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Catégorie : Opéras

Otello de Rossini, au Théâtre des Champs-Élysées.  Tragédie lyrique en trois actes.  Version de concert.  Orchestre & chœurs de l’Opéra de Lyon, dir. Evelino Pidò.  John Osborn (Otello), Anna Caterina Antonacci (Desdemona), Marco Vinco (Elmiro), Dmitry Korchak (Rodrigo), José Manuel Zapata (Iago), José Maria Lo Monaco (Emilia).

Les Otello se suivent, au TCE, et ne se ressemblent pas ! Après celui de Verdi, il y a quelques jours, chroniqué dans notre précédente Newsletter, c’est aujourd’hui Otello, ossia il Moro di Venezia de Rossini qui nous est proposé, toujours en version de concert, sous la direction d’Evelino Pidò, éminent spécialiste de l’opéra italien, et du bel canto, en particulier.  Si Verdi avait été assez mal servi, Rossini s’en tire plutôt bien.  Cet opéra peu connu, composé en 1816, est le dix-neuvième opéra de Rossini (il avait 24 ans). 

L’ouvrage bénéficia d’un grand succès lors de sa création à Naples, jusqu'à ce que l’opéra homonyme de Verdi soit créé en 1887, l’éclipsant alors, quasi définitivement.  Force est de reconnaitre que la postérité ne fut pas injuste, compte tenu de la faiblesse du livret de Francesco Maria Berio, de son invraisemblance et de l’absence de dramaturgie cohérente.  Attachons-nous donc à la seule musique, et ce fut un indéniable succès.  Evelino Pidò [notre photo], dans sa gestique atypique, danse, chante, mais dirige également avec conviction musiciens et chanteurs, tous très à l’écoute et complices, pour un résultat musical très réussi, associant la belle sonorité de l’orchestre, notamment des vents, à une qualité vocale sans faille.

La distribution était, en effet, fort homogène, avec une mention particulière pour le Rodrigo de Dmitry Korchak, remarquable de bout en bout, et la Desdemona d’Anna Caterina Antonacci [notre photo], émouvante dans sa magnifique cantilène.  L’Otello de John Osborn ne fut pas, quant à lui, totalement convaincant, manquant de grave, de puissance et de charisme.  Signalons, enfin, les très beaux ensembles vocaux, la complémentarité des différents timbres et tessitures des trois ténors et des deux sopranos, l’orchestration des récitatifs, à mettre au crédit de cet opéra, et expliquant, sans doute, l’attrait qu’il exerça sur les étoiles du chant depuis sa création.