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Catégorie : Interviews

Laurence Renault Lescure : L'église Saint-Roch a une belle histoire…

 

 

 

Françoise Levéchain-Gangloff : C'est Louis XIV qui, avec sa mère Anne d'Autriche, pose la première pierre de l'église à l'emplacement d'une ancienne chapelle. L'idée était d'avoir non loin du Louvre un lieu voué à la fois à la vie spirituelle et artistique. L'église va être construite en plusieurs étapes et ne sera terminée qu'en 1755 donc bien après la mort de Louis XIV. Sur les bases de l'ancienne chapelle on a jeté les plans d'une petite église, cette petite église a brulé, on l'a reconstruite puis elle s'est vu attribuer des adjonctions à plusieurs reprises au fur et à mesure que le quartier prenait de l'ampleur. Elle changera même de sens !

 

Zone de Texte: Les plans de la première église ont été confiés à Jacques Lemercier premier architecte du roi louis XIII et du cardinal Richelieu, mais il est mort un an après la pose de la première pierre.

 

Un curé, Jean Baptiste Marduel (1749-1789) s'est complètement investi dans son église. Durant quarante années il a surveillé l'évolution des travaux et particulièrement de la décoration. Ce furent des travaux considérables. Marduel a demandé la participation des meilleurs artistes de l'époque. Jules Hardouin-Mansart, Étienne Louis Boullée, Étienne Marie Falconnet, Robert de Cotte, Gabriel François Doyen, Simon Challe… C'est impressionnant le nombre d'architectes de peintres et de sculpteurs qui ont travaillé à Saint Roch ! Les travaux ont été interrompus plusieurs fois pour des problèmes de financement. En 1719, ils ont pu reprendre grâce au don généreux d'un banquier anglais qui finança la toiture, la façade et l'aménagement intérieur.

 

 

 

 

 

 

Aujourd'hui Saint Roch est considérée comme l'une des trois grandes églises baroques de Paris. La plus grande aussi; mais ce n'est pas le baroque exubérant de l'Allemagne ou de l'Espagne, elle est de style très sobre dans ses grandes lignes.

 

 

 

LRL : Parlez-nous de l'orgue.

 

 

 

 

 

 

FLG : Le grand orgue est construit par Henri Lesclop qui meurt avant de le terminer. Sa veuve confie la tâche à Louis Alexandre Clicquot (le premier du nom). L'orgue sera terminé en 1755. Il est considéré comme un des plus beaux instruments de Paris : monumental à 4 claviers, il est convoité par bien des organistes !

 

 

 

LRL : Racontez nous l'histoire musicale de cet orgue magnifique.

 

 

 

FLG : En 1756 lorsque Claude Bénigne Balbastre (1727-1799) est nommé au poste d'organiste à Saint Roch, ce n'est pas un début de carrière pour lui. Brillant interprète et improvisateur il était déjà reconnu par ses pairs et participait aux grands « concerts spirituels » qui se donnaient aux Tuileries Professeur de Marie Antoinette il avait une haute fonction à la cour et menait une vie très mondaine.

 

 

 

 

 

 

Les gens se rendaient en foule aux messes de Noël à Saint Roch pour l'entendre improviser. Il savait fort bien mêler les airs d'opéra à la mode aux chants religieux (ce qui d'ailleurs lui sera reproché par son évêque : il sera interdit de messe de Noël à Saint Roch… mais invité à Notre-Dame !). Tout cela donnait sans doute lieu à de bruyantes manifestations d'un public plus porté sur le spectacle que sur la ferveur religieuse. Balbastre gardera quand même ses fonctions, on lui signifiera simplement que ses incursions de musique profanes n'étaient pas souhaitables.

 

 

 

C'est la Révolution qui brisera la carrière de Balbastre. Il se trouve en effet en très mauvaise posture, c'est un homme de cour. Mais il est opportuniste et astucieux : il va composer des pièces patriotiques : des variations sur la marche des marseillais, un aria sur le « ça ira »…

 

 

 

LRL : Il n'est pas le seul à sauver sa vie ainsi. Il n'est peut-être pas inutile de redire que les révolutionnaires avaient besoin de musiciens, la musique tenait une très grande place dans les fêtes révolutionnaires. Ce sont même les Jacobins qui ont créé la premier Conservatoire de Musique !  Donc Balbastre sauve son orgue en même temps que sa vie…

 

 

 

FLG : oui, en 1794 il sera même nommé membre de la commission temporaire des arts.

