Bis Repetita Placent ! Dramma giocoso en deux actes (1787) de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Le Cercle de l’Harmonie & Chœur du Théâtre des Champs-Elysées, dir. Jérémie Rohrer. Mise en scène de Stéphane Braunschweig. Jean-Sébastien Bou, Robert Gleadow, Myrto Papatanasiu, Julie Boulianne

Don Giovanni © Vincent Pontet/ WikispectacleDon Giovanni © Vincent Pontet/ WikispectacleReprise au Théâtre des Champs-Elysées de cette ancienne production datant de 2013, dans une mise en scène discutable de Stéphane Braunschweig, avec une distribution vocale différente, si l’on excepte le Leporello de Robert Gleadow et le Commandeur de Steven Humes, mais avec le même Cercle de l’Harmonie dans la fosse, dirigé par son chef fondateur, le très mozartien Jérémie Rohrer. La mise en scène d’opéra est, sans aucun doute, un exercice bien périlleux, et celle de Don Giovanni plus que toute autre, tant est étendu le domaine des possibles dans la vision que l’on peut avoir du célèbre mythe. Voir Don Giovanni au travers du regard de son valet, Leporello, voila qui, à défaut d’originalité (vision maintes fois rabâchée), est toutefois défendable, voire intéressant…Encore eut il fallu que cette vision ne se limitât point à un Leporello fasciné, subjugué ou horrifié devant les méfaits de son maitre, cantonné dans un voyeurisme coupable ou une indignation muette ! Car ce Don Giovanni, amateur de parties fines et de conquêtes faciles, ne mérite pas tant d’égards et d’attention, figure malheureuse de la post modernité entrainé dans un hédonisme forcené et une addiction sexuelle entretenue à coups d’aphrodisiaques !

Une vision somme toute assez simpliste (n’est pas Chéreau qui veut !) et décevante du célèbre libertin qui perd, ici, toute dimension sociale, politique ou spirituelle. Cette réserve mise à part, reconnaissons toutefois à cette lecture de Stéphane Braunschweig une belle cohérence qui jamais ne se démentit, notamment dans le très réussi jeu d’acteurs mis en valeur par une scénographie simple, noire et blanche, explicite, dont les éléments essentiels sont le lit, le brancard et le crématorium, ce qui n’est pas toujours du meilleur gout... Une mise en scène originale qu’on aurait souhaitée plus engagée qui, à défaut de faire sens, laisse une large part à la musique. Sublime s’il en est, magistralement dirigée par Jérémie Rohrer dont on connait les profondes affinités pour Mozart. Une direction engagée, fougueuse, parfaitement juste, une musicalité particulièrement expressive, un sens du récit très affuté qui fait superbement sonner l’orchestre. Un Cercle de l’Harmonie, au mieux de sa forme qui, par le jeu du phrasé et des articulations subtiles, respire avec les chanteurs et nous raconte, par ses nuances, ses couleurs et ses tempi, bien plus que par la mise en scène, cette dernière journée de l’incorrigible séducteur. Tout est annoncé dès les premières mesures inquiétantes de l’Ouverture, cette journée se terminera mal…Une course à l’abime qui trouvera son terme dans la mort ! Un drame dont Jérémie Rohrer saura maintenir toute la tension, aidé, il est vrai, par une distribution de haut niveau tant scéniquement que vocalement, dominée par le trio féminin  et en premier lieu par l’excellente Julie Boulianne (Donna Elvira) éloquente, entre fureur et pardon, Anna Grevelius (Zerlina) espiègle à souhait, Myrto Papatanasiu (Donna Anna), élégante, aux vocalises faciles mais au timbre quelque peu métallique. Coté masculin, Julien Behr (Don Ottavio) semble parfois à la peine dans les aigus, mais son timbre est clair et son legato sublime, Marc Scoffoni (Masetto) échappe, quant à lui, à la caricature du benêt habituel et Steven Humes (Le Commandeur) nous fait frémir dans l’avant dernière scène, tant la symbiose avec l’orchestre est convaincante et spectaculaire. Quant au couple Don Giovanni (Jean-Sébastien Bou) et Leporello (Robert Gleadow) il parvient à nous séduire de bout en bout, tant par son engagement scénique que par sa qualité vocale irréprochable. Une reprise très réussie qui ne fait pas mentir le célèbre aphorisme imaginé à partir de l’Art poétique d’Horace.