Igor STRAVINSKY : Le Rossignol

Igor STRAVINSKY : Le Rossignol, conte lyrique en trois actes, et autres fables (Livret du compositeur & de Stephan Mitousov, d'après Hans Christian Andersen).  Renard, histoire burlesque chantée et jouée (Texte du compositeur d'après des contes populaires russes).  RagtimeTrois pièces pour clarinette seulePribaoutkiBerceuse du chatDeux poèmes de Constantin BalmontQuatre chants paysans russes.  Olga Peretyatko, Elena Semenova, Svetlana Shilova, Edgaras Montvidas, Ilya Bannik, Nabil Suliman, Yuri Vorobiev.  Jean-Michel Bartelli.  Chœurs de l'Opéra national de Lyon, Orchestre de l'Opéra national de Lyon, dir. Kazushi Ono.  Mise en scène : Robert Lepage.

Si Le Rossignol est rarement monté, il le doit à sa brièveté.  En moins d'une heure et trois micro-actes, Stravinsky brosse la fable morale de l'Empereur de Chine qui côtoie la mort pour avoir confondu le naturel du chant du Rossignol avec la froide mécanique d'un automate offert par son collègue du Japon.  S'apercevant de sa méprise, il réhabilite l'oiseau qui lui promet de revenir chanter toutes les nuits.  Le canadien Robert Lepage, chantre de l'imagerie onirique (La Damnation de Faust à l'Opéra Bastille, The Rake's Progress à Lyon et à la Scala), sait comme peu construire un univers féerique.

Christoph Willibald GLUCK : Alceste.

Échos du Festival d'Aix-en-Provence

Christoph Willibald GLUCK : Alceste.  Tragédie lyrique en trois actes.  Livret de Ranieri de' Calzabigi.  Version française de 1776.  Véronique Gens, Joseph Kaiser, Andrew Schroeder, Thomas Oliemans, Marianne Folkestad Jahren, Bo Kristian Jensen, Joao Fernandes.  English Voices, Freiburger Barockorchester, dir. Ivor Bolton.  Mise en scène : Christof Loy.

Est-il plus sublime preuve d'amour que celle d'offrir sa propre vie pour sauver son époux de la mort, comme le fait Alceste ?  Dans son adaptation pour la scène française de la version italienne créée en 1767, Gluck resserre l'action et privilégie l'austérité musicale.  Est ici magnifiée cette rigoureuse déclamation française, exemple achevé de la révolution opérée par le musicien dans le domaine de l'opera seria.  Prétextant la nécessité de rapprocher de nous les deux héros, et singulièrement cette reine magnifique, le metteur en scène Christof Loy conçoit une dramaturgie qui s'éloigne de l'Antique et se réapproprie l'action. 

Claude DEBUSSY : Pelléas et Mélisande.

Pelléas et Mélisande de retour à l'Opéra Comique.

Claude DEBUSSY : Pelléas et Mélisande.  Drame lyrique en cinq actes.  Livret du compositeur d'après la pièce de Maurice Maeterlinck.  Karen Vourc'h, Phillip Addis, Marc Barrard, Nathalie Stutzmann, Markus Hollop, Dima Bawad.  Accentus.  Orchestre Révolutionnaire & Romantique, dir. John Eliot Gardiner.  Mise en scène : Stéphane Braunschweig.

Ce qui frappe dans la nouvelle présentation de Pelléas et Mélisande à l'Opéra Comique, c'est l'immédiateté du flux sonore en parfaite adéquation avec le gabarit de la salle, celle-là même où l'œuvre fut créée.  La quasi-transparence exigée par John Eliot Gardiner, comme le débit souvent lent qu'il lui imprime, s'accommodent plutôt bien des instruments anciens de son orchestre.  Celui-ci est comme allégé pour, selon le chef anglais, « garder sa pureté à chaque timbre ».  Le résultat est fascinant.  Ainsi les vents retrouvent-ils leur vraie place, se dégageant de la texture des cordes sans qu'en souffre l'équilibre d'ensemble.  Délaissant l'ondoiement pseudo impressionniste, la lecture se veut objective et économe. 