 

 

 

LRL : En fait il a peut-être aussi sauvé l'église…

 

 

 

FLG : A cette époque nombreuses sont les églises qui sont pillées et brulées. On massacre les prêtres, les églises servent de garnison. On doit à Balbastre d'avoir sauvé une grande partie des instruments parisiens. Il sauve indéniablement l'orgue de Saint Roch mais surtout il sort l'orgue de son rôle exclusivement liturgique. Il a montré que l'instrument pouvait servir à autre chose qu'à la musique des offices, qu'il pouvait remplacer tout un orchestre. A partir de Balbastre l'orgue ne sera plus un instrument exclusivement religieux, il va devenir un instrument de concert.

 

 

 

LRL : Donc Balbastre a sauvé l'orgue de Saint Roch. Mais il devait être en piètre état ?

 

 

 

FLG : Il était très endommagé. Les soldats qui avaient envahi l'église se servaient des tuyaux lorsqu'ils manquaient de munitions !

 

 

 

 

 

 

Il va falloir le reconstruire et cela va prendre beaucoup de temps. Il va être restauré en 1839 par Dallery qui est un très grand facteur d'orgue, et tout de suite après il y a la grande période d'Aristide Cavaillé-Coll qui en 1842 va lui donner tout son prestige; il redevient un des grands orgues de Paris.

 

 

 

 

 

 

Et en même temps c'est la période de deux grands organiste très réputés : Antoine Lefébure Wely (1805-1831) et son fils Louis Jean Alfred qui remplace son père à l'âge de 8 ans. C'est un enfant prodige et il sera organiste de Saint Roch de 1831 à 1847. C'est un virtuose comme Balbastre et il est très célèbre. Comme lui, il a le goût de la musique de son temps et pour l'orgue il composera des polkas et des boléros…une musique qui n'est pas spécialement liturgique et en plus de tout ça il introduit dans l'instrument des gadgets mécaniques : le chant du rossignol, un orage, des grelots, le tonnerre. Tout cela est très pittoresque. Il a beaucoup de succès.

 

 

 

LRL : Vous avez joué du tonnerre ?

 

 

 

FLG : Quand vous rajoutez le tonnerre au tutti c'est l'effet garanti ! Oui j'ai joué cela et je l'ai même enregistré.

 

Ce qu'il y a, c'est que tout cela lui a un peu nui. Il est considéré comme un compositeur un peu « de charme » vous voyez, avec des harmonies très douces…

 

 

 

LRL : Un peu « guimauve » ?

 

 

 

FLG : Oui, c'est cela. Un peu  « mauvais goût ». Par contre il a composé d'autres œuvres qui ont beaucoup de tenue. Mais j'ai joué des polkas.

 

 

 

LRL : Et ça donne quoi les polkas à l'orgue ?

 

 

 

FLG : Il ne faut pas oublier qu'il est très doué comme Balbastre et qu'il sait mettre ce qu'il faut en registration pour que ça sonne très bien.

 

 

 

LRL : Cet enregistrement vous l'avez fait sur l'orgue actuel ?

 

 

 

FLG :  Oui, à l'orgue depuis qu'il a été restauré. Et j'avais même un rossignol que le facteur m'avait rajouté parce que sur des pièces Andante le rossignol trille et que cela fait une courbe descendante à la fin de certaines phrases. C'est très original… A cette époque la vie musicale était très importante à Saint Roch. On se déplaçait en foule pour entendre ce qui s'y jouait. On y rencontrait beaucoup d'artistes et tous les grands musiciens étaient là : Liszt, Lesueur, Chérubini, Reicha, Chopin. Alfred de Musset sera enterré à Saint Roch. C'est une église fréquentée par tous les créateurs de l'époque. Ils ne venaient pas seulement parce qu'ils étaient pieux, ils venaient pour écouter, se retrouver. On y donnait aussi des créations.

 

 

 

LRL : Comme la Messe solennelle de Berlioz ? Un grande aventure cette messe…Cela commence en 1843. Berlioz a 19 ans et veut entrer au conservatoire dans la classe de composition de Lesueur qui lui conseille gentiment de faire ses preuves. Le maître de chapelle de Saint Roch lui conseille d'écrire une messe solennelle. Berlioz se lance dans l'aventure avec la fougue qu'on lui connaît. Il voit grand : solistes, chœur, orchestre  de l'opéra…

 

 

 

