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Catégorie : Opéras

Richard WAGNER : Der Fliegende Holländer.  Opéra romantique en trois actes.  Livret du compositeur.  Matti Salminen, Adriane Pieczonka, James Morris, Klaus-Florian Vogt, Marie-Ange Todorovitch, Bernard Richter.  Orchestre & Chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Peter Schneider.  Mise en scène : Willy Decker.

Le Vaisseau Fantôme, que reprend l'Opéra Bastille, est plus que ne l'indique son sous-titre d’« opéra romantique ».  Wagner y trace déjà les principes du drame musical.  C'est le drame de l'errance, de l'impossible communication entre deux êtres, de l'opposition entre rêve et réalité.  « La tempête fait rage dans les êtres » pour Willy Decker qui confine sa mise en scène dans un lieu unique d’où se détachent deux éléments : une immense marine à l'arrière-plan, que contemple inlassablement Senta, fascinée par le Hollandais avant même de l'avoir vu ; une gigantesque porte ouvrant sur l'insondable, l'inconnu, tel le Hollandais dont apparaît l'ombre saisissante, ou que l'on maintient fermée comme pour fuir ce qu'elle révèle d'inquiétant. 

Tout se joue dans l'intérieur des personnages : monde imaginaire dans lequel se réfugie Senta, aspiration surhumaine du Hollandais, rivé à sa quête d'un bonheur inatteignable, drame poignant d’Erik, particulièrement mis en relief ici.  Ne joue-t-il pas, au dernier acte, le rôle de trouble-fête lors des réjouissances du retour des marins.  Cette régie resserrée livre aussi d'impressionnantes images.  Ainsi du Chœur des fileuses auquel fait suite une judicieuse animation de la ballade de Senta qu'entourent fébrilement ses consœurs.  Le portrait qu'elle chérit passera de mains en mains ; détaillé, plus tard, par celui-là même qui y est figuré.  Le jeu développé autour de ce portrait occupe d'ailleurs une place déterminante dans l'illustration de l'action.  Le Chœur des matelots qui ouvre le IIIe acte est lui aussi impressionnant, alors que, vêtus de noir, tous s'en prennent à Erik qu'ils malmènent sérieusement.  Et tant pis si la rédemption finale est éludée au profit du banal suicide de Senta avec le poignard qu'Erik avait tenté de retourner contre un rival aussi mystérieux qu'inaccessible.

 La direction musicale de Peter Schneider, qui favorise de sombres accents, s'accorde avec l'atmosphère inquiétante de la dramaturgie.  Quoique un peu trop appuyée, elle est toujours respectueuse du chant.  C'est que ce Kapellmeister, habitué de Bayreuth, sait le poids des mots, là où le déchaînement des éléments marins de la musique de Wagner traduit le tumulte des esprits.  Ses chœurs ont de la vigueur et de la passion à revendre.  Auprès d'une Senta passionnée, Adriane Pieczonka, fièrement chantée, d'un Daland bonhomme et bien sonore, l'immense Matti Salminen, d'un Erik sincère et flamboyant, Klaus-Florian Vogt - un vrai luxe de distribution - le Hollandais de James Morris, malgré de belles nuances, paraît terne et manque de projection.