Éblouissante reprise d’Eugène Onéguine à l’Opéra Bastille.  Scènes lyriques en trois actes et sept tableaux (1879).  Musique de Piotr Ilyitch Tchaikovski.  Livret de Constantin S. Chilovski d’après un poème de Pouchkine.  Orchestre et Chœur de l’Opéra national de Paris, dir. Vasily Petrenko.  Mise en scène de Willy Decker.  Olga Gurykova (Tatiana), Ludovic Tézier (Onéguine), Joseph Kaiser (Lenski), Nadine Denize (Madame Larina), Alisa Kolosova (Olga), Nona Javakhidze (Filpievna), Gleb Nikolski (Grémine), Jean-Paul Fouchécourt (Monsieur Triquet).

Reprise à l’Opéra Bastille de l’ancienne production de 1995, déjà reprise en 2003, dans la désormais célèbre et efficace mise en scène de Willy Decker.  Une nouvelle reprise dont le succès repose sur l’intelligence de la mise en scène, la qualité de la direction d’orchestre et un casting vocal sans faille, à l’exception du très attendu Ludovic Tézier dans le rôle-titre. 

La mise en scène minimaliste de Willy Decker s’avéra toujours aussi efficace faisant appel à une scénographie extrêmement limitée, à des éclairages raffinés, peuplée de symboles, libérant un espace imaginaire où peuvent s’exprimer toutes les émotions et tout l’aspect psychologique des personnages de ce drame intimiste.  La direction d’orchestre de Vasily Petrenko participa, elle aussi, grandement au succès de cette nouvelle production, claire, ardente, déroulant une lecture particulièrement intelligente de l’œuvre, toujours à l’écoute des chanteurs, faisant souffler, tour à tour, la glace et le feu sur le plateau de l’Opéra Bastille, sachant utiliser les qualités de l’orchestre pour magnifier tout le lyrisme de la partition.

En ce qui concerne les voix, Olga Guryakova, habituée du rôle de Tatiana, ainsi que Joseph Kaiser dans le rôle de Lenski furent, indéniablement, les grands triomphateurs de la soirée, par leur voix magnifiques et leur jeu convaincant.  Ludovic Tézier, à l’inverse, campa un Onéguine décevant manquant de charisme et de passion, par une attitude statique, voire empruntée, chantant, heureusement, mieux qu’il ne joue.  Le reste de la distribution ne souffrait aucun reproche, un trio féminin remarquable, un facétieux Monsieur Triquet et un émouvant Grémine, plein de compassion et d’amour.  Une très belle soirée et une ovation du public bien méritée.