Roberto Alagna superstar…

Dans le cadre de la série « Les Grandes Voix » Roberto Alagna offrait au très nombreux public de la Philharmonie de Paris un des derniers récitals de la saison, en compagnie de la mezzo soprano ukrainienne Iryna Zhytynska, accompagné par l'Orchestre National de Lille sous la direction de Giorgio Croci.

Guillaume Tell créé la controverse au Royal Opera

 

Gioacchino ROSSINI : Guillaume Tell. Opéra en quatre actes. Livret d'Étienne de Jouy et Hippolyte-Louis-Florent Bis, d'après la pièce éponyme de Friedrich Schiller. Édition critique de E. C. Bartlett, Edizione Critica della Fondazione Rossini di Pesaro. Gerald Finley, Charles Osborn, Malin Byström, Enkeledja Skhosa, Sofi Fomina, Eric Halfvarson, Nicolas Courjal, Samuel Dale Johnson, Michael Colvin, Michael Lessiter, Ji Hyun Kim,Alexander Vinogradov. Royal Opera Chorus. Orchestra of the Royal Opera House, dir. Antonio Pappano. Mise en scène : Damiano Michieletto. Royal Opera de Londres.

 

Bien avant la première parisienne en 1829, la nouvelle selon laquelle Rossini avait décidé de ne plus écrire pour la scène, mais de finir cependant par un sujet en français, agitait les salons de la capitale. De fait, poursuivant sur le succès qui le vit réadapter dans la langue de Molière deux de ses opéras dits napolitains, Maometto II et Mosé in Egitto, respectivement en Le Siège de Corinthe et Moïse et Pharaon, Rossini allait s'atteler à écrire un vrai grand opéra forgé sur le modèle d'Aubert et bien sûr de Meyerbeer, avec ce que cela impliquait d'effets scéniques spectaculaires mais aussi d'innovations proprement musicales.

Concert de clôture du tricentenaire de l'Opéra Comique

Concert de clôture du tricentenaire de l'Opéra Comique

 

Les célébrations du tricentenaire de l'Opéra Comique « Maison fondée en 1715 » se sont achevées par un « concert de clôture » censé fêter l'opéra-comique romantique. En fait, si malgré l'annulation d'un des participants, le programme resta inchangé, le résultat laissait un sentiment de moindre faste comparé à la soirée d'ouverture de novembre dernier. Le concert s'ouvrait pourtant sous les meilleurs auspices avec l'Ouverture de Zampa, un des succès de l'ère Deschamps, brillamment exécutée par le Cercle de l'Harmonie sous la houlette musclée mais inventive de Jérémie Rhorer : indéniable atmosphère festive, en particulier lors du passage médian en quadrille, grâce à une dramaturgie ménageant un parcours allègre.

Les Mousquetaires au couvent

De réjouissants Mousquetaires pour un nostalgique départ...

 

Louis VARNEY : Les Mousquetaires au couvent. Opérette en trois actes. Livret de Paul Ferrier et Jules Prével, d'après « L'habit ne fait pas le moine » d'Amable de Saint-Hilaire et Paul Duport. Marc Canturri, Sébastien Guèze, Franck Leguérinel, Anne-Catherine Gillet, Anne-Marie Suire, Antoinette Dennefeld, Nicole Monestier, Doris Lamprecht, Jérôme Deschamps, Ronan Debois. Les Cris de Paris. Orchestre symphonique de l'Opéra de Toulon, dir. Laurent Campellone. Mise en scène : Jérôme Deschamps. Opéra Comique.

 Créée en 1880, l'opérette Les Mousquetaires au couvent est la première grande réussite de Louis Varney (1844-1908 ). Elle s'inspire d'une pièce de 1835, « L'habit ne fait pas le moine » qui nous transporte à la Cour de Louis XIII. Pourquoi le succès ?