Claudio MONTEVERDI : L'Incoronazione di Poppea.

Un grand moment de chant : Le Couronnement de Poppée à Pleyel.

Claudio MONTEVERDI : L'Incoronazione di PoppeaOpéra en trois actes.  Livret de Giovanni Francesco Busenello.  Danielle de Niese, Philippe Jaroussky, Anita Bonitatibus, Max Emmanuel Cencic, Antonio Abete, Robert Burt, Claire Debono, Ana Quintans, José Lemos, Mathias Vidal, Suzana Ograjensek.  Les Arts Florissants, dir. William Christie.

Dans la foulée de représentations scéniques au Teatro Real de Madrid, William Christie et consorts auront procuré un moment de bonheur musical d'une formidable intensité dans leur version de concert du Couronnement de Poppée.  En fait, une exécution « semi staged » avec mouvements empruntés à la mise en scène madrilène.  On en aurait presque souhaité que les interprètes soient en costumes.  Le dernier opéra de Monteverdi reste énigmatique en ce que sa partie purement instrumentale nous est parvenue incomplète.  Les notations minima laissent grande latitude à l'interprète.  L'essentiel est confié à la basse continue, la formation plus complète n'intervenant que pour les ritournelles.  Mais que de musique originale alors, d'évocation presque réaliste par moment (les interventions de la nourrice), allant jusqu'à la dissonance ou l'effet harmonique détonant.

Gioacchino ROSSINI : La Dame du lac.

La Donna del Lago à l'Opéra Garnier.

Gioacchino ROSSINI : La Dame du lac.  Melodramma en deux actes. Livret d'Andrea Leone Tottola, d'après le poème de Walter Scott The Lady of the Lake. Joyce DiDonato, Juan Diego Florez, Simon Orfila, Colin Lee, Daniela Barcellona, Diana Axentii. Orchestre et choeurs de l'Opéra national de Paris, dir. Roberto Abbado. Mise en scène : Lluis Pasqual.

Dans ses Notes d'un dilettante, Stendhal écrit à propos de La Dame du lac : « La musique de cet opéra est plutôt épique que dramatique ; elle produit souvent l'effet d'une romance, mais elle n'émeut guère ». Cette assertion vaut à propos de l'entrée de l'opéra au répertoire du Palais Garnier.  Créé en 1819, il appartient à la période napolitaine du Cygne de Pesaro.  Il développe une musique souvent brillante et délicatement descriptive (effets de cor dans le lointain, de banda pour nouer les dialogues guerriers, mais aussi sonorités aériennes de la harpe). 

Franz SCHREKER : Der ferne Klang.  Opéra en quatre actes.

Une rareté : Der ferne Klang à l'Opernhaus de Zurich.

Franz SCHREKER : Der ferne Klang.  Opéra en quatre actes.  Livret du compositeur.  Juliane Banse, Roberto Saccà, Oliver Widmer, Valery Murga.  Orchestre et chœurs de l'Opernhaus de Zurich, dir. Ingo Metzmacher.  Mise en scène : Jans-Daniel Herzog.

Alors que l'opéra domine le répertoire du début du XXe siècle, Franz Schreker rencontre le succès en 1912 avec Der ferne Klang (Le son lointain).  Il sera alors autant joué que Richard Strauss.  Manifeste artistique d'un musicien qui se proclame « un esthète du son » ; le drame de l'artiste en quête d'absolu en est le thème : Fritz est un jeune compositeur taraudé par l'appel du son idéal, rencontré en songe, tel celui de la harpe.  S'il le trouve finalement, de longues années plus tard, dans l'écriture de son opéra, intitulé « La harpe », c'est au prix du sacrifice de son amour pour Grete qui confrontée au tourment intérieur, aura entre-temps songé au suicide, puis sombré dans la prostitution.