FLG : Cela dépasse de loin ce à quoi s'attendait Alix Masson, le maître de chapelle. C'est une œuvre monumentale qui exige de nombreuses répétitions et les enfants auxquels on a malencontreusement confié le soin de faire le matériel ont fait beaucoup de fautes de copie, les répétitions sont terriblement éprouvantes. C'est une catastrophe et on doit renoncer à monter l'œuvre. Berlioz est effondré, désespéré. Mais il n'a pas le caractère à se laisser abattre et finit par trouver un mécène après avoir sollicité Chateaubriand qu'il ne connaît pas du tout et qui l'assure cependant de son soutien purement moral… Enfin il peut monter sa messe qui sera donnée le 10 juillet 1925 avec un immense succès auprès de la presse et du public. Cependant Berlioz rejette en bloc cette œuvre et la brûle… Sauf qu'une copie est restée dans les bagages d'un violoniste belge de l'orchestre… On la retrouvera en 1992 ! La Messe Solennelle sera finalement remontée en 1993 à Londres et enregistrée en France un peu plus tard.

 

 

 

Pour en revenir à cette époque romantique, elle a été une grande époque pour l'église. L'étape suivante dans la réputation de Saint Roch sera 1947, la réconciliation du théâtre et de l'église. A cette époque on crée l'Union Catholique du Théâtre et de la Musique. Saint Roch devient officiellement paroisse des artistes et c'est la seule à Paris.

 

 

 

C'est une très grande époque. Il y a un aumônier des artistes et l'aumônerie est prise en charge par les dominicains. C'est ainsi que le père Carré, prédicateur à Notre-Dame et membre de l'Académie Française, est devenu aumônier de saint Roch. L'aumônerie et le curé de la paroisse sont donc les deux entités qui gèrent l'église, ce qui n'est pas toujours facile les objectifs n'étant pas les mêmes. Cette réconciliation va avoir pour conséquence que tous les artistes passent par Saint Roch et en particulier pour les funérailles. Les cérémonies de funérailles à Saint Roch sont très célèbres.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les obsèques de Yves Saint Laurent ont été un événement considérable. Tout le quartier était bouclé. L'église était décorée d'une façon magnifique, c'était quelque chose qu'on ne voit jamais... Je crois que toutes les plus belles femmes du monde étaient là. Il y avait le Président de la république, le monde international  pas seulement de la mode mais politique  et artistique aussi. Sur le plan spectaculaire c'est mon plus grand souvenir. Sur le plan musical c'est autre chose.

 

 

 

LRL : Comment se passe le plan musical, justement, lors de ces obsèques ?

 

 

 

FLG : Évidemment je suis consultée sur le plan musical mais les connaissances musicales à l'heure actuelle font qu'on ne me demande jamais une œuvre pour orgue. Je ne joue que des transcriptions, c'est à dire que je transcris à vue des passages du Requiem de Mozart ou de Verdi ou certaines œuvres d'orchestre extrêmement célèbres. Ce faisant je rejoins ce que faisaient les musiciens du XVIIIème siècle qui faisaient cela de façon courante.

 

 

 

Évidemment j'ai souvent été triste qu'on ne me demande jamais de jouer un grand Bach (à part la Toccata et fugue en ré mineur ou « Jésus que ma joie demeure ») mais finalement toutes ces transcriptions donnent une autre dimension. J'ai même joué des extraits de Pelléas et Mélisande à l'orgue. C'est fou ! J'ai adapté des concertos de Mozart, mais très peu d'œuvres d'orgue en fait. J'ai aussi joué beaucoup de musiques de films parce que de grands cinéastes ont été enterrés à Saint Roch et on me donne des références en me demandant d'adapter…

 

 

 

LRL : Certaines de ces cérémonies vous ont touchée plus que d'autres ?

 

 

 

FLG : C'est très subtil à évoquer. Le fait de commémorer. On se rend compte tout d'un coup d'une personnalité exceptionnelle. Cela dépasse la foule qui est parfois fortement présente.

 

 

 

LRL : Dans ce cas y a t il une relation avec la musique que vous jouez ?

 

 

 

FLG : Non, pas dans le cas auquel je pense par exemple ; c'était une cérémonie d'hommage dans laquelle l'orgue faisait le lien entre les textes. J'avais joué du Schubert et Schubert n'a jamais écrit pour l'orgue !

 

 

 

Il y a quand même des concerts où l'orgue est demandé comme soliste ou en accompagnement. Les grands textes sont rares et quand il y un orchestre c'est tout un investissement. Les Concerti de Haendel ont été donnés une fois. Pour le 4ème mouvement de la Symphonie avec orgue de Saint-Saëns il faut un orchestre et ça ne tente pas trop les organisateurs de concert, ça ne va pas ramener de public. A une certaine époque les concerts de trompette et orgue faisaient venir du monde (surtout avec Maurice André) mais ce n'est plus le cas aujourd'hui.

