Die Entführung aus dem Serail.

Staatsoper (Berlin) im Schiller Theater.  Singspiel en trois actes (1782) de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) sur un livret de Gottlieb Stephanie Le Jeune.  Staatskapelle & Staatsopernchor de Berlin, dir. Friedrich Haider.  Mise en scène : Michael Thalheimer.  Sven Lehmann (Selim), Susan Gritton (Konstanze), Anna Prohaska (Blonde), Kenneth Tarver (Belmonte), Florian Hoffmann (Pedrillo), Reinhard Dorn (Osmin).

Une production qui, outre sa qualité musicale et vocale, vaut par l’intelligence de sa mise en scène, laquelle malgré une scénographie extrêmement dépouillée, réduite à de très beaux éclairages, met parfaitement en valeur les deux aspects de cette œuvre composite : opera seria et opera buffa.  Représentée pour la première fois à Vienne, le 16 juillet 1782, on lui reprocha de manquer d’unité, mélange des genres dû aux aléas de sa composition, plusieurs fois reprise et enrichie de nouveaux airs.  Si le livret paraît assez faible, toute l’attention  du spectateur est retenue par la qualité de la musique et de la mise en scène.  Musicalement, la Staatskapelle dirigée par Friedrich Haider sait parfaitement, par les nuances et les sonorités orchestrales, rendre compte de la niaiserie ou de la fureur d’Osmin, de la passion de Belmonte à laquelle répond Konstanze par de périlleuses vocalises, de la féminité et de l’espièglerie de Blonde brillante dans le suraigu, de la bonne humeur de Pedrillo.

Pygmalion musical, au Châtelet.

Fredericke Loewe & Alan Jay Lerner : My Fair Lady« Musical » en deux actes.  D'après la pièce Pygmalion de George Bernard Shaw et le film éponyme de Gabriel Pascal.  Orchestration de Robert Russell Bennett et Philip J.Lang.  Sarah Gabriel, Alex Jennings, Margaret Tyzack, Nicholas Le Prevost, Donald Maxwelll, Jenny Galloway, Ed Lyon.  Chœur du Châtelet, Orchestre Pasdeloup, dir. Kewin Farrell.  Mise en scène : Robert Carsen.La comédie musicale My Fair Laidy a été immortalisée par le film de George Cukor, grâce notamment à la prestation inoubliable de Audrey Hepburn.  C'est oublier qu'elle avait vu le jour à New York en 1956, avec Julie Andrews, pour y tenir le succès des années durant.  Elle s'en vient enfin à Paris, dans sa version originale et complète.  Le Châtelet n'a pas lésiné sur les moyens en invitant Robert Carsen à la revisiter, se souvenant sans doute du succès que celui-ci s'y était taillé dans Candide de Bernstein, il y a quelques saisons.  Le sujet est directement emprunté à la pièce de George Bernard Shaw Pygmalion.  Quoiqu'il ait une source plus lointaine : Ovide dans ses Métamorphoses conte la légende de Pygmalion et Galatée, ou comment voir l'idéal amoureux s'incarner en une femme de chair et d'os. 

Un réjouissant Phi Phi à l'Athénée

Henri CHRISTINÉ : Phi Phi.  Opérette en trois actes.  Livret d’Albert Willemetz et Fabien Sollar.  Version pour 5 solistes, un chœur de 9 femmes et 10 musiciens.  Orchestration de Thibault Perrine.  Gilles Bugeaud, Emmanuelle Goizé, Christophe Grapperon, Olivier Hernandez, Lara Neumann, Antoine Sastre.  Compagnie Les Brigands, dir. Christophe Grapperon.  Mise en scène : Johanny Bert.Grand et durable succès des Années folles, Phi Phi – alias Phidias, célèbre sculpteur de l'antiquité - renaît à l'Athénée, sous une forme peut-être proche de sa facture originale.  L'opérette créée en 1918, le lendemain de la signature de l'Armistice, au Théâtre des Bouffes-Parisiens, fut en effet écrite pour être jouée dans un minuscule théâtre, l'Abri, qui tenait plus de la cave que du théâtre de prestige.  L'auteur du texte, Albert Willemetz, plume brillante, librettiste en vogue et parolier de nombreuses chansons célèbres - dont la fameuse « Félicie aussi », commise pour Fernandel - recherchait un musicien apte à mettre en musique la satire mythologique des démêlés amoureux du grand sculpteur, de la belle Aspasie et de l'éphèbe Ardimédon.  Il le trouvera en la personne d’Henri Christiné qui, aux côtés de Maurice Yvain, allait dominer la scène légère des années d'après-guerre.