Benjamin BRITTEN : Billy Budd.  Opéra en deux actes.

Reprise brillante de Billy Budd à l'Opéra Bastille.

Benjamin BRITTEN : Billy BuddOpéra en deux actes.  Livret d'Edward Morgan Forster & Éric Crozier, d'après la nouvelle d'Herman Melville.  Kim Begley, Lucas Maechem, Gidon Saks, Michael Druiett, Paul Gay, Scott Wilde, Andreas Jäggi, Yuri Kissin, François Piolino, Frank Leguérinel.  Orchestre et choeurs de l'Opéra national de Paris, dir. Jeffrey Tate.  Mise en scène : Francesca Zambello.

Si la vitalité d'une maison d'opéra se mesure à la qualité de ses reprises, assurément celle de l'Opéra de Paris est actuellement exemplaire à en juger par Billy Budd donné à Bastille.  Non seulement la mise en scène de Francesca Zambello (1996) n'a pas pris une ride, mais l'excellence de l'interpétation musicale semble la ragaillardir.

Jules MASSENET : Don Quichotte.  Comédie héroïque en cinq actes.

À La Monnaie : Don Quichotte pour un adieu.

Jules MASSENET : Don QuichotteComédie héroïque en cinq actes.  Livret de Henri Cain d'après Jacques Le Lorrain & Miguel de Cervantès.  José van Dam, Silvia Tro Santafé, Werner Van Mechelen, Julie Mossay, Camille Merckx, Gijs Van der Linden, Vincent Delhoume.  Orchestre symphonique et Chœurs de La Monnaie, dir. Marc Minkowski.  Mise en scène : Laurent Pelly.

Massenet a sous-titré son Don Quichotte : comédie héroïque.  Sans doute la veine héroïque trouve-t-elle son origine dans l'épopée de Cervantès, dont l'opéra s'inspire, de loin d'ailleurs.  L'appelation de comédie est plus paradoxale, car le truculent qui se mélange à l'épique vire plutôt à l'humour, et sombre dans le tragique. 

Piotr Illitch TCHAÏKOVSKI : Mazeppa.  Opéra en trois actes.

Mazeppa ou Tchaïkovski l'épique à l'Opéra de Lyon.

Piotr Illitch TCHAÏKOVSKI : MazeppaOpéra en trois actes.  Livret du compositeur & de Victor Bourenine d'après Poltava de Pouchkine.  Nikolai Putilin, Anatoli Kotscherga, Olga Guryakova, Marianna Tarasova, Misha Dydik.  Orchestre de l'Opéra de Lyon, dir. Kirill Petrenko.  Mise en scène : Peter Stein.

Moins prisé qu’Eugène Onéguine ou La Dame de Pique - entre lesquels il se situe (1884) - l'opéra Mazeppa partage avec eux de s'inspirer d'une œuvre de Pouchkine.  En l'occurrence, du poème épique Poltava, mettant en scène un personnage historique.  Le vaillant héros romantique Mazeppa, évoqué par Victor Hugo dans ses Orientales, y est représenté comme un chef de guerre vieillissant, en rebellion contre le tsar Pierre le Grand, pour la libération de son Ukraine natale, et animé d'une passion démesurée pour la fille d'un grand propriétaire terrien, Kotchoubeï.  Le tableau de mœurs qui fait le charme d'Onéguine, laisse place à une vaste fresque historique où le thème du fatum est omniprésent.

Ambroise THOMAS : Mignon.  Opéra-comique en trois actes.

Mignon triomphe à l'Opéra Comique.

Ambroise THOMAS : Mignon.  Opéra-comique en trois actes.  Livret de Jules Barbier & Albert Carré d'après Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister de Goethe.  Marie Lenormand, Ismail Jordi, Malia Bendi-Merad, Nicolas Cavallier, Charles Mortagne, Blandine Staskiewicz.  Chœur Accentus.  Orchestre philharmonique de Radio France, dir. François-Xavier Roth.  Mise en scène : Jean-Louis Benoît.