 

 

 

LRL : Depuis combien de temps êtes vous à Saint Roch ?

 

 

 

FLG : Depuis trente cinq ans comme titulaire .Je suis la première femme à avoir été nommée titulaire.

 

 

 

LRL : Vous avez succédé à…

 

 

 

FLG : … Pierre Cochereau. C'est à dire qu'entre Pierre Cochereau et moi il y a un intervalle de plus de vingt ans où il n'y a pas eu de titulaire. L'orgue est un instrument qui s'abime si on ne l'entretient pas régulièrement, c'est un instrument fragile et lorsque le titulaire s'en va l'orgue n'est plus entretenu. Comme c'est extrêmement onéreux il faut être soutenu par des associations, des mairies ; c'est tout un travail de contacts.

 

 

 

LRL : En général les associations pour la rénovation des orgues sont extrêmement impliquées..

 

 

 

FLG : Ah oui ! Mais il faut du temps. Cochereau quitte Saint Roch en 1955 et l'orgue ne sera restauré qu'en 1994.

 

 

 

LRL : C'est long ! Presque quarante ans !

 

 

 

FLG : A peu près le même temps qu'entre la Révolution et Dallery ! La restauration de 1994 a été une très belle restauration, la dernière d'un facteur français : Renaud. C'est une restauration magnifique. C'est le dernier grand chantier financé à la fois par l'État et la Ville de Paris. Le dernier. Ce n'est plus possible d'avoir des opérations de cette envergure. Par contre l'orgue est entretenu.

 

 

 

LRL : Les travaux avaient commencé…

 

 

 

FLG : en 1984. Cela a duré 10 ans.

 

 

 

LRL : Où en sont les choses aujourd'hui musicalement dans cette église ?

 

 

 

FLG : Avec Vatican II la liturgie a évoluée, le grégorien a été banni. Il n'a pas été interdit mais il n'a plus sa place dans les églises. Il y a une liturgie qui doit être dans la musique que les gens entendent. C'est une volonté de ne pas dépayser. Par ailleurs l'Eglise a évoluée aussi avec une volonté de remembrement : moins de messes et plus de monde : il y a une suppression d'offices. A l'heure actuelle il n'y a plus d'organiste qui ne soit qu'organiste : un métier à part entière est impensable. Parallèlement les conservatoires n'ont pas forcément de classe d'orgue. A l'heure actuelle l'orgue est plutôt un instrument complémentaire qu'un instrument principal, ça devient un peu un instrument qu'on admire bien entendu mais qu'on vient visiter.

 

 

 

Les deux disques que j'ai faits ont été enregistrés sur l'orgue de Saint Roch. Le premier était un panorama du XVIIème au XXème siècle qui a eu un diapason d'or et a été réédité, le second était consacré à Balbastre. Les gens l'apprécient car c'est une musique réjouissante mais personne ne le connaît.

 

 

 

 

 

 

LRL : Pourtant l'argument « personne ne connaît » c'est un peu à la mode non ?

 

 

 

FLG : Moi, je tenais vraiment à honorer Balbastre. Sur le premier disque il y avait toute une littérature de styles très différents : de Nivert à Dupré. Les deux disques sont sortis chez le label Scarbo. Toute l'œuvre a été publiée dans une édition suisse et une autre française, celle ci supervisée par Marie Agnès Grall.

 

 

 

LRL : est-ce que Balbastre a laissé des indications de registration ?

 

 

 

FLG : Non mais on arrive à reconstruire. Avec les noëls qui sont très joyeux on s'amuse beaucoup. Avec l'organiste en second Jean Claude Fèvre on les joue en écho sur les deux orgues de l'église. C'est très agréable et les gens aiment beaucoup. Avec les deux orgues cela sonne merveilleusement.

 

 

 

LRL : Quitterez vous un jour Saint Roch ?

 

 

 

FLG : Il y a les conventions sociales, un âge de retraite mais il y a aussi la possibilité d'aller au delà de la retraite. C'est avant tout une entente avec le curé. Le curé n'aime pas trop changer un staff qui est en place et fonctionne bien. Quand je partirai mes deux organistes adjoints perdront leur poste ; c'est un argument que me donne le curé pour rester encore un peu, du moins jusqu'à son départ à lui. De plus, il sait que je transcris à vue et improvise, ce qu'il ne trouve pas toujours chez les remplaçants même si ce sont de bons organistes.

 

        

 

LRL : Comment forme t-on un organiste liturgique aujourd'hui ?

