un poste comme le mien, de garder un lien avec la pratique.  Cela me permet de savoir ce que je peux ou non demander à un chanteur, lors d’une action culturelle.

 

 

Atelier d’initiation à la polyphonie, Opéra de Rouen