Pour clôturer la masterclass sur Wagner et Mahler organisée à l'abbaye de Royaumont, la Médiathèque musicale Mahler à Paris - dont on fête les 30 ans d'existence - avait convié quelques privilégiés à une ultime séance dirigée par Waltraud Meier.Sous le motto « De la partition à l'incarnation ». ''De l'interprétation'', corrige d'emblée la chanteuse, ''à l'incarnation'' ; car il ne s'est pas agi, selon elle, lors de cette session, d'enseigner le mot à mot – d'autres sont là pour y pourvoir -  mais bien de se situer au niveau interprétatif. Dans une perspicace introduction, Waltraud Meier donne quelques clés de lecture. Ainsi de l'absolue sincérité par rapport au texte et de la nécessité d'être authentique, d'être  soi-même. Elle souligne que cette session d'une semaine à Royaumont a d'abord été un temps de réflexion sur la manière d'interpréter Wagner, en l'occurrence Tannhäuser et ses différents rôles, mais aussi Mahler à travers une poignée de ses Lieder.

C'est de ces derniers qu'il sera question lors de cette séance de travail parisienne, aussi concentrée que décontractée tant une mutuelle confiance unit d'évidence « maître » et « élèves ». Waltraud Meier insiste sur la nécessité de ne pas dissocier étude de la partition d'un travail de scène, comme il en a été durant les séances de travail à Royaumont puisqu'aussi bien le metteur en scène Vincent Huguet, assistant de Patrice Chéreau pour la production d'Elektra de Strauss au Festival d'Aix-en-Provence, prêtait son concours. Une approche paradoxale s'agissant de Lieder. Pourtant essentielle à ses yeux en terme d'incarnation de ce que disent ces courts poèmes. Cette approche, certes expérimentale, questionne au demeurant la possibilité de représenter scéniquement ces Lieder de Mahler. Elle insiste encore sur l'importance du geste : du corps bien sûr, mais aussi et en particulier de la main. Celle-ci peut exprimer tant de choses et les plus secrètes. Et d'inviter l'auditoire à se livrer à un mini exercice de communication de la main avec son voisin... pour signifier quelque sentiment à travers ce poignet et ces dix doigts qui peuvent en dire long sur l'empathie éprouvée ou l'absence de feeling... Vient ensuite une illustration de travail effectué lors de la session, à partir de trois Lieder de Mahler, tirés des Ruckert Lieder, et accompagnés par Tanguy de Williencourt et Sarah Ristorcelli au piano. Du Lied « Ich bin der Welt abhanden gekommen », on perçoit combien de la narration transpire une réelle puissance dramatique. Avec « Um Mitternach », un sommet de poésie, les deux jeunes chanteurs nous tirent des larmes d'émotion lorsque Waltraud Meier corrige, ou plus exactement ajuste telle nuance. Une séance qui vaut bien des concerts !