Un opéra méconnu de Jean-Chrétien Bach à la Cité de la musique

Johann Christian BACH : Zanaïda. Opéra en trois actes. Livret de Giovan Gualberto Bottarelli. Sara Hershkowitz, Vivica Genaux, Sharon Rostorf-Zamir, Pierrick Boisseau, Vannina Santoni, Daphné Touchais, Julie Fioretti, Alice Gregorio, Jeffrey Thomson.  Opera Fuoco, dir. David Stern.Dans le cadre du cycle « Passion - Le désordre amoureux », la Cité de la musique a  présenté en version de concert Zanaïda de Jean-Chrétien Bach (1735-1782). Composé en 1763, il s'agit du cinquième des douze ouvrages lyriques du plus jeune des fils du Cantor. La réputation du musicien, qui vivait alors en Italie, était telle qu'elle suscita l'intérêt d'un théâtre londonien, le King's. Sa directrice, la cantatrice romaine Colomba Mattei, lui passa commande de deux opéras dont ce dernier.

W. A. MOZART : Le Nozze di Figaro.  Opera buffa en quatre actes.  Livret de Lorenzo Da Ponte.  Erwin Schrott, Julia Kleiter, Christopher Maltman, Dorothea Röschmann, Isabel Leonard, Ann Muray, Maurizio Muraro, Christian Tréguier.  Orchestre & Chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Dan Ettinger.  Mise en scène : Giorgio Strehler, réalisée par Humbert Camerlo.Les directeurs de maisons d'opéra aiment à revenir en arrière pour raviver le souvenir de productions marquantes.  À moins que ce ne soit pour conjurer le sort quant à l'inexorable évolution de la mise en scène vers l'actualisation.  Encore que la question n'est pas de savoir si, pour entrer dans l'histoire de l'interprétation, une mise en scène doit nécessairement être réaliste et être donnée en costumes d'époque.  L'essentiel est l'adéquation au texte, la fidélité à l'esprit.  Stéphane Lissner l'a fait à L  Scala avec Le Voyage à Reims (Luca Ronconi) et Le

Opera seria en trois actes K. 366 (1781) sur un livret de Giambattista Varesco, d’après Danchet.  Le Cercle de l’Harmonie, Chœur Les Éléments, dir. Jérémie Rohrer. Mise en scène : Stéphane Braunschweig. Richard Croft (Idomeneo), Sophie Karhäuser (Ilia), Kate Lindsey (Idamante), Alexandra Coku (Elettra), Paolo Fanale (Arbace), Nigel Robson (Le Grand Prêtre), Nahuel di Piero (Neptune).Opéra préféré de Mozart, opéra du début de la maturité contenant en germe les productions ultérieures, de la dernière décennie, dont on peut retrouver ici certains accents, synthèse des différentes influences  allemandes, italiennes et françaises, notamment gluckistes, collectées par Mozart lors de ses voyages en Europe, en particulier à Paris,

Götterdämmerung.  Musique de Richard Wagner (1813-1883).  Troisième journée en trois actes du festival scénique l’Anneau du Nibelung (1876).  Orchestre & Chœur de l’Opéra national de Paris, dir. Philippe Jordan.  Mise en scène : Günter Krämer. Torsten Kerl (Siegfried), Iain Paterson (Gunther), Peter Sidhom (Alberich), Hans-Peter König (Hagen), Katarina Dalayman (Brünnhilde), Christiane Libor (Gutrune), Sophie Koch (Waltraute). Un terne Crépuscule, une bien triste fin !  Que dire qui n’ait été déjà dit, concernant cette production du Ring, confié à la baguette de Philippe Jordan et à la vision de Günter Krämer pour la mise en scène, tant les craintes émises dès l’Or du Rhin n’ont fait que se confirmer lors des opéras ultérieurs (Walkyrie et Siegfried). Une