Le Paradis et la Péri de Schumann au Festival de Saint-Denis

Robert SCHUMANN : Das Paradis und die Peri. Dichtung (Poème) en trois parties. Texte tiré de Lalla Rookh de Thomas Moore. Marita Sǿlberg, Marta Boberska, Karine Deshayes, Frédéric Antoun, Ben Johnson, Edwin Crossley-Mercer. Chœur de  Radio France. Orchestre National de France, dir. Jérémie Rhorer. Basilique de Saint-Denis.Le concert d'ouverture du Festival de Saint-Denis offrait l'occasion d'entendre le rare Le Paradis et la Péri op. 50 de Schumann. Créé en 1843 à Leipzig sous la direction du compositeur, l'œuvre appartient au genre de l'oratorio profane, plus exactement le Märchen oratorium (conte oratorio). Élisabeth Brisson remarque qu'«elle est de facture inhabituelle, correspondant à un nouveau genre, ''neue Genre'', voulu par Schumann qui la dénomme ''Dichtung'' (Poésie) et non oratorio » (Cf. NL de 5/2015, in ''Paroles d'auteur''). Schumann a puisé dans un texte du philosophe, humaniste et théologien Thomas Moore (1478-1535 ), Lalla Rookh, conte initiatique, lui-même emprunté à la mythologie arabo-perse, qui traite le thème de la rédemption. La Péri, chassée du Paradis, espère y retrouver sa place.

Utahl : à l'origine de l'opéra romantique français

Étienne-Nicolas MEHUL: Uthal. Opéra-comique en un acte. Livret de Jacques-Benjamin-Maximilien Blins de Saint Victor d'après James Macpherson. Yann Beuron, Karine Deshayes, Jean-Sébastien Bou, Sébastien Droy, Philippe-Nicolas Martin, Reinoud van Mechelen, Artavazd Sargsyan, Jacques-Greg Belobo. Chœur de chambre de Namur. Le Talens Lyriques, dir. Christophe Rousset. Exécution de concert. Opéra Royal de Versailles.Parmi les musiciens du tournant du siècle 1800, Étienne-Nicolas Méhul (1763-1827) ne reste aujourd'hui hors de l'oubli que grâce à son fameux Chant du départ, écrit en 1794, et peut-être encore son drame biblique Joseph. Pourtant ce compositeur prolixe en tous domaines a laissé plus de de trente titres au genre lyrique. Uthal, créé en 1806 à l'Opéra Comique, salle Feydeau, est inspiré des rêveries « ossianiques » de James Macpherson (1736-1796). Il nous plonge dans les brumes et la mythologie écossaises des bardes et de leurs luttes guerrières.

La Mort de Tintagiles aux Bouffes du nord

Maurice MAETERLINCK: La mort de Tintagiles. Pièce en cinq actes ; précédée de fragments de « Pour un tombeau d'Anatole » de Stéphane Mallarmé. Adrien Gamba Gontard, Leslie Menu, Clara Noël. Christophe Coin, violoncelle et baryton à cordes, Garth Knox, alto et viole. Conception musicale : Christophe Coin & Garth Knox. Mise en scène : Denis Podalydès. Théâtre des bouffes du Nord.Maurice Maeterlinck a donné au théâtre symboliste Pelléas et Mélisande que Debussy allait mettre en musique pour le chef d'œuvre que l'on sait, mais aussi d'autres pièces intéressantes, telle que La mort de Tintagiles (1894). L'idée de la monter assortie d'un ramage musical revient à Denis Podalydès et à Christophe Coin. Qui avaient déjà  collaboré pour Le Bourgeois gentilhomme (au demeurant repris aux Bouffes du  nord jusqu'au 26 juillet). La mort de Tintagiles est une pièce en cinq actes, cinq courts tableaux qui font intervenir quatre personnages outre quelques servantes.

