Le Tour d'écrou : un huis clos terriblement ambigu

Benjamin BRITTEN : The Turn of the Screw. Opéra en deux actes et un prologue. Livret de Myfanwy Piper d'après la nouvelle d'Henri James. Nikolai Schukoff, Heather Newhouse, Anne Mason, Cheryl Barker, Lucien Meyer, Silvia Paysais.  Membres de l'Orchestre Symphonique de Mulhouse, dir. : Patrick Davin. Mise en scène : Robert Carsen. Opéra de Strasbourg.

Le Tour d'écrou de Britten est un bien curieux opéra. Inspiré de la nouvelle d'Henri James, le livret en adopte l'étrangeté et la concision. Opéra de chambre écrit pour un effectif de treize musiciens jouant 18 instruments et comprenant six personnages, ses seize scènes sont réparties symétriquement dans ses deux actes, chacune introduite par un interlude instrumental conçu sous forme de variations ; on n'est pas loin du schéma musico-dramatique de Wozzeck d'Alban Berg puisque ces variations annoncent le contenu de la scène qui suit. Un prologue introduit l'histoire : une Gouvernante est appelée par le tuteur de deux enfants, Flora et Miles, pour s'occuper d'eux dans sa propriété à la campagne, à la condition expresse de ne le déranger à aucun prix. La jeune femme accepte cette mission avec enthousiasme mais s'aperçoit peu à peu que des choses étranges se passent : le fantôme de deux anciens serviteurs, Peter Quint et Mrs Jessel. apparaissent. Et soudain tout bascule, alors que les deux enfants entretiennent un comportement ambigu, le garçon surtout en proie à l'envoûtement de Quint, tenant des propos étrangement à double sens, et en venant à intercepter sous la pression de celui-ci, la lettre que la Gouvernante s'est finalement résolue à adresser au maître des lieux.

Samson et Dalila : l'opéra biblique revisité

Camille SAINT-SAËNS : Samson et Dalila. Opéra en trois actes et quatre tableaux. Livret de Ferdinand Lemaire. Anita Rachvelishvili, Aleksandrs Antonenko, Egils Silins, Nicolas Testé, Nicolas Cavallier, John Bernard, Luca Sannai, Jian-Hong Zhao. Orchestre et Chœurs de l'Opéra National de Paris, dir. Philippe Jordan. Mise en scène : Damiano Michieletto. Opéra Bastille.

 

Après quelques décennies d'absence, Samson et Dalila, l'œuvre lyrique majeure de Camille Saint-Saëns revient à l'Opéra de Paris. Là où elle n'entra au répertoire que tardivement, en 1892, alors que créée en 1877 à Weimar. Grâce aux bons soins de Liszt. Cet « opéra biblique » trouve sa source dans un épisode du Livre des Justes, l'un des livres de la Bible hébraïque ; mais les événements relatés dans l'opéra n'en reprennent qu'une infime partie. Car si Samson y succombe aux charmes vénéneux de Dalila, celle-ci avait déjà tenté de le séduire par trois fois auparavant, en vain. Imaginé à l'origine comme un oratorio, l'opéra s'en ressent dans ses immenses passages choraux du premier et du troisième acte, où l'on peut songer aux maîtres du passé, JS. Bach, Haendel. C'est que le sujet n'appelle pas un développement dramatique très riche. Ce dont pourtant Saint-Saëns a su s'accommoder, ménageant un intéressant cheminement quant à la conquête par les Philistins du secret de la force herculéenne de Samson par le truchement des appâts de la jeune femme, objet de l'acte central et du duo d'amour qui en est la clé de voûte. Autour de cela : les lamentations du peuple hébreu qui se sent délaissé par son chef, les invectives du satrape du camp adverse, l'incitation à la haine du grand prêtre de Dagon qui tente d'amadouer Dalila en lui offrant son or, et enfin le supplice de Samson exposé à la risée de tous lors d'une scène d'hystérie collective à l'issue de laquelle l'élu d'Israël provoque l'écroulement du temple des Philistins.

