La belle quarantaine, Jérôme Pernoo est un violoncelliste comblé. Il a fait le tour du monde avec son instrument pour jouer le répertoire, donner des cours, des master classes, un peu partout, inciter des compositeurs à écrire pour lui. Il a initié des festivals, mais cela ne lui suffisait pas ! Il avait un projet encore plus fou dans ses rêves de jeune violoncelliste de 25 ans ! Il vient de le réaliser ! Et pour parler de musique autrement et de ce projet, il nous a reçu entre deux répétitions dans l'ancien conservatoire du XVIIème arrondissement de Paris, à deux pas de la salle Cortot ! L'enthousiasme et les rires étaient au rendez-vous 

 

!

 


Photo prise au cours de l'entretien 

 

© Kevin Drelon

 

 

 

Aux Victoires de la Musique on a entendu pour la première fois une œuvre assez énergique d'un compositeur contemporain. Pouvez-vous m'en parler ?

 

 

 

Guillaume Connesson a écrit cette œuvre pour moi. C'est un costume taillé sur mesure. J'ai lu feuillets après feuillets la composition. Je lui ai conseillé de commencer par le final parce que je savais qu'il allait écrire quelque chose de terriblement difficile. Je me préparais au pire, je voulais avoir la partition très tôt pour la travailler car tout cela s'est fait très peu de temps avant la première. Je me souviens d'avoir travaillé la nuit d'avant la première pour connaître par cœur la cadence. Ce qui est formidable avec cet événement des Victoires de la Musique c'est qu'en prime time, il y a eu un million six téléspectateurs qui ont regardé et écouté cette musique bouillonnante, virtuose, joyeuse, avec ce dialogue magnifique avec l'orchestre !

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=KlrOIEDP05Q

 

 

 

Excusez-moi, mais en terme de musique on a eu droit à toutes les scies musicales, les tubes rabâchés de chez rabâché…

 

 

 

Oui mais cette séquence a été l'une de celles qui a eu le plus de succès ! Parce que c'est une musique - il faut arrêter de dire contemporaine - d'abord d'aujourd'hui, vivante, qui est bien là, en chair et en os. Connesson est un compositeur d'aujourd'hui. Il a la quarantaine, il fait de la musique extraordinaire, c'est cela que les gens ont vu et entendu ! 

 

 

 

Mais pour beaucoup de gens la musique d'aujourd'hui c'est Boulez ! 

 

 

 

Boulez c'est la musique d'hier ! C'est le dernier de cette génération, Berio, Ligeti, Stockhausen. Ils étaient dans la succession de la Seconde École de Vienne, Schoenberg, Webern, Berg, qui eux étaient dans la succession du post romantisme. Il y avait besoin de cette cassure, de cette coupure, de quelque chose de plus sec, de plus aride, de plus conceptuel, de plus classique en quelque sorte. Et aujourd'hui on voit bien qu'il y a une nouvelle génération de compositeurs qui a besoin de plus de romantisme dans leur musique, d'expressions du sentiment, dont en l'occurrence la joie. Mais Connesson exprime aussi la tristesse dans son concerto.

 

 

 

Si on continue dans cette voie on va se retrouver avec la polémique qu'il y a eu au Collège de France avec Ducros et Beffa

 

 

 

Oui, je pense que c'est une polémique pour ceux qui sont très conservateurs, qui veulent conserver le style du XXème siècle, qui veulent être les tenants de l'art moderne en disant que c'est ce qui se faisait quand ils étaient jeunes. Mais les choses changent : ces gens-là, qui étaient pour quelque chose de très nouveau dans leur jeunesse, aujourd'hui n'admettent pas qu'il y ait une nouvelle génération d'artistes, pas seulement des musiciens, qui ont envie de s'exprimer autrement.

 

 

 

Comment un jeune compositeur vient-il vous chercher pour écrire pour vous ?