Un Bal masqué futuriste à La Monnaie

Giuseppe VERDI : Un Ballo in maschera (Un bal masqué). Mélodrame en trois actes. Livret d'Antonio Somma. Stefano Secco, George Petean, Maria José Siri, Marie-Nicole Lemieux, Kathleen Kim, Roberto Accurso, Tijl Faveyts, Carlo Cigni, Zeno Popescu, Pierre Derbet. Orchestre symphonique et Choeurs de la Monnaie, dir : Carlo Rizzi. Mise en scène : Alex Ollé (La Fura dels Baus). Théâtre de La Monnaie.Au sein de la production verdienne, Un ballo in maschera (1859) marque la fin des «  années de galère ». L'opéra de Verdi connut une genèse mouvementée. Le sujet qui se présenta d'abord fut « Gustave III de Suède », opéra de Auber sur un livret de Scribe (1837), que Verdi demanda à son librettiste de réécrire. Tant il était persuadé de l'intérêt du sujet : « Gustave IIII comporte des ressorts dramatiques exceptionnels et le situations y sont remarquablement agencées », dira-t-il. La pièce devint ainsi « La vendetta in domino ».

Vivaldi à l'opéra : une dramaturgie insoupçonnée

Antonio VIVALDI : La verità in cimento (La vérité mise à l'épreuve). Dramma per musica en trois actes. Livret de Giovaanni Palazzi. Julie Fuchs, Wiebke Lehmkuhl, Christophe Dumaux, Delphine Galou, Anna Goryachova, Richard Croft. Orchestra La Scintilla, dir. Ottavio Dantone. Mise en scène : Jan Philipp Gloger. Opernhaus Zürich.Monter un opéra de Vivaldi est chose suffisamment rare pour qu'on se précipite à l'Opernhaus de Zurich pour voir La verità in cimento, d'autant que la distribution en était fort alléchante. Cet opéra a été créé en 1720 au Teatro San' Angelo de Venise. La Sérénissime est alors capitale du luxe et du plaisir, attirant un vaste public quasi international, dirait-on aujourd'hui, dans ses sept maisons d'opéra. Vivaldi y règne en maître et ce « drame en musique » survient dans une période faste pour celui qui est désormais une star de l'opéra céans en sa double casquette d'homme de théâtre avisé et et d'impresario habile.

Maria Stuarda : Duel vocal au sommet

Gaetano DONIZETTI : Maria Stuarda. Drame lyrique en deux actes. Livret de Giuseppe Bardari d'après la tragédie éponyme de Schiller. Alexandra Kurzak, Carmen Giannattasio, Francesco Demuro, Carlo Colombara, Christian Helmer, Sophie Pondjiclis. Chœur du Théâtre des Champs-Elysées. Orchestre de chambre de Paris, dir. Daniele Callegari. Mise en scène : Patrice Caurier et Moshe Leiser, reprise par Gilles Rico. Théâtre des Champs-Elysées.Un duo vocal superlatif, avec Alexandra Kurzak en Marie Stuart et Carmen Giannattasio en Elisabeth, voilà un des atouts majeurs de cette coproduction du Théâtre des Champs Elysées. Maria Stuarda, un drame lyrique (43ème des 71 opéras écrits par Donizetti), reconnu par tous comme un sommet du bel canto, est une œuvre qui s'inscrit dans la trilogie des Tudor entre Anna Bolena et Roberto Devereux, Un opéra, rarement donné, au livret concis et à la dramaturgie exacerbée, qui marque aussi l'évolution prochaine vers l'opéra verdien avec un orchestre qui s'étoffe, des vents prenant une place plus importante (clarinettes et trombones) et des cordes se faisant volontiers symphoniques.

Dardanus en majesté à l'Opéra de Bordeaux

Tragédie lyrique en cinq actes et un Prologue. Livret de Charles-Antoine Le Clerc de la Bruère. Version de 1737. Karina Gauvin, Gaëlle Arquez, Reinoud van Mechelen, Florian Sem

Cinquième opéra de Rameau, créé en 1737, Dardanus n'est pas le plus abordable non plus que le plus aisé à monter. Il pêche par la pauvre qualité de son livret. Charles-Antoine Le Clerc de la Bruère était un jeune poète en vue, adoubé par Voltaire - auquel Rameau aurait pensé pour tenir la plume - mais pas toujours inspiré, et la pièce tombe au plus fort de la querelle dévastatrice des lullistes et des ramistes. La tragédie lyrique est mâtinée de tragédie ballet et le résultat quelque peu hybride pour ce qui est un huis clos amoureux entre trois personnages, Iphise, Dardanus et Anténor.