Incandescent Ange de feu à l'Opéra de Lyon

Serge PROKOFIEV : L'Ange de feu. Opéra en cinq actes et sept tableaux, op. 37. Livret du compositeur d'après le roman éponyme de Valéri Brioussov. Ausrine Stundyte, Laurent Naouri, Margarita Nekrasova, Mairam Sokova, Vasily Efimov, Dmitry Golovin, Taras Shtonda, Ivan Thirion, Almas Svilpa, Yannick Berne, Paolo Stupenengo, Philippe Maury, Kwang Soun Kim, Marie-Eve Gouin, Pascal Obrecht, Charles Saillofest, Jean-Françosi Gay, Paul-Henry Vila, Sharona Applebaum, Pei Min Yu, Sophie Calmel, Joanna Curelaru. Orchestre et Chœurs de l'Opéra de Lyon, dir. Kazushi Ono. Mise en scène : Benedict Andrews. Opéra de Lyon.

 

L'Opéra de Lyon poursuit son exploration des grandes pages de l'opéra russe. Avec cette fois, une œuvre peu souvent jouée, L'Ange de feu. Serge Prokofiev était fasciné par l'occultisme, et la découverte du roman de Valéri Brioussov, maître du symbolisme russe, fut le déclic de la mise en chantier d'un opéra, écrit entre 1920 et 1927. Qui  sera créé bien plus tard, en 1954, en version de concert au Théâtre des Champs-Elysées à Paris - en français - et l'année suivante scéniquement à La Fenice de Venise, en italien ! Entre temps la Troisième symphonie (1928) aura repris pour l'essentiel le réseau thématique de l'opéra. Curieux destin pour une œuvre hors norme qui, dans l'Allemagne superstitieuse du XVI ème siècle, plonge le spectateur dans le mysticisme et le religieux, le réel et la fiction, et dépeint une figure de femme possédée comme il en est peu dans le monde lyrique : Renata a vu naguère lui apparaître Madiel, un ange de feu, et depuis est envoûtée par cette vision, jouet de forces contraires qui la torturent corps et âme.

Un superbe Così fan tutte en ouverture de la saison à l’Opéra de Rouen

Wolfgang Amadé MOZART : Così fan tutte. Dramma giocoso en 2 actes. Livret de Lorenzo da Ponte. Gabrielle Philiponet, Annalisa Stroppa, Cyrille Dubois, Vincenzo Nizzardo, Laurent Alvaro, Edouarda Melo. Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie & Chœur Accentus, dir. Andreas Spering. Mise en scène de Frédéric Roels.Pour ouvrir cette nouvelle saison centrée sur le libertinage, dans son acception philosophique et historique, sésame d’un monde subversif et mystérieux peuplé de désirs et de charmes interdits, Frédéric Roels, directeur général et artistique de l’institution lyrique normande, levait le rideau avec Così fan tutte de Mozart. Si ce troisième opus de la trilogie Da Ponte est généralement interprété comme une métaphore de l’inconstance et de l’infidélité féminine, Frédéric Roels en proposa un éclairage nouveau sous la forme d’un jeu de rôles où tout est déjà accepté d’avance sauf la fin… Un jeu un peu pervers sous la houlette du maitre du jeu Don Alfonso secondé par sa maitresse Despina, couple machiavélique, un peu sado masochiste dont la conduite n’est pas sans rappeler les aventures « amoureuses » d’un certain divin marquis. Un jeu finalement mené entre soi, pour échapper à l’ennui. Tout se joue alors à grand renfort de masque, de travestissements, de mise en miroir et de voyeurisme où la farce côtoie le drame afin de rester fidèle à l’ambigüité du dramma giocoso. Une mise en scène attrayante et pertinente qui emporta immédiatement l’adhésion du public, transposée de nos jours, bien pensée, se déroulant dans une scénographie du plus bel effet, tantôt dans un salon bourgeois d’une lumineuse blancheur, tantôt dans un jardin paradisiaque peuplé d’ombres et de désirs cachés.

