Reprise de L’Italienne à Alger au Palais Garnier.  Gioacchino ROSSINI : L'Italiana in Algeri.  « Dramma giocoso » en deux actes.  Livret d'Angelo Anelli.  Marco Vinco, Vivica Genaux, Lawrence Brownlee, Alessandro Corbelli, Jaël Azzaretti, Cornelia Onciou, Riccardo Novaro.  Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris, dir. Maurizio Benini.  Mise en scène : Andrei Serban.

Le Palais Garnier ouvre sa saison avec L'Italienne à Alger, dans la mise en scène conçue par Andrei Serban en 1998.  Rossini a qualifié de « dramma giocoso » cette turquerie qui vire à la farce débridée.  Il y développe une verve inépuisable, un sens du comique que rien ne semble devoir arrêter, basés sur des archétypes éprouvés : une belle et coquette manipulatrice, italienne de surcroit, un barbon infidèle et finalement berné, un prétendant ardent sous les traits du jeune esclave niais, un maître-Jacques malgré lui qui sait maîtriser le cours des événements.

  La production est brillante, clinquante même, avec ses changements de décor à vue et ses éclairages suggestifs.  On y voit le hammam du Bey Mustafà - empruntant ici les traits d'un Cheikh cousu d'or - peuplé de sa suite masculine ventripotente, la salle capitonnée de son palais, pourvue d'objets hétéroclites, le naufrage du navire des Italiens, gigantesque paquebot façon Titanic, dont les rescapés sont livrés à des corsaires patibulaires, etc.  Mais la régie, bavarde de mille gadgets, n'a plus l'acuité qui doit donner son débit irrésistible à la comédie, tout comme son charme.  Ainsi de la cérémonie d'intronisation en « Pappataci », sorte de Mamamouchi péninsulaire, par cette formule irrévocable « Mange et tais-toi !», qui compose un final un peu terne, n'étaient les roulements de mécaniques des corsaires alentour.

Même sentiment quant à la direction d'orchestre de Maurizio Benini qui se borne à assurer.  On reste sur sa faim quant aux effets de surprise qui doivent parer les grands ensembles, tel le septuor des onomatopées concluant le premier acte.  Quelques décalages aussi laissent perplexes.  La distribution est inégale.  Si Alessandro Corbelli, qui connaît toutes les ficelles du métier, se tire aisément d'affaire dans la figure bouffonne de Taddeo, et son jeune collègue Riccardo Novaro prête au factotum Haly un beau flair vocal, le Mustafà de Mario Vinco manque d'épaisseur comme de puissance.  Les péripéties truculentes que vit notre potentat oriental paraissent bien falotes, et la performance plutôt fade dans le grave ou dans le haut du registre.  Lawrence Brownlee possède, certes, le vrai timbre du ténor rossinien, mais semble plus préoccupé de la réussite des morceaux de bravoure que concerné par la caractérisation de l'amoureux Lindoro.  Vivica Genaux campe une Isabella tout en malice, d'une pétulance un brin retenue ; ce qui n'affecte nullement une prestation vocale impressionnante : beau timbre moiré de contralto, fluidité de la ligne de chant et vocalises irréprochables.