Une production intellectualisée de La Ville morte

Erich Wolfgang KORNGOLD : Die tote Stadt. Opéra en trois actes. Livret de Paul Schott d'après le roman Bruges-la-morte de Georges Rodenbach. Daniel Kirch, Helena Juntunen, Allen Boxer, Maria Riccarda Wesseling, John Chest, Alexander Sprague, Elisa Cenni, Albane Carrère, Rémi Mathieu. Chœurs de l'Opéra national de Lorraine. Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, dir. Thomas Rösner. Mise en scène : Philippe Himmelmann. Opéra de Nancy. La lutte de la puissance érotique de la femme vivante contre la puissance persistante de l'esprit de la morte... tout cela m'a attiré » précise Korngold à propos de son opéra en 1921. La Ville morte, créé l'année précédente à Cologne, lui a été inspiré par le roman de Georges Rodenbach, « Brurges-la-morte » (1892), qui avait servi de base à un drame symboliste « Le mirage » (1897). Un homme pleure la mort de sa femme, Marie. Une autre femme, Marietta, se présente, offrant une ressemblance troublante avec la défunte.

Ariane et Barbe-Bleue à L'Opéra du Rhin

Paul Dukas : Ariane et Barbe-Bleue ou la délivrance inutile. Conte en trois actes. Livret de Maurice Maeterlinck. Ori Phillips, Sylvie Brunet-Grupposo, Marc Barrard, Aline Martin, Cocio Pèrez, Gaëlle Alix, Lamia Beuque, Délia Sépulcre Nativi, Jaroslav Kitala, Peter Kirk, David Oller. Chœurs de l'Opéra national du Rhin. Orchestre symphonique de Mulhouse, dir. Daniele Callegari. Mise en scène : Olivier Py. Opéra de Strasbourg.L'unique opéra de Paul Dukas, Ariane et Barbe-Bleue, occupe une place à part dans le répertoire. Ne serait-ce qu'eu égard à la difficulté de distribuer le rôle titre féminin. Créé en 1907, à l'Opéra Comique par Georgette Leblanc, l'épouse de Maeterlinck, il connaîtra son heure de gloire à l'Opéra Garnier lorsque Germaine Lubin le reprendra en 1935. Depuis lors, il demeure peu représenté. Un autre point d'achoppement réside dans le contenu même de l'œuvre.

Benvenuto Cellini mis en scène façon Monty Python

Hector BERLIOZ : Benvenuto Cellini. Opéra en deux actes. Livret de Léon de Wailly et Auguste Barbier. John Osborn, Laurent Naouri, Orlin Anastassov, Mariangela Sicilia, Michèle Losier, Maurizio Muraro, Nicky Spence, Scott Conner, André Morsch, Marcel Beekmann. Chœur de l'Opéra national néerlandais. Rotterdam Philharmonic Orkest, dir. Sir Mark Elder. Mise en scène : Terry Gilliam. Het musik Theater Amsterdam.      Décidément Pierre Audi, le directeur du Nederlandse Opera aime faire des coups ; et ne rate pas sa cible. Après un Lady Macbeth de Mzensk confié à Martin Kusej ou un Kitège à Dmitri Tcherniakov, pour ne citer que ces deux là, il a fait appel à Terry Gilliam pour mettre en scène le délicat Benvenuto Cellini. Il s'agit d'une co production avec l'ENO de Londres, où le spectacle fut donné en 2014 devant des salles sold out. Il faut dire que du spectacle, il y en a, à revendre ! L'opéra de Berlioz, ce mélange de grand opéra et d'opéra-comique, n'appelle-t-il pas la fantaisie ?

