Die Zauberflöte de Wolfgang Amadeus Mozart. Singspiel en deux actes (1791) sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Siobhan Stagg, Jodie Devos, Julian Prégardien, Sophie Junker, Emilie Renard, Eva ZaÏcik, Klemens Sander, Camille Poul, Dashon Burton, Mark Omvlee, Christian Immler, Rafael Galaz, Yu Chen. Les Talens lyriques & Choeur de l’Opéra de Dijon, dir. Christophe Rousset. Version de concert.

Julian Prégardien © DR. Toute droite arrivée de l’Opéra de Dijon, dépouillée de la mise en scène de David Lescot, cette Flûte enchantée valait surtout par la grande qualité de sa distribution vocale faisant appel à de jeunes et talentueux chanteurs. On ne reviendra pas sur l’inspiration maçonnique bien connue de ce Singspiel s’inscrivant dans un triptyque où Mozart livre en quelque sorte son testament philosophique comptabilisant les devoirs envers soi (La Clémence de Titus) les devoirs envers l’humanité (La Flûte enchantée) et enfin les devoirs envers Dieu (Requiem). Point de commentaires superflus également concernant les Talens lyriques et la direction de Christophe Rousset. Pas de surprise dans cet effectif orchestral jouant sur instruments anciens, la sonorité est claire et la direction dynamique.

Christophe Rousset y privilégie une ligne assez solennelle au phrasé quelque peu monolithique, où les couleurs et nuances manquent parfois, au profit de la défense attentive d’un équilibre parfait entre orchestre et chanteurs (La grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie obligeant peut-être à ce choix…). Reste que, comme annoncé précédemment, tout l’intérêt de cette version de concert résidait dans un casting vocal de haute volée. Julian Prégardien y campe un Tamino princier enthousiasmant digne des plus grands par le timbre d’une sublime douceur, par l’élégance de la ligne, par la puissance contrôlée et par la diction claire. Toutes qualités auxquelles répond, sans sourciller, la Pamina de Siobhan Stagg, puissante et délicate à la vocalité facile et ronde. Jodie Devos en Reine de la Nuit, remarquable et très attendue par le public, assume avec crânerie sa prise de rôle, les aigus y sont nets, les vocalises limpides. Le couple Papageno (Klemens Sander) et Papagena (Camille Poul) est également très convaincant, tant vocalement que scéniquement tandis que le Monostatos de Mark Omvlee joue autant sur l’humour que sur sa qualité vocale qui n’est pas mince. Reste à féliciter, l’excellent choeur et les Trois Dames (Sophie Junker, Emilie Renard et Eva Zaïcik) séduisantes à souhait, ramage et plumage sont, ici, en adéquation. Légèrement en dessous quant à la qualité du chant, Dashon Burton déçoit quelque peu par son Sarastro qui manque de charisme et de voix, les graves sont quasiment inaudibles (diapason bas oblige…) et la puissance est nettement insuffisante malgré les efforts de Christophe Rousset qui limite au maximum l’émission orchestrale. En bref, des jeunes chanteurs à suivre et des noms à retenir…Bravo !