Création de L'Ombre de Venceslao, opéra de Martin Matalon

Martin MATALON : L'ombre de Venceslao. Opéra en 2 actes et 32 scènes. Livret de Jorge Lavelli d'après la pièce éponyme de Copi. Thibaut Desplantes, Ziad Nehme, Estelle Poscio, Sarah Laulan, Mathieu Gardon. Jorge Rodriguez, danseur de tango, Germain Nayl, acteur, Ismaël Ruggiero, mime, David Maisse, voix enregistrée. Anthony Millet, Max Bonnay, Victor Villena, Guillaume Hodeau, bandonéonistes. Paul Henri Nivet, Benjamin Leblay, Stefano Amori, Yann Sylvere Le Gall, Les Serviteurs de scène. Ingénieur du son / Grame, Max Bruckert. Orchestre Symphonique de Bretagne, dir. Ernest Martinez Izquierdo. Mise en scène : Jorge Lavelli.

Favoriser l'insertion en milieu professionnel de jeunes artistes lyriques et faire tourner un spectacle dans onze maisons d'opéra et pour une quarantaine de représentations, c'est ce à quoi s'engage le Centre Français de Promotion Lyrique (CFPL) s'agissant de L'ombre de Venceslao, l'opéra du compositeur argentin Martin Matalon. Donné en création mondiale à Rennes. le spectacle va voyager sur les scènes de Bordeaux, Marseille, Avignon, Toulouse, Montpellier... jusqu'à Buenos Aires et Santiago du Chili!

L'Ombre de Venceslao, le second opéra de Matalon, est une adaptation de la pièce éponyme de Copi que réalise Jorge Lavelli, l'âme frère de l'écrivain argentin. Le livret nous plonge dans l'histoire de l'Argentine des années 50, en proie à la dictature de Perón et aux coups d'état militaires qui ruinent la situation économique du pays. Avec son chapeau et son poncho, Venceslao incarne le gaucho, paysan élevé à la dure (« J'irai pieds nus » scande-t-il), au parler gras et aux pulsions viscérales, qui fuit la société et tente de retrouver ses origines au contact de la nature.

Attirante Première à Garnier : Eliogabalo de Cavalli

Francesco CAVALLI : Eliogabalo. Opéra en trois actes. Livret anonyme. Franco Fagioli, Paul Groves, Nadine Sierra, Valer Sabadus, Elin Rombo, Mariana Flores, Matthew Newlin, Emiliano Gonzalez Toro, Scott Conner. Cheour de Chambre de Namur. Orchestre Cappella Mediterranea, dir.: Leonardo García Alarcón. Mise en scène: Thomas Jolly. Opéra Garnier.Ce n'est pas tous les jours qu'une maison d'opéra peut s'offrir une Première assoluta. C'est pourtant ce que vient de faire l'Opéra de Paris à la salle Garnier avec l'entrée au répertoire d'Eliogabalo. Un spectacle qui voit plusieurs ''premières fois'' céans : celles du chef argentin Leonardo García Alarcón et du metteur en scène Thomas Jolly qui signe également son premier opéra. Eliogabalo, ultime ouvrage connu (1668) des 27 laissés à la postérité par le compositeur vénitien (1602-1676) fort célébré au Seicento, narre l'histoire peu édifiante de l'empereur Héliogabale qui régna sur Rome de 218 à 222 de notre ère, personnage sulfureux, débauché, pervers et sadique. Une phrase dans la bouche d'une des femmes qu'il convoite, Gemmira, ne le définit-elle pas :

« Recréation » d'Olympie de Spontini

Gaspare SPONTINI : Olympie. Tragédie lyrique en trois actes. Livret d'Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d'après la pièce éponyme de Voltaire. Karina Gauvin, Kate Aldrich, Mathias Vidal, Josef Wagner, Patrick Bolleire, Philippe Sauvagie. Chœur de la Radio flamande. Le Cercle de l'Harmonie, dir. Jérémie Rhorer. Version de concert au Théâtre des Champs-Elysées.    Pour l'inauguration de son quatrième Festival à Paris, le Palazzetto Bru Zane, en coproduction avec le Théâtre des Champs-Elysées, donnait Olympie de Gaspare Spontini (1774-1851). Celui dont on ne connait bien, semble-t- il, que La Vestale, commit pourtant une vingtaine d'autres ouvrages pour la scène, comme Fernand Cortez (1809), commande de Napoléon, ou Agnès von Hauhenstanden (1829). Olympie a été créé en 1819 à l'Académie royale de musique de Paris, puis remanié