Opéra bouffe en trois actes K.196 (1775) sur un livret attribué à Giuseppe Petroselli.  Academy of Ancient Music, dir. Richard Egarr. Andrew Kennedy (Don Achise), Rosemary Joshua (Sandrina/Violante), James Gilchrist (Belfiore), Klara Ek (Arminda), Daniela Lehner (Ramiro), Elisabeth Watts (Serpetta), Andrew Foster-Williams (Roberto/Nardo).Commande du Théâtre de la cour de Munich pour la saison du Carnaval 1774-1775, créé au Salvartortheater de Munich le 13 janvier 1775, Mozart avait alors 19 ans, La Finta giardiniera est un opéra de jeunesse où il est plus facile de retrouver les leçons des anciens maîtres que d’entendre d’hypothétiques accents prémonitoires des futurs opéras. 

La Fiancée du Tsar entre au répertoire du Royal Opera

Nicolas RIMSKI-KORSAKOV : La Fiancée du Tsar.  Opéra en quatre actes.  Livret de Il'ya Fyodorovich Tyumenev, d'après le drame de Lev Alexandrovich Mey.  Johan Reuter, Marina Poplavskaya, Ekaterina Gubanova, Alexander Vinogradov, Vasily Gorshkov, Dmytro Popov, Paata Burchuladze, Jurgita Adamonytè.  Royal Opera Chorus.  Royal Opera Orchestra, dir. Mark Elder.  Mise en scène : Paul Curran.L'opéra de Rimski-Korsakov La Fiancée du Tsar est toujours considéré dans le pays où il fut créé en 1899 comme par nature intrinsèquement russe.  Il est ailleurs peu connu et encore moins joué.  En France : une exécution de concert en 2003 au Châtelet et des représentations à l'Opéra de Dijon l'année suivante.  Le disque l'ignore, ou à peu près (curieusement Valery Gergiev ne s'y est pas intéressé dans ses efforts pour ressusciter les grandes pages du répertoire russe).  Ses mérites sont pourtant loin d'être négligeables. 

Atys à l'Opéra Comique : une rare expérience de spectacle total.

Jean-Baptiste LULLY : Atys. Tragédie en musique en un prologue & cinq actes.  Poème de Philippe Quinault.  Bernard Richter, Stéphanie d'Oustrac, Emmanuelle de Negri, Nicolas Rivenq, Marc Mouillon, Sophie Daneman, Jaël Azzaretti, Cyril Auvity, Paul Agnew, Bernard Deletré.  Compagnie Fêtes galantes.  Chœur et orchestre Les Arts Florissants, dir. William Christie.  Mise en scène : Jean-Marie Villégier.Ainsi Atys qui marqua l’un des premiers grands succès internationaux des Arts Florissants, revient à l'Opéra Comique sur le lieu de sa production mythique de 1987.  Un providentiel mécène américain a permis cette renaissance.  Il ne s'agit pas d'une reprise mais d'une « recréation » et William Christie s'empresse de souligner qu'« il serait malhonnête d'annoncer une copie conforme ».  Tout comme il est vain de prétendre mesurer ce qui sépare 24 ans d'interprétation.  Puisé dans Ovide et ses Métamorphoses, le sujet du châtiment d'Atys est simple : ce

Magnifique Trouvère au Théâtre des Champs-Élysées (version de concert).

Opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi.  Livret de Salvatore Cammarano.  Orchestre national Bordeaux Aquitaine, Chœur de l’Opéra national de Bordeaux, dir. Emmanuel Joel-Hornak.  Alexey Markov (Il Conte di Luna), Elza van den Heever (Leonora), Elena Manistina (Azucena), Giuseppe Gipali (Manrico), Wenwei Zhang (Ferrando).

 

Cet opéra de Verdi, composé en 1851, créé à Rome au Teatro Apollo le 19 janvier 1853, appartient à la trilogie populaire de Verdi avec La Traviata et Rigoletto.  Établi à partir d’un livret tarabiscoté et abracadabrant, il constitue indiscutablement une étape dans la production lyrique verdienne au même titre que Don Carlo et les productions plus tardives comme Otello ou Falstaff.  Un livret accumulant invraisemblances et embrouillaminis où tous les éléments du drame échappent à notre regard, rapportés par la narration, mais une musique somptueuse par la profusion mélodique et la prééminence du chant, servie, ici, par une distribution vocale remarquable et un orchestre totalement investi dans l’évolution de la dramaturgie et le service des chanteurs.