 

 

 

C'est tout le contraire, c'est moi qui suis allé le chercher. Je l'ai découvert parce que je faisais partie d'un jury de musique de compositeurs d'aujourd'hui, en tant qu'interprète. J'ai lu vingt cinq monographies et je suis tombé sous le choc de sa musique. J'avais là son numéro de téléphone, comme un comédien de cinéma qui rêve de travailler avec un réalisateur et qui a tout d'un coup ses coordonnées.  Jamais je n'avais eu de coup de foudre comme cela. Je l'ai appelé, j'ai commencé à jouer le peu de choses qu'il avait écrites pour violoncelle. Ensuite je lui ai commandé d'autres œuvres : une sonate pour piano et violoncelle, un quatuor à cordes. Et puis on a eu ce projet de concerto qu'on a pu réaliser avec l'aide de l'association Musique Nouvelle en Liberté, l'Opéra de Rouen, d'autres coproductions. Ce qui est extraordinaire c'est que ce concerto a sa propre vie ; je crois que je l'ai joué plus de trente fois en concert. On l'a enregistré chez Deutsche Grammophon, et voilà qu'on passe en prime time avec lui, c'est ahurissant ! Aujourd'hui il y a des élèves du Conservatoire qui travaillent ce concerto.  Il rentre dans le répertoire, ce qui est extrêmement rare pour une œuvre d'aujourd'hui. En général, on fait une première et on range la partition. Je ne me suis jamais battu pour la musique contemporaine, pour la musique d'aujourd'hui ; ce n'est pas ma mission, je n'en ai rien à faire ; la musique qui m'intéresse est celle qui me permet de partager une émotion musicale avec mon public. A partir du moment où je ressens une œuvre au point de l'aimer et de vouloir la transmettre et que je sens que le public la reçoit et s'enthousiasme, alors l'œuvre fait son chemin. Elle n'existe que s'il y a ce cocktail savant entre auteur-interprète-auditeur ; une fois que cette mayonnaise a pris, alors on a envie de jouer cette œuvre, donc elle se joue. Lorsqu'un orchestre m'appelle, je ne lui propose pas le concerto de Dvořák, je ne lui propose pas du rococo - je suis très heureux de jouer le répertoire, j'en joue beaucoup - mais la première chose que je dis à un producteur ou à un chef d'orchestre : Est-ce que vous connaissez le concerto de Connesson ? C'est ainsi que je l'ai joué énormément de fois ! Mais ce n'est pas une mission politique. Il n'y a qu'une manière de partager la musique c'est d'être à côté du musicien qui est en train de jouer. Le problème c'est souvent, quand on est dans une très grande salle, qu'on a du mal à partager de l'émotion très directement avec le musicien. On est loin, et puis il y a quelque chose d'un peu mondain, on est bien habillé, il y a madame machin qui sent le parfum, et finalement on perd la juste relation entre l'auditeur, l'interprète et l'œuvre. Alors il faut que la salle soit adaptée, pas trop grande pour qu'il se passe quelque chose. Dans une grande salle il faut un grand orchestre. Cette émotion musicale, elle va passer dans des salles plus petites. Je crois en l'échelle humaine dans la relation entre le musicien et son public, et aussi dans la proportion de la salle. On ne pense pas assez à cette problématique.

 

 

 

Il ne faut pas aller voir Jérôme Pernoo à la Philharmonie de Paris alors !

 

 

 

Non, il faut aller le voir à la Salle Cortot ! Parce qu'il a crée le Centre de Musique de Chambre de Paris !

 

 

 

Bel enchaînement !

 

 

 

(rires) Dans cette salle mythique, exceptionnelle du point de vue acoustique et aussi de la relation scène public. C'est pourquoi les gens s'y sentent bien et y reviennent.

 

 

 

Comment fait en une année Jérôme Pernoo pour apprendre des œuvres de musique d'aujourd'hui, jouer un peu partout en Europe ou ailleurs, être Directeur artistique du Centre de Musique de Chambre de Paris, du festival Les Vacances de Monsieur Haydn, à La Roche-Posay, du festival de Deauville, enseigner ?

 

 

 