La Dame de pique : une réflexion autobiographique…

Piotr Ilitch TCHAIKOVSKI : La Dame de pique. Opéra en trois actes. Livret de Modest Tchaikovski d'après la nouvelle d'Alexander Pouchkine. Misha Didyk, Alexey Markov, Vladimir Stoyanov, Svetlana Aksenova, Larissa Diadkova, Anna Goryachova, Andrey Popov, Andrii Goniukov, Mikhail Makrov, Anatoly Sivko, Morschi Frzanz, Olga Savova, Maria Fiselier, Pelageya Kurennaya, Christiaan Kuyvenhoven. Concertgebouworkest, dir. Mariss Jansons. Mise en scène : Stefan Herheim. De Nationale Opera Amsterdam.C'est à un événement considérable, de longue date mûri, que l'Opéra National d'Amsterdam aura convié son public pour le Festival de Hollande : La Dame de pique dirigée par Mariss Jansons à la tête de l'Orchestre du Concertgebouw et mise en scène par Stefan Herheim. L'idée maitresse de celui-ci est de placer le personnage de Tchaikovski lui-même au centre de l'histoire : un homme tourmenté par ses souffrances morales, partagé entre attirance homosexuelle et essai de normalisation par un mariage

Stockhausen illumine la basilique Saint-Denis

Karlheinz STOCKHAUSEN : Luzifers Abschied (L'Adieu de Lucifer) dernière scène de l'opéra Samstag aus Licht (Samedi de Lumière), pour chœur d'hommes, orgue et sept trombones. Ensemble Le Balcon, dir. Maxime Pascal & Alphonse Cemin. Basilique de Saint-Denis.Dans le cadre du Festival de Saint-Denis, était donnée Luzifers AbschiedL'Adieu de Lucifer – dernière scène de Samstag aus LichtSamedi de Lumière –, opéra de Karlheinz Stockhausen constitué d'un Gruss (Salut) et de quatre scènes. Luzifers Abschied est la seule partie à avoir été conçue pour être jouée dans une église. Composée en 1982 à l'occasion des huit cents ans de la naissance de saint François d'Assise, elle est entièrement centrée sur ses Lodi delle virtu, Éloges des vertus, et a été écrite pour voix d'hommes (un chœur de sept ténors et vingt-six basses), sept trombones et un orgue.

Lucia di Lammermoor ou le triomphe de Diana Damrau.

 

Gaetano DONIZETTI : Lucia di Lammermoor.  Opéra en trois actes. Livret de Salvatore Cammarano d'après La Fiancée de Lammermoor de Walter Scott.  Diana Damrau, Piero Pretti, Gabriele Viviani, Nicolas Testé, Francesco Marsiglia, Daniela Valdenassi, Luca Casalin. Orchestre Teatro Regio Torino & Chœur Teatro Regio Torino, dir. Gianandrea Noseda. Version de concert au Théâtre des Champs- Elysées.  Il  est des soirées qui restent dans les mémoires. Celle qui nous fut offerte au Théâtre des Champs-Elysées pour cette version de concert de Lucia di Lammermoor en fera sans aucun doute partie. Un opéra, le trente sixième de Donizetti, considéré comme l'archétype de l'opéra dramatique romantique s'inscrivant dans la tradition du bel canto rossinien finissant, métamorphosé et enrichi par la modernité de la théâtralité et de l'écriture vocale du compositeur bergamasque.

Mithridate loin de ses Racines...

