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Catégorie : Opéras

Show Boat accoste au Châtelet.  Jerome KERN & Oscar HAMMERSTEIN II : Show Boat.  Musical en deux actes inspiré du roman d'Edna Ferber.  Janelle Visagie, Blake Fischer, Malcolm Terrey, Diane Wilson, Angela Kerrison, David Chevers, Otto Maidi, Miranda Tini, Dominique Paccaut, Glenn Swart, Graham Clark.  Orchestre Pasdeloup, dir. Albert Horne.  Mise en scène : Janis Honeyman.

Quelque quatre-vingts ans après sa création française dans ce même théâtre, Show Boat revoit le jour au Châtelet, dans la production de l'Opéra de Cape Town.  Cette comédie musicale, créée en 1927, marque un tournant dans l'histoire du genre.  Jusqu'alors essentiellement conçue comme pur divertissement, elle acquiert ici la vraie dimension dramatique que permet une intrigue construite dans laquelle s'imbriquent naturellement les numéros musicaux.

  La saga d'une famille d'artistes jouant la comédie sur un bateau-théâtre sillonnant le fleuve Mississipi, qui s'étend sur plusieurs décennies et embrasse trois générations, n'hésite pas à aborder des thèmes d'actualité telles que la mixité raciale, l'évolution des mœurs ou la déchéance de l'artiste.  Et à travers une galerie de portraits hauts en couleurs : Andy, capitaine & chef de troupe omniprésent, sa pudibonde épouse Pathy, sa fille Magnolia, projetée malgré elle sur les planches, qui s'amourache d'un flambeur, Reynald, un couple d'artistes en butte aux caprices du succès, ou cette figure de chanteuse métisse, Julie, bannie de la troupe pour n'être pas de sang pur ; sans oublier le vieux Joe, sorte d'archétype du bon Noir, porte-drapeau de l'affliction de ses pairs, et Quennie, l'imposante mama noire gouailleuse.  La diversité des caractères et des situations trouve écho dans la construction musicale qui voit se mélanger les styles, témoin de la diversité des deux communautés, et se succéder les modes, eu égard à l'évolution du goût au fil des époques : de la chanson sentimentale et du blues bien sage au ragtime endiablé et autres charlestons.

Le spectacle qui s'enhardit au fil des numéros, se signale par sa fluidité, enchaînant, sans temps mort, scènes en raccourci et vastes ensembles pétillants.  La seconde partie, plus resserrée, offre une dynamique encore plus maîtrisée.  Menée tambour battant, la troupe, choristes et danseurs, fait assaut d'énergie.  Une amusante naïveté flotte dans ces tableaux bien léchés, qui ne cherchent pas à se départir du cliché couleur locale qu'offrent une décoration aérée et de somptueux costumes, scellant dans leur diversité le passage du temps.  La trentaine de solistes n'est pas en reste, côtés vitalité et saveur vocale.  Le fait de disposer d'une formation symphonique - un Orchestre Pasdeloup étincelant - est une chance que le jeune chef Albert Horne exploite au maximum.  On se délecte vite de la profusion mélodique qui irrigue la pièce, de ces rythmes entrainants, de ces songs bien ficelés, telle la complainte du vieux nègre, Ol’ Man River, dont le thème revient en boucle.  Car c'est peut-être du fleuve Mississipi qui continue son cours imperturbable, comme s'écoule le temps, que vient la sagesse des événements qui passent.