Reprise de La Bohème à l’Opéra de Rouen


Giacomo Puccini : La Bohème. Opéra en en quatre tableaux (1896). Livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa d’après le roman de Henry Murger, Scènes de la vie de Bohème (1851). Anna Patalong, Alessandro Liberatore, William Berger, Olivia Doray, Mikhael Piccone, Yuri Kissin, Gilen Goicoechea, Nicolas Rigas. Chœur Accentus, Maitrise du Conservatoire de Rouen. Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie, dir. Leo Hussain. Mise en scène : Laurent Laffargue. Théâtre des Arts. 10 juin 2017

© Jean Pouget Pour cette dernière production d’une très belle saison 2016-2017 élaborée autour du thème du libertinage, l’Opéra de Rouen Normandie a choisi de donner La Bohème de Puccini dans une mise en scène déjà ancienne (2007) de Laurent Laffargue. Une production qui connut son heure de gloire, resituant l’action dans les années 60, peu avant les évènements de mai 1968… Une transposition judicieuse compte-tenu du contexte estudiantin dans lequel se déroule l’opéra de Puccini, mais encore eut-il fallu pousser un peu plus loin le propos et donner vie à cette intarissable soif de liberté, à cet inépuisable désir de changer le monde et la vie qui caractérisèrent cette courte période où tout semblait alors possible…Un contexte que semble avoir totalement négligé le metteur en scène.

Une occasion manquée et un manque d’audace de Laurent Laffargue pour un résultat, somme toute, assez banal avec les quatre tableaux bien connus où la nouveauté se résume à des changements de costumes et de mobilier, ce qui est bien peu d’autant que la musique ne semble pas plus attrayante. Pour sa dernière prestation en tant que chef principal, Leo Hussain, qui quittera l’opéra de Rouen dans les jours prochains, ne parvient pas non plus à séduire. Sa direction lourde, peu nuancée, parfois confuse et sans lyrisme confine rapidement à l’ennui malgré l’indiscutable qualité de la phalange normande qui nous avait habitué à mieux lors des spectacles précédents. Heureusement la distribution vocale sauve un peu la mise. Anna Patalong dans le rôle de Mimi possède un beau timbre mais son vibrato important lasse rapidement, ses aigus sont parfois serrés et sa diction ne respecte pas scrupuleusement la prosodie puccinienne. Le Rodolfo d’Alessandro Liberatore est indiscutablement puissant, trop peut-être, ne descendant jamais au-dessous de mezzo forte. La Musetta d’Olivia Doray convainc immédiatement par le ramage comme par le plumage, son chant et son engagement scénique sont irréprochables. William Berger campe un Marcello très honorable tandis que le Colline de Yuri Kissin ne dégage aucune émotion dans son air célèbre du manteau. Bref, on l’aura compris, une reprise qui ne tint pas toutes ses promesses, sans grand défaut mais aussi sans grande émotion.
On attendra avec impatience la saison prochaine avec une fois encore un superbe programme à retrouver sur www.operaderouen.fr