Wolfgang Amadé MOZART. Mitridate, Re di Ponto. Dramma per musica en trois actes. Livret de Vittorio Amadeo Cigna-Santi d'après la tragédie éponyme de Jean Racine. Michael Spyres, Lenneke Ruiten, Myrtò Papatanasiu, David Hansen, Simona Šaturová, Sergey Romanovsky, Yves Saelens. Orchestre symphonique de La Monnaie, dir. Christophe Rousset. Mise en scène : Jean-Philippe Clarac & Olivier Deloeuil (LE LAB). Palais de La Monnaie, Bruxelles.Hasards du calendrier : un autre opera seria de jeunesse de Mozart, Mitridat Re di Ponto, était présenté à La Monnaie. Dans une salle de remplacement du fait des travaux en cours au théâtre, qui s'éternisant, ont contraint à une solution plus pérenne que les divers lieux en ville pratiqués jusqu'alors. Une construction façon toile de tente géante, fort excentrée, peu propice aux mises en scènes actuelles puisqu'offrant un plateau assez réduit et

Lucio Silla à la Philharmonie de Paris

Wolfgang Amadé MOZART : Lucio Silla. Opéra seria en trois actes K 316. Livret de Giovanni de Gamerra. Franco Fagioli, Olga Pudova, Allesandro Liberatore, Chiara Skerath, Ilse Eerens. Le jeune chœur de Paris. Insula Orchestra, dir. Laurence Equilbey, Concept et mise en espace : Rita Cosentino. Philharmonie de Paris 2.Lucio Silla n'est plus considéré comme une œuvre mineure dans la production de Mozart : comme ses autres opera seria du début, elle est de plus en plus jouée, scéniquement ou en version de concert. C'est que Mozart fait voler en éclats bien des schémas conventionnels, celui de l'aria da capo par exemple, munie ici de longues introductions orchestrales et privée, à l'occasion, de la fameuse reprise. Surtout le génie dramatique du jeune musicien – il n'a que seize ans lors de la création en 1772 – se révèle dans toute sa force, même si contraint à une écriture virtuose pour Milan qui exigeait une manière brillante pour ses chanteurs.

Orfeo ou le fruit du travail de l'Académie de l'OnP

Claudio MONTEVERDI : Orfeo. Favola in musica en un prologue et cinq actes. Livret d'Allessandro Striggio fils. Pauline Texier, Tomasz Kumiega, Laure Poissonnier, Emanuela Pascu, Gemma Bhrlain, Andrly Gnatiuk, Mikhail Timoshenko, Damien Pass. Cécile Larroche, Marie Picaut, Yu Shao, Alban Dufourt, Adèle Carlier. Orchestre et Choeur des Cris de Paris, dir. Geoffroy Jourdain. Mise en scène : Julie Berès. Amphithéâtre Opéra Bastille.Point d'orgue de la première année de fonctionnement de l'Académie de l'Opéra national de Paris, cette production de l'Orfeo de Monteverdi en montre d'évidence la fine qualité du travail. Il n'est pas si aisé de monter cette ''fable en musique'', acte de naissance officiel du genre de l'opéra, même si plusieurs tentatives (Peri, Caccini) annonçaient et ont permis cette (r)évolution. Monteverdi en cette année 1607, providentielle pour lui et pour l'histoire de la Musique,

Un Wagner de comédie shakespearienne

Richard WAGNER : Das Liebesverbot (La défense d'aimer). Grand opéra-comique en deux actes. Livret du compositeur d'après Mesure pour mesure de William Shakespeare. Robert Bork, Benjamin Hulett, Thomas Blondelle, Marion Ammann, Agnieszka Slawinska, Wofgang Bankl, Peter Kirk, Jaroslaw Kitala, Norman Patzke, Hanne Roos, Andreas Jaeggi. Chœurs de l'Opéra national du Rhin. Orchestre Philharmonique de Strasbourg, dir. Constantin Trinks. Mise en scène : Mariame Clément. Opéra du Rhin à Strasbourg.Il est à peine croyable de penser que cet opéra de jeunesse de Wagner connait ici sa création scénique française... Il est certes peu donné même en Allemagne, mais pareille ignorance de ce côté-ci du Rhin laisse rêveur. Créé en 1936, à Magdebourg où le jeune musicien était chef d'orchestre, la pièce ne connut pas le succès escompté et Wagner dut se battre pour la faire présenter tant