Salle Pleyel : Samson et Dalila.  Pour les seuls orchestre & chœurs…

Opéra en trois actes de Camille Saint-Saëns sur un livret de Ferdinand Lemaire.  Version de concert.  Orchestre national & Chœur du Capitole de Toulouse, dir. Tugan Sokhiev.  Ben Heppner (Samson), Elena Bocharova (Dalila), Tomas Tomasson (Le Grand Prêtre), Nicolas Testé (Abimelech), Gudjon Oskarsson (Le vieil Hébreu).

 

Seul opéra, dans la copieuse production lyrique de Camille Saint-Saëns (1835-1921), reconnu par la postérité, Samson et Dalila fut créé en 1877, à Weimar.  Entre opéra et oratorio, inspiré d’un thème biblique, tiré du Livre des Juges (chapitre XVI), il s’agit d’une partition complexe où peuvent se lire différentes influences musicales, françaises (Berlioz, Gounod, Bizet), allemandes (Wagner), tout autant que la sensualité mélodique italienne ou la tradition baroque de Bach ou Haendel, le génie de Samson et Dalila et de Saint-Saëns étant, précisément, de réaliser, avec le plus grand bonheur, la synthèse de ces éléments disparates.

La Finta Giardiniera à La Monnaie

On a coutume à propos de La Finta Giardiniera de Mozart d'assimiler opéra de jeunesse et ouvrage mineur.  C'est sans doute méconnaître ses caractéristiques propres.  Car ce « dramma giocoso » évolue à la frontière entre buffa et seria.  On y trouve même trois types de personnages : les bouffes, les sérieux, mais aussi les « mezzo carattere » ou demi-caractères.  Chez ces derniers, se mêlent le noble et le comique, comme il en va des deux héros de l'intrigue, la marchesa Violenta Onesti et le contino Belfiore - jeu de mot désignant une femme violente mais honnête et un galant fragile qui, s'il manie le ridicule, n'est pas dénué de sensibilité.  Ce jardin d'amour est prétexte à un marivaudage savamment entretenu qui traite du pouvoir meurtrier et fusionnel d'Éros.  Il est empli de tourments pour ceux qui s'y trouvent, trois couples qui se font et se défont, mus par l'excitation de la jalousie, taraudés par une suite d'actions contradictoires, emportés dans un jeu pervers d'inversion de la hiérarchie sociale : une marquise qui se fait passer pour simple jardinière, une servante qui compte bien conquérir les faveurs du maître des

Création d'Akhmatova à l'Opéra Bastille

Bruno MANTOVANI : Akhmatova.  Opéra en trois actes.  Livret de Christophe Ghristi.  Janina Baechle, Attila Kiss-B, Lionel Peintre, Vardhui Abrahamyan, Valérie Condoluci, Christophe Dumaux, Marie-Adeline Henry.  Orchestre & Chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Pascal Rophé.  Mise en scène : Nicolas Joel.Le prolixe directeur du Conservatoire de musique de Paris, Bruno Mantovani, a choisi pour sujet de son nouvel opéra la vie de la poétesse russe Anna Akhmatova (1889-1966).  Le librettiste Christophe Ghristi, actuel dramaturge à l'Opéra de Paris, s'est attaché à traiter la période la plus sombre de celle-ci, à partir de la Révolution de 1917, qui la verra mise à l'index par le régime soviétique, puis radiée de l'Union des écrivains, avant qu'elle ne soit réhabilitée après la mort de Staline.  Le récit est très linéaire, voire elliptique car comme le remarque Ghristi, la vie d'Akhmatova « est faite de silence et de retrait ».  Aussi le personnage demeure-t-il énigmatique.  La seule dramaturgie réside dans les échanges avec quelques personnages de son entourage, en particulier avec son fils Lev.  Celui-ci, par

