Igor STRAVINSKY : le Sacre du printemps. Ballet en deux tableaux. Argument d'Igor Stravinsky et Nicolas Roerich. Ballet & Orchestre du Théâtre Mariinsky, dir. Valery Gergiev. Chorégraphies de Vaslav Nijinsky (1913) et Sacha Waltz (2013, création).

 

  

 

Retour aux sources pour cette version inaugurale proposée par Valery Gergiev, à la tête de ses troupes du Mariinsky. Une vision, musicalement, somme toute assez sage, bien policée où Gergiev a à cœur d’arrondir les angles et de ne pas choquer…Sans fautes de goût et sans reproches, mais sans génie non plus, bien menée de bout en bout, quasiment « classique » dans son interprétation. L’orchestre parvient à servir admirablement, à la fois dans les rythmes et les sonorités, la partition complexe de Stravinsky, où plusieurs chefs, dont Leonard Bernstein, se sont, par le passé, cassés les dents !

La chorégraphie de Nijinsky, remontée par Millicent Hodson et Kenneth Archer, en 1987, donne un aperçu de ce que le public avait pu voir le soir de la création. Il n’y a plus, aujourd’hui, quoi que ce soit qui puisse choquer dans cette vision un peu surannée qui n’a plus qu’un intérêt historique. Force est de reconnaître, toutefois, la modernité, pour l’époque, de cette représentation, qui rompait totalement avec la tradition du ballet classique dont le Théâtre Mariinsky et l’Opéra de Paris étaient, en ces temps bénis, les garants, expliquant probablement en partie le scandale de la création. Globalement, une belle interprétation orchestrale et chorégraphique oscillant entre primitivisme et cosmogonie, deux éléments constitutifs essentiels de la Russie païenne. Un primitivisme, étudié dès 1912 par Emile Durkheim (Les Formes Élémentaires de la Vie Religieuse) où l’univers reste pour ces peuplades primitives objet de célébration. Leurs cultes puisent leur signification dans un rapport direct avec le cosmos.

 

 

 


À 2013... ©Vincent Pontet

 

 

Quant à la création chorégraphique de Sacha Waltz, spécialement conçue pour ce centenaire, elle se situe entre tradition et modernité. Mais il faut bien avouer qu’elle ne convainc qu’à moitié par le manque de lisibilité du discours et la perte de l’élément symbolique, le cercle notamment, si important dans la définition de l’espace sacré. Dès 1899, Henri Hubert et Marcel Mauss (Mélanges d’histoire des religions) étudient l’importance de la géométrie dans les rituels sacrificiels, trouvant dans le cercle différents niveaux de religiosité. Le centre concentre les énergies, c’est le lieu idéal du sacrifice, mais la pénétration dans l’espace sacré est toujours l’aboutissant d’une initiation, comme l’a si bien signalé Mircea Eliade (Le Mythe de l'Éternel Retour). Cette tentative, toutefois méritoire, de la chorégraphe berlinoise fait, hélas, pâle figure comparée aux autres chorégraphies « modernes » de référence, ne possédant ni le dramatisme bouleversant de Pina Bausch, ni l’impact physique de Béjart, ni l’expressivité animale de Preljocaj.