J'avoue que je ne dors pas beaucoup en ce moment ; mais ça arrive à des gens très biens. Lorsque vous avez un enfant c'est pareil, c'est fatigant. La question qu'il faut se poser est quel est le rôle du musicien dans la cité ? Quelle est ma fonction ? Toute ma vie, j'ai vécu avec les plus immenses œuvres d'art, j'ai eu cette chance depuis que je suis tout petit de côtoyer des chefs-d'œuvres, celles qui ont passé les siècles. On ressort certaines œuvres qui avaient été oubliées, par but commercial et par manque d'œuvres d'aujourd'hui. S'il y avait plus de Connesson ou de Ducros on pourrait imaginer que la musique classique soit plus vivante et même plus rentable, comme le cinéma. Il y a des musiciens qui composaient de la musique tonale, qui n'avaient pas le droit de cité et qui se sont dirigés vers la musique de film. On ne va pas refaire l'histoire. Ce que je veux dire c'est qu'à cause de ce phénomène, on passe son temps à réenregistrer toujours la même chose, à provoquer des cercles vicieux dans l'industrie du disque classique. Alors on s'intéresse à quoi ? A l'interprète ? On dit que monsieur untel joue mieux qu'un autre monsieur untel, on est loin de la musique, de l'œuvre elle même ; c'est comme si je vous disais untel a regardé ce tableau de cette manière et un autre d'une autre manière ? C'est cela l'interprétation. Ce qui importe c'est la transmission de l'œuvre. On a créé un déséquilibre à force de jouer de la musique ancienne tout le temps : on a du coup sauté sur l'occasion avec le renouveau dans le baroque ou des œuvres perdues dans le passé qu'on remet à l'ordre du jour. On a sauté sur ces occasions là pour faire du beau. Et si les œuvres d'aujourd'hui étaient belles ?

 

 

 

Vous allez me dire que la question de la beauté est une question très subjective… Je n'en suis pas si sûr… Je ne vais pas entrer dans des questions philosophiques qui me dépassent, et je n'ai pas les outils pour cela. Mais dans la beauté, il y a la question de l'harmonie. Si on est tous face à une montagne ou à un coucher de soleil ou encore à une voûte étoilée, on va tous avoir ce sentiment de beauté ; il y a quelque chose d'objectif qui nous concerne. Donc je ne pense pas que la beauté soit si subjective. Figurez-vous, lorsque j'étais étudiant, je disais : ça ce n'est pas beau ; oui mais ce n'est pas fait pour être beau, me répondait-on ! Donc j'ai compris que la préoccupation des artistes du XXème siècle n'était pas dans la beauté, c'est quelque chose qu'il faut comprendre, ce n'était pas la préoccupation des artistes. On était dans une revendication, une déconstruction, et aujourd'hui on aspire à autre chose. Les créateurs, les interprètes, le public semblent avoir besoin d'autre chose. Ma foi, on est dans un virage comme il y en a eu à tous les débuts de siècle. Alors pourquoi j'enregistre de la musique d'aujourd'hui ? Pas pour me draper dans une mission qui consiste à dire : le musicien doit défendre la musique d'aujourd'hui qui n'est jamais écoutée. Non, non, j'enregistre des musiques qui sont nouvelles et qui sont belles. Voilà !

 

 

 

Pour revenir au concerto de Guillaume Connesson, c'est une version qui a été entendue par le compositeur. Il y a eu une relation très étroite entre vous deux, c'est donc la version historique…

 

 

 

Je suis très fier d'avoir été dans ce moment historique. Connesson était présent à l'enregistrement. Mais je sais qu'il souhaite que l'œuvre vive à travers d'autres interprètes, comme une pièce de théâtre. Justement cet aspect figé de l'interprétation au disque est assez contradictoire avec la liberté qu'on peut trouver dans la manière de jouer une œuvre. Il y a quelque chose d'anti naturel dans l'enregistrement, qui ne me va pas trop.

 

 

 

Aujourd'hui on peut tout manipuler dans l'enregistrement d'une œuvre...

 

 

 

Cela ne me dérange pas. C'est comme au cinéma, on fait tel plan puis tel plan, on recommence, on peut faire mieux, on profite de la technologie pour faire ce que l'on désire le plus pour jouer une partition. Après, ce qui me dérange, c'est ce qu'on appelle les versions de référence. Il faut les considérer comme des instantanés ou comment la personne l'a pensée à ce moment-là. Pour moi c'est comme de l'encyclopédie…

 

 

 

Ce concerto vous l'avez joué une trentaine de fois. Y-a-t-il eu une évolution dans votre jeu ?

 

 

 

Bien sûr, cela a évolué au fil du temps. Lorsqu'on joue en public, on sent des questions d'équilibre, d'assise, de tempos, d'expérience ; c'est aussi les cheveux blancs qui font qu'on est moins tout fou…

 

 

 

Je pense qu'on a pas mal parlé de ce concerto qui vous tient à cœur. Parlons maintenant de ce mini festival que vous avez créé dans cette salle mythique.