« Le » Freischütz de Weber-Berlioz à l'Opéra Comique

Carl Maria von WEBER : Le Freischütz.  Opéra romantique en trois actes.  Livret de Friedrich Kind.  Présenté dans la version française, avec la traduction d'Émilien Pacini & Hector Berlioz et les récitatifs d'Hector Berlioz.  Sophie Karthäuser, Andrew Kennedy, Virginie Pochon, Gidon Saks, Matthew Brook, Samuel Evans, Robert Davies, Luc Bertin-Hugault, Christian Pélissier.  The Monteverdi Choir.  Orchestre révolutionnaire et romantique, dir. John Eliot Gardiner.  Mise en scène : Dan Jemmett.L'idée de présenter la version française du Freischütz de Weber revient au chef John Eliot Gardiner qui souligne combien ce chef-d'œuvre du romantisme allemand doit au genre de l'opéra-comique car il est le « fruit de l'idéal des goûts réunis formulé au siècle des Lumières ».  Précisément, l'adaptation conçue par Berlioz qui substitue aux dialogues parlés du singspiel des récitatifs chantés, apporte à la pièce une unité de ton apte à lui restituer une fraîcheur d'inspiration insoupçonnée et à mettre en exergue son style mélodique inimitable.  D'autant que la traduction française est loin de sombrer dans le banal et se coule aisément dans la prosodie de la langue.  Le texte exhale, en maints endroits, une délicate atmosphère poétique, comme en témoigne le grand air d'Agathe. 

Cendrillon renaît à l'Opéra Comique

 

Jules MASSENET : Cendrillon.  Conte de fées en quatre actes.  Livret d'Henri Cain d'après le conte de Charles Perrault.  Judith Gauthier, Michèle Losier, Ewa Podlés, Laurent Alvaro, Eglise Gutièrrez, Aurélia Legay, Salomé Haller, Laurent Herbaut.  Orchestre et chœur des Musiciens du Louvre-Grenoble, dir. Marc Minkowski.  Mise en scène : Benjamin Lazar.L’événement n'est pas mince qui permet de redécouvrir une partition méconnue de Massenet dans le théâtre même où elle fut créée.  Parmi la nombreuse production de l'auteur de Manon, Cendrillon (1899) occupe une place unique.  Par son sujet d'abord : Ce « conte de fées » est directement inspiré de Perrault.  À la différence de bien d'autres adaptations qui penchent vers la comédie de sentiments - comme La Cenerentola de Rossini - la veine est ici d'abord féerique : cette atmosphère qui nous fait nous souvenir de la naïveté de l'enfance où l'étrange côtoie le cruel.  Mais ce qui est poésie du rêve éveillé se double d'une verve joyeuse s'emparant de quelques personnages aux traits volontairement grossis pour ne pouvoir être pris au sérieux. Habile peintre de l'âme féminine, Massenet trace de son héroïne un portrait tout en demi-teinte où la tendre innocence côtoie la stupeur de la métamorphose, l'effroi et le découragement avant que le rêve ne se transforme en réalité.  La composition musicale est tout autant singulière.

Glorieuse reprise de Kátia Kabanová à l'Opéra Garnier.

Leoš JANÁČEK : Kátia Kabanová.  Opéra en trois actes. Livret de Vincence Červinka d'après L'Orage d'Alexandre Nikolaïevitch Ostrovki.  Angela Denoke, Vincent Le Texier, Jane Henschel, Donald Kaasch, Jorma Silvati, Ales Briscein, Andrea Hill, Michal Partyka.  Orchestre et chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Tomas Netopil.  Mise en scène : Christoph Marthaler.Ainsi en va-t-il des grandes mises en scène : leur reprise - quand bien même montée hors la présence de leur concepteur - confirme leurs vertus.  Créée au festival de Salzbourg en 1998, déjà redonnée à Paris, la vision que forge Christoph Marthaler de Kátia Kabanová frappe par sa totale cohérence : une sorte de huis-clos qui réinvente ce que ce drame de la fascination pour la souffrance a d'implacable.  Rarement interprétation a-t-elle autant percé à vif le sens de ce qui est une critique acerbe des tabous d'une société étriquée et marque l'opposition de deux univers opposés :