Soirée Dada à l'Opéra Comique : Les Mamelles de Tirésias.

Francis POULENC : Les Mamelles de Tirésias.  Opéra-bouffe en deux actes & un prologue.  Livret d'après le texte de Guillaume Apollinaire.  Soirée Dada introduite par le Foxtrot de la Suite pour orchestre de jazz n°1 de Dimitri CHOSTAKOVITCH et Le Bœuf sur le toit de Darius MILHAUD.  Hélène Guilmette, Ivan Ludlow, Werner Van Mechelen, Christophe Gay, Loïc Felix, Thomas Morris, Marc Molomot, Jeannette Fischer, Robert Horn.  Orchestre & Chœurs de l'Opéra de Lyon, dir. Ludovic Morlot. Mise en scène : Macha Makeïeff. Créé en 1947 à l'Opéra Comique, l'opéra-bouffe Les Mamelles de Tirésias y renaît.  Et de quelle manière !  Sa pièce en forme d'utopie provocante qu'Apollinaire se plaisait à qualifier de drame surréaliste, à défaut de décider s'il « est sérieux ou non », est une fantaisie débridée, une « loufoquerie », érigeant en système le cocasse de situation.  Non qu'elle ne soit, au détour d'une réplique, empreinte de la gravité de son sujet, si crucial en 1917 : le sort « des enfants dans la famille », que résume la formule lancée au public dès le prologue par le directeur de théâtre : « Faites des enfants, vous qui n'en faisiez guère ! ».  Comment ?  Une recette insolite au pays de cocagne de Zanzibar : « si la femme n'en fait plus, tant pis.

Les Fiançailles au couvent, une rare comédie qui fait événement à Toulouse.

Sergueï PROKOFIEV : Les Fiançailles au couvent. Opéra lyrico-comique en quatre actes et neuf tableaux.  Livret du compositeur, assisté de Mira Mendelson.  D'après le livret d'opéra-comique de Richard Brinsley Sheridan.  Brian Galliford, Garry Magee, Anastasia Kalagina, Larissa Diadkova, Daniil Shtoda, Anna Kiknadze, Mikhail Kolelishvili, Yuri Vorobiev, Eduard Tsanga.  Chœur du Capitole & Orchestre national du Capitole, dir. Tugan Sokhiev.  Mise en scène : Martin Duncan.Joli clin d'œil de l'Histoire : c'est sous la direction de Michel Plasson que Les Fiançailles au couvent ont été créées en France dans les années 1970, à Strasbourg, avant de rejoindre Toulouse.  Aujourd'hui Tugan Shokiev, directeur musical de l'Orchestre du Capitole, reprend le flambeau.  Quelque vingt ans après L'Amour des trois oranges, Serge Prokofiev revient au genre burlesque ; mais la satire laisse ici place à un humour plus joyeux et festif, teinté d'une authentique veine lyrique.  Le sujet, emprunté à La Duègne du poète anglais Sheridan (1751-1816), en fait un canevas d'opéra-comique, comédie de mœurs où rien ne manque des ressorts de l'intrigue à rebondissements.  Alors que le gentilhomme sévillan Don Jérôme conçoit pour sa fille un projet de mariage avec un riche marchand

Mathis le peintre à l'Opéra Bastille

  Paul HINDEMITH : Mathis der Maler.  Opéra en sept tableaux.  Livret du compositeur.  Matthias Goerne, Scott MacAllister, Mélanie Diener, Thorsten Grümbel, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Gregory Reinhart, Michael Weinius, Antoine Garcin, Martina Welschenbach, Nadine Weissmann.  Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Christoph Eschenbach.  Mise en scène : Olivier Py.Une œuvre majeure de l'opéra du XXe siècle entre au répertoire de l'Opéra de Paris : Mathis le peintre.  Le grand opus de Paul Hindemith aura vu le jour, en 1938 à Zurich, après bien des vicissitudes qui lui valurent de se voir refuser de création en Allemagne.  Il ne s'y imposera que dix ans plus tard.  C'est qu'à travers la destinée du peintre Matthias Grünewald, auteur du magnifique