 

 

 

Dans cette conversation c'est la musique d'aujourd'hui et la musique du passé, qui sont liées, et le fait de jouer plutôt que d'enregistrer. Pour moi, ce Centre de Musique de Chambre c'est avant tout un lieu dans lequel on se retrouve.

 

 

 

Françoise Noël-Marquis avait l'intention de faire revivre cette salle Cortot depuis qu'elle est devenue directrice de l'École Normale de Musique…

 

 

 

C'est ce qu'on appelle de la synchronicité ! Cela fait vingt ans que j'ai ce projet de lieu, de troupe et de partage avec le public. C'est cela la place du musicien dans la cité.

 

 

 

Et vous aviez déjà en tête la salle Cortot ?

 

 

 

Mais, à l'époque la salle Cortot était une vieillerie poussiéreuse qui n'existait pas dans le paysage français et qu'on louait à telle ou telle association. J'avais déjà joué pour une de ces associations, dans le temps, pour des jeunes…J'ai toujours aimé cette salle du point de vue de l'acoustique, de l'architecture...

 

 

 


DR

 

 

 

… et de ce fameux rapport au public…

 

 

 

Oui, et j'avais écrit un dossier il y a vingt ans avec le même président qu'aujourd'hui, Philippe Fanjas, président de l'association des orchestres. J'avais même commencé à travailler avec des musiciens sur des programmes et sur des lieux de résidence qui auraient pu m'accueillir. J'avais toujours l'idée de cette salle. Mais je suis passé à autre chose. C'était compliqué, ce n'était peut-être pas le moment, peut-être fallait-il que je fasse mes preuves. C'était un projet très ambitieux ; on ne pouvait pas le confier à quelqu'un comme moi. Je l'ai mis de côté, j'ai fait ma vie de violoncelliste, je suis devenu enseignant à Londres, à Paris…J'ai écrit un bouquin, « L'Amateur », sur l'enseignement, sur la transmission. J'ai fait des émissions de radio, j'ai vécu ma vie de soliste dans des salles mythiques. J'ai enregistré chez Deutsche Grammophon, chez Decca. Il m'est arrivé des tas de choses extraordinaires. Et régulièrement me revenait en tête ce projet, mais je n'y touchais pas, je le remettais à plus tard…Et un jour, je me suis réveillé et j'ai dit voilà c'est le moment !

 

 

 

J'ai ressorti le dossier, j'ai réécrit, cela ressemblait à ce que j'avais imaginé au départ. J'ai appelé Philipe Fanjas pour lui en faire part. Je l'ai intitulé «  Le Centre de Musique de Chambre » parce que c'est large ; pas mon petit truc à moi ; pour que les groupes de musique de chambre y viennent, que les jeunes s'y retrouvent; c'est une assiette. Ce nom est un peu impersonnel, exprès. Il y a des thèmes comme « Bach and Breakfast », « Freshly Composed », « Quintette à Claque »… et comme illustration, j'ai mis la salle Cortot !

 

 

 

Peu de temps après, complétement par hasard, je reçois un coup de fil d'une dame que je ne connaissais pas et qui me dit : je viens d'être nommée à la tête de l'École Normale et j'aimerais bien avoir votre avis sur deux ou trois choses ; est-ce que vous voulez bien venir me voir… Je la vois, on discute, et elle me dit que son rôle dans cette école c'est de monter le niveau des cordes, qu'elle pense qu'il faudra passer par la musique de chambre pour y arriver ; et puis elle me parle de la salle Cortot. Mais elle n'a pas de projet concret …Là je lui dis que je suis son homme, une sorte de mentaliste, et je sors mon dossier avec la salle en couverture ! C'est de la synchronicité : c'est arrivé au même moment ! Après on a travaillé…

 

 

 

Alors le projet : ce sont des jeunes qui jouent de la musique de chambre ?