Shakespeare voit son Roi Lear enfin honoré d'un opéra

Aribert REIMANN : Lear. Opéra en deux parties. Livret de Claus H. Henneberg, d'après The Tragedy of King Lear de William Shakespeare. Bo Skovhus, Gidon Saks, Ricarda Merbeth, Erika Sunnegårdh, Annette Dasch, Andreas Scheibner, Michael Colvin, Kor-jan Dusseljee, Lauri Vassar, Andrew Watts, Andreas Conrad, Ernst Alisch, Nicolas Marie, Lucas Prisor. Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris, dir. Fabio Luisi. Mise en scène : Calixto Bieito. Opéra Garnier.« Depuis Wozzeck d'Alban Berg, on a rarement expliqué de façon aussi convaincante la solitude de l'homme par son aveuglement vis à vis de ses frères ». Ainsi s'exprime celui qui est à l'origine du projet de création de l'opéra Lear en 1978, le baryton Dietrich Fischer-Dieskau,

Superbe Tristan et Isolde au Théâtre des Champs-Elysées

Richard WAGNER : Tristan und Isolde. Drame musical en trois actes. Livret du compositeur d'après Gottfried von Straβburg. Torsten Kerl, Rachel Nicholls, Michelle Breedt, Steven Humes, Brett Polegato, Andrew Rees. Orchestre National de France & Chœur de Radio France, dir. Daniele Gatti. Mise en scène de Pierre Audi. Théâtre des Champs-Elysées.  Simple fait du hasard et belle coïncidence, c'est précisément au Théâtre des Champs-Elysées qu'eut lieu, en 1914, la première création française originale, en langue allemande, de cet opéra mythique de Richard Wagner. Un opéra de l'amour, de la mort, de l'incomplétude où certains ont pu voir la mise en scène de la propre mort du compositeur, dans une étrange analogie entre mort et désir.

Quand le Japon se célèbre en un nôpéra

Le 22 et le 23 avril a été donné en création mondiale, à la Maison de la culture du Japon, AOI, Yesterday's glory is today's dream. Cette œuvre qualifiée de « nôpéra » marie la musique contemporaine occidentale et le théâtre nô. L'histoire est celle de Rokujo, femme vieillissante, délaissée par le prince Genji et remplacée par la jeune Aoï. L'opéra lui-même se résume à la lamentation de Rokujo, Aoï n'apparaissant pas. Autant la partition, signée Noriko Baba (*1972) et interprétée par l'ensemble 2e2m (dir. Pierre Roullier) – flûte, clarinette, basson, violon, alto, violoncelle et deux performers – est chatoyante, autant le chant et la gestuelle traditionnels japonais peuvent paraître sobres, monotones et étranges au public européen non averti. La scène : sol clair sur lequel vont et viennent

La Juive à l'Opéra de Lyon

Jacques Fromental HALÉVY : La Juive. Opéra en cinq actes. Livret d'Eugène Scribe. Nikolai Schukoff, Rachel Harnisch, Sabrina Puértolas, Enea Scala, Roberto Scandiuzzi, Vincent Le Texier, Charles Rice, Paul-Henry Vila, Brian Bruce, Alain Sobienski, Dominique Beneforti, Charles Saillofest. Orchestre et Chœurs de l'Opéra de Lyon, dir. Daniel Rustioni. Mise en scène : Olivier Py. Opéra de Lyon.

 

 Dans le cadre de son festival annuel « Pour l'humanité », l'Opéra de Lyon montait La Juive. Prototype du grand opéra à la française, l'œuvre de Jacques Fromental Halévy (1799-1862), en est un des joyaux, comme Les Huguenots de Meyerbeer. Il fut admiré par Richard Wagner qui en louait « le pathétique de la haute tragédie lyrique ». Son sujet est l'intolérance religieuse : un prince chrétien, Léopold, aime une jeune fille juive Rachel, naguère recueillie par l'orfèvre Eléazar, en réalité l'enfant qu'eut le cardinal Brogni avant d'embrasser les ordres, et ennemi juré de ce dernier.