Reprise de La Fiancée vendue à Garnier

Bedřich SMETANA : La Fiancée vendue.  Opéra comique en trois actes.  Livret de Karel Sabina.  Inva Mula, Piotr Beczala, Jean-Philippe Lafont, Andreas Conrad, Oleg Bryjak, Isabelle Vernet, Michael Druett, Marie-Thérèse Keller, Heinz Zednik.  Orchestre & Chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Constantin Trinks.  Mise en scène : Gilbert Deflo.Considéré comme le père de l'école nationale tchèque, Smetana a réveillé par la musique, si ancrée dans le cœur de ses compatriotes, la conscience populaire de son pays, s'inscrivant dans le mouvement d'émancipation vis-à-vis du voisin allemand.  Son deuxième opéra, La Fiancée vendue, créé en 1866, est une comédie de genre tirée d'un fait divers pittoresque : une jeune fille éprise d'un garçon pauvre se verra unie à lui malgré une machination ourdie par un

Cadmus et Hermione revient à l'Opéra Comique

Jean-Baptiste LULLY : Cadmus et Hermione.  Tragédie en musique, en un prologue & cinq actes.  Livret de Philippe Quinault, d'après Les Métamorphoses d'Ovide.  André Morsch, Claire Lefilliâtre, Arnaud Marzorati, Jean-François Lombard, Isabelle Druet, Arnaud Richard.  Danseurs, Chœur et orchestre du Poème Harmonique, dir. Vincent Dumestre.  Mise en scène : Benjamin Lazar.La reprise de Cadmus et Hermione confirme l'excellence du spectacle original et fastueux présenté il y a deux saisons à l'Opéra Comique, cadre sans doute idéal pour une telle œuvre.  Sur un sujet de Quinault, tiré des Métamorphoses d'Ovide - les amours mouvementés du vaillant Cadmus et de la fidèle Hermione soumis au bon vouloir des dieux -, Lully invente le genre de la tragédie en musique, ouvrant la voie à un nombre impressionnant de chefs-d'œuvre.  La pièce se veut démonstrative dans ses aspects visuels et dramatiques.  La musique qui les fédère mêle récitatifs, airs

Kurt WEILL : Grandeur et Décadence de la ville de Mahagonny

Création toulousaine de Mahagonny

Kurt WEILL : Grandeur et Décadence de la ville de Mahagonny.  Opéra en trois actes.  Livret de Bertolt Brecht.  Marjana Lipovšek, Chris Merritt, Nikolai Schukoff, Gregg Baker, Roger Padullés, Harry Peeters, Valentina Farcas, Tommi Hakala, Magne-Håvard Brekke.  Orchestre national du Capitole, dir. Ilan Volkov.  Mise en scène : Laurent Pelly.

L'œuvre phare de Kurt Weill Grandeur et Décadence de la ville de Mahagonny a toujours suscité l'interrogation : est-ce bien un opéra ? et de quelle nature ?  Se coulant dans le moule des textes de Brecht, Weill voulait assurément faire quelque chose de nouveau.  On a parlé de théâtre musical, d'opéra épique, voire de « premier opéra surréaliste » (Theodor Adorno) à propos de ce qui est, selon le musicien, une « succession de tableaux de mœurs du XXe siècle », à la manière de Sodome et Gomorrhe.

Otello de Rossini, au Théâtre des Champs-Élysées.

Otello de Rossini, au Théâtre des Champs-Élysées.  Tragédie lyrique en trois actes.  Version de concert.  Orchestre & chœurs de l’Opéra de Lyon, dir. Evelino Pidò.  John Osborn (Otello), Anna Caterina Antonacci (Desdemona), Marco Vinco (Elmiro), Dmitry Korchak (Rodrigo), José Manuel Zapata (Iago), José Maria Lo Monaco (Emilia).

Les Otello se suivent, au TCE, et ne se ressemblent pas ! Après celui de Verdi, il y a quelques jours, chroniqué dans notre précédente Newsletter, c’est aujourd’hui Otello, ossia il Moro di Venezia de Rossini qui nous est proposé, toujours en version de concert, sous la direction d’Evelino Pidò, éminent spécialiste de l’opéra italien, et du bel canto, en particulier.  Si Verdi avait été assez mal servi, Rossini s’en tire plutôt bien.  Cet opéra peu connu, composé en 1816, est le dix-neuvième opéra de Rossini (il avait 24 ans). 

Giacomo PUCCINI : Il Trittico.