Luisa Miller à l'Opéra Bastille ou le vrai son verdien

Giuseppe VERDI : Luisa Miller.  Opéra en trois actes.  Livret de Salvatore Cammarano d'après le drame Kabale und Liebe de Friedrich Schiller.  Krassamira Stoyanova, Marcelo Alvarez, Franck Ferrari, Orlin Anastassov, Arutjun Kotchinian, Maria José Montiel, Elisa Cenni.  Orchestre & chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Daniel Oren.  Mise en scène : Gilbert Deflo.Luisa Miller (1849) marque un tournant dans la carrière de Verdi, la fin de ses « années de galère » dira-t-il.  Le sujet est emprunté à Schiller ; pour la troisième fois, après Giovanna d'Arco (d'après La Pucelle d'Orléans) et I Masnadieri (Les Brigands), et avant Don Carlo.  Mais le librettiste Cammarano a quelque peu édulcoré ce qui dans le drame Kabale und Liebe (Intrigue et Amour) ressortit au contexte politique pour le centrer sur un drame bourgeois, réduisant l'action à trois actes en un triptyque « Amour, Intrigue, Poison » et la transposant d'une cour princière allemande à un village tyrolien.  Cette simplification n'était pas pour déplaire au compositeur.  De fait, cet opéra fait figure de transition vers un style plus dépouillé et une veine intimiste, celle du drame individuel par comparaison à l'épopée grandiose de ses précédentes pièces ; ce qui est particulièrement sensible au IIIe acte de l'opéra.

Andrea Chénier au Deutsch Oper Berlin.

  Opéra d’Umberto Giordano sur un livret de Luigi Illica.  Orchestre & chœur du Deutsch Oper Berlin, dir. James Allen Gähres.  John Dew (mise en scène).  Robert Dean Smith (Andrea Chénier), Seng Hyoun Ko (Gérard), Maria Guleghina (Madeleine), Liane Keegan (Madelon).

Reprise au Deutsch Oper Berlin du drame historique d’Umberto Giordano (1867-1948) créé à La Scala, le 28 mars 1896.  Opéra de style vériste, sur toile de fond révolutionnaire, retraçant le destin tragique du jeune poète André Chénier et ses amours passionnées pour Madeleine.  Une reprise marquée par le peu d’homogénéité de la distribution vocale.  Si Robert Dean Smith, parfaitement à l’aise vocalement, confirmait tout le bien que l’on pense de lui (on se souvient de ses remarquables prestations à l’Opéra de Paris : Paul dans La Ville morte de Korngold, en 2009, et Siegmund dans la Walkyrie de Wagner, en 2010) campait un poète tout à fait crédible par sa présence scénique et la beauté de son timbre, auquel répondait un excellent Seng Hyoun Ko, peut-être moins connu sur les scènes françaises, mais

Orlando furioso au Théâtre des Champs-Élysées

Drama per musica en trois actes (1727) d’Antonio Vivaldi (1678-1741) sur un livret de Grazio Braccioli, d’après L’Arioste.  Ensemble Matheus, dir. Jean-Christophe Spinosi.  Mise en scène : Pierre Audi.  Marie-Nicole Lemieux (Orlando), Jennifer Larmore (Alcina), Véronica Cangemi (Angelica), Philippe Jaroussky (Ruggiero), Christian Senn (Astolfo), Kristina Hammarström (Bradamante), Romina Basso (Medoro).