 

 

 

FLG : Il y avait une association créée par Georges Guillard, qui a terminé son travail mais a essaimé en province et ces antennes continuent la formation. Il ne peut y avoir de formation dans les conservatoires car ce sont des écoles laïques, cependant on peut y travailler l'harmonisation et l'improvisation.

 

 

 

LRL : Quelle a été votre  propre formation ?

 

 

 

FLG : J'ai fait piano, clavecin et orgue au CNSM. Le clavecin avec Marcelle Delacour et l'orgue avec Rolande Falcinelli. Deux femmes.

 

 

 

LRL : Dans la tradition nordique les clavecinistes sont organistes (et réciproquement)

 

 

 

FLG : Olivier Beaumont professeur de Clavecin au CNSM a fait un récital d'orgue à Saint Roch. Un récital Balbastre d'ailleurs. C'est vrai que c'est l'articulation qui est la grande question de ces instruments. Quand je suis passée à l'orgue j'ai été séduite. Aujourd'hui j'ai des étudiants au conservatoire international et à l'école normale qui me demandent une formation liturgique. Ce sont souvent des asiatiques qui viennent majoritairement du piano. Ce sont de bons musiciens mais ce qui pêche c'est l'improvisation qu'ils n'osent pas faire et l'harmonisation qui est indigente. Ils sont en échec quand on leur demande. Quand je suis rentrée au CNSM j'ai fait partie de la dernière génération où la formation mêlait l'harmonisation et l'improvisation au jeu instrumental. Rolande Falcinelli exigeait que tout le monde le fasse. Elle disait : « on ne vous demande pas d'être génial, on vous demande de le faire ».

 

Avec 68 on a fait passer tout cela à la trappe.

 

 

 

LRL : C'était cependant l'héritage de touts l'école de la Schola Cantorum.

 

 

 

FLG : On n'imagine pas un Franck ou un Fauré sans cela. Bach a été formé ainsi, Mozart aussi. Mais j'ai remarqué sur des élèves très brillants que pour eux, parce qu'ils sont de brillants interprètes et jouent des choses ahurissantes de difficulté, c'est terrible de placer quelques accords ou d'improviser quelque chose qui bouge un peu. Cela représente une montagne et ils se sentent un peu humiliés.

 

 

 

LRL : Terrorisés…

 

 

 

FLG : Voilà ! Les deux ! Humiliés par leur incapacité et terrorisés.

 

 

 

LRL : Croyez vous que ce serait une erreur de penser que cela est lié à la capacité d'improviser avec sa voix ?

 

 

 

FLG : Non pas du tout, pas du tout ! C'est lié. Cette spontanéité a été la base pendant tous ces siècles de musique. C'est notre devoir d'aider ces élèves à retrouver cette liberté.

 

 

 

 

 

 

 

Quelques repères

 

 

 

Jules Hardouin-Mansart (1646-1708) : Premier architecte de Louis XIV. On lui doit les derniers travaux de Versailles, la chapelle, la Galerie des glaces ainsi que le dôme des Invalides entre autre. Il dirige la construction de la nef à Saint Roch.

 

 

 

Robert de Cotte (1656-1735) : Beau-frère de Jules Hardouin Mansart, il achève la chapelle de Versailles. Premier architecte du roi, grand constructeur, il reconstruit l'abbaye de Saint Denis, l'Hôtel de ville et la place Bellecour à Lyon, le palais épiscopal de Strasbourg, parmi les sites les plus connus.

 

 

 

Étienne Maurice Falconnet (1716-1791) :  Sculpteur sur bois, remarqué par madame de Pompadour, un des membres les plus célèbres de l'Académie Royale de peinture et de sculpture. Diderot lui commandera l'article sur la sculpture pour son encyclopédie.

 

 

 

Simon Challe (1719-1765) : Sculpteur et dessinateur. Prix de Rome. Réalise la statue de saint Grégoire et l'abat voix de la chaire pour l'église Saint Roch.

 

 

 

Gabriel François Doyen (1726-1806 ) :  Fils d'un tapissier royal, Prix de Rome, Professeur à l'Académie Royale, il sauva dit-on le peintre David d'une tentative de suicide. Il quitta la France pour la Russie en 1793 à l'appel de  Catherine II. « Le miracle des Ardents » est considéré comme son chef d'œuvre.

 

 

 

Laurence Rrenault Lescure

 

 

 

 

 

 

Françoise LevéchinGangloff a participé à un ouvrage consacré à Saint–Roch qui paratîra prochainement dans la collection "La grâce d'une cathédrale" aux Éditions "La Nuée Bleue".