Il Trittico, enfin à l'Opéra Bastille !  Giacomo PUCCINI : Il Trittico.  Trois opéras en un acte : Il Tabarro (livret de Giuseppe Adami, d'après La Houppelande de Didier Gold).  Suor Angelica (livret de Giovacchino Forzano).  Gianni Schicchi (livret de Giocacchino Forzano).  Juan Pons, Marco Berti, Sylvie Valayre, Mario Luperi, Éric Huchet, Marta Moretto, Tamar Iveri, Luciana D'Intino, Louise Callinan, Marie-Thérèse Keller, Amel Brahim-Djelloul, Claudia Galli, Cornelia Onciou, Ekaterina Siurina, Saimir Pirgu, Barbara Morihien, Alain Vernhes, Yuri Kissin.  Orchestre & Chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Philippe Jordan.  Mise en scène : Luca Ronconi.

Excellente initiative que de donner à l'Opéra Bastille, enfin dans son intégralité, ce Trittico dont Puccini était si fier.  Car entendue dans la continuité, et non en morceaux séparés comme trop souvent - une mise en pièces fustigée par l'auteur -, l'entreprise se révèle d'un tout autre intérêt.

Jerome KERN & Oscar HAMMERSTEIN II : Show Boat.

Show Boat accoste au Châtelet.  Jerome KERN & Oscar HAMMERSTEIN II : Show Boat.  Musical en deux actes inspiré du roman d'Edna Ferber.  Janelle Visagie, Blake Fischer, Malcolm Terrey, Diane Wilson, Angela Kerrison, David Chevers, Otto Maidi, Miranda Tini, Dominique Paccaut, Glenn Swart, Graham Clark.  Orchestre Pasdeloup, dir. Albert Horne.  Mise en scène : Janis Honeyman.

Quelque quatre-vingts ans après sa création française dans ce même théâtre, Show Boat revoit le jour au Châtelet, dans la production de l'Opéra de Cape Town.  Cette comédie musicale, créée en 1927, marque un tournant dans l'histoire du genre.  Jusqu'alors essentiellement conçue comme pur divertissement, elle acquiert ici la vraie dimension dramatique que permet une intrigue construite dans laquelle s'imbriquent naturellement les numéros musicaux.

Richard WAGNER : Der Fliegende Holländer.

Richard WAGNER : Der Fliegende Holländer.  Opéra romantique en trois actes.  Livret du compositeur.  Matti Salminen, Adriane Pieczonka, James Morris, Klaus-Florian Vogt, Marie-Ange Todorovitch, Bernard Richter.  Orchestre & Chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Peter Schneider.  Mise en scène : Willy Decker.

Le Vaisseau Fantôme, que reprend l'Opéra Bastille, est plus que ne l'indique son sous-titre d’« opéra romantique ».  Wagner y trace déjà les principes du drame musical.  C'est le drame de l'errance, de l'impossible communication entre deux êtres, de l'opposition entre rêve et réalité.  « La tempête fait rage dans les êtres » pour Willy Decker qui confine sa mise en scène dans un lieu unique d’où se détachent deux éléments : une immense marine à l'arrière-plan, que contemple inlassablement Senta, fascinée par le Hollandais avant même de l'avoir vu ; une gigantesque porte ouvrant sur l'insondable, l'inconnu, tel le Hollandais dont apparaît l'ombre saisissante, ou que l'on maintient fermée comme pour fuir ce qu'elle révèle d'inquiétant. 

Passion, opéra de Pascal Dusapin.

Passion, opéra de Pascal Dusapin.  Livret de Pascal Dusapin avec la collaboration de Rita de Letteriis.  Création chorégraphique de Sasha Waltz.  Barbara Hannigan (Lei), Georg Nigl (Lui).  Sasha Waltz & Guests, Vocalconsort Berlin, Ensemble Modern, dir. Franck Ollu.

  Audacieuse reprise de la saison lyrique, au Théâtre des Champs-Élysées, avec cette nouvelle production du sixième opéra de Pascal Dusapin Passion créé en 2008 à Aix-en-Provence, dans une mise en scène assez controversée de Giuseppe Frigeni.  Pour cette nouvelle production, la mise en scène, la chorégraphie et les décors ont été confiés, avec bonheur, à la talentueuse chorégraphe berlinoise Sasha Waltz pour sa deuxième collaboration avec Dusapin, le reste de la distribution demeurant identique en ce qui concerne la direction musicale et les chanteurs. 