Événement important de la saison lyrique que cette coproduction du TCE de l’Orlando furioso de Vivaldi, dans une représentation scénique absente depuis de nombreuses années des scènes parisiennes, la dernière remontant à une trentaine d’années, au Châtelet, avec Marylin Horne, dans le rôle éponyme.  La faiblesse du livret, la dramaturgie éculée et la difficulté de mettre en scène une telle œuvre expliquent sans doute cette longue absence.  Force est donc de reconnaître le courage d’une telle entreprise.  Michel Franck, en faisant appel au metteur en scène Pierre Audi, et en renouvelant sa confiance à Jean-Christophe Spinosi, ainsi qu’aux chanteurs qui avaient fait le succès de la version de concert de 2003 et de l’enregistrement qui suivit (Naive, 30393), minimisait toutefois les risques. 

Siegfried à l’Opéra Bastille : pour le pire et le meilleur !

Musique de Richard Wagner (1813-1883).  Deuxième journée en trois actes du festival scénique L’anneau du Nibelung (1876).  Livret du compositeur.  Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Philippe Jordan.  Günter Krämer (mise en scène).  Torsten Kerl (Siegfried), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Mime), Juha Uusitalo (Le Voyageur), Peter Sidhom (Alberich), Stephen Milling (Fafner), Qiu Lin Zhang (Erda), Elena Tsallagova (L’Oiseau), Katarina Dalayman (Brünnhilde).« Pour le pire et le meilleur » ainsi pourrait-on résumer ce nouvel épisode du Ring, proposé depuis l’année dernière (Or du Rhin et Walkyrie) à l’Opéra Bastille par Nicolas Joel, sous la direction musicale, toujours excellente de Philippe Jordan et dans la mise en scène, toujours exécrable, de Günter Krämer.  Une mise en scène faite d’un bric-à-brac du plus mauvais goût, sans aucun intérêt, sans aucune ligne directrice pouvant éclairer le texte.  L’option de figurer Siegfried en anti-héros est une opinion pertinente, encore aurait il fallu, pour garder un semblant de crédibilité, ne pas en faire une caricature de bande dessinée !  Une scénographie affreuse, kitsch à souhait, sauf, peut être, au dernier acte où l’utilisation du miroir incliné déjà utilisé dans La Walkyrie et la réapparition du grand escalier monumental conduisant au Walhalla, déjà utilisé lui aussi, dans l’Or du Rhin semblait redonner un peu de lustre aux décors. 

Si, à l'Opernhaus Zürich, Le Comte Ory laisse perplexe...

Gioacchino Rossini : Le Comte Ory.  Opéra en deux actes.  Livret d’Eugène Scribe et Charles-Gaspard Delestre-Poirson, d'après leur vaudeville (1816) et la romance « Le Comte Ory et les nonnes de Formoutiers » tirée de la collection « Pièces intéressantes et peu connues pour servir à l'histoire et à la littérature » (1785) de Pierre-Antoine de La PlaceCecilia Bartoli, Javier Camarena, Carlos Chausson, Rebeca Olvera, Liliana Nikiteanu, Oliver Widmer, Teresa Sedimair.  Orchestra La Scintilla der Oper Zürich, dir. Muhai Tang.  Mise en scène : Moshe Leiser & Patrice Caurier.Rarement joué aujourd'hui, contrairement au succès retentissant qui le garda à l'affiche longtemps après sa création en 1828, Le Comte Ory occupe une place particulière dans la production de Rossini : cet avant-dernier opéra est écrit en français ; appartenant au genre comique, il fait figure de troisième voie entre l'opéra bouffe italien, dont il n'a pas les récitatifs secco, et l'opéra-comique à la française, eu égard à l'absence des dialogues parlés ; enfin, l'auteur y a « recyclé » une large partie des numéros musicaux de son précédent ouvrage, Le Voyage à Reims.  Ainsi y retrouve-t-on, pour tenir lieu de finale du premier acte, une forme abrégée en nombre de voix solistes du gran pezzo concertato de cette dernière œuvre ; de même que l'air en forme de catalogue de la basse Don Profundo est repris dans celui narrant les exploits de Rambaud, le fidèle écuyer du comte. L'intrigue propose en fait deux fois le même scénario : afin de séduire la belle comtesse Adèle, le jeune comte Ory usera de la ruse du déguisement, successivement en ermite puis en nonne.  Malgré une trame dramatique relativement réduite, Rossini dispense une musique toute en finesse et forge les situations comiques à l'aune d'un humour raffiné.