Avec Mignon, Ambroise Thomas aura laissé à l'opéra-comique l'un de ses plus beaux fleurons : un sujet bien ficellé par le tandem Barbier & Carré, une musique où triomphe la belle mélodie.  L'air de l'héroïne « Connais-tu le pays » n'a pas de mal à rester gravé dans la mémoire de par sa souple tournure, et on saisit vite pourquoi les colorature de la piquante Philine ont tant fait pour populariser son auteur auprès d'un public captivé par la prouesse vocale. 

Alban BERG : Lulu.  Opéra en trois actes (IIIe acte dans la version de Friedrich Cehra).

Lulu à La Scala.

Alban BERG : Lulu.  Opéra en trois actes (IIIe acte dans la version de Friedrich Cehra).  Laura Aikin, Franz Mazura, Stephen West, Robert Wörle, Thomas Piffka, Natascha Petrinsky, Roman Sadnik.  Orchestra del Teatro alla Scala, dir. Daniele Gatti.  Mise en scène : Peter Stein.

Curieusement, Lulu n'en est, à La Scala, qu'à la troisième production de son histoire.  Avec flair, le « sovrintendente » Stéphane Lissner a choisi de présenter la production conçue par Peter Stein pour l'Opéra de Lyon.  Point de spectaculaire, mais une approche presque intimiste, car Stein travaille sur les volumes aussi bien que sur les caractères.  Au lumineux studio Art Déco du peintre qui croque Lulu, fait écho l'attique grisâtre et rapetissé où elle sombrera sous la lame de Jack l’Éventreur. 

Giuseppe VERDI : Simone Boccanegra.  Mélodrame en un prologue & trois actes.

Événement à La Scala : Quand le ténor Placido Domingo se fait baryton.

Giuseppe VERDI : Simone Boccanegra.  Mélodrame en un prologue & trois actes.  Livret de Francesco Maria Piave.  Placido Domingo, Ferruccio Furlanetto, Anja Harteros, Fabio Sartori, Massimo Cavalletti.  Orchestra del Teatro Alla Scala, dir. Daniel.Barenboim.  Mise en scène : Federico Tiezzi.

Le célébrissime ténor Placido Domingo qu'aucun challenge n'arrête, a décidé d'ajouter à son immense répertoire Simon Boccanegra, rôle écrit pour une voix de baryton.  Mais Verdi n'a-t-il pas porté l'accent sur la partie héroïque de cette tessiture, ce que le timbre mordoré de l'interprète en son glorieux automne permet de couvrir avec emphase.  Et puis est-il personnage plus passionnant que cet ex-corsaire devenu doge, aux prises avec les factions rivales dans une Gênes vouée aux luttes fratricides, et caractérisé par une déclamation lyrique somptueuse !  Sous les ors de La Scala, Placido Domingo, dans une forme insolente, lui prête des accents majestueux et un formidable relief. 

 La Calisto, drama per musica en trois actes (1651)

Au Théâtre des Champs-Élysées.

Francesco CAVALLI (1602-1676) : La Calisto, drama per musica en trois actes (1651).  Livret de Giovanni Faustini, d’après Les Métamorphoses d’Ovide.  Les Talens Lyriques, dir. Christophe Rousset.  Mise en scène : Macha Makeïeff.  Sophie Karthäuser (Calisto), Lawrence Zazzo (Endimione), Giovanni Battista Parodi (Jupiter), Véronique Gens (Junon), Marie-Claude Chappuis (Diane), Milena Storti (Lymphée), Cyril Auvity (Pan), Mario Cassi (Mercure), Sabina Puertolas (Satyre), Graeme Broadbent (Sylvano).