Macbeth de Verdi au Théâtre des Champs-Elysées

Giuseppe VERDI : Macbeth. Opéra en quatre  actes. Livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei, d'après la tragédie éponyme de Shakespeare. Version de 1865. Roberto Frontali, Susanna Branchini, Andrea Mastroni, Jean-François Borras, Sophie Pondjiclis, Jérémy Duffau. Orchestre National de France & Chœur de Radio France, dir. Daniele Gatti. Mise en scène : Mario Martone.S'il fallait encore une preuve de la profonde affinité existant entre le compositeur italien et le chef milanais, cela serait chose faite, aujourd'hui, après l'éblouissante prestation de Daniele Gatti à la tête de l'Orchestre National dans cette nouvelle production de Macbeth de Giuseppe Verdi. Un opéra noir qui marque le premier rendez vous entre Verdi et Shakespeare.

Un opéra pour nous enfumer !

Xavier DAYER : Les Contes de la Lune Vague après la pluie. Opéra de chambre en un prologue, deux parties et un épilogue sur un livret d'Alain Perroux d'après le film de Kenji Mizoguchi. Majdouline Zerari, Luanda Siqueira, Judith Fa, Benjamin Mayenobe, Carlos Natale, David Tricou. Ensemble Linea, dir. Jean-Philippe Wurtz. Mise en scène : Vincent Huguet. Opéra Comique.    Cet opéra a été crée le 20 mars dernier à l'Opéra de Rouen et a été donné pour deux soirées à l'Opéra Comique. Le 19 mai, le Japon était présent avec son excellence l'ambassadeur du Japon en France S.E. M. Yoichi SUZUKI. Pourquoi nous dire que c'est d'après le film ? Il y a un livre au départ que personne ne peut lire peut-être dans la langue mais qui est un classique de la littérature japonaise, écrit par Ueda Akinari (1734-1809). C'est un recueil de neuf contes. Quel est l'intérêt de partir d'un film pour en faire un opéra ? Imaginons Orson Welles partir de l'adaptation qu'a faite Verdi de Macbeth ou d'Othello, ou Verdi partir de l'Otello de Rossini ?

Entre espoir et désastre : Les Stigmatisés à l'opéra de Lyon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entre espoir et désastre : Les Stigmatisés à l'opéra de Lyon

Franz SCHREKER : Die Gezeichneten (Les Stigmatisés). Opéra en trois  actes. Livret du compositeur. Charles Workman, Magdalena Anna Hofmann, Simon Neal, Markus Marquardt, Michael Eder, Aline Kostrewa, Jan Petryka, Jeff Martin, Robert Wörle, Falko Hönisch, James Martin, Piotr Micinski, Stephen Owen, Caroline MacPhie, Marie Cognard, Didier Roussel, Kwang Soun Kim, Paolo Stupenengo, Celia Roussel Barber, Karine Motyka, Alain Sobieski, Sharona Appelbaum, Hidefumi Narita. Orchestre, Chœurs et Studio de l'Opéra de Lyon, dir. Alejo  rez. Mise en scène : David Bösch. Opéra de Lyon.

 

 Prisé en son temps, puis banni comme représentant de l'« Entertate Musik » (Musique dégénérée), Franz Schreker (1834-1934) sort peu à peu de l'oubli. On mesure à peine quel foisonnement artistique s'est emparé de la capitale autrichienne au tournant du siècle, en peinture, au théâtre, et bien sûr en musique. Comme Zemlinsky et Berg, Schreker s'illustre à l'opéra.

Orphée partagé entre présent et  mémoire

Christoph Willibald GLUCK: Orfeo ed Euridice. Azione teatrale per musica. Livret de Ranieri de Calzabigi. Christophe Ainslie & Victor von Halem, Elena Galitskaya, Léo Caniard, Noé Cambriand, Yoan Guérin, Simon Gourbeix, Tom Nermel, Cléobule Perrot. Orchestre, Chœurs et Maîtrise de l'Opéra de Lyon, dir. Enrico Onofri. Mise en scène : David Marton. Opéra de Lyon.

