Les Berliner Philharmoniker entretiennent un lien plus qu'étroit avec le Festival de Lucerne. Depuis leurs débuts, en août 1958, avec Herbert von Karajan, leurs concerts, chaque été, constituent un moment phare. Reprenant le flambeau, Simon Rattle poursuit cet extrême niveau d'excellence. Les deux pogrammes, donnés au fil d'une tournée les ayant menés aussi à Salzbourg et à Paris, ne pouvaient être plus opposés stylistiquement. C'est peut-être avec les trois dernières symphonies de Mozart que le thème de la « révolution », imaginé pour cette édition, prend son sens.

En tout cas quant à leur charge innovante dans le domaine symphonique, car cette somme écrite en un court laps de temps, durant l'été 1788, est assurément non seulement un sommet d'achèvement créatif chez Mozart le symphoniste, mais encore un jalon important dans l'histoire symphonique. L'exécution en un même concert, sans doute pas prévue par Mozart, est fascinante, chacune évoquant une atmosphère bien distincte. Comme il l'avait fait lors de la Semaine Mozart en janvier dernier (cf. NL de 03/2013 ), Simon Rattle en donne une vision profondément charpentée, mue par une force intérieure. La comparaison avec un orchestre jouant sur instruments anciens, tel que l'Orchestra of the Age of Enlightenment, et une formation « moderne » comme les Berliner Philharmoniker, est riche d'enseignements. Une phalange, pourtant réduite dans le cas présent, de laquelle Rattle tire une élasticité étonnante dans les cordes et une douceur quasi magique chez les bois. Cela est d'emblée évident dans la 39 ème symphonie : le premier mouvement, abordé de manière retenue, progresse sans hâte, pour s'achèver fièrement. Le concertino des vents à l'andante est un modèle de sérénité, et si le menuetto ne cherche pas à charmer, son court trio, confié aux bois émoustillés, est là encore pure merveille, que l'enchaînement, directement avec la reprise, rend encore plus palpitant. Le finale est frappé au coin d'un dynamisme frôlant le dramatique, ménageant des effets de surprise. L'impression est d'une légère rusticité cependant, là où l'exécution avec l'orchestre anglais sonnait plus engagée. La Quarantième symphonie, déjà inscrite au programme du fameux concert de Toscanini de 1938, offre ce même souci de dramatisme dans un miracle d'équilibre, en particulier à l'andante, nanti de ralentissements inhabituels, mais usuels chez Rattle lorsqu'il sagit de mettre en exergue quelques traits géniaux, ceux des deux clarinettes en l'occurence. La symphonie Jupiter n'est pas moins pur joyau, d'une majesté olympienne, rappelant la grandeur des pages d'ouverture de la 39 ème. Là aussi, une énergie toute théâtrale émane de la battue du chef, apportant quelque chose d'héroïque, et rarement a-t-on perçu une telle affirmation de l'idée de liberté, se concluant dans un finale mené preste, jusqu'à une péroraison toute en apothéose. Bien sûr, le Mozart de Rattle peut n'être pas du goût de tout un chacun, par sa dose d'arbitraire dans le choix des tempos, en particulier. Mais le chef peut être fier de ces exécutions qui ne sont pas seulement parfaites, mais bien plus que cela. Il ira, bien justement, féliciter ses musciens, la phalange des bois en particulier.