Rigoletto ou la boîte de Pandore à l'Opéra Bastille

Giuseppe VERDI : Rigoletto. Opéra en trois actes. Livret de Francesco Maria Piave,  d'après Le Roi s'amuse de Victor Hugo. Michael Fabiano, Quinn Kelsey, Olga Peretyatko, Rafal Siwek, Vesselina Kasarova, Isabelle Druet, Mickail Kolelishvili, Michael Partyka, Christophe Berry, Tiago Matos, Andreas Soare, Adriana Gonzalez, Florent Mbia. Pascal Lifschutz. Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris, dir. Nicola Luisotti. Mise en scène : Claus Guth. Opéra Bastille.

 

L'Opéra de Paris achève la présentation de la « Trilogie » verdienne par Rigoletto, en fait son premier volet (1851), avant Il Trovatore et La Traviata (1853), également affichés cette saison.

Interprétation spectaculaire des Gurre-Lieder de Schoenberg

Arnold SCHÖNBERG : Gurre-Lieder. Texte de Robert Franz Arnold d'après Jens Peter Jacobsen. Andreas Schager, Irène Theorin, Sarah Connolly, Jochen Schmeckenbecher, Andreas Conrad. Franz Mazura. Chœurs de l'Opéra national de Paris et Chœurs Philharmoniques de Prague. Orchestre de l'Opéra national de Paris, dir. Philippe Jordan.

 En miroir à son Moïse et Aaron en début de saison, Philippe Jordan programmait les Gurre-Lieder d'Arnold Schönberg. Avec son orchestre de l'Opéra national de Paris, et à la Philharmonie de Paris pour l'occasion. Les Gurre-Lieder, leur auteur s'y attèle dès 1900, peu après La Nuit transfigurée, sans savoir alors exactement le sort que connaitra le projet, et y travaille une dizaine d'années. La partition sera prête en 1911 et l'œuvre créée deux ans après à Vienne sous la direction de son collègue Franz Schreker.

Un Werther triomphal

ules MASSENET : Werther.  Drame lyrique en quatre actes. Livret d'Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann, d'après  Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Juan Diego Florez, Joyce DiDonato, John Chest, Luc Bertin-Hugault, Valentina Nafornita. Maîtrise de Radio France. Orchestre National de France, dir. Jacques Lacombe. Version de concert au Théâtre  des Champs-Elysées.

 Encore un concert très attendu que cette version de concert du Werther de Massenet qui voyait pour cette représentation avenue Montaigne pas moins de deux prises de rôles, celle du ténor péruvien Juan Diego Florez dans le rôle titre et celle de la soprano américaine Joyce DiDonato dans celui de Charlotte. Une première expérience vocale qui devrait se concrétiser en version scénique à Bologne en décembre prochain pour lui, à Londres en juin prochain pour elle. Affaire à suivre…Pour l'heure, concentrons nous surtout sur cette représentation mémorable s'il en est.

Khovantskigate à Amsterdam

Modest MOUSSORGSKY : Khovantschina. Drame musical en cinq actes. Livret du compositeur. Version de Dimitri Chostakovitch. Dmitry Ivashchenko, Maxim Aksenov, Kurt Streit, Orlin Anastassov, Anita Rachvelishvili, Gabor Bretz, Olga Savova, Endrey Popov, Svetlana Aksenova, Roger Smeets, Vasily Efimov, Morschi Franz, Vitali Rozynko, Sulkhan Jaiani, Richard Prada. Chœur du National Opera. Nieuw Amsterdama Kinderkoor. Nederlands Philarmonisch Orchest, dir. Ingo Metzmacher. Mise en scène : Christof Loy. Nederlandse Opera, Amsterdam.La trame de Khovantschina est fort complexe. Dans son opéra, Moussorgsky qui a lui-même conçu le livret, traite un grand morceau d'histoire russe des années 1660 et  écrit une musique d'une beauté souvent à couper le souffle, dépassant même en intensité son Boris Godounov. Cette trame mêle en effet trois plans. Une intrigue politique d'abord, sorte de crise de régime : la montée et la défaite du clan Khovantski, du nom du principal opposant au régime de la régente Sofia qui à