La Walkyrie à l’Opéra Bastille : quel dommage !  Première journée, en trois actes, du festival scénique : l’Anneau du Nibelung (1870).  Musique et livret de Richard WAGNER (1813-1883).  Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Philippe Jordan. Mise en scène : Günter Krämer.  Robert Dean Smith (Siegmund), Ricarda Merbeth (Sieglinde), Katarina Dalayman (Brünnhilde), Thomas Johannes Mayer (Wotan), Günther Groissböck (Hunding), Yvonne Naef (Fricka), Silvia Hablowetz (Waltraute).

Dommage, dommage, que cette sublime musique, superbement dirigée par Philippe Jordan et magnifiquement chantée par l’ensemble de la distribution, ait été gâchée par la mise en scène calamiteuse et inutilement provocatrice de Günter Krämer ! 

Tout avait pourtant parfaitement commencé, un orchestre enthousiaste en totale symbiose avec le chef, une direction d’orchestre élégante, à l’écoute attentive des chanteurs, un choix de tempi judicieux, une sonorité pleine de nuances et de couleurs, un magnifique duo chargé d’émotion au premier acte, entre un Robert Dean Smith au timbre onctueux et la talentueuse Ricarda Merbeth, nous rappelant par la voix et le physique la grande Astrid Varnay.  La qualité musicale et vocale se confirmait lors des deuxième et troisième actes avec une distribution homogène regroupant les meilleurs chanteurs wagnériens du moment, Katarina Dalayman, habituée du rôle, campait une Brünnhilde puissante et humaine, Thomas Johannes Mayer donnait figure à un Wotan convaincant et émouvant, notamment lors de ses adieux magnifiquement interprétés ; Yvonne Naef, comme à son habitude, incarnait une Fricka pleine de morgue et d’autorité.

 Hélas, la mise en scène jusque là assez sobre, peu dérangeante et sans grand intérêt, sombrait dans l’horreur absolue dès le lever de rideau du troisième acte, étalant des corps d’hommes nus enchevêtrés en amas, un charnier sur scène du plus mauvais goût, dans une ambiance d’institut médico-légal (tables métalliques alignées supportant les corps nus des guerriers morts au combat, lavés par des Walkyries en blouse blanche !), sous des éclairages criards, des costumes hideux et une Brünnhilde endormie dans une image finale de fin du monde.  Au-delà de la violence et de la crudité des images, on regrettera surtout l’absence de finalité de cette mise en scène qui n’apporte aucun éclairage nouveau ou original.  Dommage, dommage !  Nous attendions mieux après le succès, mérité, de L’Or du Rhin.  Le public ne s’y est pas trompé faisant une juste ovation aux musiciens et chanteurs, mais raccompagnant Günter Krämer, vers les coulisses, sous les huées, elles aussi bien méritées.