 Il convient de rendre hommage à la direction du Théâtre des Champs-Élysées d’avoir programmé cet opéra - peu connu et surtout peu joué - de Francesco Cavalli, puisqu’il s’agit de sa création à Paris.  Ouvrage historiquement important, La Calisto marque le début de la révolution opératique vénitienne où l’art lyrique évolue vers le théâtre public, avec des moyens désormais limités, comme en témoigne l’effectif réduit de l’orchestre. 

Scott JOPLIN : Treemonisha.

Treemonischa, entre opéra et romance américaine.

Scott JOPLIN : Treemonisha.  Opéra en trois actes.  Livret du compositeur.  Orchestration de Gunther Schuller.  Adina Aaron, Stephen Salters, Willard White, Grace Bumbry, Loïc Félix.  Ensemble orchestral de Paris, dir. Kazem Abdullah.  Mise en scène : Bianca Li.

 L'initiative était certes intéressante de présenter Treemonisha de Scott Joplin, une pièce quasiment inconnue en France.  Terminée en 1911, elle attendra même un quart de siècle pour voir les honneurs d'une production professionnelle (en 1975 au Houston Grand Opera).  Scott Joplin, connu pour être « le roi du ragtime », a voulu composer avant tout quelque chose de sérieux, un opéra afro-américain par son sujet, sur le modèle européen par sa facture.

George Friderich HAENDEL : Tamerlano.

Tamerlano entre au répertoire du Royal Opera.

George Friderich HAENDEL : Tamerlano Opéra en quatre actes.  Livret de Nicola Francesco Haim.  Kurt Streit, Christine Schäfer, Sara Mingardo, Tara Venditti, Renata Pokupic, Vito Priante.  Orchestra of the Age of Enlightenment, dir. Ivor Bolton.  Mise en scène : Graham Vick.

 Situé entre Jules César et Rodelinda, Tamerlano est un des opéras les plus sombres de Haendel.  Dans ce drame des extrêmes, deux fous de guerre - le sultan Bajazet défait par l'empereur Tamerlan - prolongent leur barbarie sur le plan psychologique.  Curieusement, c'est le vaincu, Bajazet, qui tient le premier plan.  Son suicide parachèvera la résolution d'un homme préférant la mort à une liberté à la merci du vainqueur.  Autre particularité : ce dernier rôle est écrit pour un ténor, fait peu ordinaire à une époque dominée par les castrats.  Certes, l'intrigue amoureuse occupe une place de choix, mais elle ne distrait que peu de la trajectoire héroïque des deux héros.

Charles Mackerras dirige La Petite Renarde rusée au Royal Opera.

Charles Mackerras dirige La Petite Renarde rusée au Royal Opera.

Leoš JANÁČEK : La Petite Renarde rusée. Opéra en trois actes. Livret de l'auteur, d'après Rudolf Tesnohlidek.  Emma Matthews, Christopher Maltman, Elisabeth Meister, Robin Leggate, Matthew Rose, Jeremy White, Elisabeth Sikora.  Orchestra of the Royal Opera House, dir. Sir Charles Mackerras.  Mise en scène : Bill Bryden.

 Avec La Petite renarde rusée, l’un de ses opéras les plus singuliers, Leoš Janáček mêle mythe, folklore et anecdote.  Au-delà de la fable des animaux aux prises avec les humains, où les premiers tiennent le langage des seconds, tandis que les hommes fantasment au contact du monde animal, voilà un bel hymne à la liberté et à l'éternel recommencement du cycle de la nature.  Évoluant entre comédie et tragédie, la pièce invite à une réflexion sur le sens de la vie et la relativité de toute chose : ces humains si faibles dans leurs sentiments, comparés au volontarisme aventureux des animaux.

L'Amant Jaloux à l'Opéra Comique.

L'Amant Jaloux à l'Opéra Comique.

André-Ernest-Modeste GRÉTRY : l'Amant Jaloux ou les fausses apparences.  Comédie mêlée d'ariettes en trois actes.  Livret de Thomas d'Hèle.  Magali Léger, Daphné Touchais, Maryline Fallot, Brad Cooper, Frédéric Antoun, Vincent Blier.  Le Cercle de l'Harmonie, dir. Jérémie Rhorer.  Mise en scène : Pierre-Emmanuel Rousseau.