 

©Suzanne Schwiertz/Opernhaus Zürich

 

Le comique appuyé que favorise la production zurichoise en est bien loin.  Le tandem Patrice Caurier et Moshe Leiser, qu'on a vu ailleurs manier avec brio une subtile vis comica - on pense à leurs productions de L'Italienne à Alger ou du Barbier de Séville au Royal Opera de Londres -, verse ici dans le plus débridé esprit gaulois, empilant les gags parfois à la limite du mauvais goût.  Le comte Ory, joyeux drille certes, libertin sûrement, est un obsédé sexuel dont les mimiques confinent souvent à la pantomime grotesque.  Ainsi au Ier acte, le prétendu ermite apparaît-il sous les traits d'un faux aveugle, mi-curé mi-gourou, attirant ses jeunes proies dans une caravane de luxure.  La cavatine de la comtesse y sera gâchée par une extravagante pitrerie dont le résultat est de déclencher une bruyante hilarité au détriment du perlé des vocalises de madame Bartoli.  L'histoire, explique-t-on, a été mise au goût de l'époque « soixante huitarde » de libération des mœurs.  Elle devient en fait une parodie « franchouillarde » ; ce que souligne la décoration de Christian Fenouillat qui, abandonnant sa manière suggestive habituelle, donne libre cours à un naturalisme de premier degré où rien ne manque ni du détail répétitif (une théorie de drapeaux tricolores brandis par les choristes), ni du recours aux véhicules - décidément fort prisé à l'Opernhaus : outre la caravane XXL, une jeep, puis la deux CV au volant de laquelle la comtesse fait son entrée en scène.  Est-ce volonté de satisfaire au goût local, car l'auditoire s'amuse beaucoup ?  Les choses fonctionnent mieux au IIe acte qui calque plus les jeux de scène sur le rythme musical.  Mais, là encore, le délicat trio « À la faveur de cette nuit obscure », l’une des pages les mieux venues de la partition, sera vite noyé sous la déferlante de rires que déchaîne une scène de séduction-quiproquo virant à la pantalonnade.  Ne maîtrise pas qui veut l'art de transformer en or des situations invraisemblables basées sur le changement d'identité.  De la direction musicale du Chinois Muhai Tang, peu habitué de la scène lyrique, on dira qu'elle est correcte à défaut d'être inspirée.  Mais la sonorité de l'Orchestre La Scintilla, jouant sur instruments d'époque, ne manque pas de saveur ni d'intéressantes couleurs dont s'accommode la riche instrumentation rossinienne.  Trois voix se détachent du lot : le vétéran Carlos Chausson, qui se tire d'affaire avec un sûr métier et offre la vocalité d'une vraie basse bouffe ; Javier Camarena, à l'aise dans une partie délicate de tenor di grazia parsemée de contre-ut aussi périlleux que savoureux dans leur caractère inattendu ; Cecilia Bartoli surtout, qui par sa formidable présence donne quelque poids à l'affaire, même si le rôle de la comtesse Adèle, malgré ses prestiges, offre peu matière à démonstration vocale.

 

la production de Tannhäuser possède de sérieux atouts.