 

Autre volet du « Festival les jardins mystérieux », l'Opéra de Lyon présentait Orphée et Eurydice dans une version pour le moins décoiffante. Sous le prétexte de « dépasser la légende » », David Marton prend comme point d'appui de sa mise en scène la phrase que lance Orphée déplorant la perte d'Eurydice, « Oh, cruel souvenir! ».

Castor et Pollux revisité façon affaires de famille...

ean-Philipe RAMEAU  : Castor et Pollux. Tragédie en cinq actes. Livret de Pierre-Joseph Bernard, dit Gentil-Bernard. Version de 1754. Antonio Figueroa, Aimery Lefèvre, Hélène Guillemette, Gaëlle Arquez, Hasnaa Bennani, Dashon Burton, Serguey Romanovsky, Konstantin Wofff. Choeur du Capitole. Les Talens Lyriques, dir. Christophe Rousset. Mise en scène: Mariame Clément.  Théâtre du Capitole.

 Troisième opéra de Rameau, Castor et Pollux a, ces temps, la faveur des directeurs d'opéra. Après le TCE (cf. NL de /2015) et les Opéras de Dijon et de Lille, voici une nouvelle production au Capitole de Toulouse. On a choisi la version remaniée de 1754, qui omet le prologue et offre de la tragédie en musique une approche plus compacte du thème de l'amour fraternel, de l'« amitié» au sens qu'avait ce mot au XVII ème siècle.

Le Pré aux clercs

Ferdinand HEROLD : Le Pré aux clercs. Opéra-comique en trois actes. Livret d'Eugène de Planard d'après Chronique du règne de Charles IX de Prosper Mérimée. Marie Lenormand, Marie-Eve Munger, Jaël Azzaretti, Michael Spyres, Emiliano Gonzales Toro, Éric Huchet, Christian Helmer. Accentus. Orchestre Gulbenkian, dir. Paul McCreesh. Mise en scène : Éric Ruf. Opéra Comique.

 

 

Chronique du règne de Charles IX est le premier ouvrage de Prosper Mérimée à avoir été porté sur la scène d'opéra, en 1832, bien avant sa Carmen. Il l'a été successivement par Meyerbeer, avec Les Huguenots et Ferdinand Hérold pour son Pré aux clercs. Deux œuvres aussi dissemblables que les différencient les genres auxquels elles appartiennent : le grand opéra pour la première, l'opéra-comique pour la seconde. Pour faire simple on dira que le Prè aux Clers est la version soft de cette histoire qui se trame à l'époque de la Saint Barthélémy, et qui a pour théâtre ce lieu illustre sur les bords de la Seine, juste en face du Louvre.

Sur les ailes du chant

 

Philippe Jaroussky donnait au Théâtre des Champs Elysées le programme de son récent CD, autour des mélodies de Verlaine, « de Fauré à Ferré ». On a dit à propos du disque (cf. NL de 4/2015) tout l'intérêt de la démarche rapprochant plusieurs poèmes de Verlaine mis en musique par divers compositeurs, accompagnés qui au piano, qui par un quatuor à cordes. Le concert apportait divers éclairages nouveaux et une solide confirmation.

Entre rêve et réalité : Juliette de Martinů

 

 Bohuslav MARTINŮ : Juliette ou la clé des songes. Opéra lyrique en trois actes. Livret du compositeur d'après la pièce éponyme de Georges Neveux. Annette Dasch, Joseph Kaiser, Airam Hernandez, Lin Shi, Pavel

C'est en 1938, à Prague, qu'a été créé Juliette ou la clé des songes. Bohuslav Martinů (1890-1959) a directement adapté la pièce éponyme de Georges Neveux, dont la création, à Paris en 1921, avait déchaîné un retentissant scandale. Le poète surréaliste, Martinů l'avait rencontré alors que séjournant dans la capitale, il y côtoyait l'intelligentsia littéraire et musicale de l'époque. S'il a faite sienne cette fable, c'est qu'en bon tchèque, il ne redoutait pas les contrées de l'étrange, comme bien de ses compatriotes praguois des années1920/1930. Ayant lu la pièce de Neveux, il en fut si emballé qu'il demanda à son auteur de la mettre en musique.