Gioacchino ROSSINI : L'Italiana in Algeri.

Reprise de L’Italienne à Alger au Palais Garnier.  Gioacchino ROSSINI : L'Italiana in Algeri.  « Dramma giocoso » en deux actes.  Livret d'Angelo Anelli.  Marco Vinco, Vivica Genaux, Lawrence Brownlee, Alessandro Corbelli, Jaël Azzaretti, Cornelia Onciou, Riccardo Novaro.  Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Maurizio Benini.  Mise en scène : Andrei Serban.

Le Palais Garnier ouvre sa saison avec L'Italienne à Alger, dans la mise en scène conçue par Andrei Serban en 1998.  Rossini a qualifié de « dramma giocoso » cette turquerie qui vire à la farce débridée.  Il y développe une verve inépuisable, un sens du comique que rien ne semble devoir arrêter, basés sur des archétypes éprouvés : une belle et coquette manipulatrice, italienne de surcroit, un barbon infidèle et finalement berné, un prétendant ardent sous les traits du jeune esclave niais, un maître-Jacques malgré lui qui sait maîtriser le cours des événements.

Échos de jardins et forêts

Échos de jardins et forêts

C’est dans un décor agreste que s’achevait la saison des festivals, aux Serres d’Auteuil.  Grâce à la politique de commandes pratiquée par Anne-Marie Réby, les vertes pousses d’œuvres nouvelles viennent s’épanouir chaque année sous les chaudes verrières ; l’intégration systématique d’une pièce contemporaine aux programmes les plus éclectiques constitue la marque distinctive de ce festival à dominante pianistique, et devrait être chaleureusement soutenue par les bailleurs de fonds au lieu de se voir exposée aux restrictions budgétaires, comme il est à craindre pour les prochaines saisons.  En ce 29 août 2010, la flûtiste Juliette Hurel et la pianiste Hélène Couvert parcouraient la musique française du XXe siècle, avec une incursion dans le suivant, grâce à une création de Christian Lauba

Noces à Saint-Léon…

Noces à Saint-Léon…

Bonheur d’avoir pu assister, le dimanche 26 septembre 2010, dans la salle archi-comble du Théâtre Saint-Léon (Paris XVe) à aussi décoiffante représentation du chef-d’œuvre de Mozart !  Avec une parfaite économie de moyens, Rémi Gousseau conduisait sa phalange de virtuoses, auxquels s’accordaient - pour les ensembles de jeunes paysans et paysannes – de joyeux membres de l’excellente maîtrise du lycée Franklin/Saint-Louis de Gonzague.  Mais aussi et surtout – surprise dans un si modeste théâtre ! - une distribution de rêve, et ce jusque dans les rôles secondaires. 

  Éblouissante reprise d’Eugène Onéguine à l’Opéra Bastille.

Éblouissante reprise d’Eugène Onéguine à l’Opéra Bastille.  Scènes lyriques en trois actes et sept tableaux (1879).  Musique de Piotr Ilyitch Tchaikovski.  Livret de Constantin S. Chilovski d’après un poème de Pouchkine.  Orchestre et Chœur de l’Opéra national de Paris, dir. Vasily Petrenko.  Mise en scène de Willy Decker.  Olga Gurykova (Tatiana), Ludovic Tézier (Onéguine), Joseph Kaiser (Lenski), Nadine Denize (Madame Larina), Alisa Kolosova (Olga), Nona Javakhidze (Filpievna), Gleb Nikolski (Grémine), Jean-Paul Fouchécourt (Monsieur Triquet).

Reprise à l’Opéra Bastille de l’ancienne production de 1995, déjà reprise en 2003, dans la désormais célèbre et efficace mise en scène de Willy Decker.  Une nouvelle reprise dont le succès repose sur l’intelligence de la mise en scène, la qualité de la direction d’orchestre et un casting vocal sans faille, à l’exception du très attendu Ludovic Tézier dans le rôle-titre. 

  Trilogie Mozart-Da Ponte au Théâtre des Champs-Élysées

Trilogie Mozart-Da Ponte au Théâtre des Champs-Élysées : un Cosi fan tutte bien décevant.  Dramma giocoso en deux actes, K. 588.