Richard Wagner : Tannhäuser und der Sängerkrieg auf WartburgAction musicale en trois actes. Livret du compositeur.  Peter Seiffert, Nina Stemme, Vesselina Kasarova, Michael Volle, Alfred Muff, Christoph Strehl, Valeriy Murga, Patrick Vogel, Andreas Hörl, Camille Butcher.  Chor und Orchester der Oper Zürich, dir. Ingo Metzmacher.  Mise en scène : Harry Kupfer.La nouvelle production de Tannhäuser est une autre affaire.  Dans cette « action musicale » tirée de la littérature du haut Moyen Âge, Richard Wagner traite de l'homme partagé entre des aspirations contradictoires.  L'interprétation contemporaine y voit, à juste titre, le thème du drame de l'artiste confronté, dans son ego profond et ses aspirations vers la modernité, à une société ancrée dans le conformiste de la tradition et la volonté de ne rien changer aux normes établies.  Aussi, pour exister, le chevalier Tannhäuser provoque-t-il. Sa protestation a, en soi, presque quelque chose d'anarchiste. S'il échoue finalement, c'est plus par incapacité à se faire comprendre que par faiblesse.  Dans cette œuvre Wagner rompt avec les canons de l'opéra romantique pour élever le propos à la hauteur d'une pensée philosophique dont Liszt saluera d'emblée la profondeur.  Il offre aussi un premier exemple de ce procédé du leitmotiv qui fera florès dans ses drames ultérieurs.  Écrite en 1845, elle sera retouchée pour la reprise parisienne de 1861. 

Le Jules César de Haendel fait peau neuve à l'Opéra Garnier.

George Frideric Handel : Giulio CesareOpéra en trois actes.  Livret de Nicola Francesco Haym, d'après Giacomo Francesco Busani.  Lawrence Zazzo, Christophe Dumaux, Natalie Dessay, Varduhi Abrahamyan, Isabel Leonard, Nathan Berg, Dominique Visse, Aimery Lefèvre.  Chœurs de l'Opéra national de Paris.  Le Concert d'Astrée, dir. Emmanuelle Haïm.  Mise en scène : Laurent Pelly.Est-il plus suprême chef-d'œuvre dans l'immense production de Haendel que son opéra Giulio Cesare ?  Il y fait montre d'une fécondité prodigieuse aussi bien par le nombre des personnages façonnant l'action que par la diversité des morceaux musicaux qui leur sont dédiés.  Pour être souvent épique et comporter son lot de rebondissements, l'action n'en reste pas moins basée sur la peinture de caractères et de leurs affects, l'angoisse, le désespoir, la déploration tragique, la passion amoureuse.  De l'épopée égyptienne de César, Laurent Pelly, pour cette nouvelle production au Palais Garnier, joue le second degré, pour le moins.  Dans l'espace à la fois vaste et confiné de ce qui tient de la réserve du Musée du Caire, encombrée de vestiges, statuaire et autres colosses nubiens, l'action est conçue comme une pièce qu'improvisent des personnages sortis d'on ne sait où, sous l'œil indifférent d'une escouade de manutentionnaires affairés à classer, répertorier, déplacer tels objets ou charrier d'imposantes caisses.  Parfois se joindront-ils à l'action,

Francesca da Rimini à l'Opéra Bastille : une rutilante fête sonore.

Riccardo ZANDONAI : Francesca da Rimini.  Tragédie lyrique en quatre actes.  Livret de Tito Ricordi d'après la tragédie homonyme de Gabriele D'Annunzio.  Svetla Vassileva, Roberto Alagna, George Gagnidze, Wojtek Smilek, William Joyner, Louise Callinan, Grazia Lee, Manuela Bisceglie, Carol Garcia, Andrea Hill, Cornelia Onciou.  Violoncelle solo : Cyrille Lacrouts.  Orchestre & Chœurs de l'Opéra national de Paris, dir. Daniel Oren.  Mise en scène : Giancarlo del Monaco.Rarement représentée, la tragédie lyrique Francesca da Rimini fait son entrée à l'Opéra national de Paris.  Son auteur, Riccardo Zandonai (1883-1944), qui voit sa carrière éclore en plein mouvement vériste, a cherché à s'en émanciper, tout comme il se fraiera une voie personnelle à côté de Puccini.  Grand admirateur de Richard Strauss et de Debussy, ce fin lettré fréquentera aussi les poètes de son temps, Pierre Louÿs, Maurice Maeterlinck ou Gabriele D'Annunzio.  Il sera l’un des chantres de l'Art nouveau musical de l'Italie à l'aube du XXe siècle.