Grétry, un des musiciens préférés de Marie-Antoinette, est-il enfin réhabilité ? En tout cas, bien des atouts étaient réunis pour présenter sa comédie L'Amant Jaloux à l'Opéra Comique, en coproduction avec le Centre de musique baroque de Versailles.  Et d'abord la direction de Jérémie Rhorer, un jeune chef qui s'impose désormais parmi les meilleurs de sa génération.  Le sens de cette musique légère mais pas naïve, il la posséde naturellement : sa vivacité, presque véhémente par endroit, en particulier dans les ensembles qui souvent s'enchaînent à un air ; son originalité aussi comme telle aria accompagné de la mandoline, lui conférant une savoureuse couleur ; la faconde mélodique encore qui fait que, malgré les intermèdes parlés, on n'a pas l'impression d'une rupture musicale.  Son ensemble orchestral, le Cercle de l'Harmonie, fait des merveilles par ses sonorités enjouées. La mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau ne cherche pas à moderniser ce qui ne pourrait l'être que difficilement. 

Richard WAGNER : L’Or du Rhin.

Richard WAGNER : L’Or du Rhin.  Prologue en quatre scènes à L’Anneau du Nibelung (1869).  Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Philippe Jordan.  Mise en scène : Günter Krämer.  Falk Struckmann (Wotan), Samuel Youn (Donner), Marcel Reijans (Froh), Kim Begley (Loge), Peter Sidhom (Alberich), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Mime), Iain Paterson (Fasolt), Günther Groissböck (Fafner), Sophie Koch (Fricka), Ann Petersen (Freia), Qiu Lin Zhang (Erda), Caroline Stein (Woglinde), Daniela Sindram (Wellgunde), Nicole Piccolomini (Flosshilde).

Nikolaï RIMSKI-KORSAKOV : La légende de la cité invisible de Kitège et de la vierge Févronia.

Nikolaï RIMSKI-KORSAKOV : La légende de la cité invisible de Kitège et de la vierge Févronia.  Théâtre du Bolchoï de Moscou.  Opéra en quatre actes sur un livret de Vladimir Bielski.  Chœur et Orchestre du Théâtre du Bolchoï, dir. Mikhail Granovsky. Mise en scène : Eimuntas Nekrosius. Petr Mugunov (Prince Youri), Vitaliy Panfilov (Prince Vsevolod), Tatiana Monogarova (Févronia), Vitaliy Tarashcenko (Grichka), Andrey Grigoriev (Fyodor), Oksana Volkova (le Page).

 Reprise au « Théâtre du Bolchoï » de Moscou (le Bolchoï historique étant en rénovation depuis plusieurs années), de la coproduction russo-canadienne de 2008, une occasion de voir et d’entendre cet opéra peu connu de Rimski-Korsakov créé au Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg, le 20 février 1907. 

Il Viaggio a Reims au Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg.

Il Viaggio a Reims au Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg.  Dramma giocoso en un acte de Gioacchino Rossini, sur un livret de Luigi Balocchi.  Chanteurs & Orchestre du Théâtre Mariinski, dir. Mikhail Tatarnikov.  Mise en scène : Alain Maratrat.  Irma Gigolaty (Corinna), Elena Tsvetkova (Marchesa Melibea), Olga Pudova (Contessa di Folleville), Anastasia Kalagina (Madama Cortese), Andrei Ilyushnikov (Belfiore), Daniil Shtoda (Libenskof), Vadim Kravets (Lord Sidney), Nicolai Kamensky (Don Profondo), Vladislav Uspensky (Trombonok), Viktor Korotich (Don Alvaro), Alexei Tanovitski (Don Prudencio), Dmitri Koleushko (Don Luigino), Elena Sommer (Maddalena), Olga Legkova (Modestina), Timur Abdikeyev (Antonio).

