Marie-Nicole Lemieux © Denis Rouvre Carmen : Opéra en quatre actes de Georges Bizet sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy d’après Mérimée. Orchestre National de France, Chœur et Maîtrise de Radio France, dir. Simone Young. Marie-Nicole Lemieux, Michael Spyres, Vanina Santoni, Jean-Sébastien Bou, Chantal Santon-Jeffery, Ahlima Mhamdi, Frédéric Goncalves, Francis Dudziak, Rodolphe Briand, Jean Teitgen. Version de concert.

Force est de reconnaitre que le ciel paraissait bien couvert sur l’Andalousie pour cette représentation de Carmen au Théâtre des Champs-Elysées…Les bodegas de Triana suintaient la morosité et les rives du Guadalquivir semblaient bien tristes, si l’on excepte l’embellie vocale de la contralto canadienne Marie-Nicole Lemieux qui assuma avec brio cette prise de rôle. Il faut avouer que la chanteuse, paradoxalement habituée de la musique baroque, trouvait ici un rôle à sa démesure, tant dans le jeu d’acteur que dans la prestation vocale, implication scénique et qualité du chant remplaçant avantageusement un plumage sans grand rapport avec la cigarière sévillane…

Peu importe finalement le plumage puisque le ramage fut à la hauteur de l’enjeu confirmant, avec éclat, Marie-Nicole Lemieux dans ce rôle, car la chanteuse canadienne est indiscutablement Carmen par sa vocalité facile, sa diction claire et intelligible, son tempérament de feu et une outrance assumée rendant parfois fragile la frontière entre drame et caricature folklorique. Pour le reste il faut admettre une certaine déception…Michael Spyres, au timbre si particulier, entre baryton et ténor assuma sa partie sans cette flamboyance que l’on est en droit d’attendre pour le rôle de Don José. Pathétique plutôt que vaillant, sa sincérité scénique et sa tenue vocale firent du duo final avec Carmen un moment d’une exceptionnelle intensité dramatique. Jean-Sébastien Bou parut également en petite forme, campant sans panache un Escamillo d’opérette. La Micaëla de Vannina Santoni ne fut pas plus convaincante, détimbrant parfois, la ligne de chant fut entachée d’un important vibrato gênant la compréhension de la diction. L’Orchestre National nous parut étonnamment frileux, avec des cordes sèches et un cor solo défaillant, phrasant de façon plate et hachée, sans sensualité ni véritables couleurs, manquant d’alegria sous la baguette contestable de Simone Young dont la chorégraphie sur l’estrade ne parvint pas à nous faire oublier la rudesse et la manque de subtilité de la direction. Belle prestation du Chœur et de la Maîtrise.