 

 

 

Il y a deux catégories. Il y a des groupes qui sont déjà formés, des quatuors, des trios que j'invite et qui font un concert à 20h. Le concept est qu'on joue une seule œuvre, et ça marche d'enfer. Je suis très heureux d'avoir inventé cela. On retrouve notre discussion d'avant : le public vient écouter une œuvre, comme il irait au cinéma pour voir un film, ou une pièce de théâtre ; le spectacle c'est une œuvre. Ensuite, à 21h30, il y a un deuxième concert qui lui est plus sous forme de spectacle que de concert. Je le fais avec une troupe de jeunes musiciens : ce n'est pas une formation déjà constituée, c'est moi qui en fonction du programme, choisis tel ou tel jeune. Le programme musical tourne aussi autour d'une œuvre. On a commencé par La Nuit Transfigurée, puis un programme dans lequel on se baignait dans les Nocturnes de Chopin, et on arrivait petit à petit à Ainsi le Nuit de Dutilleux. On avait différents aspects de la nuit pour arriver au poème de Richard Dehmel qui a inspiré Schoenberg. Tout cela avec des jeunes musiciens avec lesquels je travaille comme une troupe de théâtre. On répète, répète, ici dans cette belle salle de l'ancien conservatoire du XVIIème qui a été mise à notre disposition !  Les musiciens jouent par cœur ! On apprend son texte comme un comédien, on doit connaître la partition de l'autre. J'ai le rôle du chef d'orchestre et du metteur en scène ; c'est comme cela qu'on arrive à une interprétation qui a une direction artistique avec des musiciens qui connaissent parfaitement le texte. Comme je ne suis pas là sur scène au moment du concert, ils s'expriment en leur nom propre et avec toute leur énergie et leur sensibilité artistique. Je résultat est absolument inédit ; les gens dans la salle sont émerveillés, ils ne s'y attendent pas, ils reviennent et ils amènent des amis ; ce qui fait que pour un programme qui est donné pendant trois semaines - cela aussi c'est inédit, comme au théâtre - on va faire plus d'un millier d'entrées sur La Nuit Transfigurée, sur Souvenirs de Florence de Tchaikovski ou sur La Truite. Et cela va crescendo de jours en jours.

 

 

 

Comment fait-on financièrement ?

 

 

 

Nous n'avons aucune subvention. On a commencé avec très peu de moyens. Il y a quelques sponsors, cela fonctionne sur le mécénat privé. On a le Crédit Agricole qui soutient la troupe, l'Adami qui soutient les jeunes du concert de 20h. Puis il y a quelques partenaires média. La Mairie de Paris nous met à disposition ce lieu du conservatoire d'arrondissement pour travailler et une petite subvention de démarrage. L'équipe, c'est le minimum : un administrateur, un chargé de production et un chargé de com.

 

 

 

Et Pernoo y met combien de temps ?

 

 

 

C'est du 24/24 plus les 24h pour ma classe au Conservatoire, plus les autres 24h pour ma vie de soliste et pour le festival Les Vacances de Monsieur Haydn à La Roche-Posay. Mais j'ai là une équipe plus rodée parce que ce festival existe depuis onze ans. Pour un festival il faut se battre tous les ans, comme pour les premiers jours, pour aller chercher les subventions.

 

 

 

Ces jeunes où allez-vous chercher ces jeunes ?

 

 

 

Je suis aux premières loges en tant que professeur au Conservatoire. Je fais aussi des auditions à l'École Normale parce que je les connais moins. Je suis prof à la European Music Chamber Academy, une académie itinérante des grandes écoles et j'entends beaucoup de jeunes de très très haut niveau. J'enseigne aussi régulièrement à la Kronberg Academy, la pépinière en Allemagne des jeunes solistes. On est en partenariat avec ces deux institutions mais aussi avec Pro Quartet à Paris, ce qui garantit le niveau. Dans mon festival à La Roche-Posay j'engage aussi des jeunes du in et du off.

 

 

 

Et puis vous avez aussi le fameux invité surprise ?

 

 

 

(rires) Parfois je ne sais pas moi-même qui va venir, c'est ça la vie ! C'est simple, on n'est pas là à faire une programmation un an à l'avance ! On a fait une Schubertiade fin janvier au dernier moment. J'ai appelé mes potes et c'était plein à craquer. ''Faire le bœuf'', c'est réservé aux jazzmen. J'adore le jazz. Là c'est un peu différent : ce qu'on adore faire, nous musiciens, c'est lire un quatuor de Mozart ou un quintette de Schumann, on les a tous joués dans nos vies. Dans le fait de jouer sans répéter, il y a quelque chose de spontané. Lorsque le Quatuor Hanson, jeune quatuor, va venir prochainement, j'ai demandé à un ami altiste de renom de venir et ce sera un quintette à deux altos !