Une reprise ratée de Don Carlo à l’Opéra Bastille.

Une reprise ratée de Don Carlo à l’Opéra Bastille. Don Carlo de Giuseppe Verdi.  Opéra en quatre actes (version de 1884), sur un livret de Joseph Méry & Camille du Locle, d’après le drame de Schiller.  Chœur & Orchestre de l’Opéra de Paris, dir. Carlo Rizzi.  Mise en scène : Graham Vick.  Giacomo Prestia (Filippo II), Stefano Secco (Don Carlo), Ludovic Tézier (Rodrigo), Victor Von Halem (Il Grande Inquisitore), Sondra Radvanovsky (Elisabetta), Luciana d’Intino (La Principessa d’Eboli).

 Nouvelle reprise de Don Carlo, à Bastille, dans la mise en scène de Graham Vick, et sans doute une fois de trop, tant nous avons été déçus par cette dernière prestation, surtout du fait de la direction musicale de Carlo Rizzi, particulièrement lourde, menaçant à tout instant de couvrir les voix, obligeant les chanteurs à des numéros de force, à la limite de la justesse, notamment dans le célèbre duo de l’amitié du premier acte. 

Falstaff au Théâtre des Champs-Élysées.

Falstaff au Théâtre des Champs-Élysées.  Comedia lirica en trois actes (1893) de Giuseppe Verdi (1813-1901), sur un livret de Arrigo Boito d’après The Merry Wives of Windsor et Henry IV de William Shakespeare.  Orchestre national de France, Chœur du Théâtre des Champs-Élysées, dir. Daniele Gatti.  Mario Martone (mise en scène). Anthony Michaels-Moore (Falstaff), Jean-François Lapointe (Ford), Paolo Fanale (Fenton), Raul Giménez (Cajus), Anna Caterina Antonacci (Alice Ford), Chen Reiss (Nanetta), Marie-Nicole Lemieux (Mrs Quickly), Caitlin Hulcup (Meg Page).

 Les opéras se suivent et ne se ressemblent pas au Théâtre des Champs-Élysées, mais la joie persiste.  Après la joyeuse Cenerentola de Rossini tout dernièrement, voici à présent, pour quatre représentations exceptionnelles, le retour du jubilatoire Falstaff, donné, en ces lieux, en 2008, dans la même production avec toutefois une distribution sensiblement différente, à commencer par le rôle-titre, tenu aujourd’hui par Anthony Michaels-Moore, remplaçant avec bonheur Alessandro Corbelli.  Dernier opéra de Verdi, composé à quatre-vingts ans, sur un livret comique, créé le 9 février 1893 à La Scala de Milan, qui sonne comme un clin d’œil du vieux Maestro, mais aussi comme une interrogation sur le sens de la vie et le temps qui passe.

 Cette reprise, comme la production initiale de 2008, est une indiscutable réussite musicale et théâtrale avec une remarquable homogénéité dans la qualité des voix, qui n’a d’égal que la qualité du jeu des acteurs : Anthony Michaels-Moore campe un Falstaff drôle et plein d’une tendresse qui le fait échapper à la caricature, Anna-Caterina Antonacci est une Alice pétillante, Marie-Nicole Lemieux irrésistible de drôlerie, Jean-François Lapointe élégant, Chen Reiss admirable dans la reine des fées avec sa voix limpide et éthérée, et dans son duo avec Paolo Fanale, au très beau timbre bien qu’un peu limité en puissance.  La mise en scène de Mario Martone, qui transpose l’action au XIXe siècle, ce qui lui confère un surplus de modernité, fonctionne parfaitement en maintenant le rythme de l’intrigue où l’action progresse à grandes enjambées avec un jeu d’acteur précis et foisonnant dans une scénographie assez réussie esthétiquement.  En revanche, la direction musicale de Daniele Gatti, fut plus contestable, semblant plate et sans allant, alors qu’on l’aurait souhaitée pétillante et enjouée.