Le Théâtre du Globe, à Londres, reconstitué d'après l'original de l'époque shakespearienne, situé sur les bords de la Tamise face à la Cathédrale St Paul, s'est récemment vu doté d'une salle supplémentaire : le Sam Wanamaker Playhouse, en hommage à l'acteur qui a contribué à la renaissance de ce lieu mythique à la fin du siècle dernier.

 

Ce théâtre jacobéen contient un nombre très limité de places. Il est éclairé aux chandelles et présente, outre les pièces de Shakespeare, celles de ses contemporains ainsi que plusieurs concerts thématiques. Dimanche soir, il était consacré au répertoire que la seconde malheureuse épouse d'Henry VIII, Anne Boleyn (ca 1507-1536) appréciait. Outre de nombreux anonymes, s'y trouvaient les noms de Jean Mouton (ca 1459-1522), de Loyset Compère (ca 1445-1518), Antoine Brumel (ca 1460-1512/13), Claudin de Sermisy (ca 1490-1562), Antoine de Févin (ca 1470-1511/12) et Josquin Desprez (ca 1450/55-1521). L'influence française de ce corpus, abstraite et esthétique, est indéniable. Il faut dire que les interprètes – nonobstant la perfection technique de leur interprétation – ont sensiblement exagéré ce type de discours. L'ensemble Alamire, composé de neuf chanteurs et deux instrumentistes, conduit par le musicologue David Skinner se trouve plus ou moins à l'aise face un public qui se trouve si proche de lui. La froideur, par exemple, de l'Américain Jacob Heringman, luthiste, et de la harpiste Kirsty Whatley laisse perplexe et nourrit un ennui auquel je ne suis guère habitué en tant que spectateur régulier du Globe. Il est vrai que les acteurs shakespeariens, également chanteurs et musiciens, sont faits d'une autre trempe. Décidément, que les interprètes de la musique « ancienne », tout comme ceux de la musique dite « contemporaine », manquent singulièrement de chaleur. Leur effroi pathologique du Romantisme et leur pédantisme est véritablement aussi redoutable que décourageant. Et ce n'est pas l'humour convenu des présentations savantes du professeur Skinner – entre les pièces – qui satisfera davantage notre esprit. À trop vouloir imiter les comportements continentaux en la matière, certains musiciens anglais en viennent curieusement à perdre ce qui peut s'appeler la « chaleur d'âme ».