 

 

 

Vous êtes là tous les soirs ?

 

 

 

J'y suis quasiment là. Notre saison finit fin mars. En avril, je suis sur les routes et dans les avions.

 

 

 

La saison prochaine est-elle déjà prête ?

 

 

 

Oui bien sûr. La programmation sera sur le même principe que celle de cette année : le 20h avec des jeunes, les concerts de 21h30 avec la troupe et le programme autour d'une œuvre. Entre les deux concerts, il y a le « Freshly Composed » et là ce sont de très jeunes compositeurs qui jouent, avec des amis, dix minutes d'une œuvre qu'ils viennent d'écrire ou qu'ils sont en train d'écrire. Le public, s'il apprécie, peut participer financièrement sur internet à la composition et commander une œuvre pour l'année prochaine. Du coup le public s'approprie la création. On aura une soirée spéciale avec les œuvres commandées par le public. Il va y avoir des concerts hors série avec nos partenaires Deutsche Grammophon, Deviallet. Et surtout on a un système de carte à cinq ou huit places comme au cinéma : si on a une carte cinq concerts par exemple, on peut venir avec quatre amis ou la donner à un ami car elle n'est pas nominative. Ces cartes nous permettent d'avoir des gens qui amènent d'autres personnes ; c'est ce bouche à oreille qui fait marcher le Centre. Avec la carte c'est six euros l'entrée ! Il y a la carte intégrale qui coûte 100 euros pour tous les concerts de la saison !

 

 

 

Qui est le public ?

 

 

 

C'est un public familier qui se sent bien, qui vient réécouter une œuvre. On a joué le 15ème Quatuor de Beethoven pendant trois semaines ; on m'a dit : mais tu es complétement fou ! Tu ne vas pas trouver du public ! Et bien si, il y a des gens qui reviennent écouter le 15ème ! On reçoit quelque chose de tellement différent du disque. Proust en parle sur la Sonate de Vinteuil. Il dit que la deuxième fois on a retenu des choses sans le savoir ; sinon c'est comme la première fois, ce ne seraient que des premières fois ! A chaque fois on découvre quelque chose de nouveau. Quand j'écoute cette œuvre monumentale de Beethoven, je me rends compte que c'est un chef-d'œuvre énorme mais je n'arrive pas totalement à la saisir. Si je l'écoute le lendemain ou le surlendemain ou la semaine d'après, alors petit à petit il y a des choses qui deviennent plus évidentes. C'est une très belle expérience pour le public et ça marche.

 

 

 

Et qu'est ce que ce ''Bach and Breakfast'' ?

 

 

 

Les gens viennent à 10h du matin, le dimanche :  il y a un petit déjeuner, puis on leur apprend un Choral de Bach. J'arrive avec l'orchestre, on joue la cantate, et tout le monde chante ! Les gens sortent avec la banane, et dans le public on entend une voix de basse : c'est Philippe Naouri qui participe !

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=8fZyDxNrw98

 

 

 

Et Jérôme Pernoo le musicien dans tout cela ?

 

 

 

Il y a un concert à Copenhague avec Jérôme Ducros, autour de Brahms et Piazzolla. J'aime cette jonction musique populaire musique savante. A Bruxelles, le 26 juin, ce sera la Symphonie Concertante de Prokofiev avec l'Orchestre de la Monnaie et Alain Altinoglu. Cet été, beaucoup de concerts. En septembre, du 16 au 18, le festival à La Roche-Posay avec la création d'une magnifique sonate pour violoncelle et piano de Fabien Waksman. Puis à Paris, le 22 septembre, le Concerto de Guillaume Connesson avec l'Orchestre National de France et Stéphane Denève. Ma vie de musicien est aujourd'hui celle que je rêvais qu'elle soit ! Quelque chose de très ouvert sur plein de champs. Que peut-on rêver de mieux pour un musicien : d'avoir son festival, sa salle, d'inviter des musiciens avec qui on a envie de jouer, de jouer quand on a envie et de ne pas le faire quand on n'a pas envie. Le reste du temps être invité ici ou là et avoir des élèves qui sont extraordinaires comme s'ils étaient mes mômes, et avoir des partenaires de musique de chambre formidables !

 

 

 

Cher Jérôme que ce rêve s'éternise !