Le festival marseillais 'les musiques' s'ouvrait cette année avec la création du monodrame 'Papillon Noir' de Yann Robin, au Théâtre de la Criée. L'oeuvre explore un univers résolument sombre: une femme, seule, rentre chez elle après avoir subi un accident de voiture. Entre la vie et la mort, sa mémoire et ses émotions se troublent et des bribes de pensées inconscientes, désordonnées, émergent en un flot continu, récité par la voix de la soprano Élise Chauvin. Le texte de Yannick Haenel étire à l'infini les pensées qu'on suppose n'avoir duré qu'un instant, après l'accident fatal...

La musique de Yann Robin, par sa virtuosité instrumentale, épouse à merveille le propos littéraire: le langage du compositeur "saturationiste" sculpte un matériau grave, rugueux, quasi suffocant, sans presque aucune éclaircie. Il parvient néanmoins, dans cette obscurité, à convier une grande variété de timbres, d'images et de dynamiques. L'esthétique bruitiste s’entend particulièrement dans l'ensemble instrumental "Multilatérale", fondé par le compositeur, ainsi que dans les voix de l'ensemble "Métaboles". L'amplification, ici réalisée par l'équipe du GMEM, permet de détailler les moindres inflexions de chaque interprète, et de projeter ainsi vers l'auditoire une infinité de sons qu'on ne pourrait autrement entendre qu'en penchant l'oreille sur

l'instrument.

Dans cette oeuvre incontestablement réussie, l'omniprésence de la mort, de la folie, les visions de cauchemar et tourments observées et ressenties par cette femme ne sont pas sans rappeler les figures d'Elektra de Strauss ou encore d'Erwartung de Schoënberg.