Idée originale et économique que de redonner, à quelques années d’intervalle (la précédente prestation datant de 1995, au Théâtre municipal de Tourcoing), la célèbre trilogie de Mozart, fruit de sa collaboration avec le librettiste Da Ponte.  L’Atelier lyrique de Tourcoing et le Théâtre des Champs-Élysées (Jeanine Roze Production) redonnaient les trois opéras : Les Noces de Figaro (1786), Così fan tutte (1790) et Don Giovanni (1787) avec le même directeur musical (Jean-Claude Malgoire), le même orchestre (la Grande Écurie & la Chambre du Roy), le même metteur en scène (Pierre Constant), le même décorateur (Roberto Platé), les mêmes interprètes comme l’excellent et talentueux Nicolas Rivenq dans le rôle de Don Alfonso.

Così fut indéniablement la reprise la moins réussie de cette coproduction distillant plus l’ennui que l’amour : une direction musicale souvent absente, poussive, manquant de cantabile, un manque de précision des ensembles vocaux, un décalage fréquent entre orchestre et chanteurs, une distribution très hétérogène en qualité, une mise en scène morose et sans intérêt, une scénographie indigente, malgré les beaux éclairages de Jacques Rouveyrollis, en furent assurément la cause.  Dans cette ronde de couples qui se font et se séparent au gré des circonstances, les personnages féminins, Fiordiligi (Rachel Nicholls) et Dorabella (Lina Markeby), sont apparues bien décevantes, mal adaptées aux rôles, à l’exception de la remarquable Despina (Anne-Catherine Gillet) tout en finesse vocale et espièglerie scénique.  Les personnages masculins furent plus convaincants, le ténor Robert Getchell (Ferrando) et le baryton Joan Martin Royo (Guglielmo) tant dans la voix que dans le jeu.  Après des Noces en demi-teinte, souhaitons tout le bonheur possible à Don Giovanni qui s’annonce très prometteur avec une somptueuse distribution.  À suivre…

La Walkyrie à l’Opéra Bastille

La Walkyrie à l’Opéra Bastille : quel dommage !  Première journée, en trois actes, du festival scénique : l’Anneau du Nibelung (1870).  Musique et livret de Richard WAGNER (1813-1883).  Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Philippe Jordan. Mise en scène : Günter Krämer.  Robert Dean Smith (Siegmund), Ricarda Merbeth (Sieglinde), Katarina Dalayman (Brünnhilde), Thomas Johannes Mayer (Wotan), Günther Groissböck (Hunding), Yvonne Naef (Fricka), Silvia Hablowetz (Waltraute).

Dommage, dommage, que cette sublime musique, superbement dirigée par Philippe Jordan et magnifiquement chantée par l’ensemble de la distribution, ait été gâchée par la mise en scène calamiteuse et inutilement provocatrice de Günter Krämer ! 

Les Contes d’Hoffmann, à l’Opéra Bastille

Les Contes d’Hoffmann, à l’Opéra Bastille : une reprise réussie.  Opéra fantastique en un prologue, trois actes et un épilogue (1881) de Jacques OFFENBACH (1819-1880) sur un livret de Jules Barbier d’après le drame de Jules Barbier et Michel Carré. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, dir. Jésus Lopez-Cobos. Mise en scène : Robert Carsen. Laura Aikin (Olympia), Inva Mula (Antonia), Béatrice Uria-Monzon (Giulietta), Ekatarina Gubanova (La Muse /Nicklausse), Giuseppe Filianoti, Franck Ferrari (Lindorf/Coppelius/Dr Miracle/Dapertutto), Alain Vernhes (Luther, Crespel).

Les Contes d’Hoffmann occupent une place particulière dans l’œuvre d’Offenbach.

La Chambre aux images

La Chambre aux images

Une fois encore, le conteur Clément Riot fait entrer son public dans un univers magique, riche de symbolisme.  Ici, c’est le mythe de Tristan et Iseult que le comédien a revisité dans un spectacle pour conteur, flûtes à bec, viole de gambe & petites percussions.  Ce spectacle intègre des versions antérieures du mythe enrichies d’emprunts et d’allusions (Mille et une Nuits, Contes de Grimm…), révélant les multiples facettes du psychisme et des valeurs humaines.  Tristan rejoue sa propre histoire autour d’un grand échiquier en verre.  D’emblée, le spectateur est plongé dans une temporalité différente, onirique, au service de l’émotion et du questionnement intime.  Tristan se remémore sa vie, la recompose dans un récit aux couleurs étranges où musique et voix nous font partager des émotions universelles.